Auteur/autrice : Milena Surreau

  • Le sport de haut niveau est-il un vrai métier ?

    Parmi les activités de la vie d’adulte, le sport de haut niveau prend tout à fait la place sur le podium des métiers atypiques. Vrai métier ? Passion ? Passe-temps ? Décryptons !

    Photo de Milena Surreau sportive de haut niveau en para badminton qui boit de l'eau assise sur le banc à la pause.

    Photo : Parabadminton Photos

    « Tu fais quoi dans la vie ? » « Du sport. » Et là, je vois déjà l’interrogation dans le regard. Parfois même un petit sourire.


    Beaucoup de gens pensent, de manière consciente ou inconsciente, que le sport de haut niveau n’est pas un métier. Que les entraînements peuvent être un peu à la carte, qu’on est dispo en un claquement de doigts…


    Alors si me connaissez, vous le savez : j’ai pris la parole sur mon podcast pour aborder ce sujet en format long parce que quelque caractères sur une page web ne suffisent pas !


    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je démonte ce mythe, et je t’emmène dans la réalité d’un quotidien structuré, chargé, organisé au millimètre près, où chaque décision compte :

    Entraînements techniques et physiques, préparation mentale, diététique, récupération, soins, compétitions, communication, sponsoring, tournages, administratif, dossiers…

    Le sport de haut niveau, c’est un engagement total, avec l’exigence d’un emploi à temps plein, mais sans la reconnaissance ni les droits sociaux réellement associés.

    Dans cet épisode, je parle aussi de la difficulté à faire comprendre nos priorités à l’entourage, de la frontière floue entre amateur et professionnel, et de tout ce que l’on ne voit pas derrière une raquette ou un fauteuil.

    🎧 Écouter l’épisode 23 : Sport de haut niveau, bannir le mythe du “faux métier”

    Disponible dès à présent sur votre plateforme d’écoute préférée !

    Et si tu veux aider un athlète à faire comprendre son quotidien à ses proches, partage-lui cet épisode ! C’est sûrement parce que vous l’avez aimé qu’il lui plaira aussi.

  • 23.Le métier de sportif de haut niveau olympique, parasport : bannir le mythe du faux métier

    Ceci est une retranscription de l’épisode 23 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 23 de Journal d’une parabadiste aujourd’hui on va briser des clichés et plus particulièrement celui qui voudrait que sportif de haut niveau, ce n’est pas un vrai métier, qu’on a globalement la belle vie tranquille ou qu’on est totalement à la disposition des autres.

    Bref, aujourd’hui on répond à la question : est ce qu’être sportif de haut niveau même amateur, c’est à dire quand on ne gagne pas de prize money en compétition ou qu’on n’est pas salarié d’un club, c’est un vrai métier ?

    Si vous ne me connaissez pas encore, je m’appelle Milena Surreau je suis sportive de haut niveau en parabadminton, paralympienne, championne d’Europe et aujourd’hui je fais du sport à temps plein, j’ai arrêté mon prédédent travail pour pouvoir me concentrer à 100% sur la performance. Alors, à coté je donne quand même quelques conférences sur le handicap et je produis ce podcast, mais globalement mon quotidien est vraiment tourné vers le sport.

    Mon métier ? Sportive de haut niveau

    Aujourd’hui, quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds tout simplement sportive de haut niveau, et souvent les gens ont un peu de mal à s’imaginer de quoi il s’agit, quelle est la réalité de mon quotidien. Ils ont vaguement en tête que je dois surement faire des entraînements et des matchs mais c’est tout. Souvent, on me répond « et tu fais quoi à coté ? » ou alors les gens pensent que y’a 1 compétition de temps en temps aux championnats d’Europe et du Monde parce que c’est malheureusement les seules compétitions un tout petit peu médiatisées, et donc on me demande « et en ce moment tu fais quoi ? » alors que je viens d’expliquer que j’ai repris l’entraînement.

    Et je ne peux pas blâmer les gens : ce qu’on entend très souvent dans les médias ou sur les réseaux sociaux, c’est que les sportifs de haut niveau vivent sous le seuil de pauvreté. Que beaucoup doivent cumuler 35h d’entraînement et un job alimentaire à temps plein pour subvenir à leurs besoins. Quand un enfant ou adolescent dit qu’il veut devenir sportif professionnel, on lui dit « oui c’est bien mais fait des études avant ».

    Un travail peu répandu

    Aussi, ce n’est pas forcément le job le plus répandu, et il est assez rare d’avoir une amie, un collègue, une connaissance, un parent sportif de haut niveau et donc de pouvoir concrètement savoir de quoi est fait le quotidien, c’est quoi la réalité. Et c’est notamment pour ça que j’ai créé journal d’une parabadiste, c’est pour dévoiler les secrets derrière la performance olympique et paralympique !

    Une catégorie socioprofessionnelle inexistante

    Aussi, il y a un 2e problème qui se pose, c’est au niveau administratif et « social », le statut n’en n’est pas vraiment un. Quand on dit sportif de haut niveau, ça veut dire qu’on est inscrit sur les listes de haut niveau du ministère, et que donc on a droit à certains dispositifs d’insertion professionnelle, à certaines aides financières et que l’on valide des trimestres pour la retraite les années où l’on est inscrit sur ces listes. Mais littéralement, par exemple quand je vais à la banque ou que je dois répondre à un questionnaire quelconque et qu’il faut choisir sa catégorie socio-professionnelle, il n’y a pas ce choix de sportif de haut niveau. Il n’y a que les traditionnels employés, ouvriers, chef d’exploitation agricole, sans emploi etc. Mais en tant que sportif de haut niveau, on est vraiment entre 2.

    Généralement, on a une entreprise pour gérer nos sponsorings et nos contrats d’images. Mais il n’est pas rare que ça soit surtout une structure juridique permettant de facturer, mais qu’on n’ait pas forcément assez de marge pour se verser un salaire régulier, et donc réellement cotiser en tant que chef d’entreprise. Dans ces cas là, est ce qu’on coche « sans emploi » alors que littéralement, on a du boulot plus de 35h par semaine, qu’on est à un plus que temps plein dans notre activité, qu’on gagne quand même de l’argent via la fédération, les sponsors, les prize money etc.

    Donc socialement, c’est vraiment un statut très particulier et complexe à bien cerner et à la fois on fait sûrement partie des actifs qui ont une activité à temps plein voire plus, mais de l’autre coté ben on se rend compte qu’on est un peu le cul entre 2 chaises à ce niveau là.

    Un temps plein de sportif ?

    Donc vous allez me dire, temps plein temps plein, ok mais qu’est ce que tu appelles temps plein ? Parce que faire du sport c’est surtout très sympa et c’est pas vraiment du 35H/semaine.

    Et c’est aussi là qu’il y a confusion, c’est que les gens ont pour référence le sport qu’ils pratiquent. Ils vont peut être courir 1 fois par semaine le dimanche. Ou à un rythme un peu plus soutenu, faire du badminton 3 fois 1h30 dans la semaine le soir. Et l‘entraînement, c’est aussi le moment convivial où on retrouve des amis, où on parle de la semaine, où on boit un coup à la fin.

    L’entraînement, une partie majeure du métier ?

    Donc beaucoup de gens ont du mal à s’imaginer que l’entraînement peut réellement être la partie majeure d’un métier, qui nécessite une rigueur à chaque session, que oui parfois on n’y prend pas de plaisir mais qu’on est là pour faire le job, et surtout qu’on a une obligation d’assiduité et qu’on ne peut pas juste un matin se dire « bon mercredi j’y vais pas et comme ça je pourrais aller au cinéma pour la sortie de ce film ».

    Et c’est ça souvent qui pose une grosse incompréhension, voire parfois des tensions qui peuvent en découler, c’est que très souvent, les gens s’imaginent que ça peut être à la carte. Que oui on peut demander à un sportif de se libérer tel matin pour faire telle chose ; de programmer un repas au restaurant un soir sans se dire que c’est la veille d’une compétition et que ça sera sûrement pas possible etc.

    Et ça, ça n’est pas exclusif au sport de haut niveau, c’est vrai que pour le coup j’ai exercé des métiers un peu atypiques dans le genre auparavant et moi c’est quelque chose que je vis littéralement depuis que j’ai 18 ans. J‘ai été musicienne et alors là c’est vraiment le pompon parce que très peu de gens s’imaginent la dose de travail que c’est au quotidien, y’a aussi ce mythe de l’intermittent du spectacle qui ne fout rien donc ça non plus ça n’aide pas, et faut voir le nombre de fois où j’ai décliné quelque chose en disant « je peux pas je travaille » et que la personne a totalement bloqué et a bafouillé quelque chose comme « ah tu as changé de voie ? » ou « mais je croyais que tu étais musicienne », ce genre de choses !

    Après j’ai aussi été chef d’exploitation agricole en saliculture donc je faisais du sel artisanal dans les marais salants de Guérande et là c’est un peu différent, les gens s’imaginaient que je travaillais que l’été. Parce qu’ils ont cette image de carte postale de la récolte du sel, alors oui l’été on travail 10-12h par jour, parfois 7 jours sur 7, mais on travaille aussi le reste de l’année et ça j’ai totalement arrêté de compter le nombre de fois où j’ai dû expliquer à des gens que je ne suis pas en vacances 9 mois sur 12 et que oui j’ai des obligations y compris l’hiver.

    Alors c’est vrai que voilà, je suis habituée mais à la fois ça reste toujours aussi frustrant d’avoir ce genre d’interactions, et surtout parfois de devoir vraiment se défendre et détailler sa journée pour se justifier.

    Comment s’articule le quotidien d’un athlète de haut niveau

    Du coup, rien de mieux qu’un épisode pour expliquer au monde entier de quoi est fait le quotidien d’un athlète de haut niveau et qu’on prenne conscience que la semaine, c’est très chargé, et qu’en plus souvent le week end, on va avoir besoin de beaucoup de repos.

    Alors petite note, ici je parle évidemment en prenant exemple sur ma propre situation, bien sûr elle est commune à beaucoup de sportifs mais pas forcément à tous, vu qu’on a chacun nos systèmes de performance. Et aussi, on parle ici des athlètes de haut niveau qui ne sont pas salariés de leur club comme peuvent l’être les footballeurs par exemple et qui du coup on forcément un quotidien différents sur plusieurs points.

    Alors, de quoi est fait notre quotidien ?
    C’est souvent une semaine très chargée, et surtout avec plusieurs casquettes.

    Evidemment, il y a toute la partie sportive qui prend beaucoup de place, avec les entraînements sur terrain 1 à 2 fois par jour tous les jours, où là on va vraiment bosser la technique, la tactique, les enchaînements, faire des matchs avec les sparing, faire de la PMA etc. Ca évidemment, c’est le cœur de l’activité quotidienne d’un sportif de haut niveau parce que tout simplement, pour devenir le meilleur dans sa discipline il faut la pratiquer sans relache.

    A coté de ça, en complément des entraînements terrain, on va avoir la préparation physique, qui peut avoir lieu plusieurs fois dans la semaine avec généralement 2 grandes catégories de séance, soit la muscu donc basiquement en salle, du renfo musculaire soit avec des haltères, des machines etc. soit plutôt du gainage et des exercices avec son corps, et de l’autre coté du cardio qui peut être fait en course, vélo, natation généralement (mais parfois on peut être créatif avec du rameur, du skierg, de la montée d’escalier par exemple). Et puis, certaines séances peuvent être plutôt sur le développement des reflexes, sur la proprioception, sur des mouvements actifs spécifiques, ce genre de chose.

    Enfin au niveau sportif, on va avoir les compétitions locales qui peuvent avoir lieu de temps en temps le week end comme les interclubs et les compétitions internationales, pour ma part en parabadminton c’est entre 6 et 10 fois 10 jours dans l’année. Mais si ce n’était que ça, c’est sûr que ça serait beaucoup plus simple, parce qu’en réalité il y a tout un autre monde derrière le sport.

    La partie mentale et diététique de la perfomance sportive de haut niveau

    A côté du sport en lui même, on va avoir toute la partie mentale de la performance avec donc la préparation mentale, ça ça peut passer par des séances avec un preparateur, ça peut être la réalisation d’exercices, de la lecture, du visionnage de documentaires etc. et la psychologie avec un suivi chez un psychologue et/ou un psychiatre.

    Ensuite dans le même esprit on a la partie diététique avec un suivi chez un professionnel et la réalisation des repas, alors là vous allez me dire oui comme tout le monde, alors certes mais dans notre cas, on n’a pas le droit au repas de flemme qu’on commande chez Uber un soir parce qu’on est fatigué, ou la sortie au restaurant n’importe quand. On doit aussi manger beaucoup de calories pour compenser les pertes donc ça passe parfois par faire plus de repas que la norme, il y a aussi toute l’anticipation et l’organisation des repas lorsque l’on est en compétition, parfois à l’étranger avec des aliments qui sont différents de ce qu’on peut trouver en France. Et donc tout ça, c’est une partie du job qu’on ne peut pas négliger.

    Là je pense que j’ai fait le tour de la partie qui concerne la performance sportive en elle-même, mais à coté de ça on a toute la partie qui concerne le volet plutôt économique du projet sportif.

    L’économie d’un projet sportif de haut niveau

    Là dedans on va déjà retrouver la recherche de sponsors, et ça ça peut prendre vraiment beaucoup de temps en fonction du budget que l’on a besoin de trouver, c’est sûr que ce n’est pas pareil de juste avoir besoin de vivre que de devoir aussi financer toutes ses compétitions, son coach, son prépa physique, son kiné etc.

    Mais aussi ça va dépendre de ton image médiatique parce que Florent Manaudou ou Teddy Riner ne vont même pas forcément avoir besoin de chercher, c’est plutôt les sponsors qui vont les trouver directement, alors que quand on vient d’un sport moins médiatique et/ou avec un palmarès moins important, il faut vraiment se démener pour vendre son projet, trouver les personnes à contacter etc. Et là ça passe par beaucoup d’heures de création d’un plan de sponsoring, de la réalisation des supports pour le vendre (que ce soit numérique ou physique en fonction de ce qu’on prend comme stratégie), de la recherche d’entreprises qui correspondent à celles qui ont un budget marketting, de la recherche et du démarchage de LA personne en charge potentiellement des sponsorings et donc l’envoi de mail, la gestion du CRM pour ne pas relancer quelqu’un qui t’as déjà répondu non, ou de poster les enveloppes avec ton dossier à la poste etc.

    Et ça, ben tant que tu n’as pas bouclé ton budget total pour la saison, ça peut littéralement être un travail de longue haleine tout au long de l’année pour réussir à réunir ce fameux budget qui peut parfois se chiffre en plusieurs dizaines de milliers d’euros. Littéralement, on pourrait y passer 35h/semaine et que ce soit LE job d’une seule personne, sauf qu’on le rappelle on réalise ça à coté de tout le reste.

    Les relations avec les sponsors

    Ensuite on a les relations avec les sponsors que tu as déjà donc les interventions dans les entreprises, les tournages de contenu, la réalisation de vidéo pour les réseaux sociaux, la rédaction, signature, envoie des contrats, la facturation, et donc tout le travail administratif qui en découle. Et d’ailleurs, ce volet administratif ne concerne pas que la relation avec les sponsors, mais comme je le disais tout à l’heure la plupart du temps on a une entreprise pour pouvoir gérer notre carrière et donc on a le travail administratif de tout entrepreneur avec les factures, les documents à trier, les impôts, les dépenses, les business plan, le suivi du budget etc.

    Et puis, pour réussir à convaincre des sponsors, il faut avoir quelque chose à leur proposer en retour, et ça ça passe notamment par construire une image et une communication solide. Donc au quotidien ça se traduit par la gestion des réseaux sociaux, la création de contenu, et donc tournage, réalisation, edition d’images, la rédaction de newsletter. Il y a aussi les apparitions dans les médias, journaux, télé, radio et ça c’est quelque chose qui prend du temps notamment quand on habite loin de Paris parce que la plupart des opportunités sont là bas et fatalement, s’y rendre prend tout de suite une journée complète.

    Donc en plus de toutes ces tâches et de toutes ces casquettes qui sont tout de même assez différentes les unes des autres, il faut aussi avoir une gestion de planning très carrée. Ca j’en parle en détail dans l’épisode 4 Gérer un emploi du temps de sportif paralympique : mission impossible ? Et pour la recherche de sponsor, ça se passe dans l‘épisode 18 Sport de haut niveau : athlète sans palmarès ? Voici comment trouver des sponsors en 2025.

    Avec tout ça, vous avez une vision un peu plus réaliste et juste de ce qu’est le quotidien d’un sportif de haut niveau en France, et on repose donc la question : est ce qu’être sportif de haut niveau est un vrai métier ?

    Ça signifie quoi être un sportif professionnel ?

    Est ce qu’il faut strictement s’arrêter à la définition de « sportif professionnel » pour considérer cette activité comme un métier, à savoir gagner de l’argent par ses compétitions ? Dans ce cas, la majorité des sportifs de haut niveau ne le sont pas, car il n’y a que très peu de sport où l’on gagne des prize money en compétition, et encore moins dans les parasports.

    Est ce qu’il faut prendre en compte de manière plus globale la situation professionnelle du sportif, et qu’à ce jeu un sportif qui gagne sa vie grâce à tout son système mis en place comme le sponsoring, les revenus des réseaux sociaux, les interventions en entreprise, les primes de performance et les aides sociales peut-être considéreécomme professionnel même s’il ne gagne pas de prize money en compétition ?

    Ou est ce qu’on peut considérer qu’une personne qui passe plus de 35h par semaine dédié à son sport, même s’il vit des aides sociales ou d’un métier à temps partiel à coté est tout de même un professionnel de son sport parce que dans son quotidien, toutes ses journées sont tournées vers cela ?

    Pour ma part, je pense qu’être sportif de haut niveau est un métier à part entière lorsque l’on y dédie sa vie et qu’on mise dessus à 100% car comme je l’ai expliqué tout au long de l’épisode, on doit développer des compétences transversales qui vont bien au dela de taper dans un volant ou courir sur une piste. En ce sens, nos profils sont d’ailleurs souvent précieux pour les entreprises qui recrutent dans certains secteurs et cela peut constituer un véritable atout pour notre reconversion, quand la retraite arrive autour de la trentaine ou la quarantaine. Mais pour cela, il faut vraiment avoir pris conscience de tous les enjeux autour du sport et pas seulement avoir consacré sa vie à uniquement s’entraîner sans se soucier des enjeux annexes et qui permettent de monter un système très performant comme je l’ai décrit.

    Aujourd’hui, le métier qui se rapproche le plus de ma vie quotidienne est celui de chef d’entreprise, et de toute manière c’est littéralement le cas puisque j’ai une société pour pouvoir gérer tous ces aspects de ma carrière.

    Donc la réponse est clairement oui, le sport de haut niveau est un vrai métier, que ce soit en terme de volume horaire que de contenu des journées chaque semaine. J’attends évidemment votre avis en commentaire et je vais même organiser un débat sur mes réseaux sociaux sur le sujet alors vas vite t’abonner si ce n’est pas déjà fait, tous les liens sont dans la description !

  • En fauteuil roulant à la vie, debout pour le sport

    Milena Surreau en fauteuil roulant

    Je joue debout sur un terrain de badminton. Et pourtant, j’utilise un fauteuil roulant au quotidien Une contradiction ? Une fraude ? Pas du tout ! 

    Je vis ce décalage tous les jours. A l’entraînement, parmi les meilleures joueuses mondiales de parabadminton, je joue debout. 

    Je cours, je transpire, je suis championne d’Europe et je fais partie du top 10 mondial de la discipline. Mais quand le match se finit, ou quand je repars de l’entraînement, mes jambes ne suivent plus, la force me quitte, la spasticité prend le dessus.

    Alors je roule. Et c’est en fauteuil roulant que je repars. Evidemment, avec cela, et à notre belle époque des réseaux sociaux, les remarques fusent : 

    Tu triches ?
    Tu fais semblant ?
    Tu attires l’attention pour avoir des aides ?

    J’ai écrit le nouvel épisode de Journal d’une Parabadiste pour remettre les pendules à l’heure. Pour parler de paraplégie, de tétraplégie, de ce que veut dire “tenir debout” quand ton corps vacille Pour expliquer pourquoi la plupart des personnes utilisant un fauteuil roulant peuvent en réalité se lever ou marcher.

    Pourquoi le fauteuil roulant peut être plus pratique que des béquilles. Et pourquoi vous devez arrêter d’être suspicieux quand vous voyez un handicapé (même s’il est jeune !) utiliser des aides techniques.

    Mais aussi, pour expliquer à ceux qui découvrent le handicap que ce n’est pas un échec de repartir du centre de rééducation en fauteuil roulant, et décrypter mon parcours qui m’a permis d’accepter cette aide technique sans honte.

    Episode 19 – Les secrets des athlètes paralympiques qui jouent debout… et roulent assis.

    Disponible sur toutes les plateformes d’écoutes

  • JO : ces athlètes de haut niveau qui font un sport d’été et d’hiver

    Milena Surreau, athlète de haut niveau, sur son snowboard lors d'une étape de coupe de France de parasnowboard

    Quand on aime… on ne compte pas ! Mais est-il possible de mener de front 2 carrières distinctes lorsque l’on est athlète de haut niveau ?

    Cet hiver, après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 auxquels j’ai participé en para badminton, j’ai eu besoin de souffler. Une grosse fatigue mentale s’est installée, et c’est à la montagne que j’ai fait retomber la pression de ces 2 années incroyablement intenses entre les qualifications et les Jeux Paralympiques.

    Mais très vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus. J’ai eu l’envie de découvrir une nouvelle discipline : le para snowboard. Car c’est une chose de descendre des pistes en free ride entre ami, ça en est une autre de devoir passer des piquets de manière chronométrée.

    Une belle réussite

    La classification nationale passée, c’est sur la 1ère étape du circuit Coupe de France aux Saisies qu’a commencé ma nouvelle passion. Au final, je repars des Alpes 3 mois plus tard avec 5 médailles d’or, le circuit général de la Coupe de France, et un double titre de championne de France (il faut dire que j’ai profité de l’absence de Cécile Hernandez, blessée lors de sa dernière étape de Coupe du Monde).

    Mais alors, peut-on mener de front 2 carrières sportives de haut niveau ? Si l’on voit de temps en temps quelques athlètes briller sur plusieurs circuits à l’international (à l’instar d’Arthur Bauchet, le paraskieur récent vainqueur d’une coupe du monde de cyclisme sur route), il reste tout de même peu commun et difficile de mener de front deux véritables carrière de haut niveau.

    Alors pourquoi partir 3 mois à la montagne et laisser de coté mon sport ? Était-ce une parenthèse ou un nouveau départ dans ma carrière d’athlète de haut niveau ? Était-ce un caprice, un « coup de tête », ou au contraire une étape déterminante ? Qu’est ce que cela m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes à la reprise du badminton ?

    « J’ai découvert un monde mental que je ne soupçonnais pas »

    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je partage sans filtre ce que ce virage m’a appris sur la résilience, la gestion d’une carrière, et le courage d’écouter ses besoins, même si cela surprend.

    Entre développement physique, endurance, groupes musculaires nouveaux et aspects psychologique et mental, la découverte de ce sport diamétralement opposé au badminton m’a ouvert un monde que je ne soupçonnais pas. Loin d’être une perte de temps dans ma carrière paralympique de badminton, j’ai au contraire fait un grand bon en avant sur bien des aspects et une nouvelle réflexion sur mon calendrier sportif s’impose.


    Parce qu’une trajectoire sportive n’est jamais parfaitement rectiligne. Et que parfois, changer de direction permet de mieux avancer.

    Pour découvrir en détail les tenants et aboutissants de cette pause alpine, je vous invite à écouter l’épisode 22 de mon podcast Journal d’une parabadiste : « Parasport : le défi inattendu d’une paralympienne en snowboard après Paris 2024 » (disponible sur toutes les plateformes d’écoute)

  • 22.Parasport : ce que le snowboard a apporté à ma carrière de badiste de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous bienvenue sur mon podcast Journal d’une parabadiste, le premier podcast français sur le sport de haut niveau paralympique ; aujourd’hui je réponds à une question qui m’a été posée et j’adore quand je traite des sujets qui viennent de vous parce que j’ai créé ce podcast pour vraiment répondre aux questions que les gens se posent sur le sport de haut niveau et/ou sur l’impact handicap dans cette pratique donc quand je satisfais directement votre curiosité c’est un vraiment plaisir pour moi.

    Après les Paralympiques de Paris 2024, place au parasnowboard

    Dans cet épisode on va donc parler de l’hiver que j’ai passé après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 et pourquoi est ce que je suis partie faire du snowboard au lieu de continuer le badminton, est ce que c’est un projet à long terme ou était-ce une parenthèse, pourquoi le snowboard et pas le ski, qu’est ce que ça m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes par rapport au badminton bref aujourd’hui je parle en détail de ce que j’ai vécu cet hiver !

    Pour remettre dans le contexte, j’ai fini les Jeux Paralympiques le 31 aout, ensuite on a eu quelques obligations en terme de médias et de présence pour la fédération, et je suis rentrée chez moi début septembre. Là j’ai pris beaucoup de repos parce qu’une paralympiade c’est 3 ans très intensif, entre la préparation, le financement, la qualification et ensuite les jeux. Je parle un peu plus en détail de tout ça dans l’épisode 16 sorti il y a quelques mois.

    J’ai repris l’entrainement mi octobre, parce que j’avais vraiment l’envie et le besoin de reprendre, donc ça a été une décision personnelle et pas une décision imposée par mon staff, c’est important de le savoir.

    Et puis en décembre, j’ai eu vraiment une période difficile mentalement, j’étais épuisée, alors heureusement les vacances arrivaient et je suis partie à la montagne, chez ma meilleure amie. A la fin des vacances, j’étais vraiment absolument pas en état de rentrer et de reprendre l’entraînement, j’avais pas du tout encore récupéré de ma fatigue, en plus j’avais un nouveau traitement à cette période qui me causait énormément de fatigue et de somnolence. Donc je me suis simplement écoutée — comme on en parlait dans l’épisode précédent sur la santé mentale — et je suis restée plus longtemps.

    Alors qu’est ce qu’on fait quand on est en vacances à la montagne et qu’on aime le sport, ben généralement du sport d’hiver, entre les longues après midi de sieste et les balades des chiens, on allait de temps à autre sortir en ski et en snowboard et ça m’a fait un bien fou de faire du sport extérieur, en pleine nature, parce que ça change pour le coup carrément de notre quotidien de badiste, nous on est tout le temps enfermés dans un gymnase et pouvoir respirer le grand air de la montagne, ça fait du bien physiquement et moralement.

    Donc moi je fais du snowboard depuis que j’ai 14 ans à peu près, à l’époque je n’avais pas encore de gros soucis neurologique, j’avais mes jambes qui fonctionnaient à peu près normalement on va dire. Et là c’était la 1ere fois que je remontais sur un snow depuis ma paraplégie spastique. Donc pour ceux qui me découvrent aujourd’hui, j’ai une maladie neurologique qui touche ma moelle épinière et qui fait que petit à petit je perds ma force dans mes jambes et dans mes bras, et j’ai ce qu’on appelle de la spasticité donc des contractions musculaires involontaires ce qui rend difficile le contrôle des jambes.

    Donc même si j’ai beaucoup de difficultés à marcher et que dans la vie de tous les jours j’utilise un fauteuil roulant, sur un snowboard je peux tenir debout. Une fois que je suis dessus en fait avec les pieds attachés, j’ai vraiment ma spasticité qui va m’aider à tenir debout en compensant les paralysies et je vais descendre les pistes, même si j’ai besoin de beaucoup de pause.

    A l’inverse du ski où debout je n’aurais pas assez de force dans chaque jambe séparée pour pouvoir supporter la force qu’il faut y mettre.

    Pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard ?

    Et puis, assez vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus, et je me suis dis, pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard pour découvrir cette discipline, parce que c’est évidemment totalement différent de faire du free ride quand on est en vacance que de passer des piquets imposés le plus vite possible, voir si ça me plait et voir ce qu’il en est quoi !

    Donc j’ai passé la classification nationale, pour savoir si mon handicap était éligible pour faire du parasnowboard — pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit j’ai sorti 2 épisodes sur ce sujet, le 14 et le 15 avec tout ce qu’il y a à savoir sur les classes en parasport — et j’ai participé à une première Coupe de France début janvier.

    Et franchement je ne m’y attendais pas du tout, parce que la vitesse ça n’a jamais été ce que je préfère sur les pistes, mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour la discipline. J’ai adoré passer ces piquets imposés, apprendre à prendre les bonnes trajectoires, doser les risques…

    Une première compétition qui m’ouvre des portes

    Et cette première compétition a été un vrai succès, que ce soit en terme de résultat puisque j’ai fait 2 médailles d’or, mais aussi en terme d’expérience puisque j’ai passé une super journée, j’ai pu rencontrer les athlètes du circuit national donc vraiment beaucoup de positif.

    Suite à cette première réussite, je me suis dit pourquoi pas continuer le circuit tant que je suis sur les Alpes, parce que du coup ça m’a aussi poussé à m’entraîner un peu plus sérieusement et donc ça a continué de m’entretenir physiquement ce qui était pas plus mal pour la reprise future du badminton. Et donc j’ai fait une 2e Coupe de France, sur laquelle j’ai fait 1 médaille d’or et où j’ai pris beaucoup d’expérience ; ce qui m’a aussi qualifiée pour les championnats de France qui avaient lieux plus tard dans la saison en mars.

    Et ceux là pour le coup j’étais vraiment pas sûre de pouvoir y participer parce que je commençais en février à entrevoir mon retour à la maison et au badminton, il y a avais aussi une incertitude sur le calendrier de compétition BWF auquel je pouvais participer ou non avec ma reclassification en parabadminton donc ça j’en parle dans l’épisode 20 pour ceux qui l’ont manqué.

    Au final, après un hiver très ressourçant je suis rentrée à la maison mi février, et j’ai finalement pu participer aux championnats de France de para snowboard grâce à une semaine de vacances du pôle performance parabad qui tombait pile poil au bon moment. Et donc en amont de ce stage, j’ai aussi pu participer à un stage de développement avec des membres du collectif France et l’entraîneur des équipes de France de parasnow. Ca a été un super moment pour moi, très complémentaire de tout ce que j’avais vu cet hiver, avec un super staff. Et comme j’en parlais dans l’épisode précédent, le staff c’est à mes yeux ce qui peut faire la différence dans une discipline que l’on veut potentiellement pratiquer à haut niveau, donc ça m’a aussi ouvert des perspectives auxquelles j’avais pas forcément pensé jusque là.

    Bref, je suis revenue des championnats de France de parasnow avec 2 médailles d’or, mais aussi un bagage énorme pour le badminton parce que contrairement à ce qu’on peut penser à première vue, ça a été un tremplin énorme et un vrai bon investissement pour ma carrière principale et non pas une perte de temps de 3 mois à la neige à se la couler douce.

    Un apport physique, mental et psychologique

    Et c’est là qu’on en vient à cette question, qu’est ce que ça m’a apporté. Pour résumer, j’ai énormément appris ou progressé sur les plans physique, mental et psychologique. Bref, sur tous les pans de la performance sportive et qui peut se transposer d’un sport à l’autre. Parce que oui, j’ai aussi progressé techniquement sur le snowboard, mais ça pour le coup ça n’est pas d’une grande aide pour le badminton.

    Alors déjà physiquement le bad et le snow sont 2 sports diamétralement opposés, et donc j’ai sollicité et travaillé des groupes de muscles que soit j’utilise peu en badminton, soit que j’utilise différemment. Cet hiver, ce sont mes cuisses qui ont le plus évolué, alors pas dans l’aspect explosif parce que c’est tout l’inverse, c’est vraiment l’endurance qui a été boostée. Et ça je l’ai ressenti de manière exponentielle quand je suis revenue au badminton, j’avais tellement moins de fatigue musculaire, je pouvais tellement faire plus plus longtemps. Et ça ça a été valable pour tous les groupes musculaires impliqués en snowboard, parce que c’est vraiment des efforts assez longs comparés à l’explosivité du badminton, mais les cuisses sont tellement cruciales au badminton que c’est ce qui m’a le plus marqué à mon retour.

    Mais à coté de ça, il y a aussi eu tout le gainage du tronc, abdo, fessiers, ensuite les épaules et les triceps. Alors là vous me dites les triceps ? A quoi sert ce muscle dont on ne parle jamais et pourquoi en snowboard ?!

    Donc faut savoir qu’avec ma pathologie, j’ai avant tous des déficits moteurs dans les jambes, mais j’ai aussi des atteintes aux bras et notamment mes triceps qui sont très faibles. Et là avec le snowboard, j’en avais besoin pour me relever, parce qu’en snow on a toujours le cul dans la neige dès qu’on s’arrête et donc pour se relever il faut soit avoir des jambes très solides, ce qui n’est pas mon cas, soit se propulser avec le bras, et donc mes triceps ont été mis à contribution, avec mes épaules, ce qui a été très bénéfiques ensuite pour ma pratique du badminton que ce soit le bras droit ou le bras gauche qui sert à s’équilibrer.

    Donc vraiment physiquement, j’ai beaucoup gagné en force et en endurance que ce soit dans les jambes, les bras et le tronc et ça ça a été un atout indéniable, déjà pour ma vie quotidienne parce que tout est plus simple pour les transferts etc. et pour le badminton, j’étais vraiment super affutée quand je suis revenue à l’entraînement, malgré les craintes évidentes de mon staff après plus de 2 mois sans jouer. Evidemment il a fallut rebosser l’explosivité parce que c’est quelque chose que j’avais beaucoup perdu du coup, mais c’est assez vite revenu dans l’ordre.

    Ensuite, sur l’aspect psychologique, indéniablement c’est sûrement ce qui a été le plus remarquable. Comme je vous le disais, quand je suis partie j’étais très fatiguée, j’étais pas bien mentalement. J’en parlais aussi dans l’épisode 21 juste avant celui ci, quand on évoquait la santé mentale, j’ai beaucoup de challenges à ce niveau là avec des périodes où j’ai vraiment des pensées très noires et une fatigue intense de tout ce que demande la vie. Et là pendant 2 mois dans cet environnement, avec ma meilleure amie, avec un rythme de vie avec très peu si ce n’est aucune contrainte, à découvrir et faire un autre sport, autre chose, en extérieur, ça m’a vraiment rafraichi le cerveau. J’ai libéré toute la pression qui s’était accumulé depuis les jeux, toute la fatigue ancrée qu’au final je n’avais pas vraiment eu l’opportunité d’évacuer. Et il n’y a absolument rien de mieux que de pouvoir repartir à la routine quotidienne d’entraînement en vue de performance que quand tu es tout frais, bien disposée à repartir à l’attaque, avec une envie de vivre et de jouer qui sont au maximum.

    Donc quand je suis revenue, ben j’étais tout simplement dans les meilleures dispositions pour performer.

    Et puis, il y a enfin eu l‘aspect mental. Ca c’est au cœur de la performance sportive, pour moi le mental fait vraiment 80% d’un résultat. Et là j’ai pu découvrir un monde mental que je ne soupçonnais pas. Parce que sur cet aspect aussi le badminton et le snowboard sont 2 mondes à part.

    Des ressources mentales insoupçonnées

    En badminton, c’est un combat contre un adversaire, on doit gagner plus de set que l’autre. C’est un combat qui est long, enfin, par rapport au tennis non mais ça reste en moyenne 30 à 45 minutes de concentration nécessaire, mais avec des pauses, si tu fais une erreur et que tu perds un point, c’est pas grave, y’en a encore 21 à gagner et même parfois, tu perds plus de point que ton adversaire et tu gagnes quand même ! Alors il y a aussi une petite partie de combat contre soi-même, comme dans tout sport. Mais globalement on est sur un sport d’opposition, avec des hauts et des bas pendant ces 30-45 minutes, des prises de risques possibles mais jamais fatales.

    Et à l’inverse, le snowboard c’est avant tout un combat contre toi même et surtout contre la piste. Un sport où la moindre erreur peut être fatale. Si tu loupes une portes : t’es éliminé. C’est une concentration extrême pendant environ 2 minutes, où tu ne peux pas te laisser aller à penser à des choses annexes, à manquer de concentration sur ce que tu fais. Parce que simplement tu n’as pas le droit à l’erreur !

    Soit parce que le chrono ne te le pardonnera pas, soit parce que la piste ne te le pardonnera pas et quand tu sors, c’est fini.

    Et là on voit bien qu’on est dans un tout autre monde mental que le badminton.

    Il faut constamment avoir parfaitement conscience de son niveau technique, physique et tactique sur la piste, pour faire les bons choix au bon moment, sans droit à l’erreur. C’est une pression constante dès l’instant où tu passes le portique de départ et jusqu’à franchir les 2 piquets de l’arrivée. Et ça, ça demande énormément, même si l’effort est beaucoup plus court que sur un match de bad. Et du coup, ça m’a ouvert vraiment un autre aspect de la préparation mentale et de l’aspect mental une fois sur le court. Même si ce pan de la performance était déjà mon point fort, je suis vraiment revenue avec encore plus de ressources à ce niveau. Et pour le coup, autant je savais que le snow allait me faire du bien physiquement et psychologiquement, mais je ne m’attendais absolument pas à avoir encore un tel espace de progrès sur le mental !

    Donc loin d’avoir été simplement 2 mois off ou 2 mois de vacances, cette pause inattendue en parasnowboard m’a en fait apporté énormément pour le badminton à tous les plans, et d’ailleurs ça s’est assez vite concrétisé parce que non seulement j’étais bien à l’entraînement, mais j’ai aussi fait une médaille d’argent à la 1ere compétition sur laquelle je suis sortie en 2025 et pour moi ce n’est pas annodin.

    Quelle suite pour le snowboard et le badminton ?

    Alors où ça nous mène tout ça ? Est ce que je vais partir dans un double projet été hiver avec le badminton et le snowboard tous les 2 ans aux Jeux ?

    Pour le moment, c’est assez flou de mon coté pour plusieurs raisons, déjà avant d’avoir passé une classification internationale en parasnowboard, on ne peut pas savoir si je suis éligible officiellement pour les compétitions qui comptent pour les Jeux et les Coupes du Monde. Donc tant que je n’ai pas passé la classification internationale, c’est difficile de pouvoir s’y projeter.

    Ensuite un double projet ça demande beaucoup de ressources, que ce soit financières mais aussi physique, psychologiques, mentales. Ca demande beaucoup d’organisation et donc énormément d’énergie pour gérer tout cela. Et c’est déjà énorme quand on ne fait qu’un seul sport, j’en parlais dans l’épisode 4, mais quand on en fait 2 c’est encore plus, et sûrement plus que 2 fois plus parce qu’il faut gérer et imbriquer toutes les contraintes de l’un et de l’autre, avec les calendriers, les déplacements etc.

    Il faut aussi avoir un staff qui soit pleinement convaincu et engagé dans le double projet, et pas que ce soit un combat les uns contre les autres. Et ça comme je l’évoquais très rapidemment dans l’épisode précédent, c’est encore un peu compliqué en France d’avoir des doubles projets été-hiver bien développés à cause des croyantes limitantes qui existent sur le sujet et un peu cette idée de « si tu fais du snow ça veut dire que tu fais pas de badminton pendant ce temps et ça peut pas marcher » et inversement.

    Alors moi je suis persuadée que ça peut fonctionner, je sais d’ailleurs que ça fonctionne, parce que c’est déjà le cas pour certains athlètes, notamment chez les para mais ça s’est déjà aussi vu chez les valides. Et l’expérience que je viens de vivre cet hiver, et les bienfaits énormes que ça a eu à mon retour me prouvent qu’il y a bien quelque chose à faire de ce coté là.

    Malgré tout, aujourd’hui, ma priorité est vraiment sur le badminton, c’est mon objectif n°1, la médaille d’or à Los Angeles et remporter l’or dans toutes les grandes compétitions à savoir championnats d’Europe et championnats du Monde.

    Par contre, je sais que je ne pourrai pas faire de badminton toute ma vie parce que malheureusement avec ma pathologie, j’ai des atteintes aux bras et notamment aux doigts qui sont de plus en plus importantes, et le badminton c’est pour le coup un sport qui nécessite une vraie force et de la dextérité. Donc je sais qu’il arrivera un moment où le parabadminton ne sera plus possible. Et il est vrai que je songe vraiment au parasnowboard comme reconversion, parce que même si les bras sont importants pour les départs et pour l’équilibre, les doigts restent un enjeux un peu moins importants qu’au bad.

    Donc aujourd’hui, je prépare vraiment tranquillement cette future reconversion, je réfléchis à comme je le disais, passer cette fameuse classification internationale pour déjà être fixée la dessus. Je vais continuer à m’entraîner de temps à autre sur neige, même si d’ici Los Angeles je ne ferai pas de saison complète à la montagne. Parce que j’ai aussi une promesse à respecter, que j’ai faite à ma meilleure amie qui m’a accueillie cet hiver, qui m’a soutenu dans le choix de me lancer dans le parasnowboard national, et qui m’a dit avant de quitter ce monde, de toujours faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et pas pour faire plaisir à ceux qui croient mieux savoir ce qui est bon pour ma vie.

  • Fauteuil roulant : ce n’est pas la fin de la vie

    Photo de MIlena Surreau, sportive de haut niveau internationale en parabadminton, assise sur son fauteuil roulant

    Ma plus grande victoire ne s’est pas jouée sur un terrain badminton, elle ne s’est pas célébrée sur un podium et elle n’a pas donné lieu à des applaudissements.

    Ma plus grande victoire, c’est d’avoir accepté un fauteuil roulant. Pas parce que je ne pouvais plus marcher. Mais parce que j’ai compris qu’en persistant à vouloir faire « sans », je perdais bien plus que ma mobilité.

    J’ai une maladie neurologique rare : la paraplégie spastique héréditaire. Elle me laisse encore courir quelques mètres sur un terrain de badminton, mais elle me laisse rarement marcher plus de quelques centaines de mettre sans demander un effort surhumain, des douleurs dans les muscles, des chaussures ruinés par ces pieds qui trainent…

    Ce n’est pas un échec de repartir du centre de rééducation en fauteuil roulant

    J’ai longtemps cru que m’asseoir dans un fauteuil serait une défaite. Qu’accepter le fauteuil, c’était renoncer à l’autonomie, à la force, à la performance.

    Et pourtant… c’est en acceptant le fauteuil que j’ai pu voyager seule, sans finir au sol dans un aéroport, garder mon énergie pour mes matchs de parabadminton, au lieu de la gaspiller dans les couloirs, récupérer plus vite, au lieu de boiter jusqu’à la chambre en espérant ne pas croiser de regard accusateur.

    Et surtout : j’ai appris que le fauteuil ne dit rien de ce que je vaux, ni comme athlète, ni comme humaine. C’est simplement un outil. Un outil de liberté, quand le corps ne suit plus.

    Et je refuse qu’on l’associe à une imposture, juste parce que je peux encore me lever.

    En parallèle, un monde pratique s’est ouvert sous mes yeux… car les béquilles sont souvent plus handicapantes qu’un fauteuil roulant. Et c’est une réalité à laquelle je me suis retrouvée confrontée dans mon parcours de vie avec ma maladie neurologique progressive.

    Petit à petit, mes forces quittent mes membres, mes muscles se paralysent et gagnent en spasticité. Il a d’abord fallu que j’utilise des béquilles pour me déplacer.

    Petit à petit, le fauteuil roulant est arrivé dans ma vie… et c’est là que je me suis rendu compte que dans beaucoup de situations, je me galérais beaucoup plus avec mes béquilles qu’avec le fauteuil.

    Assez paradoxal à première vue…

    • Faire les courses ? Plus facile en fauteuil
    • Partir en voyage avec une valise ? Plus facile en fauteuil
    • Gérer son chien ? Plus facile en fauteuil
    • Manger dans un self avec un plateau ? Impossible en béquille

    Avec des béquilles, on a les 2 mains prises. Avec un fauteuil, on a des genoux libres, et une barre derrière pour tracter.

    C’est comme cela que j’ai pu petit à petit accepter pleinement cette aide technique, qui est encore bien trop stigmatisé et connoté négativement dans nos esprits.

    J’en parle en détail dans l’épisode 19 de mon podcast « Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi le fauteuil roulant (même si je ne suis pas entièrement paralysée)« , un épisode à relayer à toutes les personnes touchées par un accident soudain de la vie, par une maladie qui progresse, qui ont de la difficulté à accepter pleinement cette nouvelle réalité.

    Pour expliquer que ce n’est pas un échec de repartir du centre de rééducation en fauteuil roulant, et décrypter mon parcours qui m’a permis d’accepter cette aide technique sans honte.

  • La souffrance mentale concerne tout le monde

    Photo de Milena surreau, athlète de haut niveau en parabadminton et membre de l'équipe de France, sur le terrain des jeux paralympiques de Paris 2024.

    On pense souvent que la souffrance mentale, c’est pour les gens qui détestent leur travail ou leur vie. Qu’avoir un quotidien passionnant, c’est une protection. Qu’un job « rêvé » rend la vie douce.

    Mais la vérité, c’est que n’importe qui peut être affecté au niveau de sa santé mentale. Et que la performance — surtout au plus haut niveau — exige bien plus que du talent et de la discipline. Elle exige un mental solide… et un environnement qui respecte nos limites.

    Et parfois, ce mental flanche, la souffrance mentale prend le dessus : pas parce qu’on est faible, mais parce que tout simplement… on est humain.

    Alors oui, je suis athlète de haut niveau. Oui, j’ai choisi ce mode de vie. Je fais le métier de mes rêves, et le métier de rêve de beaucoup de jeunes !

    Mais cela ne me rend ni invincible, ni insensible. Et je refuse de me taire pour protéger un mythe !

    Parce qu’aucune performance ne mérite de se construire sur le silence et l’épuisement.

    🎙️ C’est pour cela que j’ai produit l’épisode 21 de mon podcast Journal d’une parabadiste :

    Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

    On y aborde le sujet tabou de la santé mentale, les clés et pistes pour améliorer ce pan dans un système de performance, les évolutions sur le sujet dans le milieu très fermé et élitiste du sport de haut niveau… et les limites pratiques, même lorsque toute la théorie du monde est appliquée.

    A écouter sur toutes les plateformes d’écoute, et surtout : A PARTAGER.

    Car il y a encore bien trop d’athlètes qui négligent cette part de leur santé. Et qui en souffre énormément.

  • Un journée dans la peau d’une sportive de haut niveau

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton, sur le terrain des Jeux Paralympiques de Paris 2024

    Photos : Lucas Noyon / BADMINTONPHOTO

    Les médailles et les podiums, c’est bien, mais au quotidien dans l’ombre il se passe quoi ?

    Aujourd’hui je vous emmène avec moi sur la journée type d’une sportive de haut niveau !

    Réveil 6h — je sors mon chien au jardin pendant que je prends mon pique nique (préparé la veille) dans le frigo

    6h15 — départ pour la gare (avec Eugène, mon chien d’assistance 🦮)

    6h45 — 1h de train = 1h de sommeil, petite sieste avant d’arriver en ville

    7h45 — petit temps off pour mon chien qui peut renifler, faire ses besoins

    8h — tramway direction le CREPS des Pays de la Loire !

    8h15 — arrivée au CREPS, détente pour Eugène (qui préfère la période où il peut observer les moutons en pâturage)

    8h45 — Eugène va au vestiaire, début de l’échauffement pour moi

    9h/11h — entraînement collectif : ça sue à grosse gouttes 🥵

    11h/12h — balade pour mon chien pendant que je mange mon pique nique

    12h/13h30 — sieste pour tout le monde

    14h/15h15 — entrainement individuel : focus technique et répète de coups

    15h30/17h — retour en transport : travail administratif, réseaux sociaux, compta, sponsors

    19h — repas du soir

    20h30 — coucher

    repeat

    Evidemment point bien-être animal :

    Je ne m’entraîne pas 2 fois par jour 7j/7, ce qui permet de faire des grosses balades d’1h30/2h et/ou du VTT le matin. Aussi, Eugène ne m’accompagne pas tous les jours à l’entraînement et profite souvent du canapé la journée. Le cas échéant, il a donc une 2e balade quand je rentre !
    Il a 6 ans et est un adulte avec moins de besoin qu’un chiot/adolescent, ce rythme serait différent avec un chien plus jeune.


    Aussi, tout cela est bien beau sur le papier, mais dans les faits, comment se passe les déplacements quand on est en plus, handicapé moteur ? J’ai sorti un épisode sur le sujet sur mon podcast Journal d’une parabadiste : Fauteuil roulant — accessibilité, regards pesants, mise en danger – l’envers du décors d’un simple trajet disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

    Imaginiez-vous la journée d’une sportive de haut niveau comme cela ?


  • « Vous avez une maladie neurologique » : le plus beau jour de ma vie

    Photo de Milena Surreau sur son fauteuil roulant. Atteinte d'une maladie neurologique, elle devient petit à petit tétraplégique.




    Petite, je rêvais de devenir joueuse de tennis professionnelle. Je rêvais de Roland-Garros, de podiums, de grandes compétitions. Les Jeux Olympiques me faisaient rêver et l’image de Rafael Nadal me boostait à chaque entraînement.

    J’étais en sport-étude, je m’entraînais tous les jours y compris le samedi, et le dimanche c’était le jour des compétitions.

    Le tennis, c’était toute ma vie. Un refuge contre le harcèlement au collège, une bouffée d’air frais à chaque fois que j’entrais sur un terrain en terre battue.

    Mais j’étais toujours un peu à la traîne par rapport aux autres. Souvent blessée, je participais à moins de tournoi. Chaque année, je progressais donc moins au classement fédéral. Je jouais dans les équipes de division inférieure en interclub.

    Par dessus le tout, j’avais des douleurs dans les jambes terribles. Qui sont petit à petit remontées au dos. Mais aucun médecin n’a pris le temps de m’examiner.

    « C’est normal, c’est parce que tu grandis » « Tu fais trop de sport » « Tu ne t’étires pas assez »

    C’était toujours de ma faute…

    Alors, petit à petit, mes espoirs de haut niveau se sont éteints. J’étais trop loin. Trop à la traîne. Pas assez forte. Et un jour j’ai reçu la fameuse lettre de la ligue qui m’annonçait que je ne faisais plus partie des jeunes à potentiels qui sont suivis vers le haut niveau.

    Je resterai juste une bonne joueuse de club qui joue en pré-national.

    Alors, le jour où j’ai appris que j’avais une maladie neurologique incurable, 15 ans après mes premières douleurs… cela a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

    Pourquoi ?
    Parce que ce diagnostic, c’était une clé. Celle de la compréhension de tout ce que je vivais au quotidien. Celle qui te permet de te dire : « ok, je ne suis pas folle ». Cette qui soulage.

    Mais surtout : celle qui m’a ouvert la porte du parasport. Du haut niveau. Des Jeux Paralympiques.

    Bref, d’un nouvel avenir.

    Dans le 2e épisode de mon podcast Journal d’une parabadiste, je vous raconte :

    Mon parcours dans le sport valide
    Mes premières désillusions
    L’impact silencieux de l’autisme non diagnostiqué
    Et surtout… comment une annonce médicale m’a offert une seconde chance inespérée.

    🎧 Écoutez Journal d’une parabadiste, épisode 2 : autisme, maladie neurologique… une 2nde chance avec le parasport (de haut niveau)

    C’est une histoire de résilience, de transformation, et d’amour du sport.

    À faire écouter à tout jeune sportif qui doute, à toute personne ayant eu un diagnostic récent, un accident destructeur.

  • Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton. Elle est sur un terrain de compétition, le regard tourné vers le ciel, la main sur le coeur, illustrant le sujet de la santé mentale dans le sport de haut niveau

    Parlons DU sujet tabou dans le sport de haut niveau : la santé mentale


    C’est pourtant un sujet crucial, si ce n’est le plus important. Mais cela ne suffit pas à libérer la parole à son sujet.


    Il est souvent mis sous le tapis, à peine mentionné du bout des lèvres, et quand un athlète prend la parole à ce sujet, tout le monde le félicite.

    J’aimerais que la santé mentale ne soit pas plus tabou que la santé physique. Que l’on parle de psychologue comme on parle de kiné.


    Que le psychiatre soit un maillon du staff du sportif au même titre que le médecin du sport.

    Il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années à ce sujet, mais sais que l’on peut faire mieux.

    Alors, pour la 3e saison de mon podcast Journal d’une parabadiste, j’ai choisi la santé mentale pour ouvrir le bal des épisodes : https://smartlink.ausha.co/journal-d-une-parabadiste/21-sante-mentale-et-sport-de-haut-niveau-la-face-cachee-d-un-monde-de-performance


    Aujourd’hui, on va parler de ce qui est mis en place dans le sport de haut niveau.

    Comment s’entraîner quand on est en dépression ?
    Peut-on se reposer quand le burnout est proche ?
    Comment gérer la performance et le si haut niveau quand le cerveau ne suit pas ?

    Si bien sûr, l’épisode intéressera les sportifs, tous les leviers dont je parle dans l’épisode sont applicables à n’importe quel domaine : entreprenariat, art, vie quotidienne…

    Alors aujourd’hui sans tabou on parle suicide, dépression, burnout, anxiété.

    Et comment on gère tout ça quand on doit devenir n°1 mondial de sa discipline.

    Journal d’une parabadiste — épisode 21 : Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance