Auteur/autrice : Milena Surreau

  • 21.Santé mentale et sport de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour à tous, alors les plus fidèles ont remarqué mon absence sur le podcast depuis la fin du printemps, pour ceux qui me découvrent je vous souhaite la bienvenue, je poste habituellement des épisodes tous les 1er et 3e jeudi du mois et ici on parle sport de haut niveau paralympique au sens large donc si vous êtes passionnés de sport, curieux d’en savoir plus sur les dessous des podiums internationaux, ou si vous voulez en savoir plus sur le handicap et comment il impacte le quotidien vous êtes au bon endroit et vous avez une vingtaine d’épisodes à rattraper !

    La santé mentale dans le sport de haut niveau : un sujet encore tabou

    Aujourd’hui on va aborder un sujet qui est encore très tabou et encore plus dans le sport de haut niveau, c’est le sujet de la santé mentale. Donc ça va pas être un épisode tuto pour vous conseiller d’aller chez le psy, ce que je vais détailler aujourd’hui va être à l’image de tout ce que je raconte sur Journal d’une parabadiste, assez pédagogique, en expliquant en quoi ce pan de la performance est crucial dans nos carrières, en faisant un état des lieux dans les systèmes mis en place actuellement et partir d’exemples concrets pour illustrer comment une sportive de haut niveau comme moi prends en compte cela. Donc encore une fois, un épisode qui va parler au plus grand monde pour peu que le sport de haut niveau et/ou professionnel vous intéresse !

    Pour ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute vu passer la nouvelle, j’ai perdue ma meilleure amie au mois de juin. Elle a mis fin à ses jours et si cet épisode n’est pas là pour vous raconter son histoire, ça reste le sujet le plus d’actualité pour reprendre mon podcast après des semaines difficiles. En plus, Lorraine était sportive de haut niveau comme moi et lors du dernier sondage que j’avais mis sur Instagram pour savoir quels sujets vous intéresseraient, elle avait soumis cette proposition de parler de la santé mentale dans le sport de haut niveau parce que c’est vraiment un sujet qui nécessite beaucoup de lumière et d’en parler sans tabou, sans contrainte, sans limite.

    Vivre avec des fragilités psychique

    Personnellement, j’ai toujours eu des challenge à ce niveau là depuis l’adolescence. Il faut dire que c’est déjà vraiment pas facile d’être autiste dans une société de neurotypiques — pour ceux qui veulent en savoir plus spécifiquement sur ce sujet vous pouvez écouter l’épisode 5 sorti l’année dernière — et pour le coup encore plus quand tu n’as pas encore de diagnostic. J’ai eu beaucoup de période avec ce qu’on appelle des idées suicidaires passives, c’est à dire pas de vouloir spécialement mettre fin à ses jours mais de se dire « bon si j’ai un accident de voiture demain et que je meurs, c’est pas très grave » ou alors avoir envie de s’endormir le soir et de ne pas se réveiller le lendemain matin.

    Et jusque là, les différents métiers et loisirs que j’ai pu faire m’aidaient vraiment à sortir la tête de l’eau, parce que j’ai eu le privilège jusque là de ne faire que des choses qui étaient des vraies passions pour moi, et qui faisaient office de soupape de décompression, en permettant peut-être aussi de se sentir un peu moins seul, un peu plus dans la société.

    Aujourd’hui, la situation est très différente, parce que mon activité sportive oui je l’aime plus que tout, mais on parle d’une activité de très haut niveau où littéralement mon job c’est d’être la meilleure au monde dans mon domaine. Et c’est là où les choses se compliquent quand la santé mentale est à la traîne, parce que pour schématiser et faire très simple, pour être le meilleur dans son domaine, il faut que toutes les planètes soient alignées, que ton quotidien soit parfaitement huilé, que tu aies le meilleur environnement possible et que ta santé soit au top et ce au sens général : santé physique (pas de blessures, pas de douleurs…) et santé mentale.

    C’est super difficile de performer quand au quotidien, tu as des idées noires, ou que tu es épuisée, parce que d’une part —et ceux qui sont touchés par la depression ou l’anxiété le savent— la motivation en prend un coup ; c’est à dire que ça devient très difficile physiquement de faire des choses donc se lever le matin, prendre soin de soi, aller au travail ou dans ce cas à l’entraînement.

    Donc il n’y a plus d’efficacité, quand un sportif de haut niveau est touché au niveau de sa santé mentale, fatalement son entraînement est directement impacté parce que jouer pour jouer quand tu n’as pas la motivation ultime, c’est peut-être suffisant pour jouer en loisir mais ça ne peut pas l’être quand tu dois être le meilleur du monde.

    Et aussi il y a une notion de plaisir qui est impacté, c’est une des choses qui s’échappe souvent très rapidement dans ces conditions, c’est que non seulement tu n’as pas la motivation mais en plus tu n’as pas de plaisir à faire ce que tu fais. Et alors là ça devient encore pire puisque c’est une boucle sans fin qui s’entretient, pas de motivation pour aller s’entrainer, donc c’est dur, et une fois que tu y es tu n’y as aucun goût, donc tu as encore moins de motivation pour y retourner la fois suivante.

    Un problème universel mais amplifié par le haut niveau, quand performer est ton métier.

    Alors bien sûr, j’ai évidemment conscience que ce souci touche absolument toutes les franges de la population, quel que soit son métier, et sans nier le vécu de monsieur et madame tout le monde évidemment, cela reste une problématique particulièrement difficile à gérer quand on est dans cette situation où la performance est ton métier. Où tes revenus dépendent directement de tes résultats. Où il est très difficile de s’arrêter parce que pendant que tu t’arrêtes, les autres continuent et ça devient vite difficile de se dire que toi tu es à l’arrêt alors que les autres non.

    Mais à l’inverse, c’est aussi quelque chose qui faut que les gens aient à l’esprit : ce n’est pas parce qu’on fait le métier de ses rêves, que notre quotidien c’est de faire du sport, que cela veut dire que l’on ne peut pas être touché par la depression, le burn out, l’anxiété etc. Et c’est souvent un peu une double peine, parce que les gens ont très souvent à l’esprit que ces difficultés mentales touchent uniquement les gens qui ont un métier difficile et peu plaisant, ou qui ont des difficultés financières.

    Alors que pas du tout, je le répète mais c’est très important, toutes les personnes qui vous cotoyez au quotidien ou que vous voyez à la télé peuvent être touchées par ces maladies et ces troubles et c’est important de justement ne pas invalider le vécu de ces personnes. Car cela ajoute de la culpabilité aux concernés qui vont ensuite avoir beaucoup plus de mal à prendre les bonnes mesures pour se soigner et pouvoir s’en sortir.

    Alors partant de ce constat : qu’est ce qu’on fait ?

    Qu’est ce qui est aujourd’hui mis en place dans le sport de haut niveau français au niveau de ces situations ?

    Alors déjà il faut savoir qu’on a un suivi médical assez rapproché quand on a ce statut sur liste ministérielle, il y a un cadre légal qui nous oblige tous les ans à faire ce qu’on appelle la Surveillance Médicale Règlementaire. Donc c’est un point avec un médecin du sport pour justement savoir si l’athlète va bien, et sur tous les plans que ce soit physique, psychologique et diététique. Donc il y a un bilan psychologique dans cette SMR, et il y a aussi le fameux questionnaire de surentrainement qui permet de déceler des signes que l’athlètes est en surchauffe parce qu’il s’entraîne trop, ce qui souvent se manifeste par des impacts psychologique mais aussi derrière un aussi un impact physique.

    On peut aussi éventuellement doser le cortisole dans le sang, qui peut donner un indice sur le surentraînement.

    Donc on a vraiment 2 pans de la santé mentale qui sont surveillés, d’une part la santé psychologique de l’athlète, et aussi s’il n’est pas en état de surentraînement.

    Alors évidemment, ce n’est pas une solution miraculeuse pour prévenir les états de détresse, parce qu’il est très facile de mentir et d’orienter ses résponses que ce soit lors d’un bilan psy ou sur le questionnaire de surentraînement. C’est aussi pour ça que c’est important de parler de la santé mentale pour que les athlètes se rendent compte que c’est quelque chose d’important, qu’il ne faut pas négliger, que ce n’est pas honteux d’avoir besoin d’aide sur ce plan à certains moment, ou même de manière continue au fil de sa carrière.

    Et c’est quand même quelque chose qui est sur la bonne voie parce qu’aujourd’hui c’est un sujet qui est de moins en moins tabou et de mieux en mieux pris en compte par les athlètes, mais aussi par tous les systèmes qui les entourent à savoir les staff et les fédérations.

    Il y a quelques années, aucun athlète n’allait voir de psychologue, ou alors le peu qui y allaient n’en parlaient pas, par peur d’être traité de faible, d’être vu comme un athlète sur qui on ne peut pas compter, qui ne peut pas supporter les exigences du haut niveau etc. Aujourd’hui c’est quand même de plus en plus répandu, que ce soit de la volonté des athlètes eux-même, ou alors et c’est ça qui est le plus important, une prise en compte au sein même des systèmes de performance à savoir les staffs encadrant le haut niveau au sein des fédérations, des structures de performance comme l’INSEP, les CREPS, les pôles France etc.

    La mention du psychologue et/ou du psychiatre est très souvent présente dans ce qu’on appelle le PPI — le plan de performance individuelle. En gros c’est un document qui est rempli par chaque athlète avec son coach et le responsable performance de la fédération de son sport, pour cadrer les objectifs sportifs, que ce soit qualitativement comme ce qui se passe concrètement sur le terrain en termes de tactique, technique, mental etc. mais aussi en terme de résultats concret comme les médailles sur les compétitions majeures, compétitions mineures etc.

    Et sur ce document on retrouve tout le staff qui encadre l’athlète, du coach au préparateur physique en passant par le kiné, le médecin du sport et donc aussi le psychologue et le psychiatre.

    Et ça à mes yeux c’est un signe assez fort de la volonté de prendre en compte la santé mentale de manière systémique et que ça devienne quelque chose de totalement banale dans le quotidien et l’environnement du sportif de haut niveau français.

    De la même manière, la préparation mentale en elle même donc qui est un travail un peu différent de la psychologie mais complémentaire, est aujourd’hui vraiment au cœur de l’entraînement de tous les athlètes parce qu’on prend vraiment conscience de l’importance de cet aspect mental, ce qui n’était pas du tout le cas il y a encore quelques années.

    Alors après, ce qui est sur le papier c’est bien, mais ce qui est important c’est ce qui se passe concrètement. Dans la réalité, si ton coach préfère te voir à l’entraînement coute que coute plutôt que de te laisser le temps de soigner une phase difficile mentalement, si ta fédération met des sanctions explicites ou implicites aux athlètes qui vont louper tel stage ou telle compétition dans ce contexte etc. c’est sûr qu’avoir le nom du psy dans le PPI ne sert pas à grand chose.

    C’est comme pour tout, c’est avant tout ton environnement qui va conditionner ton bien être à ce sujet, et surtout la façon dont tu vas pouvoir te soigner ou non quand tu en as besoin, mais surtout de mettre en place les choses qui te permettent de ne pas tomber dans ces difficultés au niveau de la santé mentale. Parce que soigner un burn out, une dépression, c’est très difficile, et c’est beaucoup plus facile de mettre en place le maximum de choses en amont pour ne pas se retrouver dans ces situations plutôt que d’e’être un jour la tête sous l’eau et de galérer à remonter.

    Qu’est ce qui peut être mis en place concrètement d’un point de vue du sportif ?

    Déjà à mes yeux le plus important c’est le staff qui t’entoure directement. Donc avant tout ton coach, ou tes coachs si tu en as plusieurs, et ensuite ton préparateur physique, ton préparateur mental. Si ces personnes qui interviennent directement sur l’aspect sportif n’ont pas la bonne approche sur la santé mentale, qu’ils sont dans le fameux « on fait toujours comme on fait tout le temps », et que le bien être mental et emotionnel de l’athlète passe pour eux après la performance technique et physique, c’est le meilleur moyen de filer droit au burn out ou à la dépression quand toutes les planètes ne seront plus alignées.

    Ensuite, avoir un staff médical en qui tu peux avoir à 200% confiance et qui est un vrai allié. Et je sais que ce n’est pas toujours facile à trouver, surtout dans la situation actuelle en France avec une pénurie de professionnels de santé, mais avoir un kiné à qui tu peux parler librement de tous les sujets, un psychologue qui pourra faire le lien avec ton staff sportif, un médecin qui sera prêt à déceler les drapeaux rouges et évoquer le sujet avec toi c’est une des clés pour être vraiment dans un environnement sain de A à Z.

    Plus que tout, l’important est de se connaître soi-même, de s’écouter, et de parfois devoir se défendre soi-même pour bien faire comprendre ses besoins, ses limites, et imposer les mesures nécessaires à sa propre performance. Et ça c’est pas une mince affaire, car c’est quelque chose qui prend du temps.

    Par exemples, savoir ce qui est le mieux en terme de rythme et de fréquence d’entraînement, pour allier la performance à la récupération. Moi par exemple, 2 semaines avant chaque compétition, j’ai 1 semaine de repos complet. Ca va paraître fou pour beaucoup de sportifs de haut niveau, et ça n’a pas forcément été simple à imposer dans mon calendrier sportif, mais j’ai absolument besoin de cette pause et de ce repos avant les compétitions pour avoir toutes les ressources mentales pour faire face à 10 jours loin de chez moi. C’est très lié à mon autisme, et encore une fois j’en parle en détail dans l’épisode 5 pour les curieux, mais je sais que je ne suis pas la seule athlète au monde à qui ça apporterait un bénéfice.

    Il faut aussi connaître ses drapeaux rouges qui annoncent des périodes plus compliqués et savoir quelles sont les clés pour désamorcer la situation. Est ce que dans ces moments, tu vas avoir besoin de repos ou de continuer de t’entraîner avec un rythme différent, ou est ce que c’est plutôt le contenu des entraînements qui est à aménager avec des axes de travail sur tes points forts pendant plusieurs jours pour reprendre du plaisir et de le confiance ?

    Quel planning de vacances ? Parce que oui, on a aussi des vacances et de moment complètement off du sport, où on fait totalement autre chose mais pour certains athlètes, avoir trop de vacances c’est très compliqué à vivre psychologiquement parce qu’ils ont ce besoin d’avoir la sensation de s’entraîner plus que les autres, d’autres vont avoir justement le besoin absolu de couper de temps en temps. La plupart des athlètes coupent vraiment après les Jeux Olympiques et Paralympiques et prennent une vraie pause, mais par exemple Michael Phelps lui il rattaquait direct sur l’entraînement intensif.

    Et puis il y a quelque chose auquel on pense pas mais quel rythme de vie, tout simplement ! C’est pas le plus commun mais il y a certains athlètes de haut niveau qui volontairement ont une activité professionnelle à coté de leur sport, car ils ont besoin de faire d’autres chose au quotidien et ne pas être constamment focalisé sur la perf sportive. Et ça, c’est tout aussi important pour ces profils de passer du temps au travail ou dans les études chaque semaine et si on les forçait à ne faire que du sport, ils performeraient moins et finiraient en burn out.

    Pour certains athlètes, et c’est pas encore très répandu en France notamment à cause des croyances limitantes sur la performance, mais ça va être un projet été et un projet hiver. Donc un sport présent aux Jeux d’été comme l’athlé, le tennis ou autre, et un sport d’hiver comme le ski ou le snowboard.

    Mais on en revient au point précédant, pour pouvoir mettre tout ça en place, il faut avoir un staff qui l’accepte et n’y met pas d’objection.

    Les réalités chez les jeunes sportifs

    Et ça c’est le gros soucis dans le sport de haut niveau chez les enfants. Parce que là tout ce dont je vous parle, c’est un peu un idéal quand on a les moyens de pouvoir faire ses propres choix et de mettre en place ce dont on a besoin. Malheureusement, ce n’est pas le cas de manière générale chez les enfants qui n’ont pas énormément de choix que d’aller dans les pôles espoirs, pôle France, avec un staff en place, et qui sont parfois et même assez souvent confrontés à la violence systémique liée aux idéaux de performance hérités de la guerre froide et encore bien ancrés dans les mentalités.

    Alors je vais pas m’étaler sur le sujet tout simplement parce que Arte a sorti un reportage incroyable sur le sujet, il est disponible en libre accès sur Youtube, il s’appelle « futurs champions : le prix de la gloire » et je conseille vraiment à tout le monde d’aller le regarder pour comprendre ce qui se passe dans le système de formation des futurs top athlètes. Ce reportage n’aborde pas les violences sexistes et sexuelle, et ça aussi c’est un sujet crucial dans les enjeux de santé mentale dans le sport. Je pense qu’il mériterait d’ailleurs un épisode à part entière et pas quelques mots à la fin d’un autre, donc j’en reparlerai plus tard sur le podcast.

    Et puis bien sûr, on peut absolument optimiser tout son quotidien, son environnement, son staff et quand même être sujet aux difficultés de santé mentale parce que ce sont des troubles multi factoriel, là j’ai juste fait un petit aperçu de ce qui peut et doit être mis en place pour limiter les risque, savoir s’écouter et pouvoir réagir quand on se retrouve dans cette situation. Et surtout répéter qu’une fois encore ce sujet doit être mis sur la table, que les problèmes soient lié à sa structure d’entraînement, à son sport, ses résultats ou à quelconque autre facteur de sa vie. Ca n’a pas à être tabou, ça n’a pas à être caché, et plus on en parlera librement plus les autres athlètes moins à l’aise avec le sujet pourront s’ouvrir et envisager de l’accepter, d’en parler, d’aller voir quelqu’un.

  • 20.Une compétition internationale de parabadminton vécue de l’intérieur

    Ceci est une retranscription de l’épisode 20 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Le sport de haut niveau de l’intérieur

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 20 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je vous emmène avec moi sur ma première compétition de l’année pour que vous puissiez découvrir tout l’envers du décor : combien de temps ça dure, ce qu’on y fait, comment on gère les matchs et la récupération. Bref, le sport de haut niveau comme vous ne le voyez jamais.

    Un épisode rendu possible grâce à La Maison Bizienne

    Mais tout d’abord, cet épisode a été produit grâce à La Maison Bizienne, une chambre d’hôtes située à Guérande, cette magnifique cité médiévale où j’ai grandi. Si vous prévoyez des vacances pour découvrir la presqu’île, ses fameux marais salants et ses paysages aussi divers que sublimes, La Maison Bizienne est vraiment LE lieu pour votre hébergement. Un coin calme de la ville, à littéralement deux pas de l’intra-muros, avec un jardin bucolique, un spa… bref, tout ce qu’il faut pour passer un week-end ou des vacances de rêve. Le lien de réservation est dans la description de l’épisode, et maintenant je t’embarque avec moi à Dubaï pour cette compétition.

    Avant le départ : organiser une compétition internationale

    Avant même d’être sur le tournoi, il faut l’organiser. Première chose à savoir : la destination et surtout le décalage horaire. Cela influence le jour de départ, le temps passé sur place et donc le budget. Une destination comme Dubaï est assez facile : seulement deux heures de décalage horaire, six heures d’avion depuis Paris, donc un voyage pas trop lourd. Je pars la veille du premier entraînement officiel.

    Le premier entraînement officiel a généralement lieu la veille ou deux jours avant la compétition. On part donc très proche de la compétition, car l’hébergement est ce qui coûte le plus cher avec l’avion. Pour tout ce qui concerne le budget de saison et l’organisation globale, je vous invite à écouter les épisodes 4, 17 et 18 du podcast.

    Voyager quand on est sportive de haut niveau

    Une fois la date de départ fixée, je regarde précisément les horaires des avions, en essayant de voyager de nuit, car c’est comme ça que je récupère le mieux. Il faut aussi anticiper le trajet de chez moi jusqu’à Paris. Deux options : tout faire d’un coup ou couper le voyage en deux en dormant une nuit à Paris. J’ai la chance d’avoir de la famille en région parisienne, donc je privilégie souvent cette solution, surtout pour les voyages hors d’Europe.

    Ensuite, il y a la question financière : est-ce que je passe le billet sur ma société ou sur mon compte personnel, selon que le tournoi est financé par la fédération ou non. En parabadminton, nous avons la chance d’avoir une fédération qui nous apporte beaucoup de moyens. Cela demande néanmoins de la gestion et de l’anticipation, car gérer une carrière de haut niveau, c’est aussi gérer une véritable entreprise.

    Arrivée sur place et logistique du tournoi

    À l’arrivée, l’organisation du tournoi fournit des navettes pour rejoindre l’hôtel officiel. Parfois c’est très bien organisé, parfois beaucoup moins, avec de longues attentes à l’aéroport qui impactent la récupération et donc la performance. Dans ces cas-là, il arrive que l’on prenne un taxi par nous-mêmes.

    Avant de continuer, je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast et laisser un avis sur votre plateforme d’écoute. C’est grâce à ça que Journal d’une parabadiste peut toucher toujours plus de monde.

    La classification : un moment clé et stressant

    Ce tournoi était particulier pour moi, car je repassais la classification. La classification consiste à évaluer le handicap des athlètes afin de les répartir dans des classes pour que les compétitions soient équitables. En parabadminton, on ne fait pas jouer un amputé de la main contre un amputé de la jambe. Si vous voulez en savoir plus, j’en parle en détail dans les épisodes 14 et 15.

    J’ai demandé une réévaluation car mon handicap a évolué avec ma maladie neurodégénérative. La classification est un moment très stressant, car elle peut décider de la suite de votre carrière, voire de votre vie sportive. Une carrière paralympique peut s’arrêter sur un seul rendez-vous médical.

    Pour ma part, tout s’est bien passé et j’ai été reconnue en SL3, la classe des handicaps majeurs des jambes.

    Le tableau de compétition et le tirage au sort

    J’ai donc fait ma première apparition en tournoi international SL3 dans un tableau de huit joueuses, avec notamment les numéros 3, 4, 7 et 9 mondiales. Le tirage au sort a été assez avantageux, ce qui m’a permis de monter en niveau de jeu progressivement et de prendre mes repères sur le demi-terrain, spécifique à cette classification.

    Une journée type de match

    La veille, nous connaissons l’horaire approximatif de notre match. À partir de là, toute la journée est construite autour de cet horaire : réveil, repas, navette, échauffement, passage aux toilettes. Cela peut sembler anodin, mais pour de nombreuses personnes handicapées, la gestion de la vessie et des sphincters est un enjeu crucial, notamment en compétition.

    Nous sommes appelés en chambre d’appel environ quinze minutes avant le match, puis nous rejoignons le terrain avec les arbitres. Après quelques minutes d’échauffement, le match commence.

    Récupération, repos et gestion de l’énergie

    Après le match, je quitte rapidement la salle pour récupérer. Douche chaude, piscine si possible, étirements avec le kiné de l’équipe de France : tout est pensé pour gérer la spasticité et la fatigue. Les journées passent vite et le repos est une priorité.

    Il faut aussi gérer tout ce qui entoure le sport : réseaux sociaux, visuels, communication, newsletter. À Dubaï, l’écran de mon ordinateur s’est cassé pendant le vol, ce qui a rendu cette gestion encore plus compliquée. L’adaptation constante est une vraie clé quand on est à la fois sportive et cheffe d’entreprise.

    Résultats sportifs et fin de tournoi

    Je suis sortie première de poule, j’ai gagné contre la numéro 7 mondiale, atteint la finale et remporté une médaille d’argent. J’étais venue uniquement pour la classification et je repars avec un résultat sportif très satisfaisant, mais surtout avec un niveau de jeu au rendez-vous, ce qui reste l’essentiel.

    Conclusion

    Cette compétition à Dubaï m’a permis de vous montrer concrètement ce qu’est une compétition internationale de badminton vécue de l’intérieur : la préparation, la logistique, le stress, la récupération et l’adaptation permanente. Derrière chaque match, il y a une organisation millimétrée, beaucoup d’énergie dépensée et une passion immense pour le sport. J’espère que cet épisode vous aura permis de mieux comprendre les coulisses du sport de haut niveau paralympique.

  • 19.Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi d’être en fauteuil roulant (même si je ne suis pas entièrement paralysée)

    Ceci est une retranscription de l’épisode 19 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi le fauteuil roulant

    Passionné de sport, curieux d’en connaître la face cachée ? Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 19 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qu’on me pose beaucoup sur les réseaux sociaux, parfois de manière très courtoise, sincère et respectueuse, parfois avec beaucoup plus de haine et de jugement.

    Aujourd’hui, je vais donc apporter des éléments de réponse à cette grande question : pourquoi j’utilise un fauteuil roulant dans la vie de tous les jours alors que je joue debout sur un terrain de badminton ?

    La plupart du temps, c’est dans ce sens-là qu’on me pose la question, avec au mieux de l’étonnement, au pire de la suspicion quant à l’utilisation du fauteuil roulant. Rarement dans l’autre sens : « pourquoi tu joues debout alors que tu es en fauteuil ? »

    Cette différence est très significative de ce qu’on vit au quotidien quand on utilise un fauteuil roulant. Les gens vont très vite juger son utilisation dès l’instant où ils voient que tu peux te lever, et encore pire quand tu peux marcher. Je ne vous raconte même pas toutes les réflexions que je peux me prendre, moi qui peux courir.

    Ce n’est ni de la fainéantise, ni pour attirer l’attention, ni pour toucher de l’argent de l’État. Oui, ce sont vraiment des idées reçues encore très répandues. Et c’est précisément ce que nous allons déconstruire aujourd’hui.

    La grande idée reçue sur les utilisateurs de fauteuil roulant

    On estime qu’environ 80 % des utilisateurs de fauteuil roulant ne sont pas entièrement paralysés. Ils peuvent parfois se lever, et parfois même utiliser leurs jambes.

    Donc quand vous voyez quelqu’un en fauteuil se lever pour attraper un paquet de chips en haut d’un rayon au supermarché : c’est normal. Il n’y a ni fraude, ni triche, ni miracle. C’est simplement la réalité du handicap.

    Comprendre rapidement les différentes paralysies

    Sans entrer dans un cours d’anatomie, il faut savoir que la colonne vertébrale est composée de 33 vertèbres. En fonction de l’endroit où la moelle épinière est touchée, les conséquences sont très différentes.

    Une lésion haute peut entraîner une paralysie complète, y compris des muscles respiratoires. Une lésion basse peut provoquer uniquement des troubles sphinctériens. Plus la lésion est haute, plus les fonctions sont atteintes, et inversement.

    De plus, une lésion peut être totale ou partielle, ce qui laisse parfois la possibilité de récupérer certaines fonctions grâce à la rééducation.

    Et il n’y a pas que les accidents : de nombreuses pathologies, comme les paralysies cérébrales, les maladies neurologiques ou articulaires, peuvent rendre la marche possible sur de très courtes distances mais impossible dans la vie extérieure.

    Mon cas personnel et ma maladie

    Je suis atteinte de la maladie de Strumpell-Lorrain, aussi appelée paraplégie spastique héréditaire. C’est une maladie génétique, liée à un gène mal codé dans mon ADN.

    Elle provoque une atteinte des quatre membres. Concrètement, ma moelle épinière fonctionne de moins en moins, ce qui entraîne une perte de force et surtout une spasticité importante.

    La spasticité, ce sont des contractions involontaires des muscles, parfois douloureuses, mais qui peuvent aussi permettre de tenir debout ou de marcher malgré une faible force volontaire.

    Dans mon cas, certains muscles comme les quadriceps et les fessiers me permettent la verticalisation, tandis que d’autres compliquent la marche et la course.

    Pourquoi le badminton est compatible avec mon handicap

    Je peux jouer debout car je conserve encore une certaine force musculaire et de la spasticité utile. Le badminton est un sport explosif, avec de petits déplacements, compatibles avec mon état physique.

    En revanche, je ne pourrais pas pratiquer l’athlétisme ou la course de fond. Le badminton demande une énergie énorme et chaque déplacement me coûte énormément d’efforts.

    Pourquoi le fauteuil roulant est indispensable

    Après un match, je n’ai littéralement plus aucune force. La spasticité explose et marcher devient extrêmement difficile. Pendant longtemps, j’ai utilisé des béquilles, mais cela n’était plus suffisant.

    Après un tournoi très compliqué aux championnats du monde 2022 à Tokyo, j’ai pris la décision de passer au fauteuil roulant.

    Ce choix a été difficile à accepter, car le fauteuil est encore très stigmatisé. Pourtant, c’était la seule solution viable pour préserver mon autonomie et mes performances sportives.

    Fauteuil roulant vs béquilles : une réalité contre-intuitive

    Contrairement aux idées reçues, les béquilles sont parfois plus handicapantes qu’un fauteuil roulant. Porter des courses, un plateau, une valise est bien plus simple en fauteuil.

    Petit à petit, j’ai intégré le fauteuil dans mon quotidien. Mes performances sportives ont été améliorées car j’économisais mes forces en dehors du terrain.

    Une aide technique pour mieux vivre

    Avec l’évolution de ma maladie, j’ai fini par utiliser le fauteuil pour mes déplacements quotidiens. Ma vie est devenue plus facile, plus autonome, plus riche.

    J’ai pu reprendre des activités que j’avais abandonnées : transports en commun, balades avec mon chien, gestion de la maison.

    Ce fonctionnement concerne de nombreuses personnes, y compris des personnes amputées ou atteintes de maladies évolutives.

    Conclusion

    Avant de juger l’utilisation d’une aide technique, il faut comprendre la complexité du handicap invisible. Le fauteuil roulant n’est pas un échec, ni une triche, ni une fin.

    Pour moi, il est à la fois un outil d’autonomie au quotidien et un levier de performance sportive.

    Le choix des aides techniques est personnel, évolutif, et se fait en accord avec une équipe médicale.

    Sortir de rééducation avec un fauteuil roulant, ce n’est pas la fin d’une vie. C’est la fin d’une vie telle qu’on la connaissait, et le début d’une autre.

    Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

  • 18.Athlète sans palmarès ? Voici comment j’ai convaincu mes sponsors

    Ceci est une retranscription de l’épisode 18 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Introduction

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 18 de Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, l’épisode fait un peu la suite du précédent, dans lequel je parlais de tous les moyens de financer une carrière dans un sport peu médiatisé.

    J’avais notamment abordé la question du sponsoring sans rentrer dans les détails. Ça va être le sujet de l’épisode du jour : comment trouver des sponsors quand on débute sa carrière, qu’on n’a pas encore de palmarès et que notre sport n’est pas médiatisé.

    Ça fait beaucoup de contraintes, vu comme ça. Ce n’est clairement pas la situation la plus confortable, mais ce n’est pas une fatalité. Il existe des solutions pour exister et nouer des partenariats dans ce contexte.

    Un épisode à partager absolument

    Avant toute chose, je voudrais que, là tout de suite, avant même d’écouter l’épisode, vous le partagiez à un sportif de haut niveau, jeune ou moins jeune, qui fait face à des frais de carrière énormes, qui galère parce qu’il n’est pas encore connu et qui pense que seule une médaille olympique ou paralympique pourra lui amener des sponsors.

    Je ne me place pas en sauveuse du sport français, parce que même avec tous les conseils du monde, ça reste un chemin de croix. Mais quand j’ai débuté ma carrière, j’étais totalement perdue face à tout ça. J’ai eu l’aide d’un ami sportif de haut niveau, ce qui m’a permis de savoir un peu où aller.

    Malgré tout, j’aurais aimé avoir plus de détails, plus de méthodologie, et surtout savoir que oui, c’est possible d’avoir des sponsors même quand on part de rien et qu’on n’a pas encore de médaille internationale.

    Cet épisode est vraiment là pour aider celles et ceux qui en ont besoin. On est littéralement des milliers en France. Si je peux aider ne serait-ce qu’une personne à trouver un sponsor qui lui permettra de faire une saison de plus, alors c’est gagné.

    La grande idée reçue sur le sponsoring

    Comment trouver des sponsors quand on n’a aucune couverture médiatique, qu’on est en première saison internationale ou qu’on pratique un sport peu populaire ?

    La grosse idée reçue que j’entends partout, c’est que les entreprises et les collectivités ne s’intéressent qu’aux athlètes qui ont gagné. « Ce qu’ils veulent, c’est un palmarès ».

    En 2025, je vais vous le dire clairement : c’est faux, faux et archi faux.

    Bien sûr, un palmarès aide. Mais après les Jeux de Paris 2024, je connais beaucoup d’athlètes médaillés, voire multi-médaillés, qui ont vu leurs contrats de sponsoring prendre fin. Une médaille n’est pas une immunité. Et à l’inverse, ne pas avoir de palmarès n’est pas rédhibitoire.

    Ce qui fait la différence, c’est le travail que vous mettez à trouver des sponsors et surtout à les garder.

    Le rôle clé de la RSE

    Aujourd’hui, nous avons une chance énorme : le volet RSE des entreprises. La Responsabilité Sociale des Entreprises regroupe l’écologie, le bien-être des salariés, la non-discrimination, le développement local et l’image altruiste.

    En tant que sportifs de haut niveau, nous pouvons apporter énormément à la RSE. Financer un athlète, c’est valoriser l’image de l’entreprise, son implication sociale et le rayonnement du sport français.

    Pour les athlètes paralympiques, on ajoute en plus la dimension handicap. C’est un double levier. Dans les sports peu médiatisés, les athlètes para ont même parfois un avantage.

    Construire son image comme une marque

    Convaincre des entreprises passe par la construction de votre image. Votre nom devient une marque. Comme Nike ou Décathlon ont une stratégie marketing, vous devez construire la vôtre.

    Votre histoire est unique. Les entreprises ne miseront pas sur votre valeur commerciale tant que vous n’avez pas une énorme communauté. Elles miseront sur votre valeur humaine : vos rêves, vos obstacles, vos combats.

    Votre image sert souvent plus à inspirer les collaborateurs qu’à vendre un produit. Et c’est fondamental à comprendre quand on est un sportif inconnu.

    Petit message pour soutenir le podcast

    J’ai beaucoup d’ambition pour ce podcast. Si vous voulez m’aider, mettez une note, un commentaire et partagez votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci infiniment.

    Raconter son histoire avant de chercher de l’argent

    Il va falloir écrire. Pour vous d’abord. Raconter votre parcours, vos obstacles, vos réussites, votre quotidien. Pas sous forme de liste, mais comme une histoire en chapitres.

    Ce que veulent les gens, c’est de l’émotion. Ils veulent vibrer, se reconnaître, comprendre que vous n’êtes pas des surhumains. Racontez tout ce qui vous a mené là où vous êtes aujourd’hui.

    Construisez une communauté avant de parler de partenaires. Une communauté qui attend vos nouvelles, vos résultats, qui vous soutient quand vous êtes blessés.

    Médias, réseaux sociaux et visibilité

    Les médias adorent les histoires. Une médaille dans un sport peu regardé les intéresse peu. Un parcours de vie, beaucoup plus.

    Répondez aux sollicitations, même petites. Un article local peut mener à un reportage régional, puis national.

    En 2025, vos réseaux sociaux sont votre première arme. Choisissez les formats qui vous ressemblent : écrire, vidéo, podcast, newsletter.

    Et s’il y a un réseau à ne pas négliger, c’est LinkedIn. C’est un réseau de décideurs, d’entrepreneurs, avec une vraie écoute.

    Le dossier de sponsoring

    Une fois la base posée, il faut un dossier de présentation : qui vous êtes, ce que vous faites, vos besoins, et ce que vous apportez en contrepartie.

    Les contreparties doivent rester flexibles. Une conférence en entreprise a souvent plus de valeur qu’un flocage de maillot.

    Démarcher intelligemment

    Il faut être proactif. Ciblez des PME locales, les collectivités, les offices de tourisme. Regardez aussi qui sponsorise vos concurrents et contactez les entreprises concurrentes.

    Vous pouvez aussi fonctionner par événements ponctuels : une compétition précise, un budget précis.

    Comprendre le cadre juridique

    Avant de démarcher, vous devez maîtriser les différences entre sponsoring et mécénat, savoir facturer et comprendre les avantages fiscaux pour les entreprises.

    Si vous souhaitez un épisode dédié à cet aspect juridique, dites-le-moi en commentaire.

    Conclusion

    Être sportif de haut niveau est un travail à temps plein. La recherche de financements en fait partie intégrante. Rien ne tombe du ciel.

    Gardez toujours en tête que votre histoire intéresse bien plus que vos résultats. Apprenez à la raconter, à la partager et à fédérer autour de vous. C’est ainsi que se construisent les carrières, bien avant les podiums.

    Que se passe-t-il avant les podiums et comment aller chercher ces médailles ? Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

  • 17.Financer une carrière sportive quand ton sport est invisible

    Ceci est une retranscription de l’épisode 17 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Une question venue d’Instagram

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 17 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qui m’a été posée sur Instagram : comment finance-t-on un sport peu médiatisé ? C’est une question super intéressante, et surtout le but de mon podcast est vraiment de lever le voile sur toutes les questions que vous vous posez.

    J’adore répondre aux questions directes que vous me faites. Pour ceux qui ont des questions, c’est très simple : soit sur Instagram, le compte c’est @parabadiste.podcast, soit sur Spotify dans la partie commentaires, et moi j’y répondrai dans un prochain épisode.

    Beaucoup de clichés sur le sport de haut niveau

    Aujourd’hui, vaste chantier : comment on finance une carrière sportive de haut niveau ? D’un côté, il y a les gens qui pensent que le sport, c’est comme le foot et qu’on gagne des millions. De l’autre, ceux qui pensent qu’on n’a même pas de quoi s’acheter une paire de chaussures neuves quand on en a besoin.

    Il y a énormément de clichés sur la situation des sportifs de haut niveau en France, donc il est important de faire un point là-dessus.

    Il est très difficile de parler de manière générale, car la situation individuelle de chaque athlète peut être diamétralement opposée, y compris dans un même sport. Si on prend le judo par exemple, Teddy Riner, multi-médaillé olympique, n’a évidemment pas la même situation financière qu’un jeune qui vise ses premiers Jeux en 2028, même s’ils pratiquent le même sport et s’entraînent autant.

    La réalité statistique des sportifs de haut niveau

    En France aujourd’hui, 9 sportifs de haut niveau sur 10 ont soit un métier, soit sont en études en parallèle de leur carrière sportive. Il n’y a que 10 % des sportifs de haut niveau qui vivent uniquement de leur sport et s’y consacrent à 100 %.

    Mais avoir un métier ne suffit pas à financer une carrière. Une activité à côté permet surtout de subvenir à ses besoins et de préparer l’avenir.

    Le coût réel d’une carrière sportive

    Être sportif de haut niveau coûte très cher. Pour performer au niveau mondial, il faut une structure d’entraînement, un lieu pour s’entraîner, un coach, un préparateur physique, un préparateur mental, un accompagnement psychologique et diététique.

    À cela s’ajoute le matériel, parfois extrêmement coûteux selon les sports, comme la voile ou le ski. Et bien sûr, les compétitions : déplacements dans le monde entier, transports, hôtels, nourriture, inscriptions.

    Selon les sportifs, une saison peut coûter entre 20 000 € et 100 000 €. Ce n’est clairement pas avec un travail à temps partiel ou même à temps plein, en parallèle des entraînements, que l’on peut financer tout cela.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour que le plus grand nombre de fans de sport puisse connaître les dessous des carrières de haut niveau.

    Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Levier n°1 : les fédérations

    Le premier levier de financement, c’est la fédération. Ce sont elles qui peuvent proposer les premières bases de financement pour les athlètes performants. Évidemment, les politiques fédérales varient énormément selon les disciplines.

    De manière générale, plus tu performes, plus tu es aidé. C’est un schéma récurrent : pour être aidé, il faut gagner des titres et des médailles. Mais pour gagner des titres et des médailles, il faut pouvoir se consacrer pleinement à son sport. C’est souvent le serpent qui se mord la queue, surtout en début de carrière.

    Ce que peuvent financer les fédérations

    Les fédérations peuvent financer les structures d’entraînement : accès aux équipements, au matériel, aux entraîneurs, aux préparateurs physiques et mentaux, à l’accompagnement diététique, médical et paramédical, ainsi qu’à la récupération (kinés, bains froids, cryothérapie, pressothérapie).

    Cette prise en charge est progressive. L’accès à la salle d’entraînement est assez courant, mais avoir tout le reste à volonté reste beaucoup plus rare.

    Les fédérations peuvent aussi intervenir sur les compétitions : inscriptions, déplacements, hébergement. Là encore, cela dépend énormément des sports et des athlètes.

    Levier n°2 : les pouvoirs publics

    Les pouvoirs publics constituent un autre levier important : l’État, les régions, les départements.

    L’Agence Nationale du Sport peut intervenir pour compenser l’impact du sport sur la vie professionnelle : indemnisation des employeurs, financement de remplaçants, ou mise en place de Contrats d’Insertion Professionnelle.

    L’ANS peut aussi verser une aide sociale mensuelle aux sportifs en fonction de leurs performances et de leur potentiel aux championnats du monde et aux Jeux.

    Les Maisons Régionales de la Performance peuvent également apporter un soutien, comme le financement des frais liés aux aidants sur certaines compétitions.

    Enfin, les collectivités locales peuvent attribuer des aides spécifiques selon le lieu de résidence ou d’entraînement.

    Le graal : les dispositifs d’insertion professionnelle

    Il existe un dispositif particulièrement précieux : les contrats avec l’armée, la police, les douanes.

    Le sportif est salarié comme militaire ou agent, mais détaché à 100 % pour son sport. Il se consacre uniquement à l’entraînement et à la compétition, tout en représentant l’institution.

    Aux Jeux de Paris 2024, un tiers des médailles françaises ont été remportées par des sportifs issus de ces dispositifs.

    Le rôle des clubs

    Les clubs peuvent parfois participer aux frais de carrière. Certains athlètes sont salariés de leur club, mais c’est rare. Le plus souvent, les clubs aident à financer les entraînements, les compétitions et servent de support juridique pour le mécénat.

    Depuis l’automne 2024, la Fondation du Sport Français permet aux sportifs inscrits sur liste ministérielle d’ouvrir une cagnotte en ligne avec déductions fiscales pour les donateurs.

    Les équipementiers et le matériel

    Le matériel est un poste de dépense majeur. Les équipementiers peuvent fournir du matériel en échange de visibilité. Le niveau d’équipement dépend fortement des performances et de la notoriété de l’athlète.

    Les disparités sont énormes entre les sportifs, selon la médiatisation et la visibilité sur les réseaux sociaux.

    Les sponsors privés

    Les sponsors privés sont souvent le levier décisif, notamment pour les sports peu médiatisés. Ils permettent de boucler le budget lorsqu’il manque des financements publics.

    Le sponsoring ne tombe pas du ciel. Il repose sur la visibilité, mais aussi sur la construction d’une image. J’en parlerai en détail dans le prochain épisode.

    Conclusion

    En résumé, même s’il existe de nombreux dispositifs pour financer une carrière sportive, cela reste aujourd’hui un véritable casse-tête pour la majorité des sportifs de haut niveau en France.

    Avec des contrats précaires, des dossiers à renouveler et beaucoup d’incertitudes, il faut apprendre à actionner tous les leviers disponibles et construire un véritable business plan. Comme dans tout milieu indépendant, on est rarement riche, rarement à la rue, mais on doit compter sur soi-même pour faire fonctionner l’ensemble.

    Ceci est une retranscription de l’épisode 17 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Une question venue d’Instagram

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 17 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qui m’a été posée sur Instagram : comment finance-t-on un sport peu médiatisé ? C’est une question super intéressante, et surtout le but de mon podcast est vraiment de lever le voile sur toutes les questions que vous vous posez.

    J’adore répondre aux questions directes que vous me faites. Pour ceux qui ont des questions, c’est très simple : soit sur Instagram, le compte c’est @parabadiste.podcast, soit sur Spotify dans la partie commentaires, et moi j’y répondrai dans un prochain épisode.

    Beaucoup de clichés sur le sport de haut niveau

    Aujourd’hui, vaste chantier : comment on finance une carrière sportive de haut niveau ? D’un côté, il y a les gens qui pensent que le sport, c’est comme le foot et qu’on gagne des millions. De l’autre, ceux qui pensent qu’on n’a même pas de quoi s’acheter une paire de chaussures neuves quand on en a besoin.

    Il y a énormément de clichés sur la situation des sportifs de haut niveau en France, donc il est important de faire un point là-dessus.

    Il est très difficile de parler de manière générale, car la situation individuelle de chaque athlète peut être diamétralement opposée, y compris dans un même sport. Si on prend le judo par exemple, Teddy Riner, multi-médaillé olympique, n’a évidemment pas la même situation financière qu’un jeune qui vise ses premiers Jeux en 2028, même s’ils pratiquent le même sport et s’entraînent autant.

    La réalité statistique des sportifs de haut niveau

    En France aujourd’hui, 9 sportifs de haut niveau sur 10 ont soit un métier, soit sont en études en parallèle de leur carrière sportive. Il n’y a que 10 % des sportifs de haut niveau qui vivent uniquement de leur sport et s’y consacrent à 100 %.

    Mais avoir un métier ne suffit pas à financer une carrière. Une activité à côté permet surtout de subvenir à ses besoins et de préparer l’avenir.

    Le coût réel d’une carrière sportive

    Être sportif de haut niveau coûte très cher. Pour performer au niveau mondial, il faut une structure d’entraînement, un lieu pour s’entraîner, un coach, un préparateur physique, un préparateur mental, un accompagnement psychologique et diététique.

    À cela s’ajoute le matériel, parfois extrêmement coûteux selon les sports, comme la voile ou le ski. Et bien sûr, les compétitions : déplacements dans le monde entier, transports, hôtels, nourriture, inscriptions.

    Selon les sportifs, une saison peut coûter entre 20 000 € et 100 000 €. Ce n’est clairement pas avec un travail à temps partiel ou même à temps plein, en parallèle des entraînements, que l’on peut financer tout cela.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour que le plus grand nombre de fans de sport puisse connaître les dessous des carrières de haut niveau.

    Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Levier n°1 : les fédérations

    Le premier levier de financement, c’est la fédération. Ce sont elles qui peuvent proposer les premières bases de financement pour les athlètes performants. Évidemment, les politiques fédérales varient énormément selon les disciplines.

    De manière générale, plus tu performes, plus tu es aidé. C’est un schéma récurrent : pour être aidé, il faut gagner des titres et des médailles. Mais pour gagner des titres et des médailles, il faut pouvoir se consacrer pleinement à son sport. C’est souvent le serpent qui se mord la queue, surtout en début de carrière.

    Ce que peuvent financer les fédérations

    Les fédérations peuvent financer les structures d’entraînement : accès aux équipements, au matériel, aux entraîneurs, aux préparateurs physiques et mentaux, à l’accompagnement diététique, médical et paramédical, ainsi qu’à la récupération (kinés, bains froids, cryothérapie, pressothérapie).

    Cette prise en charge est progressive. L’accès à la salle d’entraînement est assez courant, mais avoir tout le reste à volonté reste beaucoup plus rare.

    Les fédérations peuvent aussi intervenir sur les compétitions : inscriptions, déplacements, hébergement. Là encore, cela dépend énormément des sports et des athlètes.

    Levier n°2 : les pouvoirs publics

    Les pouvoirs publics constituent un autre levier important : l’État, les régions, les départements.

    L’Agence Nationale du Sport peut intervenir pour compenser l’impact du sport sur la vie professionnelle : indemnisation des employeurs, financement de remplaçants, ou mise en place de Contrats d’Insertion Professionnelle.

    L’ANS peut aussi verser une aide sociale mensuelle aux sportifs en fonction de leurs performances et de leur potentiel aux championnats du monde et aux Jeux.

    Les Maisons Régionales de la Performance peuvent également apporter un soutien, comme le financement des frais liés aux aidants sur certaines compétitions.

    Enfin, les collectivités locales peuvent attribuer des aides spécifiques selon le lieu de résidence ou d’entraînement.

    Le graal : les dispositifs d’insertion professionnelle

    Il existe un dispositif particulièrement précieux : les contrats avec l’armée, la police, les douanes.

    Le sportif est salarié comme militaire ou agent, mais détaché à 100 % pour son sport. Il se consacre uniquement à l’entraînement et à la compétition, tout en représentant l’institution.

    Aux Jeux de Paris 2024, un tiers des médailles françaises ont été remportées par des sportifs issus de ces dispositifs.

    Le rôle des clubs

    Les clubs peuvent parfois participer aux frais de carrière. Certains athlètes sont salariés de leur club, mais c’est rare. Le plus souvent, les clubs aident à financer les entraînements, les compétitions et servent de support juridique pour le mécénat.

    Depuis l’automne 2024, la Fondation du Sport Français permet aux sportifs inscrits sur liste ministérielle d’ouvrir une cagnotte en ligne avec déductions fiscales pour les donateurs.

    Les équipementiers et le matériel

    Le matériel est un poste de dépense majeur. Les équipementiers peuvent fournir du matériel en échange de visibilité. Le niveau d’équipement dépend fortement des performances et de la notoriété de l’athlète.

    Les disparités sont énormes entre les sportifs, selon la médiatisation et la visibilité sur les réseaux sociaux.

    Les sponsors privés

    Les sponsors privés sont souvent le levier décisif, notamment pour les sports peu médiatisés. Ils permettent de boucler le budget lorsqu’il manque des financements publics.

    Le sponsoring ne tombe pas du ciel. Il repose sur la visibilité, mais aussi sur la construction d’une image. J’en parlerai en détail dans le prochain épisode.

    Conclusion

    En résumé, même s’il existe de nombreux dispositifs pour financer une carrière sportive, cela reste aujourd’hui un véritable casse-tête pour la majorité des sportifs de haut niveau en France.

    Avec des contrats précaires, des dossiers à renouveler et beaucoup d’incertitudes, il faut apprendre à actionner tous les leviers disponibles et construire un véritable business plan. Comme dans tout milieu indépendant, on est rarement riche, rarement à la rue, mais on doit compter sur soi-même pour faire fonctionner l’ensemble.

  • 16.Que se passe-t-il après les Jeux olympiques et paralympiques pour les athlètes ?

    Ceci est une retranscription de l’épisode 16 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Après les Jeux : une transition souvent méconnue

    C’est parti pour l’épisode du jour. Pour ceux qui me suivent assidûment, vous avez sans doute remarqué une longue pause depuis le dernier épisode. Et ça va être un peu le sujet du jour : comment se passe l’après Jeux pour les sportifs ? Qu’est-ce qui se passe après la cérémonie de clôture ? Comment on envisage la suite de notre vie après cette parenthèse enchantée pour laquelle on a tant travaillé pendant des mois ?

    Pour se remettre dans le contexte, à la fin de nos épreuves aux Jeux, tout ne s’arrête pas d’un coup. Et heureusement, parce que ce serait encore plus dur à gérer sans transition. À Paris, on avait l’opportunité de pouvoir célébrer nos médaillés au Club France. J’ai trouvé ça très important, car ça marque vraiment la fin de la compétition et le passage à une période de fête, potentiellement d’excès après des mois de rigueur.

    Ça apporte aussi une vraie cohésion avec l’équipe de France pour finir tout ça ensemble, car après, tout va très vite et on n’a pas forcément l’occasion de se dire au revoir.

    La cérémonie de clôture : pas toujours accessible à tous

    Ensuite, il y a la cérémonie de clôture. Mais déjà, beaucoup d’athlètes ne peuvent pas y aller parce qu’ils sont déjà repartis. D’autres, comme moi, n’ont tout simplement pas l’énergie. Les cérémonies sont extrêmement fatigantes : on passe beaucoup de temps à attendre, il y a beaucoup de bruit, d’interactions.

    Ce n’est pas toujours facile ni possible selon les handicaps et l’état de forme de chacun. À ce moment-là de la compétition, on est tout simplement lessivés. On vient de passer des mois, voire des années, à s’entraîner tous les jours, à faire de la préparation physique et mentale, puis la compétition avec la pression énorme que cela implique.

    Quand tout est fini, il est très fréquent que le corps et le mental décompensent d’un coup. Le contrecoup peut être assez dur à la fin de la quinzaine. La cérémonie de clôture n’est donc pas accessible à tout le monde.

    Retour à la vie normale : un choc pour beaucoup d’athlètes

    Quand on rentre chez nous, on passe d’une vie en collectivité, dans une bulle où tout est à disposition, à une vie « normale ». Beaucoup d’athlètes vivent très mal cette transition. C’est un choc de passer de tout à rien, d’être H24 avec ses frères d’armes sous le feu des projecteurs, puis de se retrouver seul chez soi.

    À titre personnel, ça n’a pas été difficile pour moi. Au contraire, c’était un soulagement de revenir au calme, à la campagne, avec mes routines, mon chien, mes chats, ma maison. Mais globalement, l’automne qui suit les Jeux peut être source de mal-être, et il est important de s’y préparer.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour faire connaître les dessous des carrières de haut niveau. Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire, et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Entre obligations médiatiques et sur-sollicitation

    Après les Jeux, on a beaucoup d’obligations. Il y a l’aspect médiatique, avec les journalistes qui sollicitent de partout. Il y a une énorme différence entre les médaillés et les autres. Certains passent sur France Télévisions ou Canal+, d’autres auront seulement un article local.

    Cela peut être difficile à vivre, surtout quand on repart sans médaille. En même temps, ceux qui sont sur-sollicités finissent par être épuisés. Chaque athlète a donc ses propres défis à la sortie des Jeux.

    Soirées, invitations et validisme

    On est invités à de nombreuses soirées, cocktails, conférences. Personnellement, j’ai subi cette période. Mais le validisme de notre société m’a permis de faire le tri sans culpabilité, car beaucoup d’événements dédiés aux athlètes paralympiques n’étaient tout simplement pas accessibles.

    S’il n’y a aucune volonté de m’accueillir avec mon handicap alors que c’est le cœur de l’événement, je n’y vais pas.

    Faire des choix pour préserver son énergie

    Il faut aussi choisir à quoi dire oui et à quoi dire non. J’ai choisi de répondre positivement à tous les partenaires qui m’ont soutenue avant les Jeux, et de décliner le reste. Sinon, c’est injouable.

    Repos, reprise et santé mentale

    Pendant un bon mois, voire un mois et demi, on participe à ces célébrations. On est en vacances du sport. J’en ai profité pour passer du temps avec Eugène, mon chien d’assistance, faire du cani-VTT et retravailler certaines tâches.

    La santé mentale est un enjeu majeur après les Jeux. Les phases de déprime, voire de dépression ou de burn-out, sont fréquentes. J’ai repris l’entraînement fin octobre, après deux mois de pause, et ça m’a fait énormément de bien.

    Nouvelle paralympiade, nouveaux défis

    Une carrière est rythmée par les Jeux tous les quatre ans. Après une olympiade, la question se pose : est-ce que je continue ? Si oui, c’est repartir pour quatre ans de sacrifices.

    Il y a aussi la question du financement. Beaucoup de contrats se sont arrêtés après Paris 2024. J’ai dû recontacter mes partenaires pour Los Angeles. Certains n’ont pas renouvelé, d’autres ont baissé leur budget. Je n’ai que de la reconnaissance pour tous les soutiens reçus.

    Changement de centre d’entraînement et adaptation

    Nouvelle paralympiade, nouveau centre d’entraînement. Je m’entraîne désormais au CREPS des Pays de la Loire à Nantes. C’est un cadre idéal, mais l’adaptation m’a demandé beaucoup d’énergie.

    En décembre, j’ai dû faire une pause, au bord de l’épuisement physique et mental. Direction la montagne et le snowboard. Mais ça, ce sera pour un autre épisode.

    Conclusion

    La gestion de l’après Jeux est une période cruciale. Entre l’adrénaline, l’épuisement, l’incertitude de l’avenir et les différences de traitement médiatique, cette transition doit être accompagnée. La santé mentale est un enjeu primordial dans le sport de haut niveau, et c’est elle qui conditionne le bon démarrage d’une nouvelle paralympiade.

  • 15.Tricheries, exclusions, injustices : l’autre réalité du sport paralympique

    Ceci est une retranscription de l’épisode 15 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
    écouter l’épisode

    La classification en sport paralympique : injustices, tricheries et pistes d’amélioration

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 15 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, nous allons aborder la deuxième partie sur la classification en sport paralympique.

    Dans le premier épisode, je vous expliquais pourquoi il y a plusieurs catégories dans un même sport, pourquoi une personne amputée peut jouer contre une personne qui a de la spasticité ou un autre handicap, et je vous ai donné quelques exemples pour illustrer pourquoi la classification ne se fait pas forcément par type de handicap, mais par impact du handicap sur la pratique sportive.

    Comment se déroule la classification ?

    La classification, c’est un processus précis, codifié, avec des règles. Une classification se fait en trois parties :

    1. L’évaluation médicale

    La première partie, c’est la partie médicale : la personne est en slip et en brassière, elle va se faire examiner par des classificateurs professionnels formés à ça. Les classificateurs ont tous été athlètes ou experts du domaine et sont reconnus par le comité international paralympique. Ils vont évaluer la tonicité musculaire, la mobilité, l’équilibre, la force, bref tous les éléments qui composent le handicap.

    2. L’évaluation technique

    Deuxième partie : la partie technique. On va demander à l’athlète de faire des mouvements liés à son sport, par exemple des appuis, des changements de direction, un service ou un smash au badminton. Cela permet d’observer l’impact réel du handicap dans les gestes sportifs.

    3. L’observation en situation réelle

    Troisième partie : l’observation en compétition. L’athlète va faire un match observé par les classificateurs. Cela permet de voir si l’impact du handicap est cohérent avec ce qui a été observé en médical et en technique.

    À la fin de ces trois étapes, les classificateurs attribuent une classe à l’athlète, soit de manière définitive, soit de manière provisoire lorsqu’ils ont un doute et veulent observer l’évolution.

    Les limites du système

    Alors évidemment, tout ça semble carré, précis, et on pourrait se dire que la classification est totalement fiable. Mais ce n’est pas toujours le cas – et c’est normal : les handicaps sont complexes, évolutifs, et ne sont pas toujours visibles.

    Certains handicaps peuvent évoluer d’une année sur l’autre, comme la spasticité ou certaines pathologies musculaires. Certaines personnes peuvent avoir des jours où ça va, et des jours où ça ne va pas du tout. Ce qui rend le processus extrêmement complexe.

    Il arrive aussi que deux personnes dans la même classe n’aient pas du tout les mêmes besoins ni les mêmes limitations. Mais elles sont quand même classées ensemble car l’impact global reste jugé similaire.

    Les injustices possibles

    Comme dans tout système humain, il peut y avoir des injustices. Par exemple :

    • Un athlète peut se retrouver dans une classe légèrement trop haute, où les autres ont moins d’impact que lui.
    • À l’inverse, un athlète peut être classé un peu trop bas, ce qui crée un avantage pour lui.

    Ce n’est pas forcément volontaire : le handicap peut être difficile à évaluer, les symptômes peuvent varier d’un jour à l’autre, et certains athlètes ont des capacités qui émergent seulement en match intense.

    La question de la tricherie

    On ne va pas se mentir : oui, la tricherie existe. Comme dans tous les sports. Et elle peut prendre plusieurs formes :

    1. Minimiser son handicap

    Certains athlètes peuvent exagérer les limitations lors du test médical (par exemple en forçant moins) pour obtenir une classe plus favorable. C’est rare, mais ça arrive.

    2. Maximiser son handicap

    À l’inverse, certains peuvent accentuer certains symptômes le jour de la classification, par exemple en ne prenant pas un traitement qui stabilise leur spasticité.

    Heureusement, les classificateurs sont généralement très expérimentés, et ils connaissent ces stratégies. L’observation en compétition permet aussi de détecter les incohérences.

    3. Les évolutions non déclarées

    Un athlète peut aussi s’améliorer physiquement ou rééduquer un membre, ce qui change l’impact du handicap… mais ne pas le déclarer. Cela peut créer un avantage involontaire ou volontaire.

    Et dans le parabadminton ?

    Dans mon sport, le parabadminton, la classification a beaucoup évolué ces dernières années. Des athlètes ont été reclassifiés, d’autres ont changé de classe, et il y a eu beaucoup de discussions sur l’équité. C’est normal : le sport est jeune, les règles évoluent, et les connaissances aussi.

    Par exemple, certaines personnes en SL4 ont des handicaps très différents des miens, mais avec un impact similaire. À l’inverse, parfois, on peut rencontrer quelqu’un dans la même classe mais avec une amplitude de mouvement, une force ou une stabilité qui semble bien supérieure.

    Ce n’est pas que le système est mauvais : c’est juste que le handicap n’est jamais uniforme, et que la classification repose sur des critères humains, observés par des humains.

    Les pistes d’amélioration

    Le comité international paralympique réfléchit à plusieurs pistes :

    • Une meilleure standardisation des tests médicaux
    • Plus d’observations en situation réelle
    • Des reclassifications régulières pour les handicaps évolutifs
    • Une transparence accrue pour le public (car beaucoup de fans ne comprennent pas le système)
    • Un meilleur accompagnement des fédérations pour harmoniser les pratiques

    Certains sports envisagent même des classifications numériques (comme dans le ski), basées sur une pondération précise de chaque type de limitation. Cela pourrait rendre les compétitions encore plus équitables.

    Conclusion

    La classification est un pilier essentiel du sport paralympique. C’est un système imparfait, mais indispensable. Et surtout, c’est un système vivant, qui évolue et s’adapte en permanence.

    Dans tous les cas, souvenez-vous : derrière chaque classe, chaque code, chaque numéro, il y a un humain, avec ses forces, ses fragilités, son parcours, son histoire. Et c’est ça qui rend le parasport aussi passionnant.

    Merci d’avoir écouté cet épisode. Vous pouvez me retrouver sur Instagram @parabadiste.podcast pour continuer la discussion. À très vite !

  • 14.Classification paralympique : comment ça marche ? Plongée dans les secrets des jeux paralympiques

    Ceci est une retranscription de l’épisode 14 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Comprendre la classification en parasport

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode n°14 de mon podcast, Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau : la classification en parasport. Les Jeux Paralympiques ont permis de diffuser du sport à la télé et dans les stades, et beaucoup de gens qui n’étaient pas familiers avec le parasport se sont retrouvés un peu perdus face aux multiples épreuves dans un même sport.

    On va donc essayer d’apporter un peu d’éclairage pour comprendre les enjeux de la classification, comment elle est réalisée, et pourquoi on voit tel athlète affronter tel autre. Cet épisode sera divisé en deux parties, car le sujet est dense et je tiens à garder un format de 20 minutes maximum, comme vous l’aimez !

    La classification : de quoi parle-t-on ?

    La classification, c’est le processus qui vise à répartir les athlètes dans différentes classes en fonction de leur handicap et surtout de son impact sur la pratique sportive. C’est le point de départ de toute activité parasportive, car des classes équitables garantissent que la personne qui gagne est la meilleure, celle qui a le plus travaillé, le meilleur physique, la meilleure technique, le meilleur mental – et non celle qui a le handicap le moins important.

    Grâce à ces classes, quel que soit le handicap et sa sévérité, chacun a une chance de performer face à des athlètes ayant des impacts similaires sur leur pratique. La classification vise à garantir l’équité sportive – une notion essentielle : les processus recherchent l’équité et pas forcément l’égalité.

    Équité vs égalité

    L’équité consiste à s’assurer que deux concurrents ont les mêmes limitations dans leur pratique et partent avec les mêmes chances de réussite, quelle que soit la nature de leur handicap.

    En parabadminton (mon sport), par exemple, en classe SL4, une personne amputée tibiale peut jouer contre une personne ayant de la spasticité dans la jambe. Les handicaps sont différents, mais leurs répercussions sur le terrain sont équivalentes.

    Ce choix d’organisation permet aussi de constituer des groupes suffisamment grands pour organiser des compétitions viables. Si on classait uniquement par type de handicap, il n’y aurait souvent pas assez d’athlètes pour remplir un tableau.

    Des sports qui choisissent différemment

    Certains sports, comme l’athlétisme, utilisent des classes basées sur la nature du handicap pour garantir une équité maximale – notamment parce que, dans les sports chronométrés, tout se joue parfois au centième de seconde.

    Cependant, même dans ces cas, certaines classes sont regroupées en compétition lorsqu’il n’y a pas assez d’athlètes. On retient alors l’impact du handicap sur la performance pour maintenir une compétition équitable.

    Qui fixe les règles ?

    Il existe deux grandes catégories de sports : les sports paralympiques (présents aux Jeux) et les sports non paralympiques.

    Les sports non paralympiques

    Ils peuvent créer leurs propres règles de classification, ou même décider de ne pas classer les athlètes du tout. Certains mélangent même athlètes valides et athlètes en situation de handicap, comme le BaskIn.

    Les sports paralympiques

    Eux doivent répondre aux règles du Comité International Paralympique (CIP). Chaque athlète doit présenter un des 10 handicaps éligibles :

    • Puissance musculaire affaiblie
    • Amplitude de mouvement limitée
    • Déficience d’un membre
    • Différence de longueur des jambes
    • Petite taille
    • Hypertonie musculaire
    • Ataxie
    • Dystonie
    • Déficience visuelle
    • Déficience intellectuelle

    Les autres handicaps (douleur, hyperlaxité, troubles cardiovasculaires, autisme, surdité…) ne permettent pas de participer aux sports paralympiques.

    Chaque sport définit ensuite ses propres classes

    Tant que les critères respectent la liste des 10 handicaps éligibles, chaque Fédération internationale peut définir librement son système. Certains sports accueillent tous les types de handicaps (athlétisme), d’autres se concentrent sur un seul (le judo, uniquement pour les déficients visuels).

    Dans certains sports comme le paraski, il n’existe qu’un podium par grande catégorie (debout, assis, déficience visuelle), mais le chronomètre est ajusté selon la classe de chacun pour garder l’équité.

    Pourquoi c’est si complexe ?

    Le système paraît simple en théorie (assurer l’équité), mais chaque sport a ses propres règles et ses propres classes. Il est donc impossible de tout connaître ou retenir en un clin d’œil.

    Chaque sport possède son propre vocabulaire : WH1, SU5, SH6, SL4 en badminton ; T51, T64, F36 en athlétisme… Dans la plupart des sports, plus le chiffre est petit, plus le handicap est important.

    Classification et perceptions erronées

    Pendant les Jeux Paralympiques, de nombreuses incompréhensions sont nées. Le parasport reflète deux réalités :

    • Le handicap invisible existe.
    • Les conséquences d’un handicap sont souvent plus complexes qu’on ne l’imagine.

    Un exemple personnel

    Lors de mon premier match à Paris, diffusé sur France 2, j’ai reçu beaucoup de retours : « C’était injuste, tu jouais contre une fille handicapée du bras alors que toi c’est les jambes. »

    La joueuse indienne contre moi avait effectivement un bras amputé. Mais elle avait aussi une arthrodèse de la cheville, un handicap invisible mais bien réel, qui l’a rendue éligible en SL4, la même classe que moi.

    Ce match montre à quel point les handicaps invisibles sont souvent ignorés. Pourtant, la classification est pensée pour être équitable. Il n’y avait aucune raison qu’une athlète avec un handicap au bras joue contre une athlète avec un handicap aux jambes – cela serait inéquitable.

    Un exemple : Alexandre Léauté

    Alexandre Léauté, paracycliste multiple champion du monde et paralympique, a aussi fait l’objet de critiques. Il a une hémiplégie importante et concourt souvent face à des athlètes amputés d’une jambe. Certains grincheux ont rapidement conclu qu’il avait un avantage “parce qu’il a deux jambes”.

    Mais en réalité, il pousse à 90 % avec sa jambe gauche. Sa jambe droite ne contribue qu’à 10 %, mais doit quand même être irriguée : son cœur travaille pour deux jambes, contrairement à ses concurrents. Dans un sport où le cardio et la récupération sont essentiels, cela rétablit l’équité.

    En plus, son bras droit est touché, ce qui le handicape sur les départs, contrairement à ses adversaires qui ont deux bras valides.

    Conclusion : le handicap n’est jamais binaire.

    De même, beaucoup d’athlètes utilisant un fauteuil en compétition peuvent marcher chez eux. Cela ne signifie pas qu’ils trichent : la majorité des utilisateurs de fauteuil ont encore quelques capacités debout.

    Comment se déroule une classification ?

    Vous vous demandez sûrement comment on juge l’impact du handicap et comment on attribue une classe. Ce sera le sujet de la deuxième partie de cet épisode !

    Nous parlerons du processus de classification, des limites du système, des injustices possibles et des pistes d’amélioration pour le futur du parasport.

    Pour ne rien manquer, abonnez-vous et suivez-moi sur les réseaux sociaux : @parabadiste.podcast

    Conclusion

    La classification est un système essentiel pour garantir l’équité dans le parasport. Complexe, nuancé, parfois mal compris, il reflète avant tout la diversité et la richesse des parcours de chaque athlète. Comprendre ces mécanismes, c’est mieux apprécier les performances, éviter les jugements hâtifs, et reconnaître la valeur du travail accompli par les sportifs paralympiques.

    Rendez-vous dans deux semaines pour la suite !

  • 13.Les secrets d’une sportive de haut niveau pour devenir champion de France

    Ceci est une retranscription de l’épisode 13 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode.

    Une victoire fraîche : mon titre de championne de France

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 13 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, un épisode en lien avec mon actualité sportive toute fraîche puisque je viens de décrocher ce week-end le titre de championne de France de parabadminton en classe SL4-SU5.

    Alors c’était le moment de partager cette nouvelle, mais surtout de vous éclairer sur les dessous d’un titre sportif majeur : comment on arrive à cette performance, et qu’est-ce qu’on doit mettre en place pour maximiser les chances de pouvoir ajouter cette ligne à son palmarès quand on pratique un sport à bon niveau.

    C’est ma deuxième médaille d’or sur un championnat de France, et cette fois-ci elle a un goût encore plus particulier puisque nous étions regroupées avec la classe SU5. Le prochain épisode sera d’ailleurs consacré aux classifications, pour que vous puissiez mieux comprendre ces histoires de classes en parasport. Mais pour faire très simple : j’ai un handicap au niveau des jambes, et je jouais contre des filles qui ont un handicap au niveau du bras, tout simplement parce qu’il n’y avait pas assez de monde pour faire deux tableaux. Sur le papier, ça peut paraître un peu injuste — en soi ça l’est — mais il vaut mieux ça que de ne pas pouvoir jouer par manque de joueuses.

    Les idées reçues sur un titre majeur

    La plupart des gens s’imaginent que pour gagner un titre majeur, on s’entraîne, on joue et on repart (ou pas) avec une médaille. Dans la réalité, le chemin est un peu plus sinueux. Ce serait le rêve de tout sportif de pouvoir juste se concentrer à fond sur son sport et devenir le meilleur comme ça. Mais malheureusement, il y a beaucoup d’autres choses à faire et à organiser pour pouvoir grimper jusqu’au titre de champion de France et devenir, en quelque sorte, la meilleure personne du pays dans cette discipline.

    Généralement, un titre de champion de France commence tout bêtement par choisir un sport quand on est enfant. Aller tous les mercredis après-midi à l’entraînement, découvrir les règles, la technique, la tactique, faire des jeux autour de tout ça et commencer petit à petit ses premières compétitions.

    Découvrir la compétition jeune n’est pas obligatoire. Il y a mille façons de performer dans son sport. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas commencé à six ans qu’on ne pourra pas devenir le meilleur. Typiquement, j’ai commencé le badminton il y a trois ans, donc on voit bien qu’il existe des trajectoires atypiques. Mais malgré tout, la performance vient avec la répétition et le nombre d’heures de pratique. Plus on commence tôt, plus on emmagasine d’expérience, et potentiellement plus on peut faire partie des meilleurs.

    Si j’ai pu atteindre ce niveau en seulement trois ans de badminton, c’est aussi parce que j’avais derrière moi dix ans de tennis en compétition, sept ans de sport-étude, et toutes les exigences que cela implique. Même si ce n’était pas le même sport, j’avais déjà un gros bagage.

    Les champions que vous voyez aujourd’hui ont dédié toute leur vie à leur discipline : cela ne vient pas en un claquement de doigts.

    Le travail dans l’ombre

    Ceux qui réussissent le plus sont souvent ceux qui travaillent le plus dans l’ombre : les footballeurs qui restent après l’entraînement pour tirer des coups francs, les joueurs de tennis qui prennent des seaux de balles pour pratiquer leur service seuls. Chaque sportif qui n’attend pas qu’on le pousse pour se donner à 300 % et finir totalement rassasié à la fin de chaque séance.

    Si tu veux devenir le meilleur, il faut travailler plus que les autres — et aussi plus intelligemment.

    La préparation physique : le socle de la performance

    À côté de la pratique de son sport en tant que tel, il y a tout le volet préparation physique. C’est extrêmement important, non seulement pour performer mais aussi pour éviter les blessures.

    Selon les moments, cela peut représenter plusieurs séances par semaine :

    • en salle, avec musculation, gainage, exercices ciblés ;
    • du cardio : running, vélo, natation ;
    • du travail d’explosivité, de proprioception, de jeu de jambes et de motricité pour servir la technique sur le terrain.

    La préparation mentale : longtemps sous-estimée

    La préparation mentale a longtemps été sous-estimée, parfois même méprisée. On entendait encore récemment des idées reçues comme : « Faire de la prépa mentale, c’est être faible. » Heureusement, aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le résultat passe autant par la performance technique, physique que mentale.

    Tu peux être le meilleur du monde techniquement : si tu n’es pas bien mentalement, tu n’iras pas loin.

    La prépa mentale est un élément clé du quotidien d’un sportif, mais pas toujours simple à mettre en place. Il faut trouver la bonne approche, la bonne personne, un préparateur qui te comprend. C’est parfois l’étape la plus longue.

    Le coût d’une carrière sportive

    Comme je le disais au début, il n’y a pas que la pratique pure. Une carrière sportive de haut niveau coûte cher. À moins de gagner au loto, il faut prévoir tout un tas de choses pour pouvoir s’entraîner suffisamment, avoir le bon matériel, un coach et participer aux compétitions.

    Un sportif qui veut financer sa carrière doit avoir des sponsors. Et pour avoir des sponsors, il faut exister aux yeux du monde. Aujourd’hui, cela passe par les réseaux sociaux.

    Les réseaux sociaux : une activité à part entière

    Pour espérer convaincre un partenaire, il faut publier du contenu : vidéos, shootings photo, publications régulières, storytelling, actus, réponses aux commentaires. Tout cela prend du temps, nécessite de l’organisation, une vraie vision.

    Les médias : indispensables pour émerger

    Quand on fait un sport de niche, personne ne va parler de nous « sans notre consentement » comme pour le foot. Pour faire connaître notre sport, nos résultats, nos objectifs, il faut aller vers les journalistes, les rencontrer, les démarcher, leur proposer notre projet. On peut envoyer des dizaines de dossiers pour seulement quelques retours.

    Mais c’est un levier majeur pour exister.

    La recherche de sponsors : entre patience et stratégie

    Construire son image et exister aux yeux du monde permet ensuite d’aller démarcher des entreprises pour financer son championnat de France et sa carrière. Et on n’a toujours pas joué le moindre point que tout ce travail en amont a déjà été colossal.

    La recherche de sponsors peut aller vite ou être très longue. Le bouche-à-oreille reste un levier important. Mais dans tous les cas, il faut parler de son projet partout : en direct, sur les réseaux, par mails, relances, posts, rencontres, discussions, même les pistes qui semblent fantaisistes.

    Au bout de tout cela viennent les rendez-vous qui finalisent les partenariats. Et on peut alors partir sur le championnat de France en étant serein financièrement, avec un membre de plus dans l’équipe. Parce que, comme on dit, seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin.

    L’entrée dans la compétition : les choix stratégiques

    Après tout cela vient enfin le concret : la compétition. Là aussi, des choix s’imposent : voiture, train, avion ? Chacun a des avantages et des inconvénients, et ces décisions ont un impact sur la performance.

    Une fois sur place, l’objectif est clair : donner le meilleur de son jeu. Le fruit de tout le travail — technique, physique, mental, cognitif — peut alors payer… ou non.

    Il n’existe pas une seule recette pour devenir champion. Chacun a sa méthode, son fonctionnement, son équilibre entre points forts, points faibles, nutrition, sommeil, plaisir, contraintes, vie personnelle. On reste des humains, pas des robots.

    Après la médaille : encore du travail

    Une fois la médaille obtenue, ce n’est pas fini : il faut communiquer. Faire un récap, une newsletter, une vidéo, un post sur chaque réseau, raconter son histoire aux journalistes.

    On pourrait penser que cela freine la performance : oui, c’est une charge énorme de travail. Mais une carrière sportive se construit sur le long terme. Sans solidité financière, pas de vision, pas de carrière.

    Les clés de la réussite

    Pour les jeunes qui veulent performer, comme pour les plus âgés qui se lancent dans un sport de niche (et même au-delà du sport), voici ce que je retiens :

    • S’imposer une discipline et ne pas attendre qu’on nous pousse : le travail de l’ombre finit toujours par payer.
    • Repérer les facteurs de performance et les adapter à son propre profil.
    • Construire sa présence et son image même dans les périodes calmes, sans attendre les grandes échéances.
    • S’entourer de partenaires sur le long terme pour bâtir un système solide et avoir une vision à moyen terme.

    Conclusion

    Un titre de championne de France ne se résume jamais à un week-end de compétition. Il est le résultat de mois — parfois d’années — d’efforts, d’organisation, de travail invisible, de remis

  • 12.Un exemple d’accessibilité PMR baclée : le Village Olympique de Paris 2024

    Ceci est une retranscription de l’épisode 12 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 12 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, c’est un peu la partie 2 de mon retour des Jeux Paralympiques. Il y a deux semaines, je vous expliquais ma compétition, mon ressenti et mes matchs. On continue maintenant avec le fameux village des athlètes, dont on entend beaucoup parler avant et pendant les Jeux. Aujourd’hui, je vous en parle un peu, mais aussi de ce que j’ai vécu en dehors des terrains pendant les 10 jours à Paris et comment tout cela se passait en tant qu’athlète.

    L’arrivée au village Paralympique

    Tout commence avec l’arrivée au village, une procédure assez spécifique. Il faut arriver en véhicule accrédité, car les alentours du village sont très contrôlés et sécurisés. N’importe qui ne peut pas y accéder en voiture. Tout commence donc par un rendez-vous à l’INSEP où j’ai pu garer ma voiture pour les 10 jours de compétition. Ensuite, on est emmené par une voiture accréditée et on arrive sur place, à proximité de l’entrée et de l’espace accréditation.

    La sécurité et l’accréditation

    Dès la sortie de la voiture, des bénévoles sont là pour aider avec les valises. On doit ensuite passer par la sécurité, car tout ce qui entre dans le village passe au rayon X pour vérifier l’intérieur. C’est pareil pour les navettes qui nous déposent à l’intérieur du village et des salles de compétition : il y avait systématiquement un contrôle des véhicules avec des agents qui passaient des miroirs pour vérifier le dessous et le dessus des bus. Tout était donc extrêmement sécurisé.

    Ensuite, on fait l’accréditation. Ton accréditation devient vraiment la chose la plus importante de ta vie pendant la compétition. Il faut l’avoir toujours avec soi, car c’est ton justificatif d’identité et surtout ton laisser-passer partout. Il n’y a pas le même niveau d’accréditation pour tout le monde. Par exemple, les athlètes ont accès à la salle de leur sport, à tout le village, y compris les restaurants, les espaces médias, la radio, etc. Ma cousine, qui était mon aidante, n’avait accès qu’au village tous les jours, mais pas à la salle de compétition. D’autres accréditations donnent uniquement accès au village, sans restauration, et avec des contraintes horaires très précises.

    L’accréditation est donc super importante : il faut toujours l’avoir sur soi et on est amené à la présenter partout où l’on va.

    Le logement au village

    Au village, j’étais dans un appartement de 8 personnes, comprenant 4 chambres. J’avais une chambre pour moi toute seule avec Eugène, mon chien d’assistance. Il y avait également deux salles de bain avec toilettes, dont une salle de bain PMR. Tout était pensé pour être accessible aux PMR, mais malheureusement, comme partout, il y a souvent une différence entre ce qui est accessible sur le papier et ce qui l’est réellement.

    Par exemple, dans la salle de bain PMR, le verrou pour fermer la porte était beaucoup trop petit et difficile à manipuler. Moi qui n’ai pas de force dans les doigts, je n’ai pas pu l’utiliser. J’ai donc passé 10 jours sans pouvoir verrouiller la porte de ma salle de bain et des toilettes, ce qui est assez stressant pour l’intimité. Pareil pour la porte d’entrée, très lourde, avec un seuil et un couloir recouvert de moquette épaisse. Quand on est en fauteuil roulant et qu’on n’a pas de force dans les bras, c’est très difficile d’ouvrir les portes. Ce sont des petites choses auxquelles personne ne pense jamais quand on rend un bâtiment accessible, et c’est très fréquent de se retrouver en galère dans les hôtels.

    Le confort des chambres au village

    Sinon, on avait vraiment tout le nécessaire dans les chambres : un étendoir, un ventilateur, une multiprise, une table de chevet, une lampe accrochée au lit. Pour répondre à une question qui m’a été énormément posée, les lits en carton et les matelas en nylon étaient très corrects ; je n’ai eu aucun souci pour dormir. À la limite, je ferais une remarque sur la couette qui était petite et pas très chaude. Avec mon autisme, j’aime beaucoup dormir avec du poids sur moi, donc la couette n’était pas idéale. Mais dans l’ensemble, nous étions très bien installés et j’ai vraiment pu bien dormir au village.

    Conclusion de mon séjour paralympique

    Le village olympique offre une expérience unique et bien organisée pour les athlètes, mais certaines contraintes pratiques, notamment pour les personnes à mobilité réduite, peuvent rendre le quotidien plus compliqué. Malgré tout, la sécurité, l’organisation et le confort général permettent de se concentrer sur la compétition et de profiter pleinement de ces moments exceptionnels. Mon séjour au village a été enrichissant, parfois surprenant, et m’a permis de vivre les Jeux Paralympiques d’une manière très intense et personnelle.