Catégorie : Pratique sportive

  • Le sport de haut niveau est-il un vrai métier ?

    Parmi les activités de la vie d’adulte, le sport de haut niveau prend tout à fait la place sur le podium des métiers atypiques. Vrai métier ? Passion ? Passe-temps ? Décryptons !

    Photo de Milena Surreau sportive de haut niveau en para badminton qui boit de l'eau assise sur le banc à la pause.

    Photo : Parabadminton Photos

    « Tu fais quoi dans la vie ? » « Du sport. » Et là, je vois déjà l’interrogation dans le regard. Parfois même un petit sourire.


    Beaucoup de gens pensent, de manière consciente ou inconsciente, que le sport de haut niveau n’est pas un métier. Que les entraînements peuvent être un peu à la carte, qu’on est dispo en un claquement de doigts…


    Alors si me connaissez, vous le savez : j’ai pris la parole sur mon podcast pour aborder ce sujet en format long parce que quelque caractères sur une page web ne suffisent pas !


    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je démonte ce mythe, et je t’emmène dans la réalité d’un quotidien structuré, chargé, organisé au millimètre près, où chaque décision compte :

    Entraînements techniques et physiques, préparation mentale, diététique, récupération, soins, compétitions, communication, sponsoring, tournages, administratif, dossiers…

    Le sport de haut niveau, c’est un engagement total, avec l’exigence d’un emploi à temps plein, mais sans la reconnaissance ni les droits sociaux réellement associés.

    Dans cet épisode, je parle aussi de la difficulté à faire comprendre nos priorités à l’entourage, de la frontière floue entre amateur et professionnel, et de tout ce que l’on ne voit pas derrière une raquette ou un fauteuil.

    🎧 Écouter l’épisode 23 : Sport de haut niveau, bannir le mythe du “faux métier”

    Disponible dès à présent sur votre plateforme d’écoute préférée !

    Et si tu veux aider un athlète à faire comprendre son quotidien à ses proches, partage-lui cet épisode ! C’est sûrement parce que vous l’avez aimé qu’il lui plaira aussi.

  • 23.Le métier de sportif de haut niveau olympique, parasport : bannir le mythe du faux métier

    Ceci est une retranscription de l’épisode 23 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 23 de Journal d’une parabadiste aujourd’hui on va briser des clichés et plus particulièrement celui qui voudrait que sportif de haut niveau, ce n’est pas un vrai métier, qu’on a globalement la belle vie tranquille ou qu’on est totalement à la disposition des autres.

    Bref, aujourd’hui on répond à la question : est ce qu’être sportif de haut niveau même amateur, c’est à dire quand on ne gagne pas de prize money en compétition ou qu’on n’est pas salarié d’un club, c’est un vrai métier ?

    Si vous ne me connaissez pas encore, je m’appelle Milena Surreau je suis sportive de haut niveau en parabadminton, paralympienne, championne d’Europe et aujourd’hui je fais du sport à temps plein, j’ai arrêté mon prédédent travail pour pouvoir me concentrer à 100% sur la performance. Alors, à coté je donne quand même quelques conférences sur le handicap et je produis ce podcast, mais globalement mon quotidien est vraiment tourné vers le sport.

    Mon métier ? Sportive de haut niveau

    Aujourd’hui, quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds tout simplement sportive de haut niveau, et souvent les gens ont un peu de mal à s’imaginer de quoi il s’agit, quelle est la réalité de mon quotidien. Ils ont vaguement en tête que je dois surement faire des entraînements et des matchs mais c’est tout. Souvent, on me répond « et tu fais quoi à coté ? » ou alors les gens pensent que y’a 1 compétition de temps en temps aux championnats d’Europe et du Monde parce que c’est malheureusement les seules compétitions un tout petit peu médiatisées, et donc on me demande « et en ce moment tu fais quoi ? » alors que je viens d’expliquer que j’ai repris l’entraînement.

    Et je ne peux pas blâmer les gens : ce qu’on entend très souvent dans les médias ou sur les réseaux sociaux, c’est que les sportifs de haut niveau vivent sous le seuil de pauvreté. Que beaucoup doivent cumuler 35h d’entraînement et un job alimentaire à temps plein pour subvenir à leurs besoins. Quand un enfant ou adolescent dit qu’il veut devenir sportif professionnel, on lui dit « oui c’est bien mais fait des études avant ».

    Un travail peu répandu

    Aussi, ce n’est pas forcément le job le plus répandu, et il est assez rare d’avoir une amie, un collègue, une connaissance, un parent sportif de haut niveau et donc de pouvoir concrètement savoir de quoi est fait le quotidien, c’est quoi la réalité. Et c’est notamment pour ça que j’ai créé journal d’une parabadiste, c’est pour dévoiler les secrets derrière la performance olympique et paralympique !

    Une catégorie socioprofessionnelle inexistante

    Aussi, il y a un 2e problème qui se pose, c’est au niveau administratif et « social », le statut n’en n’est pas vraiment un. Quand on dit sportif de haut niveau, ça veut dire qu’on est inscrit sur les listes de haut niveau du ministère, et que donc on a droit à certains dispositifs d’insertion professionnelle, à certaines aides financières et que l’on valide des trimestres pour la retraite les années où l’on est inscrit sur ces listes. Mais littéralement, par exemple quand je vais à la banque ou que je dois répondre à un questionnaire quelconque et qu’il faut choisir sa catégorie socio-professionnelle, il n’y a pas ce choix de sportif de haut niveau. Il n’y a que les traditionnels employés, ouvriers, chef d’exploitation agricole, sans emploi etc. Mais en tant que sportif de haut niveau, on est vraiment entre 2.

    Généralement, on a une entreprise pour gérer nos sponsorings et nos contrats d’images. Mais il n’est pas rare que ça soit surtout une structure juridique permettant de facturer, mais qu’on n’ait pas forcément assez de marge pour se verser un salaire régulier, et donc réellement cotiser en tant que chef d’entreprise. Dans ces cas là, est ce qu’on coche « sans emploi » alors que littéralement, on a du boulot plus de 35h par semaine, qu’on est à un plus que temps plein dans notre activité, qu’on gagne quand même de l’argent via la fédération, les sponsors, les prize money etc.

    Donc socialement, c’est vraiment un statut très particulier et complexe à bien cerner et à la fois on fait sûrement partie des actifs qui ont une activité à temps plein voire plus, mais de l’autre coté ben on se rend compte qu’on est un peu le cul entre 2 chaises à ce niveau là.

    Un temps plein de sportif ?

    Donc vous allez me dire, temps plein temps plein, ok mais qu’est ce que tu appelles temps plein ? Parce que faire du sport c’est surtout très sympa et c’est pas vraiment du 35H/semaine.

    Et c’est aussi là qu’il y a confusion, c’est que les gens ont pour référence le sport qu’ils pratiquent. Ils vont peut être courir 1 fois par semaine le dimanche. Ou à un rythme un peu plus soutenu, faire du badminton 3 fois 1h30 dans la semaine le soir. Et l‘entraînement, c’est aussi le moment convivial où on retrouve des amis, où on parle de la semaine, où on boit un coup à la fin.

    L’entraînement, une partie majeure du métier ?

    Donc beaucoup de gens ont du mal à s’imaginer que l’entraînement peut réellement être la partie majeure d’un métier, qui nécessite une rigueur à chaque session, que oui parfois on n’y prend pas de plaisir mais qu’on est là pour faire le job, et surtout qu’on a une obligation d’assiduité et qu’on ne peut pas juste un matin se dire « bon mercredi j’y vais pas et comme ça je pourrais aller au cinéma pour la sortie de ce film ».

    Et c’est ça souvent qui pose une grosse incompréhension, voire parfois des tensions qui peuvent en découler, c’est que très souvent, les gens s’imaginent que ça peut être à la carte. Que oui on peut demander à un sportif de se libérer tel matin pour faire telle chose ; de programmer un repas au restaurant un soir sans se dire que c’est la veille d’une compétition et que ça sera sûrement pas possible etc.

    Et ça, ça n’est pas exclusif au sport de haut niveau, c’est vrai que pour le coup j’ai exercé des métiers un peu atypiques dans le genre auparavant et moi c’est quelque chose que je vis littéralement depuis que j’ai 18 ans. J‘ai été musicienne et alors là c’est vraiment le pompon parce que très peu de gens s’imaginent la dose de travail que c’est au quotidien, y’a aussi ce mythe de l’intermittent du spectacle qui ne fout rien donc ça non plus ça n’aide pas, et faut voir le nombre de fois où j’ai décliné quelque chose en disant « je peux pas je travaille » et que la personne a totalement bloqué et a bafouillé quelque chose comme « ah tu as changé de voie ? » ou « mais je croyais que tu étais musicienne », ce genre de choses !

    Après j’ai aussi été chef d’exploitation agricole en saliculture donc je faisais du sel artisanal dans les marais salants de Guérande et là c’est un peu différent, les gens s’imaginaient que je travaillais que l’été. Parce qu’ils ont cette image de carte postale de la récolte du sel, alors oui l’été on travail 10-12h par jour, parfois 7 jours sur 7, mais on travaille aussi le reste de l’année et ça j’ai totalement arrêté de compter le nombre de fois où j’ai dû expliquer à des gens que je ne suis pas en vacances 9 mois sur 12 et que oui j’ai des obligations y compris l’hiver.

    Alors c’est vrai que voilà, je suis habituée mais à la fois ça reste toujours aussi frustrant d’avoir ce genre d’interactions, et surtout parfois de devoir vraiment se défendre et détailler sa journée pour se justifier.

    Comment s’articule le quotidien d’un athlète de haut niveau

    Du coup, rien de mieux qu’un épisode pour expliquer au monde entier de quoi est fait le quotidien d’un athlète de haut niveau et qu’on prenne conscience que la semaine, c’est très chargé, et qu’en plus souvent le week end, on va avoir besoin de beaucoup de repos.

    Alors petite note, ici je parle évidemment en prenant exemple sur ma propre situation, bien sûr elle est commune à beaucoup de sportifs mais pas forcément à tous, vu qu’on a chacun nos systèmes de performance. Et aussi, on parle ici des athlètes de haut niveau qui ne sont pas salariés de leur club comme peuvent l’être les footballeurs par exemple et qui du coup on forcément un quotidien différents sur plusieurs points.

    Alors, de quoi est fait notre quotidien ?
    C’est souvent une semaine très chargée, et surtout avec plusieurs casquettes.

    Evidemment, il y a toute la partie sportive qui prend beaucoup de place, avec les entraînements sur terrain 1 à 2 fois par jour tous les jours, où là on va vraiment bosser la technique, la tactique, les enchaînements, faire des matchs avec les sparing, faire de la PMA etc. Ca évidemment, c’est le cœur de l’activité quotidienne d’un sportif de haut niveau parce que tout simplement, pour devenir le meilleur dans sa discipline il faut la pratiquer sans relache.

    A coté de ça, en complément des entraînements terrain, on va avoir la préparation physique, qui peut avoir lieu plusieurs fois dans la semaine avec généralement 2 grandes catégories de séance, soit la muscu donc basiquement en salle, du renfo musculaire soit avec des haltères, des machines etc. soit plutôt du gainage et des exercices avec son corps, et de l’autre coté du cardio qui peut être fait en course, vélo, natation généralement (mais parfois on peut être créatif avec du rameur, du skierg, de la montée d’escalier par exemple). Et puis, certaines séances peuvent être plutôt sur le développement des reflexes, sur la proprioception, sur des mouvements actifs spécifiques, ce genre de chose.

    Enfin au niveau sportif, on va avoir les compétitions locales qui peuvent avoir lieu de temps en temps le week end comme les interclubs et les compétitions internationales, pour ma part en parabadminton c’est entre 6 et 10 fois 10 jours dans l’année. Mais si ce n’était que ça, c’est sûr que ça serait beaucoup plus simple, parce qu’en réalité il y a tout un autre monde derrière le sport.

    La partie mentale et diététique de la perfomance sportive de haut niveau

    A côté du sport en lui même, on va avoir toute la partie mentale de la performance avec donc la préparation mentale, ça ça peut passer par des séances avec un preparateur, ça peut être la réalisation d’exercices, de la lecture, du visionnage de documentaires etc. et la psychologie avec un suivi chez un psychologue et/ou un psychiatre.

    Ensuite dans le même esprit on a la partie diététique avec un suivi chez un professionnel et la réalisation des repas, alors là vous allez me dire oui comme tout le monde, alors certes mais dans notre cas, on n’a pas le droit au repas de flemme qu’on commande chez Uber un soir parce qu’on est fatigué, ou la sortie au restaurant n’importe quand. On doit aussi manger beaucoup de calories pour compenser les pertes donc ça passe parfois par faire plus de repas que la norme, il y a aussi toute l’anticipation et l’organisation des repas lorsque l’on est en compétition, parfois à l’étranger avec des aliments qui sont différents de ce qu’on peut trouver en France. Et donc tout ça, c’est une partie du job qu’on ne peut pas négliger.

    Là je pense que j’ai fait le tour de la partie qui concerne la performance sportive en elle-même, mais à coté de ça on a toute la partie qui concerne le volet plutôt économique du projet sportif.

    L’économie d’un projet sportif de haut niveau

    Là dedans on va déjà retrouver la recherche de sponsors, et ça ça peut prendre vraiment beaucoup de temps en fonction du budget que l’on a besoin de trouver, c’est sûr que ce n’est pas pareil de juste avoir besoin de vivre que de devoir aussi financer toutes ses compétitions, son coach, son prépa physique, son kiné etc.

    Mais aussi ça va dépendre de ton image médiatique parce que Florent Manaudou ou Teddy Riner ne vont même pas forcément avoir besoin de chercher, c’est plutôt les sponsors qui vont les trouver directement, alors que quand on vient d’un sport moins médiatique et/ou avec un palmarès moins important, il faut vraiment se démener pour vendre son projet, trouver les personnes à contacter etc. Et là ça passe par beaucoup d’heures de création d’un plan de sponsoring, de la réalisation des supports pour le vendre (que ce soit numérique ou physique en fonction de ce qu’on prend comme stratégie), de la recherche d’entreprises qui correspondent à celles qui ont un budget marketting, de la recherche et du démarchage de LA personne en charge potentiellement des sponsorings et donc l’envoi de mail, la gestion du CRM pour ne pas relancer quelqu’un qui t’as déjà répondu non, ou de poster les enveloppes avec ton dossier à la poste etc.

    Et ça, ben tant que tu n’as pas bouclé ton budget total pour la saison, ça peut littéralement être un travail de longue haleine tout au long de l’année pour réussir à réunir ce fameux budget qui peut parfois se chiffre en plusieurs dizaines de milliers d’euros. Littéralement, on pourrait y passer 35h/semaine et que ce soit LE job d’une seule personne, sauf qu’on le rappelle on réalise ça à coté de tout le reste.

    Les relations avec les sponsors

    Ensuite on a les relations avec les sponsors que tu as déjà donc les interventions dans les entreprises, les tournages de contenu, la réalisation de vidéo pour les réseaux sociaux, la rédaction, signature, envoie des contrats, la facturation, et donc tout le travail administratif qui en découle. Et d’ailleurs, ce volet administratif ne concerne pas que la relation avec les sponsors, mais comme je le disais tout à l’heure la plupart du temps on a une entreprise pour pouvoir gérer notre carrière et donc on a le travail administratif de tout entrepreneur avec les factures, les documents à trier, les impôts, les dépenses, les business plan, le suivi du budget etc.

    Et puis, pour réussir à convaincre des sponsors, il faut avoir quelque chose à leur proposer en retour, et ça ça passe notamment par construire une image et une communication solide. Donc au quotidien ça se traduit par la gestion des réseaux sociaux, la création de contenu, et donc tournage, réalisation, edition d’images, la rédaction de newsletter. Il y a aussi les apparitions dans les médias, journaux, télé, radio et ça c’est quelque chose qui prend du temps notamment quand on habite loin de Paris parce que la plupart des opportunités sont là bas et fatalement, s’y rendre prend tout de suite une journée complète.

    Donc en plus de toutes ces tâches et de toutes ces casquettes qui sont tout de même assez différentes les unes des autres, il faut aussi avoir une gestion de planning très carrée. Ca j’en parle en détail dans l’épisode 4 Gérer un emploi du temps de sportif paralympique : mission impossible ? Et pour la recherche de sponsor, ça se passe dans l‘épisode 18 Sport de haut niveau : athlète sans palmarès ? Voici comment trouver des sponsors en 2025.

    Avec tout ça, vous avez une vision un peu plus réaliste et juste de ce qu’est le quotidien d’un sportif de haut niveau en France, et on repose donc la question : est ce qu’être sportif de haut niveau est un vrai métier ?

    Ça signifie quoi être un sportif professionnel ?

    Est ce qu’il faut strictement s’arrêter à la définition de « sportif professionnel » pour considérer cette activité comme un métier, à savoir gagner de l’argent par ses compétitions ? Dans ce cas, la majorité des sportifs de haut niveau ne le sont pas, car il n’y a que très peu de sport où l’on gagne des prize money en compétition, et encore moins dans les parasports.

    Est ce qu’il faut prendre en compte de manière plus globale la situation professionnelle du sportif, et qu’à ce jeu un sportif qui gagne sa vie grâce à tout son système mis en place comme le sponsoring, les revenus des réseaux sociaux, les interventions en entreprise, les primes de performance et les aides sociales peut-être considéreécomme professionnel même s’il ne gagne pas de prize money en compétition ?

    Ou est ce qu’on peut considérer qu’une personne qui passe plus de 35h par semaine dédié à son sport, même s’il vit des aides sociales ou d’un métier à temps partiel à coté est tout de même un professionnel de son sport parce que dans son quotidien, toutes ses journées sont tournées vers cela ?

    Pour ma part, je pense qu’être sportif de haut niveau est un métier à part entière lorsque l’on y dédie sa vie et qu’on mise dessus à 100% car comme je l’ai expliqué tout au long de l’épisode, on doit développer des compétences transversales qui vont bien au dela de taper dans un volant ou courir sur une piste. En ce sens, nos profils sont d’ailleurs souvent précieux pour les entreprises qui recrutent dans certains secteurs et cela peut constituer un véritable atout pour notre reconversion, quand la retraite arrive autour de la trentaine ou la quarantaine. Mais pour cela, il faut vraiment avoir pris conscience de tous les enjeux autour du sport et pas seulement avoir consacré sa vie à uniquement s’entraîner sans se soucier des enjeux annexes et qui permettent de monter un système très performant comme je l’ai décrit.

    Aujourd’hui, le métier qui se rapproche le plus de ma vie quotidienne est celui de chef d’entreprise, et de toute manière c’est littéralement le cas puisque j’ai une société pour pouvoir gérer tous ces aspects de ma carrière.

    Donc la réponse est clairement oui, le sport de haut niveau est un vrai métier, que ce soit en terme de volume horaire que de contenu des journées chaque semaine. J’attends évidemment votre avis en commentaire et je vais même organiser un débat sur mes réseaux sociaux sur le sujet alors vas vite t’abonner si ce n’est pas déjà fait, tous les liens sont dans la description !

  • 22.Parasport : ce que le snowboard a apporté à ma carrière de badiste de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous bienvenue sur mon podcast Journal d’une parabadiste, le premier podcast français sur le sport de haut niveau paralympique ; aujourd’hui je réponds à une question qui m’a été posée et j’adore quand je traite des sujets qui viennent de vous parce que j’ai créé ce podcast pour vraiment répondre aux questions que les gens se posent sur le sport de haut niveau et/ou sur l’impact handicap dans cette pratique donc quand je satisfais directement votre curiosité c’est un vraiment plaisir pour moi.

    Après les Paralympiques de Paris 2024, place au parasnowboard

    Dans cet épisode on va donc parler de l’hiver que j’ai passé après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 et pourquoi est ce que je suis partie faire du snowboard au lieu de continuer le badminton, est ce que c’est un projet à long terme ou était-ce une parenthèse, pourquoi le snowboard et pas le ski, qu’est ce que ça m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes par rapport au badminton bref aujourd’hui je parle en détail de ce que j’ai vécu cet hiver !

    Pour remettre dans le contexte, j’ai fini les Jeux Paralympiques le 31 aout, ensuite on a eu quelques obligations en terme de médias et de présence pour la fédération, et je suis rentrée chez moi début septembre. Là j’ai pris beaucoup de repos parce qu’une paralympiade c’est 3 ans très intensif, entre la préparation, le financement, la qualification et ensuite les jeux. Je parle un peu plus en détail de tout ça dans l’épisode 16 sorti il y a quelques mois.

    J’ai repris l’entrainement mi octobre, parce que j’avais vraiment l’envie et le besoin de reprendre, donc ça a été une décision personnelle et pas une décision imposée par mon staff, c’est important de le savoir.

    Et puis en décembre, j’ai eu vraiment une période difficile mentalement, j’étais épuisée, alors heureusement les vacances arrivaient et je suis partie à la montagne, chez ma meilleure amie. A la fin des vacances, j’étais vraiment absolument pas en état de rentrer et de reprendre l’entraînement, j’avais pas du tout encore récupéré de ma fatigue, en plus j’avais un nouveau traitement à cette période qui me causait énormément de fatigue et de somnolence. Donc je me suis simplement écoutée — comme on en parlait dans l’épisode précédent sur la santé mentale — et je suis restée plus longtemps.

    Alors qu’est ce qu’on fait quand on est en vacances à la montagne et qu’on aime le sport, ben généralement du sport d’hiver, entre les longues après midi de sieste et les balades des chiens, on allait de temps à autre sortir en ski et en snowboard et ça m’a fait un bien fou de faire du sport extérieur, en pleine nature, parce que ça change pour le coup carrément de notre quotidien de badiste, nous on est tout le temps enfermés dans un gymnase et pouvoir respirer le grand air de la montagne, ça fait du bien physiquement et moralement.

    Donc moi je fais du snowboard depuis que j’ai 14 ans à peu près, à l’époque je n’avais pas encore de gros soucis neurologique, j’avais mes jambes qui fonctionnaient à peu près normalement on va dire. Et là c’était la 1ere fois que je remontais sur un snow depuis ma paraplégie spastique. Donc pour ceux qui me découvrent aujourd’hui, j’ai une maladie neurologique qui touche ma moelle épinière et qui fait que petit à petit je perds ma force dans mes jambes et dans mes bras, et j’ai ce qu’on appelle de la spasticité donc des contractions musculaires involontaires ce qui rend difficile le contrôle des jambes.

    Donc même si j’ai beaucoup de difficultés à marcher et que dans la vie de tous les jours j’utilise un fauteuil roulant, sur un snowboard je peux tenir debout. Une fois que je suis dessus en fait avec les pieds attachés, j’ai vraiment ma spasticité qui va m’aider à tenir debout en compensant les paralysies et je vais descendre les pistes, même si j’ai besoin de beaucoup de pause.

    A l’inverse du ski où debout je n’aurais pas assez de force dans chaque jambe séparée pour pouvoir supporter la force qu’il faut y mettre.

    Pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard ?

    Et puis, assez vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus, et je me suis dis, pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard pour découvrir cette discipline, parce que c’est évidemment totalement différent de faire du free ride quand on est en vacance que de passer des piquets imposés le plus vite possible, voir si ça me plait et voir ce qu’il en est quoi !

    Donc j’ai passé la classification nationale, pour savoir si mon handicap était éligible pour faire du parasnowboard — pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit j’ai sorti 2 épisodes sur ce sujet, le 14 et le 15 avec tout ce qu’il y a à savoir sur les classes en parasport — et j’ai participé à une première Coupe de France début janvier.

    Et franchement je ne m’y attendais pas du tout, parce que la vitesse ça n’a jamais été ce que je préfère sur les pistes, mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour la discipline. J’ai adoré passer ces piquets imposés, apprendre à prendre les bonnes trajectoires, doser les risques…

    Une première compétition qui m’ouvre des portes

    Et cette première compétition a été un vrai succès, que ce soit en terme de résultat puisque j’ai fait 2 médailles d’or, mais aussi en terme d’expérience puisque j’ai passé une super journée, j’ai pu rencontrer les athlètes du circuit national donc vraiment beaucoup de positif.

    Suite à cette première réussite, je me suis dit pourquoi pas continuer le circuit tant que je suis sur les Alpes, parce que du coup ça m’a aussi poussé à m’entraîner un peu plus sérieusement et donc ça a continué de m’entretenir physiquement ce qui était pas plus mal pour la reprise future du badminton. Et donc j’ai fait une 2e Coupe de France, sur laquelle j’ai fait 1 médaille d’or et où j’ai pris beaucoup d’expérience ; ce qui m’a aussi qualifiée pour les championnats de France qui avaient lieux plus tard dans la saison en mars.

    Et ceux là pour le coup j’étais vraiment pas sûre de pouvoir y participer parce que je commençais en février à entrevoir mon retour à la maison et au badminton, il y a avais aussi une incertitude sur le calendrier de compétition BWF auquel je pouvais participer ou non avec ma reclassification en parabadminton donc ça j’en parle dans l’épisode 20 pour ceux qui l’ont manqué.

    Au final, après un hiver très ressourçant je suis rentrée à la maison mi février, et j’ai finalement pu participer aux championnats de France de para snowboard grâce à une semaine de vacances du pôle performance parabad qui tombait pile poil au bon moment. Et donc en amont de ce stage, j’ai aussi pu participer à un stage de développement avec des membres du collectif France et l’entraîneur des équipes de France de parasnow. Ca a été un super moment pour moi, très complémentaire de tout ce que j’avais vu cet hiver, avec un super staff. Et comme j’en parlais dans l’épisode précédent, le staff c’est à mes yeux ce qui peut faire la différence dans une discipline que l’on veut potentiellement pratiquer à haut niveau, donc ça m’a aussi ouvert des perspectives auxquelles j’avais pas forcément pensé jusque là.

    Bref, je suis revenue des championnats de France de parasnow avec 2 médailles d’or, mais aussi un bagage énorme pour le badminton parce que contrairement à ce qu’on peut penser à première vue, ça a été un tremplin énorme et un vrai bon investissement pour ma carrière principale et non pas une perte de temps de 3 mois à la neige à se la couler douce.

    Un apport physique, mental et psychologique

    Et c’est là qu’on en vient à cette question, qu’est ce que ça m’a apporté. Pour résumer, j’ai énormément appris ou progressé sur les plans physique, mental et psychologique. Bref, sur tous les pans de la performance sportive et qui peut se transposer d’un sport à l’autre. Parce que oui, j’ai aussi progressé techniquement sur le snowboard, mais ça pour le coup ça n’est pas d’une grande aide pour le badminton.

    Alors déjà physiquement le bad et le snow sont 2 sports diamétralement opposés, et donc j’ai sollicité et travaillé des groupes de muscles que soit j’utilise peu en badminton, soit que j’utilise différemment. Cet hiver, ce sont mes cuisses qui ont le plus évolué, alors pas dans l’aspect explosif parce que c’est tout l’inverse, c’est vraiment l’endurance qui a été boostée. Et ça je l’ai ressenti de manière exponentielle quand je suis revenue au badminton, j’avais tellement moins de fatigue musculaire, je pouvais tellement faire plus plus longtemps. Et ça ça a été valable pour tous les groupes musculaires impliqués en snowboard, parce que c’est vraiment des efforts assez longs comparés à l’explosivité du badminton, mais les cuisses sont tellement cruciales au badminton que c’est ce qui m’a le plus marqué à mon retour.

    Mais à coté de ça, il y a aussi eu tout le gainage du tronc, abdo, fessiers, ensuite les épaules et les triceps. Alors là vous me dites les triceps ? A quoi sert ce muscle dont on ne parle jamais et pourquoi en snowboard ?!

    Donc faut savoir qu’avec ma pathologie, j’ai avant tous des déficits moteurs dans les jambes, mais j’ai aussi des atteintes aux bras et notamment mes triceps qui sont très faibles. Et là avec le snowboard, j’en avais besoin pour me relever, parce qu’en snow on a toujours le cul dans la neige dès qu’on s’arrête et donc pour se relever il faut soit avoir des jambes très solides, ce qui n’est pas mon cas, soit se propulser avec le bras, et donc mes triceps ont été mis à contribution, avec mes épaules, ce qui a été très bénéfiques ensuite pour ma pratique du badminton que ce soit le bras droit ou le bras gauche qui sert à s’équilibrer.

    Donc vraiment physiquement, j’ai beaucoup gagné en force et en endurance que ce soit dans les jambes, les bras et le tronc et ça ça a été un atout indéniable, déjà pour ma vie quotidienne parce que tout est plus simple pour les transferts etc. et pour le badminton, j’étais vraiment super affutée quand je suis revenue à l’entraînement, malgré les craintes évidentes de mon staff après plus de 2 mois sans jouer. Evidemment il a fallut rebosser l’explosivité parce que c’est quelque chose que j’avais beaucoup perdu du coup, mais c’est assez vite revenu dans l’ordre.

    Ensuite, sur l’aspect psychologique, indéniablement c’est sûrement ce qui a été le plus remarquable. Comme je vous le disais, quand je suis partie j’étais très fatiguée, j’étais pas bien mentalement. J’en parlais aussi dans l’épisode 21 juste avant celui ci, quand on évoquait la santé mentale, j’ai beaucoup de challenges à ce niveau là avec des périodes où j’ai vraiment des pensées très noires et une fatigue intense de tout ce que demande la vie. Et là pendant 2 mois dans cet environnement, avec ma meilleure amie, avec un rythme de vie avec très peu si ce n’est aucune contrainte, à découvrir et faire un autre sport, autre chose, en extérieur, ça m’a vraiment rafraichi le cerveau. J’ai libéré toute la pression qui s’était accumulé depuis les jeux, toute la fatigue ancrée qu’au final je n’avais pas vraiment eu l’opportunité d’évacuer. Et il n’y a absolument rien de mieux que de pouvoir repartir à la routine quotidienne d’entraînement en vue de performance que quand tu es tout frais, bien disposée à repartir à l’attaque, avec une envie de vivre et de jouer qui sont au maximum.

    Donc quand je suis revenue, ben j’étais tout simplement dans les meilleures dispositions pour performer.

    Et puis, il y a enfin eu l‘aspect mental. Ca c’est au cœur de la performance sportive, pour moi le mental fait vraiment 80% d’un résultat. Et là j’ai pu découvrir un monde mental que je ne soupçonnais pas. Parce que sur cet aspect aussi le badminton et le snowboard sont 2 mondes à part.

    Des ressources mentales insoupçonnées

    En badminton, c’est un combat contre un adversaire, on doit gagner plus de set que l’autre. C’est un combat qui est long, enfin, par rapport au tennis non mais ça reste en moyenne 30 à 45 minutes de concentration nécessaire, mais avec des pauses, si tu fais une erreur et que tu perds un point, c’est pas grave, y’en a encore 21 à gagner et même parfois, tu perds plus de point que ton adversaire et tu gagnes quand même ! Alors il y a aussi une petite partie de combat contre soi-même, comme dans tout sport. Mais globalement on est sur un sport d’opposition, avec des hauts et des bas pendant ces 30-45 minutes, des prises de risques possibles mais jamais fatales.

    Et à l’inverse, le snowboard c’est avant tout un combat contre toi même et surtout contre la piste. Un sport où la moindre erreur peut être fatale. Si tu loupes une portes : t’es éliminé. C’est une concentration extrême pendant environ 2 minutes, où tu ne peux pas te laisser aller à penser à des choses annexes, à manquer de concentration sur ce que tu fais. Parce que simplement tu n’as pas le droit à l’erreur !

    Soit parce que le chrono ne te le pardonnera pas, soit parce que la piste ne te le pardonnera pas et quand tu sors, c’est fini.

    Et là on voit bien qu’on est dans un tout autre monde mental que le badminton.

    Il faut constamment avoir parfaitement conscience de son niveau technique, physique et tactique sur la piste, pour faire les bons choix au bon moment, sans droit à l’erreur. C’est une pression constante dès l’instant où tu passes le portique de départ et jusqu’à franchir les 2 piquets de l’arrivée. Et ça, ça demande énormément, même si l’effort est beaucoup plus court que sur un match de bad. Et du coup, ça m’a ouvert vraiment un autre aspect de la préparation mentale et de l’aspect mental une fois sur le court. Même si ce pan de la performance était déjà mon point fort, je suis vraiment revenue avec encore plus de ressources à ce niveau. Et pour le coup, autant je savais que le snow allait me faire du bien physiquement et psychologiquement, mais je ne m’attendais absolument pas à avoir encore un tel espace de progrès sur le mental !

    Donc loin d’avoir été simplement 2 mois off ou 2 mois de vacances, cette pause inattendue en parasnowboard m’a en fait apporté énormément pour le badminton à tous les plans, et d’ailleurs ça s’est assez vite concrétisé parce que non seulement j’étais bien à l’entraînement, mais j’ai aussi fait une médaille d’argent à la 1ere compétition sur laquelle je suis sortie en 2025 et pour moi ce n’est pas annodin.

    Quelle suite pour le snowboard et le badminton ?

    Alors où ça nous mène tout ça ? Est ce que je vais partir dans un double projet été hiver avec le badminton et le snowboard tous les 2 ans aux Jeux ?

    Pour le moment, c’est assez flou de mon coté pour plusieurs raisons, déjà avant d’avoir passé une classification internationale en parasnowboard, on ne peut pas savoir si je suis éligible officiellement pour les compétitions qui comptent pour les Jeux et les Coupes du Monde. Donc tant que je n’ai pas passé la classification internationale, c’est difficile de pouvoir s’y projeter.

    Ensuite un double projet ça demande beaucoup de ressources, que ce soit financières mais aussi physique, psychologiques, mentales. Ca demande beaucoup d’organisation et donc énormément d’énergie pour gérer tout cela. Et c’est déjà énorme quand on ne fait qu’un seul sport, j’en parlais dans l’épisode 4, mais quand on en fait 2 c’est encore plus, et sûrement plus que 2 fois plus parce qu’il faut gérer et imbriquer toutes les contraintes de l’un et de l’autre, avec les calendriers, les déplacements etc.

    Il faut aussi avoir un staff qui soit pleinement convaincu et engagé dans le double projet, et pas que ce soit un combat les uns contre les autres. Et ça comme je l’évoquais très rapidemment dans l’épisode précédent, c’est encore un peu compliqué en France d’avoir des doubles projets été-hiver bien développés à cause des croyantes limitantes qui existent sur le sujet et un peu cette idée de « si tu fais du snow ça veut dire que tu fais pas de badminton pendant ce temps et ça peut pas marcher » et inversement.

    Alors moi je suis persuadée que ça peut fonctionner, je sais d’ailleurs que ça fonctionne, parce que c’est déjà le cas pour certains athlètes, notamment chez les para mais ça s’est déjà aussi vu chez les valides. Et l’expérience que je viens de vivre cet hiver, et les bienfaits énormes que ça a eu à mon retour me prouvent qu’il y a bien quelque chose à faire de ce coté là.

    Malgré tout, aujourd’hui, ma priorité est vraiment sur le badminton, c’est mon objectif n°1, la médaille d’or à Los Angeles et remporter l’or dans toutes les grandes compétitions à savoir championnats d’Europe et championnats du Monde.

    Par contre, je sais que je ne pourrai pas faire de badminton toute ma vie parce que malheureusement avec ma pathologie, j’ai des atteintes aux bras et notamment aux doigts qui sont de plus en plus importantes, et le badminton c’est pour le coup un sport qui nécessite une vraie force et de la dextérité. Donc je sais qu’il arrivera un moment où le parabadminton ne sera plus possible. Et il est vrai que je songe vraiment au parasnowboard comme reconversion, parce que même si les bras sont importants pour les départs et pour l’équilibre, les doigts restent un enjeux un peu moins importants qu’au bad.

    Donc aujourd’hui, je prépare vraiment tranquillement cette future reconversion, je réfléchis à comme je le disais, passer cette fameuse classification internationale pour déjà être fixée la dessus. Je vais continuer à m’entraîner de temps à autre sur neige, même si d’ici Los Angeles je ne ferai pas de saison complète à la montagne. Parce que j’ai aussi une promesse à respecter, que j’ai faite à ma meilleure amie qui m’a accueillie cet hiver, qui m’a soutenu dans le choix de me lancer dans le parasnowboard national, et qui m’a dit avant de quitter ce monde, de toujours faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et pas pour faire plaisir à ceux qui croient mieux savoir ce qui est bon pour ma vie.

  • 21.Santé mentale et sport de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour à tous, alors les plus fidèles ont remarqué mon absence sur le podcast depuis la fin du printemps, pour ceux qui me découvrent je vous souhaite la bienvenue, je poste habituellement des épisodes tous les 1er et 3e jeudi du mois et ici on parle sport de haut niveau paralympique au sens large donc si vous êtes passionnés de sport, curieux d’en savoir plus sur les dessous des podiums internationaux, ou si vous voulez en savoir plus sur le handicap et comment il impacte le quotidien vous êtes au bon endroit et vous avez une vingtaine d’épisodes à rattraper !

    La santé mentale dans le sport de haut niveau : un sujet encore tabou

    Aujourd’hui on va aborder un sujet qui est encore très tabou et encore plus dans le sport de haut niveau, c’est le sujet de la santé mentale. Donc ça va pas être un épisode tuto pour vous conseiller d’aller chez le psy, ce que je vais détailler aujourd’hui va être à l’image de tout ce que je raconte sur Journal d’une parabadiste, assez pédagogique, en expliquant en quoi ce pan de la performance est crucial dans nos carrières, en faisant un état des lieux dans les systèmes mis en place actuellement et partir d’exemples concrets pour illustrer comment une sportive de haut niveau comme moi prends en compte cela. Donc encore une fois, un épisode qui va parler au plus grand monde pour peu que le sport de haut niveau et/ou professionnel vous intéresse !

    Pour ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute vu passer la nouvelle, j’ai perdue ma meilleure amie au mois de juin. Elle a mis fin à ses jours et si cet épisode n’est pas là pour vous raconter son histoire, ça reste le sujet le plus d’actualité pour reprendre mon podcast après des semaines difficiles. En plus, Lorraine était sportive de haut niveau comme moi et lors du dernier sondage que j’avais mis sur Instagram pour savoir quels sujets vous intéresseraient, elle avait soumis cette proposition de parler de la santé mentale dans le sport de haut niveau parce que c’est vraiment un sujet qui nécessite beaucoup de lumière et d’en parler sans tabou, sans contrainte, sans limite.

    Vivre avec des fragilités psychique

    Personnellement, j’ai toujours eu des challenge à ce niveau là depuis l’adolescence. Il faut dire que c’est déjà vraiment pas facile d’être autiste dans une société de neurotypiques — pour ceux qui veulent en savoir plus spécifiquement sur ce sujet vous pouvez écouter l’épisode 5 sorti l’année dernière — et pour le coup encore plus quand tu n’as pas encore de diagnostic. J’ai eu beaucoup de période avec ce qu’on appelle des idées suicidaires passives, c’est à dire pas de vouloir spécialement mettre fin à ses jours mais de se dire « bon si j’ai un accident de voiture demain et que je meurs, c’est pas très grave » ou alors avoir envie de s’endormir le soir et de ne pas se réveiller le lendemain matin.

    Et jusque là, les différents métiers et loisirs que j’ai pu faire m’aidaient vraiment à sortir la tête de l’eau, parce que j’ai eu le privilège jusque là de ne faire que des choses qui étaient des vraies passions pour moi, et qui faisaient office de soupape de décompression, en permettant peut-être aussi de se sentir un peu moins seul, un peu plus dans la société.

    Aujourd’hui, la situation est très différente, parce que mon activité sportive oui je l’aime plus que tout, mais on parle d’une activité de très haut niveau où littéralement mon job c’est d’être la meilleure au monde dans mon domaine. Et c’est là où les choses se compliquent quand la santé mentale est à la traîne, parce que pour schématiser et faire très simple, pour être le meilleur dans son domaine, il faut que toutes les planètes soient alignées, que ton quotidien soit parfaitement huilé, que tu aies le meilleur environnement possible et que ta santé soit au top et ce au sens général : santé physique (pas de blessures, pas de douleurs…) et santé mentale.

    C’est super difficile de performer quand au quotidien, tu as des idées noires, ou que tu es épuisée, parce que d’une part —et ceux qui sont touchés par la depression ou l’anxiété le savent— la motivation en prend un coup ; c’est à dire que ça devient très difficile physiquement de faire des choses donc se lever le matin, prendre soin de soi, aller au travail ou dans ce cas à l’entraînement.

    Donc il n’y a plus d’efficacité, quand un sportif de haut niveau est touché au niveau de sa santé mentale, fatalement son entraînement est directement impacté parce que jouer pour jouer quand tu n’as pas la motivation ultime, c’est peut-être suffisant pour jouer en loisir mais ça ne peut pas l’être quand tu dois être le meilleur du monde.

    Et aussi il y a une notion de plaisir qui est impacté, c’est une des choses qui s’échappe souvent très rapidement dans ces conditions, c’est que non seulement tu n’as pas la motivation mais en plus tu n’as pas de plaisir à faire ce que tu fais. Et alors là ça devient encore pire puisque c’est une boucle sans fin qui s’entretient, pas de motivation pour aller s’entrainer, donc c’est dur, et une fois que tu y es tu n’y as aucun goût, donc tu as encore moins de motivation pour y retourner la fois suivante.

    Un problème universel mais amplifié par le haut niveau, quand performer est ton métier.

    Alors bien sûr, j’ai évidemment conscience que ce souci touche absolument toutes les franges de la population, quel que soit son métier, et sans nier le vécu de monsieur et madame tout le monde évidemment, cela reste une problématique particulièrement difficile à gérer quand on est dans cette situation où la performance est ton métier. Où tes revenus dépendent directement de tes résultats. Où il est très difficile de s’arrêter parce que pendant que tu t’arrêtes, les autres continuent et ça devient vite difficile de se dire que toi tu es à l’arrêt alors que les autres non.

    Mais à l’inverse, c’est aussi quelque chose qui faut que les gens aient à l’esprit : ce n’est pas parce qu’on fait le métier de ses rêves, que notre quotidien c’est de faire du sport, que cela veut dire que l’on ne peut pas être touché par la depression, le burn out, l’anxiété etc. Et c’est souvent un peu une double peine, parce que les gens ont très souvent à l’esprit que ces difficultés mentales touchent uniquement les gens qui ont un métier difficile et peu plaisant, ou qui ont des difficultés financières.

    Alors que pas du tout, je le répète mais c’est très important, toutes les personnes qui vous cotoyez au quotidien ou que vous voyez à la télé peuvent être touchées par ces maladies et ces troubles et c’est important de justement ne pas invalider le vécu de ces personnes. Car cela ajoute de la culpabilité aux concernés qui vont ensuite avoir beaucoup plus de mal à prendre les bonnes mesures pour se soigner et pouvoir s’en sortir.

    Alors partant de ce constat : qu’est ce qu’on fait ?

    Qu’est ce qui est aujourd’hui mis en place dans le sport de haut niveau français au niveau de ces situations ?

    Alors déjà il faut savoir qu’on a un suivi médical assez rapproché quand on a ce statut sur liste ministérielle, il y a un cadre légal qui nous oblige tous les ans à faire ce qu’on appelle la Surveillance Médicale Règlementaire. Donc c’est un point avec un médecin du sport pour justement savoir si l’athlète va bien, et sur tous les plans que ce soit physique, psychologique et diététique. Donc il y a un bilan psychologique dans cette SMR, et il y a aussi le fameux questionnaire de surentrainement qui permet de déceler des signes que l’athlètes est en surchauffe parce qu’il s’entraîne trop, ce qui souvent se manifeste par des impacts psychologique mais aussi derrière un aussi un impact physique.

    On peut aussi éventuellement doser le cortisole dans le sang, qui peut donner un indice sur le surentraînement.

    Donc on a vraiment 2 pans de la santé mentale qui sont surveillés, d’une part la santé psychologique de l’athlète, et aussi s’il n’est pas en état de surentraînement.

    Alors évidemment, ce n’est pas une solution miraculeuse pour prévenir les états de détresse, parce qu’il est très facile de mentir et d’orienter ses résponses que ce soit lors d’un bilan psy ou sur le questionnaire de surentraînement. C’est aussi pour ça que c’est important de parler de la santé mentale pour que les athlètes se rendent compte que c’est quelque chose d’important, qu’il ne faut pas négliger, que ce n’est pas honteux d’avoir besoin d’aide sur ce plan à certains moment, ou même de manière continue au fil de sa carrière.

    Et c’est quand même quelque chose qui est sur la bonne voie parce qu’aujourd’hui c’est un sujet qui est de moins en moins tabou et de mieux en mieux pris en compte par les athlètes, mais aussi par tous les systèmes qui les entourent à savoir les staff et les fédérations.

    Il y a quelques années, aucun athlète n’allait voir de psychologue, ou alors le peu qui y allaient n’en parlaient pas, par peur d’être traité de faible, d’être vu comme un athlète sur qui on ne peut pas compter, qui ne peut pas supporter les exigences du haut niveau etc. Aujourd’hui c’est quand même de plus en plus répandu, que ce soit de la volonté des athlètes eux-même, ou alors et c’est ça qui est le plus important, une prise en compte au sein même des systèmes de performance à savoir les staffs encadrant le haut niveau au sein des fédérations, des structures de performance comme l’INSEP, les CREPS, les pôles France etc.

    La mention du psychologue et/ou du psychiatre est très souvent présente dans ce qu’on appelle le PPI — le plan de performance individuelle. En gros c’est un document qui est rempli par chaque athlète avec son coach et le responsable performance de la fédération de son sport, pour cadrer les objectifs sportifs, que ce soit qualitativement comme ce qui se passe concrètement sur le terrain en termes de tactique, technique, mental etc. mais aussi en terme de résultats concret comme les médailles sur les compétitions majeures, compétitions mineures etc.

    Et sur ce document on retrouve tout le staff qui encadre l’athlète, du coach au préparateur physique en passant par le kiné, le médecin du sport et donc aussi le psychologue et le psychiatre.

    Et ça à mes yeux c’est un signe assez fort de la volonté de prendre en compte la santé mentale de manière systémique et que ça devienne quelque chose de totalement banale dans le quotidien et l’environnement du sportif de haut niveau français.

    De la même manière, la préparation mentale en elle même donc qui est un travail un peu différent de la psychologie mais complémentaire, est aujourd’hui vraiment au cœur de l’entraînement de tous les athlètes parce qu’on prend vraiment conscience de l’importance de cet aspect mental, ce qui n’était pas du tout le cas il y a encore quelques années.

    Alors après, ce qui est sur le papier c’est bien, mais ce qui est important c’est ce qui se passe concrètement. Dans la réalité, si ton coach préfère te voir à l’entraînement coute que coute plutôt que de te laisser le temps de soigner une phase difficile mentalement, si ta fédération met des sanctions explicites ou implicites aux athlètes qui vont louper tel stage ou telle compétition dans ce contexte etc. c’est sûr qu’avoir le nom du psy dans le PPI ne sert pas à grand chose.

    C’est comme pour tout, c’est avant tout ton environnement qui va conditionner ton bien être à ce sujet, et surtout la façon dont tu vas pouvoir te soigner ou non quand tu en as besoin, mais surtout de mettre en place les choses qui te permettent de ne pas tomber dans ces difficultés au niveau de la santé mentale. Parce que soigner un burn out, une dépression, c’est très difficile, et c’est beaucoup plus facile de mettre en place le maximum de choses en amont pour ne pas se retrouver dans ces situations plutôt que d’e’être un jour la tête sous l’eau et de galérer à remonter.

    Qu’est ce qui peut être mis en place concrètement d’un point de vue du sportif ?

    Déjà à mes yeux le plus important c’est le staff qui t’entoure directement. Donc avant tout ton coach, ou tes coachs si tu en as plusieurs, et ensuite ton préparateur physique, ton préparateur mental. Si ces personnes qui interviennent directement sur l’aspect sportif n’ont pas la bonne approche sur la santé mentale, qu’ils sont dans le fameux « on fait toujours comme on fait tout le temps », et que le bien être mental et emotionnel de l’athlète passe pour eux après la performance technique et physique, c’est le meilleur moyen de filer droit au burn out ou à la dépression quand toutes les planètes ne seront plus alignées.

    Ensuite, avoir un staff médical en qui tu peux avoir à 200% confiance et qui est un vrai allié. Et je sais que ce n’est pas toujours facile à trouver, surtout dans la situation actuelle en France avec une pénurie de professionnels de santé, mais avoir un kiné à qui tu peux parler librement de tous les sujets, un psychologue qui pourra faire le lien avec ton staff sportif, un médecin qui sera prêt à déceler les drapeaux rouges et évoquer le sujet avec toi c’est une des clés pour être vraiment dans un environnement sain de A à Z.

    Plus que tout, l’important est de se connaître soi-même, de s’écouter, et de parfois devoir se défendre soi-même pour bien faire comprendre ses besoins, ses limites, et imposer les mesures nécessaires à sa propre performance. Et ça c’est pas une mince affaire, car c’est quelque chose qui prend du temps.

    Par exemples, savoir ce qui est le mieux en terme de rythme et de fréquence d’entraînement, pour allier la performance à la récupération. Moi par exemple, 2 semaines avant chaque compétition, j’ai 1 semaine de repos complet. Ca va paraître fou pour beaucoup de sportifs de haut niveau, et ça n’a pas forcément été simple à imposer dans mon calendrier sportif, mais j’ai absolument besoin de cette pause et de ce repos avant les compétitions pour avoir toutes les ressources mentales pour faire face à 10 jours loin de chez moi. C’est très lié à mon autisme, et encore une fois j’en parle en détail dans l’épisode 5 pour les curieux, mais je sais que je ne suis pas la seule athlète au monde à qui ça apporterait un bénéfice.

    Il faut aussi connaître ses drapeaux rouges qui annoncent des périodes plus compliqués et savoir quelles sont les clés pour désamorcer la situation. Est ce que dans ces moments, tu vas avoir besoin de repos ou de continuer de t’entraîner avec un rythme différent, ou est ce que c’est plutôt le contenu des entraînements qui est à aménager avec des axes de travail sur tes points forts pendant plusieurs jours pour reprendre du plaisir et de le confiance ?

    Quel planning de vacances ? Parce que oui, on a aussi des vacances et de moment complètement off du sport, où on fait totalement autre chose mais pour certains athlètes, avoir trop de vacances c’est très compliqué à vivre psychologiquement parce qu’ils ont ce besoin d’avoir la sensation de s’entraîner plus que les autres, d’autres vont avoir justement le besoin absolu de couper de temps en temps. La plupart des athlètes coupent vraiment après les Jeux Olympiques et Paralympiques et prennent une vraie pause, mais par exemple Michael Phelps lui il rattaquait direct sur l’entraînement intensif.

    Et puis il y a quelque chose auquel on pense pas mais quel rythme de vie, tout simplement ! C’est pas le plus commun mais il y a certains athlètes de haut niveau qui volontairement ont une activité professionnelle à coté de leur sport, car ils ont besoin de faire d’autres chose au quotidien et ne pas être constamment focalisé sur la perf sportive. Et ça, c’est tout aussi important pour ces profils de passer du temps au travail ou dans les études chaque semaine et si on les forçait à ne faire que du sport, ils performeraient moins et finiraient en burn out.

    Pour certains athlètes, et c’est pas encore très répandu en France notamment à cause des croyances limitantes sur la performance, mais ça va être un projet été et un projet hiver. Donc un sport présent aux Jeux d’été comme l’athlé, le tennis ou autre, et un sport d’hiver comme le ski ou le snowboard.

    Mais on en revient au point précédant, pour pouvoir mettre tout ça en place, il faut avoir un staff qui l’accepte et n’y met pas d’objection.

    Les réalités chez les jeunes sportifs

    Et ça c’est le gros soucis dans le sport de haut niveau chez les enfants. Parce que là tout ce dont je vous parle, c’est un peu un idéal quand on a les moyens de pouvoir faire ses propres choix et de mettre en place ce dont on a besoin. Malheureusement, ce n’est pas le cas de manière générale chez les enfants qui n’ont pas énormément de choix que d’aller dans les pôles espoirs, pôle France, avec un staff en place, et qui sont parfois et même assez souvent confrontés à la violence systémique liée aux idéaux de performance hérités de la guerre froide et encore bien ancrés dans les mentalités.

    Alors je vais pas m’étaler sur le sujet tout simplement parce que Arte a sorti un reportage incroyable sur le sujet, il est disponible en libre accès sur Youtube, il s’appelle « futurs champions : le prix de la gloire » et je conseille vraiment à tout le monde d’aller le regarder pour comprendre ce qui se passe dans le système de formation des futurs top athlètes. Ce reportage n’aborde pas les violences sexistes et sexuelle, et ça aussi c’est un sujet crucial dans les enjeux de santé mentale dans le sport. Je pense qu’il mériterait d’ailleurs un épisode à part entière et pas quelques mots à la fin d’un autre, donc j’en reparlerai plus tard sur le podcast.

    Et puis bien sûr, on peut absolument optimiser tout son quotidien, son environnement, son staff et quand même être sujet aux difficultés de santé mentale parce que ce sont des troubles multi factoriel, là j’ai juste fait un petit aperçu de ce qui peut et doit être mis en place pour limiter les risque, savoir s’écouter et pouvoir réagir quand on se retrouve dans cette situation. Et surtout répéter qu’une fois encore ce sujet doit être mis sur la table, que les problèmes soient lié à sa structure d’entraînement, à son sport, ses résultats ou à quelconque autre facteur de sa vie. Ca n’a pas à être tabou, ça n’a pas à être caché, et plus on en parlera librement plus les autres athlètes moins à l’aise avec le sujet pourront s’ouvrir et envisager de l’accepter, d’en parler, d’aller voir quelqu’un.

  • 20.Une compétition internationale de parabadminton vécue de l’intérieur

    Ceci est une retranscription de l’épisode 20 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Le sport de haut niveau de l’intérieur

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 20 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je vous emmène avec moi sur ma première compétition de l’année pour que vous puissiez découvrir tout l’envers du décor : combien de temps ça dure, ce qu’on y fait, comment on gère les matchs et la récupération. Bref, le sport de haut niveau comme vous ne le voyez jamais.

    Un épisode rendu possible grâce à La Maison Bizienne

    Mais tout d’abord, cet épisode a été produit grâce à La Maison Bizienne, une chambre d’hôtes située à Guérande, cette magnifique cité médiévale où j’ai grandi. Si vous prévoyez des vacances pour découvrir la presqu’île, ses fameux marais salants et ses paysages aussi divers que sublimes, La Maison Bizienne est vraiment LE lieu pour votre hébergement. Un coin calme de la ville, à littéralement deux pas de l’intra-muros, avec un jardin bucolique, un spa… bref, tout ce qu’il faut pour passer un week-end ou des vacances de rêve. Le lien de réservation est dans la description de l’épisode, et maintenant je t’embarque avec moi à Dubaï pour cette compétition.

    Avant le départ : organiser une compétition internationale

    Avant même d’être sur le tournoi, il faut l’organiser. Première chose à savoir : la destination et surtout le décalage horaire. Cela influence le jour de départ, le temps passé sur place et donc le budget. Une destination comme Dubaï est assez facile : seulement deux heures de décalage horaire, six heures d’avion depuis Paris, donc un voyage pas trop lourd. Je pars la veille du premier entraînement officiel.

    Le premier entraînement officiel a généralement lieu la veille ou deux jours avant la compétition. On part donc très proche de la compétition, car l’hébergement est ce qui coûte le plus cher avec l’avion. Pour tout ce qui concerne le budget de saison et l’organisation globale, je vous invite à écouter les épisodes 4, 17 et 18 du podcast.

    Voyager quand on est sportive de haut niveau

    Une fois la date de départ fixée, je regarde précisément les horaires des avions, en essayant de voyager de nuit, car c’est comme ça que je récupère le mieux. Il faut aussi anticiper le trajet de chez moi jusqu’à Paris. Deux options : tout faire d’un coup ou couper le voyage en deux en dormant une nuit à Paris. J’ai la chance d’avoir de la famille en région parisienne, donc je privilégie souvent cette solution, surtout pour les voyages hors d’Europe.

    Ensuite, il y a la question financière : est-ce que je passe le billet sur ma société ou sur mon compte personnel, selon que le tournoi est financé par la fédération ou non. En parabadminton, nous avons la chance d’avoir une fédération qui nous apporte beaucoup de moyens. Cela demande néanmoins de la gestion et de l’anticipation, car gérer une carrière de haut niveau, c’est aussi gérer une véritable entreprise.

    Arrivée sur place et logistique du tournoi

    À l’arrivée, l’organisation du tournoi fournit des navettes pour rejoindre l’hôtel officiel. Parfois c’est très bien organisé, parfois beaucoup moins, avec de longues attentes à l’aéroport qui impactent la récupération et donc la performance. Dans ces cas-là, il arrive que l’on prenne un taxi par nous-mêmes.

    Avant de continuer, je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast et laisser un avis sur votre plateforme d’écoute. C’est grâce à ça que Journal d’une parabadiste peut toucher toujours plus de monde.

    La classification : un moment clé et stressant

    Ce tournoi était particulier pour moi, car je repassais la classification. La classification consiste à évaluer le handicap des athlètes afin de les répartir dans des classes pour que les compétitions soient équitables. En parabadminton, on ne fait pas jouer un amputé de la main contre un amputé de la jambe. Si vous voulez en savoir plus, j’en parle en détail dans les épisodes 14 et 15.

    J’ai demandé une réévaluation car mon handicap a évolué avec ma maladie neurodégénérative. La classification est un moment très stressant, car elle peut décider de la suite de votre carrière, voire de votre vie sportive. Une carrière paralympique peut s’arrêter sur un seul rendez-vous médical.

    Pour ma part, tout s’est bien passé et j’ai été reconnue en SL3, la classe des handicaps majeurs des jambes.

    Le tableau de compétition et le tirage au sort

    J’ai donc fait ma première apparition en tournoi international SL3 dans un tableau de huit joueuses, avec notamment les numéros 3, 4, 7 et 9 mondiales. Le tirage au sort a été assez avantageux, ce qui m’a permis de monter en niveau de jeu progressivement et de prendre mes repères sur le demi-terrain, spécifique à cette classification.

    Une journée type de match

    La veille, nous connaissons l’horaire approximatif de notre match. À partir de là, toute la journée est construite autour de cet horaire : réveil, repas, navette, échauffement, passage aux toilettes. Cela peut sembler anodin, mais pour de nombreuses personnes handicapées, la gestion de la vessie et des sphincters est un enjeu crucial, notamment en compétition.

    Nous sommes appelés en chambre d’appel environ quinze minutes avant le match, puis nous rejoignons le terrain avec les arbitres. Après quelques minutes d’échauffement, le match commence.

    Récupération, repos et gestion de l’énergie

    Après le match, je quitte rapidement la salle pour récupérer. Douche chaude, piscine si possible, étirements avec le kiné de l’équipe de France : tout est pensé pour gérer la spasticité et la fatigue. Les journées passent vite et le repos est une priorité.

    Il faut aussi gérer tout ce qui entoure le sport : réseaux sociaux, visuels, communication, newsletter. À Dubaï, l’écran de mon ordinateur s’est cassé pendant le vol, ce qui a rendu cette gestion encore plus compliquée. L’adaptation constante est une vraie clé quand on est à la fois sportive et cheffe d’entreprise.

    Résultats sportifs et fin de tournoi

    Je suis sortie première de poule, j’ai gagné contre la numéro 7 mondiale, atteint la finale et remporté une médaille d’argent. J’étais venue uniquement pour la classification et je repars avec un résultat sportif très satisfaisant, mais surtout avec un niveau de jeu au rendez-vous, ce qui reste l’essentiel.

    Conclusion

    Cette compétition à Dubaï m’a permis de vous montrer concrètement ce qu’est une compétition internationale de badminton vécue de l’intérieur : la préparation, la logistique, le stress, la récupération et l’adaptation permanente. Derrière chaque match, il y a une organisation millimétrée, beaucoup d’énergie dépensée et une passion immense pour le sport. J’espère que cet épisode vous aura permis de mieux comprendre les coulisses du sport de haut niveau paralympique.

  • 19.Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi d’être en fauteuil roulant (même si je ne suis pas entièrement paralysée)

    Ceci est une retranscription de l’épisode 19 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi le fauteuil roulant

    Passionné de sport, curieux d’en connaître la face cachée ? Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 19 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qu’on me pose beaucoup sur les réseaux sociaux, parfois de manière très courtoise, sincère et respectueuse, parfois avec beaucoup plus de haine et de jugement.

    Aujourd’hui, je vais donc apporter des éléments de réponse à cette grande question : pourquoi j’utilise un fauteuil roulant dans la vie de tous les jours alors que je joue debout sur un terrain de badminton ?

    La plupart du temps, c’est dans ce sens-là qu’on me pose la question, avec au mieux de l’étonnement, au pire de la suspicion quant à l’utilisation du fauteuil roulant. Rarement dans l’autre sens : « pourquoi tu joues debout alors que tu es en fauteuil ? »

    Cette différence est très significative de ce qu’on vit au quotidien quand on utilise un fauteuil roulant. Les gens vont très vite juger son utilisation dès l’instant où ils voient que tu peux te lever, et encore pire quand tu peux marcher. Je ne vous raconte même pas toutes les réflexions que je peux me prendre, moi qui peux courir.

    Ce n’est ni de la fainéantise, ni pour attirer l’attention, ni pour toucher de l’argent de l’État. Oui, ce sont vraiment des idées reçues encore très répandues. Et c’est précisément ce que nous allons déconstruire aujourd’hui.

    La grande idée reçue sur les utilisateurs de fauteuil roulant

    On estime qu’environ 80 % des utilisateurs de fauteuil roulant ne sont pas entièrement paralysés. Ils peuvent parfois se lever, et parfois même utiliser leurs jambes.

    Donc quand vous voyez quelqu’un en fauteuil se lever pour attraper un paquet de chips en haut d’un rayon au supermarché : c’est normal. Il n’y a ni fraude, ni triche, ni miracle. C’est simplement la réalité du handicap.

    Comprendre rapidement les différentes paralysies

    Sans entrer dans un cours d’anatomie, il faut savoir que la colonne vertébrale est composée de 33 vertèbres. En fonction de l’endroit où la moelle épinière est touchée, les conséquences sont très différentes.

    Une lésion haute peut entraîner une paralysie complète, y compris des muscles respiratoires. Une lésion basse peut provoquer uniquement des troubles sphinctériens. Plus la lésion est haute, plus les fonctions sont atteintes, et inversement.

    De plus, une lésion peut être totale ou partielle, ce qui laisse parfois la possibilité de récupérer certaines fonctions grâce à la rééducation.

    Et il n’y a pas que les accidents : de nombreuses pathologies, comme les paralysies cérébrales, les maladies neurologiques ou articulaires, peuvent rendre la marche possible sur de très courtes distances mais impossible dans la vie extérieure.

    Mon cas personnel et ma maladie

    Je suis atteinte de la maladie de Strumpell-Lorrain, aussi appelée paraplégie spastique héréditaire. C’est une maladie génétique, liée à un gène mal codé dans mon ADN.

    Elle provoque une atteinte des quatre membres. Concrètement, ma moelle épinière fonctionne de moins en moins, ce qui entraîne une perte de force et surtout une spasticité importante.

    La spasticité, ce sont des contractions involontaires des muscles, parfois douloureuses, mais qui peuvent aussi permettre de tenir debout ou de marcher malgré une faible force volontaire.

    Dans mon cas, certains muscles comme les quadriceps et les fessiers me permettent la verticalisation, tandis que d’autres compliquent la marche et la course.

    Pourquoi le badminton est compatible avec mon handicap

    Je peux jouer debout car je conserve encore une certaine force musculaire et de la spasticité utile. Le badminton est un sport explosif, avec de petits déplacements, compatibles avec mon état physique.

    En revanche, je ne pourrais pas pratiquer l’athlétisme ou la course de fond. Le badminton demande une énergie énorme et chaque déplacement me coûte énormément d’efforts.

    Pourquoi le fauteuil roulant est indispensable

    Après un match, je n’ai littéralement plus aucune force. La spasticité explose et marcher devient extrêmement difficile. Pendant longtemps, j’ai utilisé des béquilles, mais cela n’était plus suffisant.

    Après un tournoi très compliqué aux championnats du monde 2022 à Tokyo, j’ai pris la décision de passer au fauteuil roulant.

    Ce choix a été difficile à accepter, car le fauteuil est encore très stigmatisé. Pourtant, c’était la seule solution viable pour préserver mon autonomie et mes performances sportives.

    Fauteuil roulant vs béquilles : une réalité contre-intuitive

    Contrairement aux idées reçues, les béquilles sont parfois plus handicapantes qu’un fauteuil roulant. Porter des courses, un plateau, une valise est bien plus simple en fauteuil.

    Petit à petit, j’ai intégré le fauteuil dans mon quotidien. Mes performances sportives ont été améliorées car j’économisais mes forces en dehors du terrain.

    Une aide technique pour mieux vivre

    Avec l’évolution de ma maladie, j’ai fini par utiliser le fauteuil pour mes déplacements quotidiens. Ma vie est devenue plus facile, plus autonome, plus riche.

    J’ai pu reprendre des activités que j’avais abandonnées : transports en commun, balades avec mon chien, gestion de la maison.

    Ce fonctionnement concerne de nombreuses personnes, y compris des personnes amputées ou atteintes de maladies évolutives.

    Conclusion

    Avant de juger l’utilisation d’une aide technique, il faut comprendre la complexité du handicap invisible. Le fauteuil roulant n’est pas un échec, ni une triche, ni une fin.

    Pour moi, il est à la fois un outil d’autonomie au quotidien et un levier de performance sportive.

    Le choix des aides techniques est personnel, évolutif, et se fait en accord avec une équipe médicale.

    Sortir de rééducation avec un fauteuil roulant, ce n’est pas la fin d’une vie. C’est la fin d’une vie telle qu’on la connaissait, et le début d’une autre.

    Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

  • 18.Athlète sans palmarès ? Voici comment j’ai convaincu mes sponsors

    Ceci est une retranscription de l’épisode 18 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Introduction

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 18 de Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, l’épisode fait un peu la suite du précédent, dans lequel je parlais de tous les moyens de financer une carrière dans un sport peu médiatisé.

    J’avais notamment abordé la question du sponsoring sans rentrer dans les détails. Ça va être le sujet de l’épisode du jour : comment trouver des sponsors quand on débute sa carrière, qu’on n’a pas encore de palmarès et que notre sport n’est pas médiatisé.

    Ça fait beaucoup de contraintes, vu comme ça. Ce n’est clairement pas la situation la plus confortable, mais ce n’est pas une fatalité. Il existe des solutions pour exister et nouer des partenariats dans ce contexte.

    Un épisode à partager absolument

    Avant toute chose, je voudrais que, là tout de suite, avant même d’écouter l’épisode, vous le partagiez à un sportif de haut niveau, jeune ou moins jeune, qui fait face à des frais de carrière énormes, qui galère parce qu’il n’est pas encore connu et qui pense que seule une médaille olympique ou paralympique pourra lui amener des sponsors.

    Je ne me place pas en sauveuse du sport français, parce que même avec tous les conseils du monde, ça reste un chemin de croix. Mais quand j’ai débuté ma carrière, j’étais totalement perdue face à tout ça. J’ai eu l’aide d’un ami sportif de haut niveau, ce qui m’a permis de savoir un peu où aller.

    Malgré tout, j’aurais aimé avoir plus de détails, plus de méthodologie, et surtout savoir que oui, c’est possible d’avoir des sponsors même quand on part de rien et qu’on n’a pas encore de médaille internationale.

    Cet épisode est vraiment là pour aider celles et ceux qui en ont besoin. On est littéralement des milliers en France. Si je peux aider ne serait-ce qu’une personne à trouver un sponsor qui lui permettra de faire une saison de plus, alors c’est gagné.

    La grande idée reçue sur le sponsoring

    Comment trouver des sponsors quand on n’a aucune couverture médiatique, qu’on est en première saison internationale ou qu’on pratique un sport peu populaire ?

    La grosse idée reçue que j’entends partout, c’est que les entreprises et les collectivités ne s’intéressent qu’aux athlètes qui ont gagné. « Ce qu’ils veulent, c’est un palmarès ».

    En 2025, je vais vous le dire clairement : c’est faux, faux et archi faux.

    Bien sûr, un palmarès aide. Mais après les Jeux de Paris 2024, je connais beaucoup d’athlètes médaillés, voire multi-médaillés, qui ont vu leurs contrats de sponsoring prendre fin. Une médaille n’est pas une immunité. Et à l’inverse, ne pas avoir de palmarès n’est pas rédhibitoire.

    Ce qui fait la différence, c’est le travail que vous mettez à trouver des sponsors et surtout à les garder.

    Le rôle clé de la RSE

    Aujourd’hui, nous avons une chance énorme : le volet RSE des entreprises. La Responsabilité Sociale des Entreprises regroupe l’écologie, le bien-être des salariés, la non-discrimination, le développement local et l’image altruiste.

    En tant que sportifs de haut niveau, nous pouvons apporter énormément à la RSE. Financer un athlète, c’est valoriser l’image de l’entreprise, son implication sociale et le rayonnement du sport français.

    Pour les athlètes paralympiques, on ajoute en plus la dimension handicap. C’est un double levier. Dans les sports peu médiatisés, les athlètes para ont même parfois un avantage.

    Construire son image comme une marque

    Convaincre des entreprises passe par la construction de votre image. Votre nom devient une marque. Comme Nike ou Décathlon ont une stratégie marketing, vous devez construire la vôtre.

    Votre histoire est unique. Les entreprises ne miseront pas sur votre valeur commerciale tant que vous n’avez pas une énorme communauté. Elles miseront sur votre valeur humaine : vos rêves, vos obstacles, vos combats.

    Votre image sert souvent plus à inspirer les collaborateurs qu’à vendre un produit. Et c’est fondamental à comprendre quand on est un sportif inconnu.

    Petit message pour soutenir le podcast

    J’ai beaucoup d’ambition pour ce podcast. Si vous voulez m’aider, mettez une note, un commentaire et partagez votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci infiniment.

    Raconter son histoire avant de chercher de l’argent

    Il va falloir écrire. Pour vous d’abord. Raconter votre parcours, vos obstacles, vos réussites, votre quotidien. Pas sous forme de liste, mais comme une histoire en chapitres.

    Ce que veulent les gens, c’est de l’émotion. Ils veulent vibrer, se reconnaître, comprendre que vous n’êtes pas des surhumains. Racontez tout ce qui vous a mené là où vous êtes aujourd’hui.

    Construisez une communauté avant de parler de partenaires. Une communauté qui attend vos nouvelles, vos résultats, qui vous soutient quand vous êtes blessés.

    Médias, réseaux sociaux et visibilité

    Les médias adorent les histoires. Une médaille dans un sport peu regardé les intéresse peu. Un parcours de vie, beaucoup plus.

    Répondez aux sollicitations, même petites. Un article local peut mener à un reportage régional, puis national.

    En 2025, vos réseaux sociaux sont votre première arme. Choisissez les formats qui vous ressemblent : écrire, vidéo, podcast, newsletter.

    Et s’il y a un réseau à ne pas négliger, c’est LinkedIn. C’est un réseau de décideurs, d’entrepreneurs, avec une vraie écoute.

    Le dossier de sponsoring

    Une fois la base posée, il faut un dossier de présentation : qui vous êtes, ce que vous faites, vos besoins, et ce que vous apportez en contrepartie.

    Les contreparties doivent rester flexibles. Une conférence en entreprise a souvent plus de valeur qu’un flocage de maillot.

    Démarcher intelligemment

    Il faut être proactif. Ciblez des PME locales, les collectivités, les offices de tourisme. Regardez aussi qui sponsorise vos concurrents et contactez les entreprises concurrentes.

    Vous pouvez aussi fonctionner par événements ponctuels : une compétition précise, un budget précis.

    Comprendre le cadre juridique

    Avant de démarcher, vous devez maîtriser les différences entre sponsoring et mécénat, savoir facturer et comprendre les avantages fiscaux pour les entreprises.

    Si vous souhaitez un épisode dédié à cet aspect juridique, dites-le-moi en commentaire.

    Conclusion

    Être sportif de haut niveau est un travail à temps plein. La recherche de financements en fait partie intégrante. Rien ne tombe du ciel.

    Gardez toujours en tête que votre histoire intéresse bien plus que vos résultats. Apprenez à la raconter, à la partager et à fédérer autour de vous. C’est ainsi que se construisent les carrières, bien avant les podiums.

    Que se passe-t-il avant les podiums et comment aller chercher ces médailles ? Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

  • 17.Financer une carrière sportive quand ton sport est invisible

    Ceci est une retranscription de l’épisode 17 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Une question venue d’Instagram

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 17 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qui m’a été posée sur Instagram : comment finance-t-on un sport peu médiatisé ? C’est une question super intéressante, et surtout le but de mon podcast est vraiment de lever le voile sur toutes les questions que vous vous posez.

    J’adore répondre aux questions directes que vous me faites. Pour ceux qui ont des questions, c’est très simple : soit sur Instagram, le compte c’est @parabadiste.podcast, soit sur Spotify dans la partie commentaires, et moi j’y répondrai dans un prochain épisode.

    Beaucoup de clichés sur le sport de haut niveau

    Aujourd’hui, vaste chantier : comment on finance une carrière sportive de haut niveau ? D’un côté, il y a les gens qui pensent que le sport, c’est comme le foot et qu’on gagne des millions. De l’autre, ceux qui pensent qu’on n’a même pas de quoi s’acheter une paire de chaussures neuves quand on en a besoin.

    Il y a énormément de clichés sur la situation des sportifs de haut niveau en France, donc il est important de faire un point là-dessus.

    Il est très difficile de parler de manière générale, car la situation individuelle de chaque athlète peut être diamétralement opposée, y compris dans un même sport. Si on prend le judo par exemple, Teddy Riner, multi-médaillé olympique, n’a évidemment pas la même situation financière qu’un jeune qui vise ses premiers Jeux en 2028, même s’ils pratiquent le même sport et s’entraînent autant.

    La réalité statistique des sportifs de haut niveau

    En France aujourd’hui, 9 sportifs de haut niveau sur 10 ont soit un métier, soit sont en études en parallèle de leur carrière sportive. Il n’y a que 10 % des sportifs de haut niveau qui vivent uniquement de leur sport et s’y consacrent à 100 %.

    Mais avoir un métier ne suffit pas à financer une carrière. Une activité à côté permet surtout de subvenir à ses besoins et de préparer l’avenir.

    Le coût réel d’une carrière sportive

    Être sportif de haut niveau coûte très cher. Pour performer au niveau mondial, il faut une structure d’entraînement, un lieu pour s’entraîner, un coach, un préparateur physique, un préparateur mental, un accompagnement psychologique et diététique.

    À cela s’ajoute le matériel, parfois extrêmement coûteux selon les sports, comme la voile ou le ski. Et bien sûr, les compétitions : déplacements dans le monde entier, transports, hôtels, nourriture, inscriptions.

    Selon les sportifs, une saison peut coûter entre 20 000 € et 100 000 €. Ce n’est clairement pas avec un travail à temps partiel ou même à temps plein, en parallèle des entraînements, que l’on peut financer tout cela.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour que le plus grand nombre de fans de sport puisse connaître les dessous des carrières de haut niveau.

    Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Levier n°1 : les fédérations

    Le premier levier de financement, c’est la fédération. Ce sont elles qui peuvent proposer les premières bases de financement pour les athlètes performants. Évidemment, les politiques fédérales varient énormément selon les disciplines.

    De manière générale, plus tu performes, plus tu es aidé. C’est un schéma récurrent : pour être aidé, il faut gagner des titres et des médailles. Mais pour gagner des titres et des médailles, il faut pouvoir se consacrer pleinement à son sport. C’est souvent le serpent qui se mord la queue, surtout en début de carrière.

    Ce que peuvent financer les fédérations

    Les fédérations peuvent financer les structures d’entraînement : accès aux équipements, au matériel, aux entraîneurs, aux préparateurs physiques et mentaux, à l’accompagnement diététique, médical et paramédical, ainsi qu’à la récupération (kinés, bains froids, cryothérapie, pressothérapie).

    Cette prise en charge est progressive. L’accès à la salle d’entraînement est assez courant, mais avoir tout le reste à volonté reste beaucoup plus rare.

    Les fédérations peuvent aussi intervenir sur les compétitions : inscriptions, déplacements, hébergement. Là encore, cela dépend énormément des sports et des athlètes.

    Levier n°2 : les pouvoirs publics

    Les pouvoirs publics constituent un autre levier important : l’État, les régions, les départements.

    L’Agence Nationale du Sport peut intervenir pour compenser l’impact du sport sur la vie professionnelle : indemnisation des employeurs, financement de remplaçants, ou mise en place de Contrats d’Insertion Professionnelle.

    L’ANS peut aussi verser une aide sociale mensuelle aux sportifs en fonction de leurs performances et de leur potentiel aux championnats du monde et aux Jeux.

    Les Maisons Régionales de la Performance peuvent également apporter un soutien, comme le financement des frais liés aux aidants sur certaines compétitions.

    Enfin, les collectivités locales peuvent attribuer des aides spécifiques selon le lieu de résidence ou d’entraînement.

    Le graal : les dispositifs d’insertion professionnelle

    Il existe un dispositif particulièrement précieux : les contrats avec l’armée, la police, les douanes.

    Le sportif est salarié comme militaire ou agent, mais détaché à 100 % pour son sport. Il se consacre uniquement à l’entraînement et à la compétition, tout en représentant l’institution.

    Aux Jeux de Paris 2024, un tiers des médailles françaises ont été remportées par des sportifs issus de ces dispositifs.

    Le rôle des clubs

    Les clubs peuvent parfois participer aux frais de carrière. Certains athlètes sont salariés de leur club, mais c’est rare. Le plus souvent, les clubs aident à financer les entraînements, les compétitions et servent de support juridique pour le mécénat.

    Depuis l’automne 2024, la Fondation du Sport Français permet aux sportifs inscrits sur liste ministérielle d’ouvrir une cagnotte en ligne avec déductions fiscales pour les donateurs.

    Les équipementiers et le matériel

    Le matériel est un poste de dépense majeur. Les équipementiers peuvent fournir du matériel en échange de visibilité. Le niveau d’équipement dépend fortement des performances et de la notoriété de l’athlète.

    Les disparités sont énormes entre les sportifs, selon la médiatisation et la visibilité sur les réseaux sociaux.

    Les sponsors privés

    Les sponsors privés sont souvent le levier décisif, notamment pour les sports peu médiatisés. Ils permettent de boucler le budget lorsqu’il manque des financements publics.

    Le sponsoring ne tombe pas du ciel. Il repose sur la visibilité, mais aussi sur la construction d’une image. J’en parlerai en détail dans le prochain épisode.

    Conclusion

    En résumé, même s’il existe de nombreux dispositifs pour financer une carrière sportive, cela reste aujourd’hui un véritable casse-tête pour la majorité des sportifs de haut niveau en France.

    Avec des contrats précaires, des dossiers à renouveler et beaucoup d’incertitudes, il faut apprendre à actionner tous les leviers disponibles et construire un véritable business plan. Comme dans tout milieu indépendant, on est rarement riche, rarement à la rue, mais on doit compter sur soi-même pour faire fonctionner l’ensemble.

    Ceci est une retranscription de l’épisode 17 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Une question venue d’Instagram

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 17 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qui m’a été posée sur Instagram : comment finance-t-on un sport peu médiatisé ? C’est une question super intéressante, et surtout le but de mon podcast est vraiment de lever le voile sur toutes les questions que vous vous posez.

    J’adore répondre aux questions directes que vous me faites. Pour ceux qui ont des questions, c’est très simple : soit sur Instagram, le compte c’est @parabadiste.podcast, soit sur Spotify dans la partie commentaires, et moi j’y répondrai dans un prochain épisode.

    Beaucoup de clichés sur le sport de haut niveau

    Aujourd’hui, vaste chantier : comment on finance une carrière sportive de haut niveau ? D’un côté, il y a les gens qui pensent que le sport, c’est comme le foot et qu’on gagne des millions. De l’autre, ceux qui pensent qu’on n’a même pas de quoi s’acheter une paire de chaussures neuves quand on en a besoin.

    Il y a énormément de clichés sur la situation des sportifs de haut niveau en France, donc il est important de faire un point là-dessus.

    Il est très difficile de parler de manière générale, car la situation individuelle de chaque athlète peut être diamétralement opposée, y compris dans un même sport. Si on prend le judo par exemple, Teddy Riner, multi-médaillé olympique, n’a évidemment pas la même situation financière qu’un jeune qui vise ses premiers Jeux en 2028, même s’ils pratiquent le même sport et s’entraînent autant.

    La réalité statistique des sportifs de haut niveau

    En France aujourd’hui, 9 sportifs de haut niveau sur 10 ont soit un métier, soit sont en études en parallèle de leur carrière sportive. Il n’y a que 10 % des sportifs de haut niveau qui vivent uniquement de leur sport et s’y consacrent à 100 %.

    Mais avoir un métier ne suffit pas à financer une carrière. Une activité à côté permet surtout de subvenir à ses besoins et de préparer l’avenir.

    Le coût réel d’une carrière sportive

    Être sportif de haut niveau coûte très cher. Pour performer au niveau mondial, il faut une structure d’entraînement, un lieu pour s’entraîner, un coach, un préparateur physique, un préparateur mental, un accompagnement psychologique et diététique.

    À cela s’ajoute le matériel, parfois extrêmement coûteux selon les sports, comme la voile ou le ski. Et bien sûr, les compétitions : déplacements dans le monde entier, transports, hôtels, nourriture, inscriptions.

    Selon les sportifs, une saison peut coûter entre 20 000 € et 100 000 €. Ce n’est clairement pas avec un travail à temps partiel ou même à temps plein, en parallèle des entraînements, que l’on peut financer tout cela.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour que le plus grand nombre de fans de sport puisse connaître les dessous des carrières de haut niveau.

    Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Levier n°1 : les fédérations

    Le premier levier de financement, c’est la fédération. Ce sont elles qui peuvent proposer les premières bases de financement pour les athlètes performants. Évidemment, les politiques fédérales varient énormément selon les disciplines.

    De manière générale, plus tu performes, plus tu es aidé. C’est un schéma récurrent : pour être aidé, il faut gagner des titres et des médailles. Mais pour gagner des titres et des médailles, il faut pouvoir se consacrer pleinement à son sport. C’est souvent le serpent qui se mord la queue, surtout en début de carrière.

    Ce que peuvent financer les fédérations

    Les fédérations peuvent financer les structures d’entraînement : accès aux équipements, au matériel, aux entraîneurs, aux préparateurs physiques et mentaux, à l’accompagnement diététique, médical et paramédical, ainsi qu’à la récupération (kinés, bains froids, cryothérapie, pressothérapie).

    Cette prise en charge est progressive. L’accès à la salle d’entraînement est assez courant, mais avoir tout le reste à volonté reste beaucoup plus rare.

    Les fédérations peuvent aussi intervenir sur les compétitions : inscriptions, déplacements, hébergement. Là encore, cela dépend énormément des sports et des athlètes.

    Levier n°2 : les pouvoirs publics

    Les pouvoirs publics constituent un autre levier important : l’État, les régions, les départements.

    L’Agence Nationale du Sport peut intervenir pour compenser l’impact du sport sur la vie professionnelle : indemnisation des employeurs, financement de remplaçants, ou mise en place de Contrats d’Insertion Professionnelle.

    L’ANS peut aussi verser une aide sociale mensuelle aux sportifs en fonction de leurs performances et de leur potentiel aux championnats du monde et aux Jeux.

    Les Maisons Régionales de la Performance peuvent également apporter un soutien, comme le financement des frais liés aux aidants sur certaines compétitions.

    Enfin, les collectivités locales peuvent attribuer des aides spécifiques selon le lieu de résidence ou d’entraînement.

    Le graal : les dispositifs d’insertion professionnelle

    Il existe un dispositif particulièrement précieux : les contrats avec l’armée, la police, les douanes.

    Le sportif est salarié comme militaire ou agent, mais détaché à 100 % pour son sport. Il se consacre uniquement à l’entraînement et à la compétition, tout en représentant l’institution.

    Aux Jeux de Paris 2024, un tiers des médailles françaises ont été remportées par des sportifs issus de ces dispositifs.

    Le rôle des clubs

    Les clubs peuvent parfois participer aux frais de carrière. Certains athlètes sont salariés de leur club, mais c’est rare. Le plus souvent, les clubs aident à financer les entraînements, les compétitions et servent de support juridique pour le mécénat.

    Depuis l’automne 2024, la Fondation du Sport Français permet aux sportifs inscrits sur liste ministérielle d’ouvrir une cagnotte en ligne avec déductions fiscales pour les donateurs.

    Les équipementiers et le matériel

    Le matériel est un poste de dépense majeur. Les équipementiers peuvent fournir du matériel en échange de visibilité. Le niveau d’équipement dépend fortement des performances et de la notoriété de l’athlète.

    Les disparités sont énormes entre les sportifs, selon la médiatisation et la visibilité sur les réseaux sociaux.

    Les sponsors privés

    Les sponsors privés sont souvent le levier décisif, notamment pour les sports peu médiatisés. Ils permettent de boucler le budget lorsqu’il manque des financements publics.

    Le sponsoring ne tombe pas du ciel. Il repose sur la visibilité, mais aussi sur la construction d’une image. J’en parlerai en détail dans le prochain épisode.

    Conclusion

    En résumé, même s’il existe de nombreux dispositifs pour financer une carrière sportive, cela reste aujourd’hui un véritable casse-tête pour la majorité des sportifs de haut niveau en France.

    Avec des contrats précaires, des dossiers à renouveler et beaucoup d’incertitudes, il faut apprendre à actionner tous les leviers disponibles et construire un véritable business plan. Comme dans tout milieu indépendant, on est rarement riche, rarement à la rue, mais on doit compter sur soi-même pour faire fonctionner l’ensemble.

  • 16.Que se passe-t-il après les Jeux olympiques et paralympiques pour les athlètes ?

    Ceci est une retranscription de l’épisode 16 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Après les Jeux : une transition souvent méconnue

    C’est parti pour l’épisode du jour. Pour ceux qui me suivent assidûment, vous avez sans doute remarqué une longue pause depuis le dernier épisode. Et ça va être un peu le sujet du jour : comment se passe l’après Jeux pour les sportifs ? Qu’est-ce qui se passe après la cérémonie de clôture ? Comment on envisage la suite de notre vie après cette parenthèse enchantée pour laquelle on a tant travaillé pendant des mois ?

    Pour se remettre dans le contexte, à la fin de nos épreuves aux Jeux, tout ne s’arrête pas d’un coup. Et heureusement, parce que ce serait encore plus dur à gérer sans transition. À Paris, on avait l’opportunité de pouvoir célébrer nos médaillés au Club France. J’ai trouvé ça très important, car ça marque vraiment la fin de la compétition et le passage à une période de fête, potentiellement d’excès après des mois de rigueur.

    Ça apporte aussi une vraie cohésion avec l’équipe de France pour finir tout ça ensemble, car après, tout va très vite et on n’a pas forcément l’occasion de se dire au revoir.

    La cérémonie de clôture : pas toujours accessible à tous

    Ensuite, il y a la cérémonie de clôture. Mais déjà, beaucoup d’athlètes ne peuvent pas y aller parce qu’ils sont déjà repartis. D’autres, comme moi, n’ont tout simplement pas l’énergie. Les cérémonies sont extrêmement fatigantes : on passe beaucoup de temps à attendre, il y a beaucoup de bruit, d’interactions.

    Ce n’est pas toujours facile ni possible selon les handicaps et l’état de forme de chacun. À ce moment-là de la compétition, on est tout simplement lessivés. On vient de passer des mois, voire des années, à s’entraîner tous les jours, à faire de la préparation physique et mentale, puis la compétition avec la pression énorme que cela implique.

    Quand tout est fini, il est très fréquent que le corps et le mental décompensent d’un coup. Le contrecoup peut être assez dur à la fin de la quinzaine. La cérémonie de clôture n’est donc pas accessible à tout le monde.

    Retour à la vie normale : un choc pour beaucoup d’athlètes

    Quand on rentre chez nous, on passe d’une vie en collectivité, dans une bulle où tout est à disposition, à une vie « normale ». Beaucoup d’athlètes vivent très mal cette transition. C’est un choc de passer de tout à rien, d’être H24 avec ses frères d’armes sous le feu des projecteurs, puis de se retrouver seul chez soi.

    À titre personnel, ça n’a pas été difficile pour moi. Au contraire, c’était un soulagement de revenir au calme, à la campagne, avec mes routines, mon chien, mes chats, ma maison. Mais globalement, l’automne qui suit les Jeux peut être source de mal-être, et il est important de s’y préparer.

    Un message important pour soutenir le podcast

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    Entre obligations médiatiques et sur-sollicitation

    Après les Jeux, on a beaucoup d’obligations. Il y a l’aspect médiatique, avec les journalistes qui sollicitent de partout. Il y a une énorme différence entre les médaillés et les autres. Certains passent sur France Télévisions ou Canal+, d’autres auront seulement un article local.

    Cela peut être difficile à vivre, surtout quand on repart sans médaille. En même temps, ceux qui sont sur-sollicités finissent par être épuisés. Chaque athlète a donc ses propres défis à la sortie des Jeux.

    Soirées, invitations et validisme

    On est invités à de nombreuses soirées, cocktails, conférences. Personnellement, j’ai subi cette période. Mais le validisme de notre société m’a permis de faire le tri sans culpabilité, car beaucoup d’événements dédiés aux athlètes paralympiques n’étaient tout simplement pas accessibles.

    S’il n’y a aucune volonté de m’accueillir avec mon handicap alors que c’est le cœur de l’événement, je n’y vais pas.

    Faire des choix pour préserver son énergie

    Il faut aussi choisir à quoi dire oui et à quoi dire non. J’ai choisi de répondre positivement à tous les partenaires qui m’ont soutenue avant les Jeux, et de décliner le reste. Sinon, c’est injouable.

    Repos, reprise et santé mentale

    Pendant un bon mois, voire un mois et demi, on participe à ces célébrations. On est en vacances du sport. J’en ai profité pour passer du temps avec Eugène, mon chien d’assistance, faire du cani-VTT et retravailler certaines tâches.

    La santé mentale est un enjeu majeur après les Jeux. Les phases de déprime, voire de dépression ou de burn-out, sont fréquentes. J’ai repris l’entraînement fin octobre, après deux mois de pause, et ça m’a fait énormément de bien.

    Nouvelle paralympiade, nouveaux défis

    Une carrière est rythmée par les Jeux tous les quatre ans. Après une olympiade, la question se pose : est-ce que je continue ? Si oui, c’est repartir pour quatre ans de sacrifices.

    Il y a aussi la question du financement. Beaucoup de contrats se sont arrêtés après Paris 2024. J’ai dû recontacter mes partenaires pour Los Angeles. Certains n’ont pas renouvelé, d’autres ont baissé leur budget. Je n’ai que de la reconnaissance pour tous les soutiens reçus.

    Changement de centre d’entraînement et adaptation

    Nouvelle paralympiade, nouveau centre d’entraînement. Je m’entraîne désormais au CREPS des Pays de la Loire à Nantes. C’est un cadre idéal, mais l’adaptation m’a demandé beaucoup d’énergie.

    En décembre, j’ai dû faire une pause, au bord de l’épuisement physique et mental. Direction la montagne et le snowboard. Mais ça, ce sera pour un autre épisode.

    Conclusion

    La gestion de l’après Jeux est une période cruciale. Entre l’adrénaline, l’épuisement, l’incertitude de l’avenir et les différences de traitement médiatique, cette transition doit être accompagnée. La santé mentale est un enjeu primordial dans le sport de haut niveau, et c’est elle qui conditionne le bon démarrage d’une nouvelle paralympiade.

  • 15.Tricheries, exclusions, injustices : l’autre réalité du sport paralympique

    Ceci est une retranscription de l’épisode 15 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
    écouter l’épisode

    La classification en sport paralympique : injustices, tricheries et pistes d’amélioration

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 15 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, nous allons aborder la deuxième partie sur la classification en sport paralympique.

    Dans le premier épisode, je vous expliquais pourquoi il y a plusieurs catégories dans un même sport, pourquoi une personne amputée peut jouer contre une personne qui a de la spasticité ou un autre handicap, et je vous ai donné quelques exemples pour illustrer pourquoi la classification ne se fait pas forcément par type de handicap, mais par impact du handicap sur la pratique sportive.

    Comment se déroule la classification ?

    La classification, c’est un processus précis, codifié, avec des règles. Une classification se fait en trois parties :

    1. L’évaluation médicale

    La première partie, c’est la partie médicale : la personne est en slip et en brassière, elle va se faire examiner par des classificateurs professionnels formés à ça. Les classificateurs ont tous été athlètes ou experts du domaine et sont reconnus par le comité international paralympique. Ils vont évaluer la tonicité musculaire, la mobilité, l’équilibre, la force, bref tous les éléments qui composent le handicap.

    2. L’évaluation technique

    Deuxième partie : la partie technique. On va demander à l’athlète de faire des mouvements liés à son sport, par exemple des appuis, des changements de direction, un service ou un smash au badminton. Cela permet d’observer l’impact réel du handicap dans les gestes sportifs.

    3. L’observation en situation réelle

    Troisième partie : l’observation en compétition. L’athlète va faire un match observé par les classificateurs. Cela permet de voir si l’impact du handicap est cohérent avec ce qui a été observé en médical et en technique.

    À la fin de ces trois étapes, les classificateurs attribuent une classe à l’athlète, soit de manière définitive, soit de manière provisoire lorsqu’ils ont un doute et veulent observer l’évolution.

    Les limites du système

    Alors évidemment, tout ça semble carré, précis, et on pourrait se dire que la classification est totalement fiable. Mais ce n’est pas toujours le cas – et c’est normal : les handicaps sont complexes, évolutifs, et ne sont pas toujours visibles.

    Certains handicaps peuvent évoluer d’une année sur l’autre, comme la spasticité ou certaines pathologies musculaires. Certaines personnes peuvent avoir des jours où ça va, et des jours où ça ne va pas du tout. Ce qui rend le processus extrêmement complexe.

    Il arrive aussi que deux personnes dans la même classe n’aient pas du tout les mêmes besoins ni les mêmes limitations. Mais elles sont quand même classées ensemble car l’impact global reste jugé similaire.

    Les injustices possibles

    Comme dans tout système humain, il peut y avoir des injustices. Par exemple :

    • Un athlète peut se retrouver dans une classe légèrement trop haute, où les autres ont moins d’impact que lui.
    • À l’inverse, un athlète peut être classé un peu trop bas, ce qui crée un avantage pour lui.

    Ce n’est pas forcément volontaire : le handicap peut être difficile à évaluer, les symptômes peuvent varier d’un jour à l’autre, et certains athlètes ont des capacités qui émergent seulement en match intense.

    La question de la tricherie

    On ne va pas se mentir : oui, la tricherie existe. Comme dans tous les sports. Et elle peut prendre plusieurs formes :

    1. Minimiser son handicap

    Certains athlètes peuvent exagérer les limitations lors du test médical (par exemple en forçant moins) pour obtenir une classe plus favorable. C’est rare, mais ça arrive.

    2. Maximiser son handicap

    À l’inverse, certains peuvent accentuer certains symptômes le jour de la classification, par exemple en ne prenant pas un traitement qui stabilise leur spasticité.

    Heureusement, les classificateurs sont généralement très expérimentés, et ils connaissent ces stratégies. L’observation en compétition permet aussi de détecter les incohérences.

    3. Les évolutions non déclarées

    Un athlète peut aussi s’améliorer physiquement ou rééduquer un membre, ce qui change l’impact du handicap… mais ne pas le déclarer. Cela peut créer un avantage involontaire ou volontaire.

    Et dans le parabadminton ?

    Dans mon sport, le parabadminton, la classification a beaucoup évolué ces dernières années. Des athlètes ont été reclassifiés, d’autres ont changé de classe, et il y a eu beaucoup de discussions sur l’équité. C’est normal : le sport est jeune, les règles évoluent, et les connaissances aussi.

    Par exemple, certaines personnes en SL4 ont des handicaps très différents des miens, mais avec un impact similaire. À l’inverse, parfois, on peut rencontrer quelqu’un dans la même classe mais avec une amplitude de mouvement, une force ou une stabilité qui semble bien supérieure.

    Ce n’est pas que le système est mauvais : c’est juste que le handicap n’est jamais uniforme, et que la classification repose sur des critères humains, observés par des humains.

    Les pistes d’amélioration

    Le comité international paralympique réfléchit à plusieurs pistes :

    • Une meilleure standardisation des tests médicaux
    • Plus d’observations en situation réelle
    • Des reclassifications régulières pour les handicaps évolutifs
    • Une transparence accrue pour le public (car beaucoup de fans ne comprennent pas le système)
    • Un meilleur accompagnement des fédérations pour harmoniser les pratiques

    Certains sports envisagent même des classifications numériques (comme dans le ski), basées sur une pondération précise de chaque type de limitation. Cela pourrait rendre les compétitions encore plus équitables.

    Conclusion

    La classification est un pilier essentiel du sport paralympique. C’est un système imparfait, mais indispensable. Et surtout, c’est un système vivant, qui évolue et s’adapte en permanence.

    Dans tous les cas, souvenez-vous : derrière chaque classe, chaque code, chaque numéro, il y a un humain, avec ses forces, ses fragilités, son parcours, son histoire. Et c’est ça qui rend le parasport aussi passionnant.

    Merci d’avoir écouté cet épisode. Vous pouvez me retrouver sur Instagram @parabadiste.podcast pour continuer la discussion. À très vite !