Catégorie : Entraînements

  • 23.Le métier de sportif de haut niveau olympique, parasport : bannir le mythe du faux métier

    Ceci est une retranscription de l’épisode 23 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 23 de Journal d’une parabadiste aujourd’hui on va briser des clichés et plus particulièrement celui qui voudrait que sportif de haut niveau, ce n’est pas un vrai métier, qu’on a globalement la belle vie tranquille ou qu’on est totalement à la disposition des autres.

    Bref, aujourd’hui on répond à la question : est ce qu’être sportif de haut niveau même amateur, c’est à dire quand on ne gagne pas de prize money en compétition ou qu’on n’est pas salarié d’un club, c’est un vrai métier ?

    Si vous ne me connaissez pas encore, je m’appelle Milena Surreau je suis sportive de haut niveau en parabadminton, paralympienne, championne d’Europe et aujourd’hui je fais du sport à temps plein, j’ai arrêté mon prédédent travail pour pouvoir me concentrer à 100% sur la performance. Alors, à coté je donne quand même quelques conférences sur le handicap et je produis ce podcast, mais globalement mon quotidien est vraiment tourné vers le sport.

    Mon métier ? Sportive de haut niveau

    Aujourd’hui, quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds tout simplement sportive de haut niveau, et souvent les gens ont un peu de mal à s’imaginer de quoi il s’agit, quelle est la réalité de mon quotidien. Ils ont vaguement en tête que je dois surement faire des entraînements et des matchs mais c’est tout. Souvent, on me répond « et tu fais quoi à coté ? » ou alors les gens pensent que y’a 1 compétition de temps en temps aux championnats d’Europe et du Monde parce que c’est malheureusement les seules compétitions un tout petit peu médiatisées, et donc on me demande « et en ce moment tu fais quoi ? » alors que je viens d’expliquer que j’ai repris l’entraînement.

    Et je ne peux pas blâmer les gens : ce qu’on entend très souvent dans les médias ou sur les réseaux sociaux, c’est que les sportifs de haut niveau vivent sous le seuil de pauvreté. Que beaucoup doivent cumuler 35h d’entraînement et un job alimentaire à temps plein pour subvenir à leurs besoins. Quand un enfant ou adolescent dit qu’il veut devenir sportif professionnel, on lui dit « oui c’est bien mais fait des études avant ».

    Un travail peu répandu

    Aussi, ce n’est pas forcément le job le plus répandu, et il est assez rare d’avoir une amie, un collègue, une connaissance, un parent sportif de haut niveau et donc de pouvoir concrètement savoir de quoi est fait le quotidien, c’est quoi la réalité. Et c’est notamment pour ça que j’ai créé journal d’une parabadiste, c’est pour dévoiler les secrets derrière la performance olympique et paralympique !

    Une catégorie socioprofessionnelle inexistante

    Aussi, il y a un 2e problème qui se pose, c’est au niveau administratif et « social », le statut n’en n’est pas vraiment un. Quand on dit sportif de haut niveau, ça veut dire qu’on est inscrit sur les listes de haut niveau du ministère, et que donc on a droit à certains dispositifs d’insertion professionnelle, à certaines aides financières et que l’on valide des trimestres pour la retraite les années où l’on est inscrit sur ces listes. Mais littéralement, par exemple quand je vais à la banque ou que je dois répondre à un questionnaire quelconque et qu’il faut choisir sa catégorie socio-professionnelle, il n’y a pas ce choix de sportif de haut niveau. Il n’y a que les traditionnels employés, ouvriers, chef d’exploitation agricole, sans emploi etc. Mais en tant que sportif de haut niveau, on est vraiment entre 2.

    Généralement, on a une entreprise pour gérer nos sponsorings et nos contrats d’images. Mais il n’est pas rare que ça soit surtout une structure juridique permettant de facturer, mais qu’on n’ait pas forcément assez de marge pour se verser un salaire régulier, et donc réellement cotiser en tant que chef d’entreprise. Dans ces cas là, est ce qu’on coche « sans emploi » alors que littéralement, on a du boulot plus de 35h par semaine, qu’on est à un plus que temps plein dans notre activité, qu’on gagne quand même de l’argent via la fédération, les sponsors, les prize money etc.

    Donc socialement, c’est vraiment un statut très particulier et complexe à bien cerner et à la fois on fait sûrement partie des actifs qui ont une activité à temps plein voire plus, mais de l’autre coté ben on se rend compte qu’on est un peu le cul entre 2 chaises à ce niveau là.

    Un temps plein de sportif ?

    Donc vous allez me dire, temps plein temps plein, ok mais qu’est ce que tu appelles temps plein ? Parce que faire du sport c’est surtout très sympa et c’est pas vraiment du 35H/semaine.

    Et c’est aussi là qu’il y a confusion, c’est que les gens ont pour référence le sport qu’ils pratiquent. Ils vont peut être courir 1 fois par semaine le dimanche. Ou à un rythme un peu plus soutenu, faire du badminton 3 fois 1h30 dans la semaine le soir. Et l‘entraînement, c’est aussi le moment convivial où on retrouve des amis, où on parle de la semaine, où on boit un coup à la fin.

    L’entraînement, une partie majeure du métier ?

    Donc beaucoup de gens ont du mal à s’imaginer que l’entraînement peut réellement être la partie majeure d’un métier, qui nécessite une rigueur à chaque session, que oui parfois on n’y prend pas de plaisir mais qu’on est là pour faire le job, et surtout qu’on a une obligation d’assiduité et qu’on ne peut pas juste un matin se dire « bon mercredi j’y vais pas et comme ça je pourrais aller au cinéma pour la sortie de ce film ».

    Et c’est ça souvent qui pose une grosse incompréhension, voire parfois des tensions qui peuvent en découler, c’est que très souvent, les gens s’imaginent que ça peut être à la carte. Que oui on peut demander à un sportif de se libérer tel matin pour faire telle chose ; de programmer un repas au restaurant un soir sans se dire que c’est la veille d’une compétition et que ça sera sûrement pas possible etc.

    Et ça, ça n’est pas exclusif au sport de haut niveau, c’est vrai que pour le coup j’ai exercé des métiers un peu atypiques dans le genre auparavant et moi c’est quelque chose que je vis littéralement depuis que j’ai 18 ans. J‘ai été musicienne et alors là c’est vraiment le pompon parce que très peu de gens s’imaginent la dose de travail que c’est au quotidien, y’a aussi ce mythe de l’intermittent du spectacle qui ne fout rien donc ça non plus ça n’aide pas, et faut voir le nombre de fois où j’ai décliné quelque chose en disant « je peux pas je travaille » et que la personne a totalement bloqué et a bafouillé quelque chose comme « ah tu as changé de voie ? » ou « mais je croyais que tu étais musicienne », ce genre de choses !

    Après j’ai aussi été chef d’exploitation agricole en saliculture donc je faisais du sel artisanal dans les marais salants de Guérande et là c’est un peu différent, les gens s’imaginaient que je travaillais que l’été. Parce qu’ils ont cette image de carte postale de la récolte du sel, alors oui l’été on travail 10-12h par jour, parfois 7 jours sur 7, mais on travaille aussi le reste de l’année et ça j’ai totalement arrêté de compter le nombre de fois où j’ai dû expliquer à des gens que je ne suis pas en vacances 9 mois sur 12 et que oui j’ai des obligations y compris l’hiver.

    Alors c’est vrai que voilà, je suis habituée mais à la fois ça reste toujours aussi frustrant d’avoir ce genre d’interactions, et surtout parfois de devoir vraiment se défendre et détailler sa journée pour se justifier.

    Comment s’articule le quotidien d’un athlète de haut niveau

    Du coup, rien de mieux qu’un épisode pour expliquer au monde entier de quoi est fait le quotidien d’un athlète de haut niveau et qu’on prenne conscience que la semaine, c’est très chargé, et qu’en plus souvent le week end, on va avoir besoin de beaucoup de repos.

    Alors petite note, ici je parle évidemment en prenant exemple sur ma propre situation, bien sûr elle est commune à beaucoup de sportifs mais pas forcément à tous, vu qu’on a chacun nos systèmes de performance. Et aussi, on parle ici des athlètes de haut niveau qui ne sont pas salariés de leur club comme peuvent l’être les footballeurs par exemple et qui du coup on forcément un quotidien différents sur plusieurs points.

    Alors, de quoi est fait notre quotidien ?
    C’est souvent une semaine très chargée, et surtout avec plusieurs casquettes.

    Evidemment, il y a toute la partie sportive qui prend beaucoup de place, avec les entraînements sur terrain 1 à 2 fois par jour tous les jours, où là on va vraiment bosser la technique, la tactique, les enchaînements, faire des matchs avec les sparing, faire de la PMA etc. Ca évidemment, c’est le cœur de l’activité quotidienne d’un sportif de haut niveau parce que tout simplement, pour devenir le meilleur dans sa discipline il faut la pratiquer sans relache.

    A coté de ça, en complément des entraînements terrain, on va avoir la préparation physique, qui peut avoir lieu plusieurs fois dans la semaine avec généralement 2 grandes catégories de séance, soit la muscu donc basiquement en salle, du renfo musculaire soit avec des haltères, des machines etc. soit plutôt du gainage et des exercices avec son corps, et de l’autre coté du cardio qui peut être fait en course, vélo, natation généralement (mais parfois on peut être créatif avec du rameur, du skierg, de la montée d’escalier par exemple). Et puis, certaines séances peuvent être plutôt sur le développement des reflexes, sur la proprioception, sur des mouvements actifs spécifiques, ce genre de chose.

    Enfin au niveau sportif, on va avoir les compétitions locales qui peuvent avoir lieu de temps en temps le week end comme les interclubs et les compétitions internationales, pour ma part en parabadminton c’est entre 6 et 10 fois 10 jours dans l’année. Mais si ce n’était que ça, c’est sûr que ça serait beaucoup plus simple, parce qu’en réalité il y a tout un autre monde derrière le sport.

    La partie mentale et diététique de la perfomance sportive de haut niveau

    A côté du sport en lui même, on va avoir toute la partie mentale de la performance avec donc la préparation mentale, ça ça peut passer par des séances avec un preparateur, ça peut être la réalisation d’exercices, de la lecture, du visionnage de documentaires etc. et la psychologie avec un suivi chez un psychologue et/ou un psychiatre.

    Ensuite dans le même esprit on a la partie diététique avec un suivi chez un professionnel et la réalisation des repas, alors là vous allez me dire oui comme tout le monde, alors certes mais dans notre cas, on n’a pas le droit au repas de flemme qu’on commande chez Uber un soir parce qu’on est fatigué, ou la sortie au restaurant n’importe quand. On doit aussi manger beaucoup de calories pour compenser les pertes donc ça passe parfois par faire plus de repas que la norme, il y a aussi toute l’anticipation et l’organisation des repas lorsque l’on est en compétition, parfois à l’étranger avec des aliments qui sont différents de ce qu’on peut trouver en France. Et donc tout ça, c’est une partie du job qu’on ne peut pas négliger.

    Là je pense que j’ai fait le tour de la partie qui concerne la performance sportive en elle-même, mais à coté de ça on a toute la partie qui concerne le volet plutôt économique du projet sportif.

    L’économie d’un projet sportif de haut niveau

    Là dedans on va déjà retrouver la recherche de sponsors, et ça ça peut prendre vraiment beaucoup de temps en fonction du budget que l’on a besoin de trouver, c’est sûr que ce n’est pas pareil de juste avoir besoin de vivre que de devoir aussi financer toutes ses compétitions, son coach, son prépa physique, son kiné etc.

    Mais aussi ça va dépendre de ton image médiatique parce que Florent Manaudou ou Teddy Riner ne vont même pas forcément avoir besoin de chercher, c’est plutôt les sponsors qui vont les trouver directement, alors que quand on vient d’un sport moins médiatique et/ou avec un palmarès moins important, il faut vraiment se démener pour vendre son projet, trouver les personnes à contacter etc. Et là ça passe par beaucoup d’heures de création d’un plan de sponsoring, de la réalisation des supports pour le vendre (que ce soit numérique ou physique en fonction de ce qu’on prend comme stratégie), de la recherche d’entreprises qui correspondent à celles qui ont un budget marketting, de la recherche et du démarchage de LA personne en charge potentiellement des sponsorings et donc l’envoi de mail, la gestion du CRM pour ne pas relancer quelqu’un qui t’as déjà répondu non, ou de poster les enveloppes avec ton dossier à la poste etc.

    Et ça, ben tant que tu n’as pas bouclé ton budget total pour la saison, ça peut littéralement être un travail de longue haleine tout au long de l’année pour réussir à réunir ce fameux budget qui peut parfois se chiffre en plusieurs dizaines de milliers d’euros. Littéralement, on pourrait y passer 35h/semaine et que ce soit LE job d’une seule personne, sauf qu’on le rappelle on réalise ça à coté de tout le reste.

    Les relations avec les sponsors

    Ensuite on a les relations avec les sponsors que tu as déjà donc les interventions dans les entreprises, les tournages de contenu, la réalisation de vidéo pour les réseaux sociaux, la rédaction, signature, envoie des contrats, la facturation, et donc tout le travail administratif qui en découle. Et d’ailleurs, ce volet administratif ne concerne pas que la relation avec les sponsors, mais comme je le disais tout à l’heure la plupart du temps on a une entreprise pour pouvoir gérer notre carrière et donc on a le travail administratif de tout entrepreneur avec les factures, les documents à trier, les impôts, les dépenses, les business plan, le suivi du budget etc.

    Et puis, pour réussir à convaincre des sponsors, il faut avoir quelque chose à leur proposer en retour, et ça ça passe notamment par construire une image et une communication solide. Donc au quotidien ça se traduit par la gestion des réseaux sociaux, la création de contenu, et donc tournage, réalisation, edition d’images, la rédaction de newsletter. Il y a aussi les apparitions dans les médias, journaux, télé, radio et ça c’est quelque chose qui prend du temps notamment quand on habite loin de Paris parce que la plupart des opportunités sont là bas et fatalement, s’y rendre prend tout de suite une journée complète.

    Donc en plus de toutes ces tâches et de toutes ces casquettes qui sont tout de même assez différentes les unes des autres, il faut aussi avoir une gestion de planning très carrée. Ca j’en parle en détail dans l’épisode 4 Gérer un emploi du temps de sportif paralympique : mission impossible ? Et pour la recherche de sponsor, ça se passe dans l‘épisode 18 Sport de haut niveau : athlète sans palmarès ? Voici comment trouver des sponsors en 2025.

    Avec tout ça, vous avez une vision un peu plus réaliste et juste de ce qu’est le quotidien d’un sportif de haut niveau en France, et on repose donc la question : est ce qu’être sportif de haut niveau est un vrai métier ?

    Ça signifie quoi être un sportif professionnel ?

    Est ce qu’il faut strictement s’arrêter à la définition de « sportif professionnel » pour considérer cette activité comme un métier, à savoir gagner de l’argent par ses compétitions ? Dans ce cas, la majorité des sportifs de haut niveau ne le sont pas, car il n’y a que très peu de sport où l’on gagne des prize money en compétition, et encore moins dans les parasports.

    Est ce qu’il faut prendre en compte de manière plus globale la situation professionnelle du sportif, et qu’à ce jeu un sportif qui gagne sa vie grâce à tout son système mis en place comme le sponsoring, les revenus des réseaux sociaux, les interventions en entreprise, les primes de performance et les aides sociales peut-être considéreécomme professionnel même s’il ne gagne pas de prize money en compétition ?

    Ou est ce qu’on peut considérer qu’une personne qui passe plus de 35h par semaine dédié à son sport, même s’il vit des aides sociales ou d’un métier à temps partiel à coté est tout de même un professionnel de son sport parce que dans son quotidien, toutes ses journées sont tournées vers cela ?

    Pour ma part, je pense qu’être sportif de haut niveau est un métier à part entière lorsque l’on y dédie sa vie et qu’on mise dessus à 100% car comme je l’ai expliqué tout au long de l’épisode, on doit développer des compétences transversales qui vont bien au dela de taper dans un volant ou courir sur une piste. En ce sens, nos profils sont d’ailleurs souvent précieux pour les entreprises qui recrutent dans certains secteurs et cela peut constituer un véritable atout pour notre reconversion, quand la retraite arrive autour de la trentaine ou la quarantaine. Mais pour cela, il faut vraiment avoir pris conscience de tous les enjeux autour du sport et pas seulement avoir consacré sa vie à uniquement s’entraîner sans se soucier des enjeux annexes et qui permettent de monter un système très performant comme je l’ai décrit.

    Aujourd’hui, le métier qui se rapproche le plus de ma vie quotidienne est celui de chef d’entreprise, et de toute manière c’est littéralement le cas puisque j’ai une société pour pouvoir gérer tous ces aspects de ma carrière.

    Donc la réponse est clairement oui, le sport de haut niveau est un vrai métier, que ce soit en terme de volume horaire que de contenu des journées chaque semaine. J’attends évidemment votre avis en commentaire et je vais même organiser un débat sur mes réseaux sociaux sur le sujet alors vas vite t’abonner si ce n’est pas déjà fait, tous les liens sont dans la description !

  • 22.Parasport : ce que le snowboard a apporté à ma carrière de badiste de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous bienvenue sur mon podcast Journal d’une parabadiste, le premier podcast français sur le sport de haut niveau paralympique ; aujourd’hui je réponds à une question qui m’a été posée et j’adore quand je traite des sujets qui viennent de vous parce que j’ai créé ce podcast pour vraiment répondre aux questions que les gens se posent sur le sport de haut niveau et/ou sur l’impact handicap dans cette pratique donc quand je satisfais directement votre curiosité c’est un vraiment plaisir pour moi.

    Après les Paralympiques de Paris 2024, place au parasnowboard

    Dans cet épisode on va donc parler de l’hiver que j’ai passé après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 et pourquoi est ce que je suis partie faire du snowboard au lieu de continuer le badminton, est ce que c’est un projet à long terme ou était-ce une parenthèse, pourquoi le snowboard et pas le ski, qu’est ce que ça m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes par rapport au badminton bref aujourd’hui je parle en détail de ce que j’ai vécu cet hiver !

    Pour remettre dans le contexte, j’ai fini les Jeux Paralympiques le 31 aout, ensuite on a eu quelques obligations en terme de médias et de présence pour la fédération, et je suis rentrée chez moi début septembre. Là j’ai pris beaucoup de repos parce qu’une paralympiade c’est 3 ans très intensif, entre la préparation, le financement, la qualification et ensuite les jeux. Je parle un peu plus en détail de tout ça dans l’épisode 16 sorti il y a quelques mois.

    J’ai repris l’entrainement mi octobre, parce que j’avais vraiment l’envie et le besoin de reprendre, donc ça a été une décision personnelle et pas une décision imposée par mon staff, c’est important de le savoir.

    Et puis en décembre, j’ai eu vraiment une période difficile mentalement, j’étais épuisée, alors heureusement les vacances arrivaient et je suis partie à la montagne, chez ma meilleure amie. A la fin des vacances, j’étais vraiment absolument pas en état de rentrer et de reprendre l’entraînement, j’avais pas du tout encore récupéré de ma fatigue, en plus j’avais un nouveau traitement à cette période qui me causait énormément de fatigue et de somnolence. Donc je me suis simplement écoutée — comme on en parlait dans l’épisode précédent sur la santé mentale — et je suis restée plus longtemps.

    Alors qu’est ce qu’on fait quand on est en vacances à la montagne et qu’on aime le sport, ben généralement du sport d’hiver, entre les longues après midi de sieste et les balades des chiens, on allait de temps à autre sortir en ski et en snowboard et ça m’a fait un bien fou de faire du sport extérieur, en pleine nature, parce que ça change pour le coup carrément de notre quotidien de badiste, nous on est tout le temps enfermés dans un gymnase et pouvoir respirer le grand air de la montagne, ça fait du bien physiquement et moralement.

    Donc moi je fais du snowboard depuis que j’ai 14 ans à peu près, à l’époque je n’avais pas encore de gros soucis neurologique, j’avais mes jambes qui fonctionnaient à peu près normalement on va dire. Et là c’était la 1ere fois que je remontais sur un snow depuis ma paraplégie spastique. Donc pour ceux qui me découvrent aujourd’hui, j’ai une maladie neurologique qui touche ma moelle épinière et qui fait que petit à petit je perds ma force dans mes jambes et dans mes bras, et j’ai ce qu’on appelle de la spasticité donc des contractions musculaires involontaires ce qui rend difficile le contrôle des jambes.

    Donc même si j’ai beaucoup de difficultés à marcher et que dans la vie de tous les jours j’utilise un fauteuil roulant, sur un snowboard je peux tenir debout. Une fois que je suis dessus en fait avec les pieds attachés, j’ai vraiment ma spasticité qui va m’aider à tenir debout en compensant les paralysies et je vais descendre les pistes, même si j’ai besoin de beaucoup de pause.

    A l’inverse du ski où debout je n’aurais pas assez de force dans chaque jambe séparée pour pouvoir supporter la force qu’il faut y mettre.

    Pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard ?

    Et puis, assez vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus, et je me suis dis, pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard pour découvrir cette discipline, parce que c’est évidemment totalement différent de faire du free ride quand on est en vacance que de passer des piquets imposés le plus vite possible, voir si ça me plait et voir ce qu’il en est quoi !

    Donc j’ai passé la classification nationale, pour savoir si mon handicap était éligible pour faire du parasnowboard — pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit j’ai sorti 2 épisodes sur ce sujet, le 14 et le 15 avec tout ce qu’il y a à savoir sur les classes en parasport — et j’ai participé à une première Coupe de France début janvier.

    Et franchement je ne m’y attendais pas du tout, parce que la vitesse ça n’a jamais été ce que je préfère sur les pistes, mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour la discipline. J’ai adoré passer ces piquets imposés, apprendre à prendre les bonnes trajectoires, doser les risques…

    Une première compétition qui m’ouvre des portes

    Et cette première compétition a été un vrai succès, que ce soit en terme de résultat puisque j’ai fait 2 médailles d’or, mais aussi en terme d’expérience puisque j’ai passé une super journée, j’ai pu rencontrer les athlètes du circuit national donc vraiment beaucoup de positif.

    Suite à cette première réussite, je me suis dit pourquoi pas continuer le circuit tant que je suis sur les Alpes, parce que du coup ça m’a aussi poussé à m’entraîner un peu plus sérieusement et donc ça a continué de m’entretenir physiquement ce qui était pas plus mal pour la reprise future du badminton. Et donc j’ai fait une 2e Coupe de France, sur laquelle j’ai fait 1 médaille d’or et où j’ai pris beaucoup d’expérience ; ce qui m’a aussi qualifiée pour les championnats de France qui avaient lieux plus tard dans la saison en mars.

    Et ceux là pour le coup j’étais vraiment pas sûre de pouvoir y participer parce que je commençais en février à entrevoir mon retour à la maison et au badminton, il y a avais aussi une incertitude sur le calendrier de compétition BWF auquel je pouvais participer ou non avec ma reclassification en parabadminton donc ça j’en parle dans l’épisode 20 pour ceux qui l’ont manqué.

    Au final, après un hiver très ressourçant je suis rentrée à la maison mi février, et j’ai finalement pu participer aux championnats de France de para snowboard grâce à une semaine de vacances du pôle performance parabad qui tombait pile poil au bon moment. Et donc en amont de ce stage, j’ai aussi pu participer à un stage de développement avec des membres du collectif France et l’entraîneur des équipes de France de parasnow. Ca a été un super moment pour moi, très complémentaire de tout ce que j’avais vu cet hiver, avec un super staff. Et comme j’en parlais dans l’épisode précédent, le staff c’est à mes yeux ce qui peut faire la différence dans une discipline que l’on veut potentiellement pratiquer à haut niveau, donc ça m’a aussi ouvert des perspectives auxquelles j’avais pas forcément pensé jusque là.

    Bref, je suis revenue des championnats de France de parasnow avec 2 médailles d’or, mais aussi un bagage énorme pour le badminton parce que contrairement à ce qu’on peut penser à première vue, ça a été un tremplin énorme et un vrai bon investissement pour ma carrière principale et non pas une perte de temps de 3 mois à la neige à se la couler douce.

    Un apport physique, mental et psychologique

    Et c’est là qu’on en vient à cette question, qu’est ce que ça m’a apporté. Pour résumer, j’ai énormément appris ou progressé sur les plans physique, mental et psychologique. Bref, sur tous les pans de la performance sportive et qui peut se transposer d’un sport à l’autre. Parce que oui, j’ai aussi progressé techniquement sur le snowboard, mais ça pour le coup ça n’est pas d’une grande aide pour le badminton.

    Alors déjà physiquement le bad et le snow sont 2 sports diamétralement opposés, et donc j’ai sollicité et travaillé des groupes de muscles que soit j’utilise peu en badminton, soit que j’utilise différemment. Cet hiver, ce sont mes cuisses qui ont le plus évolué, alors pas dans l’aspect explosif parce que c’est tout l’inverse, c’est vraiment l’endurance qui a été boostée. Et ça je l’ai ressenti de manière exponentielle quand je suis revenue au badminton, j’avais tellement moins de fatigue musculaire, je pouvais tellement faire plus plus longtemps. Et ça ça a été valable pour tous les groupes musculaires impliqués en snowboard, parce que c’est vraiment des efforts assez longs comparés à l’explosivité du badminton, mais les cuisses sont tellement cruciales au badminton que c’est ce qui m’a le plus marqué à mon retour.

    Mais à coté de ça, il y a aussi eu tout le gainage du tronc, abdo, fessiers, ensuite les épaules et les triceps. Alors là vous me dites les triceps ? A quoi sert ce muscle dont on ne parle jamais et pourquoi en snowboard ?!

    Donc faut savoir qu’avec ma pathologie, j’ai avant tous des déficits moteurs dans les jambes, mais j’ai aussi des atteintes aux bras et notamment mes triceps qui sont très faibles. Et là avec le snowboard, j’en avais besoin pour me relever, parce qu’en snow on a toujours le cul dans la neige dès qu’on s’arrête et donc pour se relever il faut soit avoir des jambes très solides, ce qui n’est pas mon cas, soit se propulser avec le bras, et donc mes triceps ont été mis à contribution, avec mes épaules, ce qui a été très bénéfiques ensuite pour ma pratique du badminton que ce soit le bras droit ou le bras gauche qui sert à s’équilibrer.

    Donc vraiment physiquement, j’ai beaucoup gagné en force et en endurance que ce soit dans les jambes, les bras et le tronc et ça ça a été un atout indéniable, déjà pour ma vie quotidienne parce que tout est plus simple pour les transferts etc. et pour le badminton, j’étais vraiment super affutée quand je suis revenue à l’entraînement, malgré les craintes évidentes de mon staff après plus de 2 mois sans jouer. Evidemment il a fallut rebosser l’explosivité parce que c’est quelque chose que j’avais beaucoup perdu du coup, mais c’est assez vite revenu dans l’ordre.

    Ensuite, sur l’aspect psychologique, indéniablement c’est sûrement ce qui a été le plus remarquable. Comme je vous le disais, quand je suis partie j’étais très fatiguée, j’étais pas bien mentalement. J’en parlais aussi dans l’épisode 21 juste avant celui ci, quand on évoquait la santé mentale, j’ai beaucoup de challenges à ce niveau là avec des périodes où j’ai vraiment des pensées très noires et une fatigue intense de tout ce que demande la vie. Et là pendant 2 mois dans cet environnement, avec ma meilleure amie, avec un rythme de vie avec très peu si ce n’est aucune contrainte, à découvrir et faire un autre sport, autre chose, en extérieur, ça m’a vraiment rafraichi le cerveau. J’ai libéré toute la pression qui s’était accumulé depuis les jeux, toute la fatigue ancrée qu’au final je n’avais pas vraiment eu l’opportunité d’évacuer. Et il n’y a absolument rien de mieux que de pouvoir repartir à la routine quotidienne d’entraînement en vue de performance que quand tu es tout frais, bien disposée à repartir à l’attaque, avec une envie de vivre et de jouer qui sont au maximum.

    Donc quand je suis revenue, ben j’étais tout simplement dans les meilleures dispositions pour performer.

    Et puis, il y a enfin eu l‘aspect mental. Ca c’est au cœur de la performance sportive, pour moi le mental fait vraiment 80% d’un résultat. Et là j’ai pu découvrir un monde mental que je ne soupçonnais pas. Parce que sur cet aspect aussi le badminton et le snowboard sont 2 mondes à part.

    Des ressources mentales insoupçonnées

    En badminton, c’est un combat contre un adversaire, on doit gagner plus de set que l’autre. C’est un combat qui est long, enfin, par rapport au tennis non mais ça reste en moyenne 30 à 45 minutes de concentration nécessaire, mais avec des pauses, si tu fais une erreur et que tu perds un point, c’est pas grave, y’en a encore 21 à gagner et même parfois, tu perds plus de point que ton adversaire et tu gagnes quand même ! Alors il y a aussi une petite partie de combat contre soi-même, comme dans tout sport. Mais globalement on est sur un sport d’opposition, avec des hauts et des bas pendant ces 30-45 minutes, des prises de risques possibles mais jamais fatales.

    Et à l’inverse, le snowboard c’est avant tout un combat contre toi même et surtout contre la piste. Un sport où la moindre erreur peut être fatale. Si tu loupes une portes : t’es éliminé. C’est une concentration extrême pendant environ 2 minutes, où tu ne peux pas te laisser aller à penser à des choses annexes, à manquer de concentration sur ce que tu fais. Parce que simplement tu n’as pas le droit à l’erreur !

    Soit parce que le chrono ne te le pardonnera pas, soit parce que la piste ne te le pardonnera pas et quand tu sors, c’est fini.

    Et là on voit bien qu’on est dans un tout autre monde mental que le badminton.

    Il faut constamment avoir parfaitement conscience de son niveau technique, physique et tactique sur la piste, pour faire les bons choix au bon moment, sans droit à l’erreur. C’est une pression constante dès l’instant où tu passes le portique de départ et jusqu’à franchir les 2 piquets de l’arrivée. Et ça, ça demande énormément, même si l’effort est beaucoup plus court que sur un match de bad. Et du coup, ça m’a ouvert vraiment un autre aspect de la préparation mentale et de l’aspect mental une fois sur le court. Même si ce pan de la performance était déjà mon point fort, je suis vraiment revenue avec encore plus de ressources à ce niveau. Et pour le coup, autant je savais que le snow allait me faire du bien physiquement et psychologiquement, mais je ne m’attendais absolument pas à avoir encore un tel espace de progrès sur le mental !

    Donc loin d’avoir été simplement 2 mois off ou 2 mois de vacances, cette pause inattendue en parasnowboard m’a en fait apporté énormément pour le badminton à tous les plans, et d’ailleurs ça s’est assez vite concrétisé parce que non seulement j’étais bien à l’entraînement, mais j’ai aussi fait une médaille d’argent à la 1ere compétition sur laquelle je suis sortie en 2025 et pour moi ce n’est pas annodin.

    Quelle suite pour le snowboard et le badminton ?

    Alors où ça nous mène tout ça ? Est ce que je vais partir dans un double projet été hiver avec le badminton et le snowboard tous les 2 ans aux Jeux ?

    Pour le moment, c’est assez flou de mon coté pour plusieurs raisons, déjà avant d’avoir passé une classification internationale en parasnowboard, on ne peut pas savoir si je suis éligible officiellement pour les compétitions qui comptent pour les Jeux et les Coupes du Monde. Donc tant que je n’ai pas passé la classification internationale, c’est difficile de pouvoir s’y projeter.

    Ensuite un double projet ça demande beaucoup de ressources, que ce soit financières mais aussi physique, psychologiques, mentales. Ca demande beaucoup d’organisation et donc énormément d’énergie pour gérer tout cela. Et c’est déjà énorme quand on ne fait qu’un seul sport, j’en parlais dans l’épisode 4, mais quand on en fait 2 c’est encore plus, et sûrement plus que 2 fois plus parce qu’il faut gérer et imbriquer toutes les contraintes de l’un et de l’autre, avec les calendriers, les déplacements etc.

    Il faut aussi avoir un staff qui soit pleinement convaincu et engagé dans le double projet, et pas que ce soit un combat les uns contre les autres. Et ça comme je l’évoquais très rapidemment dans l’épisode précédent, c’est encore un peu compliqué en France d’avoir des doubles projets été-hiver bien développés à cause des croyantes limitantes qui existent sur le sujet et un peu cette idée de « si tu fais du snow ça veut dire que tu fais pas de badminton pendant ce temps et ça peut pas marcher » et inversement.

    Alors moi je suis persuadée que ça peut fonctionner, je sais d’ailleurs que ça fonctionne, parce que c’est déjà le cas pour certains athlètes, notamment chez les para mais ça s’est déjà aussi vu chez les valides. Et l’expérience que je viens de vivre cet hiver, et les bienfaits énormes que ça a eu à mon retour me prouvent qu’il y a bien quelque chose à faire de ce coté là.

    Malgré tout, aujourd’hui, ma priorité est vraiment sur le badminton, c’est mon objectif n°1, la médaille d’or à Los Angeles et remporter l’or dans toutes les grandes compétitions à savoir championnats d’Europe et championnats du Monde.

    Par contre, je sais que je ne pourrai pas faire de badminton toute ma vie parce que malheureusement avec ma pathologie, j’ai des atteintes aux bras et notamment aux doigts qui sont de plus en plus importantes, et le badminton c’est pour le coup un sport qui nécessite une vraie force et de la dextérité. Donc je sais qu’il arrivera un moment où le parabadminton ne sera plus possible. Et il est vrai que je songe vraiment au parasnowboard comme reconversion, parce que même si les bras sont importants pour les départs et pour l’équilibre, les doigts restent un enjeux un peu moins importants qu’au bad.

    Donc aujourd’hui, je prépare vraiment tranquillement cette future reconversion, je réfléchis à comme je le disais, passer cette fameuse classification internationale pour déjà être fixée la dessus. Je vais continuer à m’entraîner de temps à autre sur neige, même si d’ici Los Angeles je ne ferai pas de saison complète à la montagne. Parce que j’ai aussi une promesse à respecter, que j’ai faite à ma meilleure amie qui m’a accueillie cet hiver, qui m’a soutenu dans le choix de me lancer dans le parasnowboard national, et qui m’a dit avant de quitter ce monde, de toujours faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et pas pour faire plaisir à ceux qui croient mieux savoir ce qui est bon pour ma vie.

  • 21.Santé mentale et sport de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour à tous, alors les plus fidèles ont remarqué mon absence sur le podcast depuis la fin du printemps, pour ceux qui me découvrent je vous souhaite la bienvenue, je poste habituellement des épisodes tous les 1er et 3e jeudi du mois et ici on parle sport de haut niveau paralympique au sens large donc si vous êtes passionnés de sport, curieux d’en savoir plus sur les dessous des podiums internationaux, ou si vous voulez en savoir plus sur le handicap et comment il impacte le quotidien vous êtes au bon endroit et vous avez une vingtaine d’épisodes à rattraper !

    La santé mentale dans le sport de haut niveau : un sujet encore tabou

    Aujourd’hui on va aborder un sujet qui est encore très tabou et encore plus dans le sport de haut niveau, c’est le sujet de la santé mentale. Donc ça va pas être un épisode tuto pour vous conseiller d’aller chez le psy, ce que je vais détailler aujourd’hui va être à l’image de tout ce que je raconte sur Journal d’une parabadiste, assez pédagogique, en expliquant en quoi ce pan de la performance est crucial dans nos carrières, en faisant un état des lieux dans les systèmes mis en place actuellement et partir d’exemples concrets pour illustrer comment une sportive de haut niveau comme moi prends en compte cela. Donc encore une fois, un épisode qui va parler au plus grand monde pour peu que le sport de haut niveau et/ou professionnel vous intéresse !

    Pour ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute vu passer la nouvelle, j’ai perdue ma meilleure amie au mois de juin. Elle a mis fin à ses jours et si cet épisode n’est pas là pour vous raconter son histoire, ça reste le sujet le plus d’actualité pour reprendre mon podcast après des semaines difficiles. En plus, Lorraine était sportive de haut niveau comme moi et lors du dernier sondage que j’avais mis sur Instagram pour savoir quels sujets vous intéresseraient, elle avait soumis cette proposition de parler de la santé mentale dans le sport de haut niveau parce que c’est vraiment un sujet qui nécessite beaucoup de lumière et d’en parler sans tabou, sans contrainte, sans limite.

    Vivre avec des fragilités psychique

    Personnellement, j’ai toujours eu des challenge à ce niveau là depuis l’adolescence. Il faut dire que c’est déjà vraiment pas facile d’être autiste dans une société de neurotypiques — pour ceux qui veulent en savoir plus spécifiquement sur ce sujet vous pouvez écouter l’épisode 5 sorti l’année dernière — et pour le coup encore plus quand tu n’as pas encore de diagnostic. J’ai eu beaucoup de période avec ce qu’on appelle des idées suicidaires passives, c’est à dire pas de vouloir spécialement mettre fin à ses jours mais de se dire « bon si j’ai un accident de voiture demain et que je meurs, c’est pas très grave » ou alors avoir envie de s’endormir le soir et de ne pas se réveiller le lendemain matin.

    Et jusque là, les différents métiers et loisirs que j’ai pu faire m’aidaient vraiment à sortir la tête de l’eau, parce que j’ai eu le privilège jusque là de ne faire que des choses qui étaient des vraies passions pour moi, et qui faisaient office de soupape de décompression, en permettant peut-être aussi de se sentir un peu moins seul, un peu plus dans la société.

    Aujourd’hui, la situation est très différente, parce que mon activité sportive oui je l’aime plus que tout, mais on parle d’une activité de très haut niveau où littéralement mon job c’est d’être la meilleure au monde dans mon domaine. Et c’est là où les choses se compliquent quand la santé mentale est à la traîne, parce que pour schématiser et faire très simple, pour être le meilleur dans son domaine, il faut que toutes les planètes soient alignées, que ton quotidien soit parfaitement huilé, que tu aies le meilleur environnement possible et que ta santé soit au top et ce au sens général : santé physique (pas de blessures, pas de douleurs…) et santé mentale.

    C’est super difficile de performer quand au quotidien, tu as des idées noires, ou que tu es épuisée, parce que d’une part —et ceux qui sont touchés par la depression ou l’anxiété le savent— la motivation en prend un coup ; c’est à dire que ça devient très difficile physiquement de faire des choses donc se lever le matin, prendre soin de soi, aller au travail ou dans ce cas à l’entraînement.

    Donc il n’y a plus d’efficacité, quand un sportif de haut niveau est touché au niveau de sa santé mentale, fatalement son entraînement est directement impacté parce que jouer pour jouer quand tu n’as pas la motivation ultime, c’est peut-être suffisant pour jouer en loisir mais ça ne peut pas l’être quand tu dois être le meilleur du monde.

    Et aussi il y a une notion de plaisir qui est impacté, c’est une des choses qui s’échappe souvent très rapidement dans ces conditions, c’est que non seulement tu n’as pas la motivation mais en plus tu n’as pas de plaisir à faire ce que tu fais. Et alors là ça devient encore pire puisque c’est une boucle sans fin qui s’entretient, pas de motivation pour aller s’entrainer, donc c’est dur, et une fois que tu y es tu n’y as aucun goût, donc tu as encore moins de motivation pour y retourner la fois suivante.

    Un problème universel mais amplifié par le haut niveau, quand performer est ton métier.

    Alors bien sûr, j’ai évidemment conscience que ce souci touche absolument toutes les franges de la population, quel que soit son métier, et sans nier le vécu de monsieur et madame tout le monde évidemment, cela reste une problématique particulièrement difficile à gérer quand on est dans cette situation où la performance est ton métier. Où tes revenus dépendent directement de tes résultats. Où il est très difficile de s’arrêter parce que pendant que tu t’arrêtes, les autres continuent et ça devient vite difficile de se dire que toi tu es à l’arrêt alors que les autres non.

    Mais à l’inverse, c’est aussi quelque chose qui faut que les gens aient à l’esprit : ce n’est pas parce qu’on fait le métier de ses rêves, que notre quotidien c’est de faire du sport, que cela veut dire que l’on ne peut pas être touché par la depression, le burn out, l’anxiété etc. Et c’est souvent un peu une double peine, parce que les gens ont très souvent à l’esprit que ces difficultés mentales touchent uniquement les gens qui ont un métier difficile et peu plaisant, ou qui ont des difficultés financières.

    Alors que pas du tout, je le répète mais c’est très important, toutes les personnes qui vous cotoyez au quotidien ou que vous voyez à la télé peuvent être touchées par ces maladies et ces troubles et c’est important de justement ne pas invalider le vécu de ces personnes. Car cela ajoute de la culpabilité aux concernés qui vont ensuite avoir beaucoup plus de mal à prendre les bonnes mesures pour se soigner et pouvoir s’en sortir.

    Alors partant de ce constat : qu’est ce qu’on fait ?

    Qu’est ce qui est aujourd’hui mis en place dans le sport de haut niveau français au niveau de ces situations ?

    Alors déjà il faut savoir qu’on a un suivi médical assez rapproché quand on a ce statut sur liste ministérielle, il y a un cadre légal qui nous oblige tous les ans à faire ce qu’on appelle la Surveillance Médicale Règlementaire. Donc c’est un point avec un médecin du sport pour justement savoir si l’athlète va bien, et sur tous les plans que ce soit physique, psychologique et diététique. Donc il y a un bilan psychologique dans cette SMR, et il y a aussi le fameux questionnaire de surentrainement qui permet de déceler des signes que l’athlètes est en surchauffe parce qu’il s’entraîne trop, ce qui souvent se manifeste par des impacts psychologique mais aussi derrière un aussi un impact physique.

    On peut aussi éventuellement doser le cortisole dans le sang, qui peut donner un indice sur le surentraînement.

    Donc on a vraiment 2 pans de la santé mentale qui sont surveillés, d’une part la santé psychologique de l’athlète, et aussi s’il n’est pas en état de surentraînement.

    Alors évidemment, ce n’est pas une solution miraculeuse pour prévenir les états de détresse, parce qu’il est très facile de mentir et d’orienter ses résponses que ce soit lors d’un bilan psy ou sur le questionnaire de surentraînement. C’est aussi pour ça que c’est important de parler de la santé mentale pour que les athlètes se rendent compte que c’est quelque chose d’important, qu’il ne faut pas négliger, que ce n’est pas honteux d’avoir besoin d’aide sur ce plan à certains moment, ou même de manière continue au fil de sa carrière.

    Et c’est quand même quelque chose qui est sur la bonne voie parce qu’aujourd’hui c’est un sujet qui est de moins en moins tabou et de mieux en mieux pris en compte par les athlètes, mais aussi par tous les systèmes qui les entourent à savoir les staff et les fédérations.

    Il y a quelques années, aucun athlète n’allait voir de psychologue, ou alors le peu qui y allaient n’en parlaient pas, par peur d’être traité de faible, d’être vu comme un athlète sur qui on ne peut pas compter, qui ne peut pas supporter les exigences du haut niveau etc. Aujourd’hui c’est quand même de plus en plus répandu, que ce soit de la volonté des athlètes eux-même, ou alors et c’est ça qui est le plus important, une prise en compte au sein même des systèmes de performance à savoir les staffs encadrant le haut niveau au sein des fédérations, des structures de performance comme l’INSEP, les CREPS, les pôles France etc.

    La mention du psychologue et/ou du psychiatre est très souvent présente dans ce qu’on appelle le PPI — le plan de performance individuelle. En gros c’est un document qui est rempli par chaque athlète avec son coach et le responsable performance de la fédération de son sport, pour cadrer les objectifs sportifs, que ce soit qualitativement comme ce qui se passe concrètement sur le terrain en termes de tactique, technique, mental etc. mais aussi en terme de résultats concret comme les médailles sur les compétitions majeures, compétitions mineures etc.

    Et sur ce document on retrouve tout le staff qui encadre l’athlète, du coach au préparateur physique en passant par le kiné, le médecin du sport et donc aussi le psychologue et le psychiatre.

    Et ça à mes yeux c’est un signe assez fort de la volonté de prendre en compte la santé mentale de manière systémique et que ça devienne quelque chose de totalement banale dans le quotidien et l’environnement du sportif de haut niveau français.

    De la même manière, la préparation mentale en elle même donc qui est un travail un peu différent de la psychologie mais complémentaire, est aujourd’hui vraiment au cœur de l’entraînement de tous les athlètes parce qu’on prend vraiment conscience de l’importance de cet aspect mental, ce qui n’était pas du tout le cas il y a encore quelques années.

    Alors après, ce qui est sur le papier c’est bien, mais ce qui est important c’est ce qui se passe concrètement. Dans la réalité, si ton coach préfère te voir à l’entraînement coute que coute plutôt que de te laisser le temps de soigner une phase difficile mentalement, si ta fédération met des sanctions explicites ou implicites aux athlètes qui vont louper tel stage ou telle compétition dans ce contexte etc. c’est sûr qu’avoir le nom du psy dans le PPI ne sert pas à grand chose.

    C’est comme pour tout, c’est avant tout ton environnement qui va conditionner ton bien être à ce sujet, et surtout la façon dont tu vas pouvoir te soigner ou non quand tu en as besoin, mais surtout de mettre en place les choses qui te permettent de ne pas tomber dans ces difficultés au niveau de la santé mentale. Parce que soigner un burn out, une dépression, c’est très difficile, et c’est beaucoup plus facile de mettre en place le maximum de choses en amont pour ne pas se retrouver dans ces situations plutôt que d’e’être un jour la tête sous l’eau et de galérer à remonter.

    Qu’est ce qui peut être mis en place concrètement d’un point de vue du sportif ?

    Déjà à mes yeux le plus important c’est le staff qui t’entoure directement. Donc avant tout ton coach, ou tes coachs si tu en as plusieurs, et ensuite ton préparateur physique, ton préparateur mental. Si ces personnes qui interviennent directement sur l’aspect sportif n’ont pas la bonne approche sur la santé mentale, qu’ils sont dans le fameux « on fait toujours comme on fait tout le temps », et que le bien être mental et emotionnel de l’athlète passe pour eux après la performance technique et physique, c’est le meilleur moyen de filer droit au burn out ou à la dépression quand toutes les planètes ne seront plus alignées.

    Ensuite, avoir un staff médical en qui tu peux avoir à 200% confiance et qui est un vrai allié. Et je sais que ce n’est pas toujours facile à trouver, surtout dans la situation actuelle en France avec une pénurie de professionnels de santé, mais avoir un kiné à qui tu peux parler librement de tous les sujets, un psychologue qui pourra faire le lien avec ton staff sportif, un médecin qui sera prêt à déceler les drapeaux rouges et évoquer le sujet avec toi c’est une des clés pour être vraiment dans un environnement sain de A à Z.

    Plus que tout, l’important est de se connaître soi-même, de s’écouter, et de parfois devoir se défendre soi-même pour bien faire comprendre ses besoins, ses limites, et imposer les mesures nécessaires à sa propre performance. Et ça c’est pas une mince affaire, car c’est quelque chose qui prend du temps.

    Par exemples, savoir ce qui est le mieux en terme de rythme et de fréquence d’entraînement, pour allier la performance à la récupération. Moi par exemple, 2 semaines avant chaque compétition, j’ai 1 semaine de repos complet. Ca va paraître fou pour beaucoup de sportifs de haut niveau, et ça n’a pas forcément été simple à imposer dans mon calendrier sportif, mais j’ai absolument besoin de cette pause et de ce repos avant les compétitions pour avoir toutes les ressources mentales pour faire face à 10 jours loin de chez moi. C’est très lié à mon autisme, et encore une fois j’en parle en détail dans l’épisode 5 pour les curieux, mais je sais que je ne suis pas la seule athlète au monde à qui ça apporterait un bénéfice.

    Il faut aussi connaître ses drapeaux rouges qui annoncent des périodes plus compliqués et savoir quelles sont les clés pour désamorcer la situation. Est ce que dans ces moments, tu vas avoir besoin de repos ou de continuer de t’entraîner avec un rythme différent, ou est ce que c’est plutôt le contenu des entraînements qui est à aménager avec des axes de travail sur tes points forts pendant plusieurs jours pour reprendre du plaisir et de le confiance ?

    Quel planning de vacances ? Parce que oui, on a aussi des vacances et de moment complètement off du sport, où on fait totalement autre chose mais pour certains athlètes, avoir trop de vacances c’est très compliqué à vivre psychologiquement parce qu’ils ont ce besoin d’avoir la sensation de s’entraîner plus que les autres, d’autres vont avoir justement le besoin absolu de couper de temps en temps. La plupart des athlètes coupent vraiment après les Jeux Olympiques et Paralympiques et prennent une vraie pause, mais par exemple Michael Phelps lui il rattaquait direct sur l’entraînement intensif.

    Et puis il y a quelque chose auquel on pense pas mais quel rythme de vie, tout simplement ! C’est pas le plus commun mais il y a certains athlètes de haut niveau qui volontairement ont une activité professionnelle à coté de leur sport, car ils ont besoin de faire d’autres chose au quotidien et ne pas être constamment focalisé sur la perf sportive. Et ça, c’est tout aussi important pour ces profils de passer du temps au travail ou dans les études chaque semaine et si on les forçait à ne faire que du sport, ils performeraient moins et finiraient en burn out.

    Pour certains athlètes, et c’est pas encore très répandu en France notamment à cause des croyances limitantes sur la performance, mais ça va être un projet été et un projet hiver. Donc un sport présent aux Jeux d’été comme l’athlé, le tennis ou autre, et un sport d’hiver comme le ski ou le snowboard.

    Mais on en revient au point précédant, pour pouvoir mettre tout ça en place, il faut avoir un staff qui l’accepte et n’y met pas d’objection.

    Les réalités chez les jeunes sportifs

    Et ça c’est le gros soucis dans le sport de haut niveau chez les enfants. Parce que là tout ce dont je vous parle, c’est un peu un idéal quand on a les moyens de pouvoir faire ses propres choix et de mettre en place ce dont on a besoin. Malheureusement, ce n’est pas le cas de manière générale chez les enfants qui n’ont pas énormément de choix que d’aller dans les pôles espoirs, pôle France, avec un staff en place, et qui sont parfois et même assez souvent confrontés à la violence systémique liée aux idéaux de performance hérités de la guerre froide et encore bien ancrés dans les mentalités.

    Alors je vais pas m’étaler sur le sujet tout simplement parce que Arte a sorti un reportage incroyable sur le sujet, il est disponible en libre accès sur Youtube, il s’appelle « futurs champions : le prix de la gloire » et je conseille vraiment à tout le monde d’aller le regarder pour comprendre ce qui se passe dans le système de formation des futurs top athlètes. Ce reportage n’aborde pas les violences sexistes et sexuelle, et ça aussi c’est un sujet crucial dans les enjeux de santé mentale dans le sport. Je pense qu’il mériterait d’ailleurs un épisode à part entière et pas quelques mots à la fin d’un autre, donc j’en reparlerai plus tard sur le podcast.

    Et puis bien sûr, on peut absolument optimiser tout son quotidien, son environnement, son staff et quand même être sujet aux difficultés de santé mentale parce que ce sont des troubles multi factoriel, là j’ai juste fait un petit aperçu de ce qui peut et doit être mis en place pour limiter les risque, savoir s’écouter et pouvoir réagir quand on se retrouve dans cette situation. Et surtout répéter qu’une fois encore ce sujet doit être mis sur la table, que les problèmes soient lié à sa structure d’entraînement, à son sport, ses résultats ou à quelconque autre facteur de sa vie. Ca n’a pas à être tabou, ça n’a pas à être caché, et plus on en parlera librement plus les autres athlètes moins à l’aise avec le sujet pourront s’ouvrir et envisager de l’accepter, d’en parler, d’aller voir quelqu’un.

  • 20.Une compétition internationale de parabadminton vécue de l’intérieur

    Ceci est une retranscription de l’épisode 20 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Le sport de haut niveau de l’intérieur

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 20 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je vous emmène avec moi sur ma première compétition de l’année pour que vous puissiez découvrir tout l’envers du décor : combien de temps ça dure, ce qu’on y fait, comment on gère les matchs et la récupération. Bref, le sport de haut niveau comme vous ne le voyez jamais.

    Un épisode rendu possible grâce à La Maison Bizienne

    Mais tout d’abord, cet épisode a été produit grâce à La Maison Bizienne, une chambre d’hôtes située à Guérande, cette magnifique cité médiévale où j’ai grandi. Si vous prévoyez des vacances pour découvrir la presqu’île, ses fameux marais salants et ses paysages aussi divers que sublimes, La Maison Bizienne est vraiment LE lieu pour votre hébergement. Un coin calme de la ville, à littéralement deux pas de l’intra-muros, avec un jardin bucolique, un spa… bref, tout ce qu’il faut pour passer un week-end ou des vacances de rêve. Le lien de réservation est dans la description de l’épisode, et maintenant je t’embarque avec moi à Dubaï pour cette compétition.

    Avant le départ : organiser une compétition internationale

    Avant même d’être sur le tournoi, il faut l’organiser. Première chose à savoir : la destination et surtout le décalage horaire. Cela influence le jour de départ, le temps passé sur place et donc le budget. Une destination comme Dubaï est assez facile : seulement deux heures de décalage horaire, six heures d’avion depuis Paris, donc un voyage pas trop lourd. Je pars la veille du premier entraînement officiel.

    Le premier entraînement officiel a généralement lieu la veille ou deux jours avant la compétition. On part donc très proche de la compétition, car l’hébergement est ce qui coûte le plus cher avec l’avion. Pour tout ce qui concerne le budget de saison et l’organisation globale, je vous invite à écouter les épisodes 4, 17 et 18 du podcast.

    Voyager quand on est sportive de haut niveau

    Une fois la date de départ fixée, je regarde précisément les horaires des avions, en essayant de voyager de nuit, car c’est comme ça que je récupère le mieux. Il faut aussi anticiper le trajet de chez moi jusqu’à Paris. Deux options : tout faire d’un coup ou couper le voyage en deux en dormant une nuit à Paris. J’ai la chance d’avoir de la famille en région parisienne, donc je privilégie souvent cette solution, surtout pour les voyages hors d’Europe.

    Ensuite, il y a la question financière : est-ce que je passe le billet sur ma société ou sur mon compte personnel, selon que le tournoi est financé par la fédération ou non. En parabadminton, nous avons la chance d’avoir une fédération qui nous apporte beaucoup de moyens. Cela demande néanmoins de la gestion et de l’anticipation, car gérer une carrière de haut niveau, c’est aussi gérer une véritable entreprise.

    Arrivée sur place et logistique du tournoi

    À l’arrivée, l’organisation du tournoi fournit des navettes pour rejoindre l’hôtel officiel. Parfois c’est très bien organisé, parfois beaucoup moins, avec de longues attentes à l’aéroport qui impactent la récupération et donc la performance. Dans ces cas-là, il arrive que l’on prenne un taxi par nous-mêmes.

    Avant de continuer, je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast et laisser un avis sur votre plateforme d’écoute. C’est grâce à ça que Journal d’une parabadiste peut toucher toujours plus de monde.

    La classification : un moment clé et stressant

    Ce tournoi était particulier pour moi, car je repassais la classification. La classification consiste à évaluer le handicap des athlètes afin de les répartir dans des classes pour que les compétitions soient équitables. En parabadminton, on ne fait pas jouer un amputé de la main contre un amputé de la jambe. Si vous voulez en savoir plus, j’en parle en détail dans les épisodes 14 et 15.

    J’ai demandé une réévaluation car mon handicap a évolué avec ma maladie neurodégénérative. La classification est un moment très stressant, car elle peut décider de la suite de votre carrière, voire de votre vie sportive. Une carrière paralympique peut s’arrêter sur un seul rendez-vous médical.

    Pour ma part, tout s’est bien passé et j’ai été reconnue en SL3, la classe des handicaps majeurs des jambes.

    Le tableau de compétition et le tirage au sort

    J’ai donc fait ma première apparition en tournoi international SL3 dans un tableau de huit joueuses, avec notamment les numéros 3, 4, 7 et 9 mondiales. Le tirage au sort a été assez avantageux, ce qui m’a permis de monter en niveau de jeu progressivement et de prendre mes repères sur le demi-terrain, spécifique à cette classification.

    Une journée type de match

    La veille, nous connaissons l’horaire approximatif de notre match. À partir de là, toute la journée est construite autour de cet horaire : réveil, repas, navette, échauffement, passage aux toilettes. Cela peut sembler anodin, mais pour de nombreuses personnes handicapées, la gestion de la vessie et des sphincters est un enjeu crucial, notamment en compétition.

    Nous sommes appelés en chambre d’appel environ quinze minutes avant le match, puis nous rejoignons le terrain avec les arbitres. Après quelques minutes d’échauffement, le match commence.

    Récupération, repos et gestion de l’énergie

    Après le match, je quitte rapidement la salle pour récupérer. Douche chaude, piscine si possible, étirements avec le kiné de l’équipe de France : tout est pensé pour gérer la spasticité et la fatigue. Les journées passent vite et le repos est une priorité.

    Il faut aussi gérer tout ce qui entoure le sport : réseaux sociaux, visuels, communication, newsletter. À Dubaï, l’écran de mon ordinateur s’est cassé pendant le vol, ce qui a rendu cette gestion encore plus compliquée. L’adaptation constante est une vraie clé quand on est à la fois sportive et cheffe d’entreprise.

    Résultats sportifs et fin de tournoi

    Je suis sortie première de poule, j’ai gagné contre la numéro 7 mondiale, atteint la finale et remporté une médaille d’argent. J’étais venue uniquement pour la classification et je repars avec un résultat sportif très satisfaisant, mais surtout avec un niveau de jeu au rendez-vous, ce qui reste l’essentiel.

    Conclusion

    Cette compétition à Dubaï m’a permis de vous montrer concrètement ce qu’est une compétition internationale de badminton vécue de l’intérieur : la préparation, la logistique, le stress, la récupération et l’adaptation permanente. Derrière chaque match, il y a une organisation millimétrée, beaucoup d’énergie dépensée et une passion immense pour le sport. J’espère que cet épisode vous aura permis de mieux comprendre les coulisses du sport de haut niveau paralympique.

  • 19.Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi d’être en fauteuil roulant (même si je ne suis pas entièrement paralysée)

    Ceci est une retranscription de l’épisode 19 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi le fauteuil roulant

    Passionné de sport, curieux d’en connaître la face cachée ? Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 19 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qu’on me pose beaucoup sur les réseaux sociaux, parfois de manière très courtoise, sincère et respectueuse, parfois avec beaucoup plus de haine et de jugement.

    Aujourd’hui, je vais donc apporter des éléments de réponse à cette grande question : pourquoi j’utilise un fauteuil roulant dans la vie de tous les jours alors que je joue debout sur un terrain de badminton ?

    La plupart du temps, c’est dans ce sens-là qu’on me pose la question, avec au mieux de l’étonnement, au pire de la suspicion quant à l’utilisation du fauteuil roulant. Rarement dans l’autre sens : « pourquoi tu joues debout alors que tu es en fauteuil ? »

    Cette différence est très significative de ce qu’on vit au quotidien quand on utilise un fauteuil roulant. Les gens vont très vite juger son utilisation dès l’instant où ils voient que tu peux te lever, et encore pire quand tu peux marcher. Je ne vous raconte même pas toutes les réflexions que je peux me prendre, moi qui peux courir.

    Ce n’est ni de la fainéantise, ni pour attirer l’attention, ni pour toucher de l’argent de l’État. Oui, ce sont vraiment des idées reçues encore très répandues. Et c’est précisément ce que nous allons déconstruire aujourd’hui.

    La grande idée reçue sur les utilisateurs de fauteuil roulant

    On estime qu’environ 80 % des utilisateurs de fauteuil roulant ne sont pas entièrement paralysés. Ils peuvent parfois se lever, et parfois même utiliser leurs jambes.

    Donc quand vous voyez quelqu’un en fauteuil se lever pour attraper un paquet de chips en haut d’un rayon au supermarché : c’est normal. Il n’y a ni fraude, ni triche, ni miracle. C’est simplement la réalité du handicap.

    Comprendre rapidement les différentes paralysies

    Sans entrer dans un cours d’anatomie, il faut savoir que la colonne vertébrale est composée de 33 vertèbres. En fonction de l’endroit où la moelle épinière est touchée, les conséquences sont très différentes.

    Une lésion haute peut entraîner une paralysie complète, y compris des muscles respiratoires. Une lésion basse peut provoquer uniquement des troubles sphinctériens. Plus la lésion est haute, plus les fonctions sont atteintes, et inversement.

    De plus, une lésion peut être totale ou partielle, ce qui laisse parfois la possibilité de récupérer certaines fonctions grâce à la rééducation.

    Et il n’y a pas que les accidents : de nombreuses pathologies, comme les paralysies cérébrales, les maladies neurologiques ou articulaires, peuvent rendre la marche possible sur de très courtes distances mais impossible dans la vie extérieure.

    Mon cas personnel et ma maladie

    Je suis atteinte de la maladie de Strumpell-Lorrain, aussi appelée paraplégie spastique héréditaire. C’est une maladie génétique, liée à un gène mal codé dans mon ADN.

    Elle provoque une atteinte des quatre membres. Concrètement, ma moelle épinière fonctionne de moins en moins, ce qui entraîne une perte de force et surtout une spasticité importante.

    La spasticité, ce sont des contractions involontaires des muscles, parfois douloureuses, mais qui peuvent aussi permettre de tenir debout ou de marcher malgré une faible force volontaire.

    Dans mon cas, certains muscles comme les quadriceps et les fessiers me permettent la verticalisation, tandis que d’autres compliquent la marche et la course.

    Pourquoi le badminton est compatible avec mon handicap

    Je peux jouer debout car je conserve encore une certaine force musculaire et de la spasticité utile. Le badminton est un sport explosif, avec de petits déplacements, compatibles avec mon état physique.

    En revanche, je ne pourrais pas pratiquer l’athlétisme ou la course de fond. Le badminton demande une énergie énorme et chaque déplacement me coûte énormément d’efforts.

    Pourquoi le fauteuil roulant est indispensable

    Après un match, je n’ai littéralement plus aucune force. La spasticité explose et marcher devient extrêmement difficile. Pendant longtemps, j’ai utilisé des béquilles, mais cela n’était plus suffisant.

    Après un tournoi très compliqué aux championnats du monde 2022 à Tokyo, j’ai pris la décision de passer au fauteuil roulant.

    Ce choix a été difficile à accepter, car le fauteuil est encore très stigmatisé. Pourtant, c’était la seule solution viable pour préserver mon autonomie et mes performances sportives.

    Fauteuil roulant vs béquilles : une réalité contre-intuitive

    Contrairement aux idées reçues, les béquilles sont parfois plus handicapantes qu’un fauteuil roulant. Porter des courses, un plateau, une valise est bien plus simple en fauteuil.

    Petit à petit, j’ai intégré le fauteuil dans mon quotidien. Mes performances sportives ont été améliorées car j’économisais mes forces en dehors du terrain.

    Une aide technique pour mieux vivre

    Avec l’évolution de ma maladie, j’ai fini par utiliser le fauteuil pour mes déplacements quotidiens. Ma vie est devenue plus facile, plus autonome, plus riche.

    J’ai pu reprendre des activités que j’avais abandonnées : transports en commun, balades avec mon chien, gestion de la maison.

    Ce fonctionnement concerne de nombreuses personnes, y compris des personnes amputées ou atteintes de maladies évolutives.

    Conclusion

    Avant de juger l’utilisation d’une aide technique, il faut comprendre la complexité du handicap invisible. Le fauteuil roulant n’est pas un échec, ni une triche, ni une fin.

    Pour moi, il est à la fois un outil d’autonomie au quotidien et un levier de performance sportive.

    Le choix des aides techniques est personnel, évolutif, et se fait en accord avec une équipe médicale.

    Sortir de rééducation avec un fauteuil roulant, ce n’est pas la fin d’une vie. C’est la fin d’une vie telle qu’on la connaissait, et le début d’une autre.

    Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

  • 16.Que se passe-t-il après les Jeux olympiques et paralympiques pour les athlètes ?

    Ceci est une retranscription de l’épisode 16 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Après les Jeux : une transition souvent méconnue

    C’est parti pour l’épisode du jour. Pour ceux qui me suivent assidûment, vous avez sans doute remarqué une longue pause depuis le dernier épisode. Et ça va être un peu le sujet du jour : comment se passe l’après Jeux pour les sportifs ? Qu’est-ce qui se passe après la cérémonie de clôture ? Comment on envisage la suite de notre vie après cette parenthèse enchantée pour laquelle on a tant travaillé pendant des mois ?

    Pour se remettre dans le contexte, à la fin de nos épreuves aux Jeux, tout ne s’arrête pas d’un coup. Et heureusement, parce que ce serait encore plus dur à gérer sans transition. À Paris, on avait l’opportunité de pouvoir célébrer nos médaillés au Club France. J’ai trouvé ça très important, car ça marque vraiment la fin de la compétition et le passage à une période de fête, potentiellement d’excès après des mois de rigueur.

    Ça apporte aussi une vraie cohésion avec l’équipe de France pour finir tout ça ensemble, car après, tout va très vite et on n’a pas forcément l’occasion de se dire au revoir.

    La cérémonie de clôture : pas toujours accessible à tous

    Ensuite, il y a la cérémonie de clôture. Mais déjà, beaucoup d’athlètes ne peuvent pas y aller parce qu’ils sont déjà repartis. D’autres, comme moi, n’ont tout simplement pas l’énergie. Les cérémonies sont extrêmement fatigantes : on passe beaucoup de temps à attendre, il y a beaucoup de bruit, d’interactions.

    Ce n’est pas toujours facile ni possible selon les handicaps et l’état de forme de chacun. À ce moment-là de la compétition, on est tout simplement lessivés. On vient de passer des mois, voire des années, à s’entraîner tous les jours, à faire de la préparation physique et mentale, puis la compétition avec la pression énorme que cela implique.

    Quand tout est fini, il est très fréquent que le corps et le mental décompensent d’un coup. Le contrecoup peut être assez dur à la fin de la quinzaine. La cérémonie de clôture n’est donc pas accessible à tout le monde.

    Retour à la vie normale : un choc pour beaucoup d’athlètes

    Quand on rentre chez nous, on passe d’une vie en collectivité, dans une bulle où tout est à disposition, à une vie « normale ». Beaucoup d’athlètes vivent très mal cette transition. C’est un choc de passer de tout à rien, d’être H24 avec ses frères d’armes sous le feu des projecteurs, puis de se retrouver seul chez soi.

    À titre personnel, ça n’a pas été difficile pour moi. Au contraire, c’était un soulagement de revenir au calme, à la campagne, avec mes routines, mon chien, mes chats, ma maison. Mais globalement, l’automne qui suit les Jeux peut être source de mal-être, et il est important de s’y préparer.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour faire connaître les dessous des carrières de haut niveau. Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire, et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Entre obligations médiatiques et sur-sollicitation

    Après les Jeux, on a beaucoup d’obligations. Il y a l’aspect médiatique, avec les journalistes qui sollicitent de partout. Il y a une énorme différence entre les médaillés et les autres. Certains passent sur France Télévisions ou Canal+, d’autres auront seulement un article local.

    Cela peut être difficile à vivre, surtout quand on repart sans médaille. En même temps, ceux qui sont sur-sollicités finissent par être épuisés. Chaque athlète a donc ses propres défis à la sortie des Jeux.

    Soirées, invitations et validisme

    On est invités à de nombreuses soirées, cocktails, conférences. Personnellement, j’ai subi cette période. Mais le validisme de notre société m’a permis de faire le tri sans culpabilité, car beaucoup d’événements dédiés aux athlètes paralympiques n’étaient tout simplement pas accessibles.

    S’il n’y a aucune volonté de m’accueillir avec mon handicap alors que c’est le cœur de l’événement, je n’y vais pas.

    Faire des choix pour préserver son énergie

    Il faut aussi choisir à quoi dire oui et à quoi dire non. J’ai choisi de répondre positivement à tous les partenaires qui m’ont soutenue avant les Jeux, et de décliner le reste. Sinon, c’est injouable.

    Repos, reprise et santé mentale

    Pendant un bon mois, voire un mois et demi, on participe à ces célébrations. On est en vacances du sport. J’en ai profité pour passer du temps avec Eugène, mon chien d’assistance, faire du cani-VTT et retravailler certaines tâches.

    La santé mentale est un enjeu majeur après les Jeux. Les phases de déprime, voire de dépression ou de burn-out, sont fréquentes. J’ai repris l’entraînement fin octobre, après deux mois de pause, et ça m’a fait énormément de bien.

    Nouvelle paralympiade, nouveaux défis

    Une carrière est rythmée par les Jeux tous les quatre ans. Après une olympiade, la question se pose : est-ce que je continue ? Si oui, c’est repartir pour quatre ans de sacrifices.

    Il y a aussi la question du financement. Beaucoup de contrats se sont arrêtés après Paris 2024. J’ai dû recontacter mes partenaires pour Los Angeles. Certains n’ont pas renouvelé, d’autres ont baissé leur budget. Je n’ai que de la reconnaissance pour tous les soutiens reçus.

    Changement de centre d’entraînement et adaptation

    Nouvelle paralympiade, nouveau centre d’entraînement. Je m’entraîne désormais au CREPS des Pays de la Loire à Nantes. C’est un cadre idéal, mais l’adaptation m’a demandé beaucoup d’énergie.

    En décembre, j’ai dû faire une pause, au bord de l’épuisement physique et mental. Direction la montagne et le snowboard. Mais ça, ce sera pour un autre épisode.

    Conclusion

    La gestion de l’après Jeux est une période cruciale. Entre l’adrénaline, l’épuisement, l’incertitude de l’avenir et les différences de traitement médiatique, cette transition doit être accompagnée. La santé mentale est un enjeu primordial dans le sport de haut niveau, et c’est elle qui conditionne le bon démarrage d’une nouvelle paralympiade.

  • 14.Classification paralympique : comment ça marche ? Plongée dans les secrets des jeux paralympiques

    Ceci est une retranscription de l’épisode 14 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Comprendre la classification en parasport

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode n°14 de mon podcast, Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau : la classification en parasport. Les Jeux Paralympiques ont permis de diffuser du sport à la télé et dans les stades, et beaucoup de gens qui n’étaient pas familiers avec le parasport se sont retrouvés un peu perdus face aux multiples épreuves dans un même sport.

    On va donc essayer d’apporter un peu d’éclairage pour comprendre les enjeux de la classification, comment elle est réalisée, et pourquoi on voit tel athlète affronter tel autre. Cet épisode sera divisé en deux parties, car le sujet est dense et je tiens à garder un format de 20 minutes maximum, comme vous l’aimez !

    La classification : de quoi parle-t-on ?

    La classification, c’est le processus qui vise à répartir les athlètes dans différentes classes en fonction de leur handicap et surtout de son impact sur la pratique sportive. C’est le point de départ de toute activité parasportive, car des classes équitables garantissent que la personne qui gagne est la meilleure, celle qui a le plus travaillé, le meilleur physique, la meilleure technique, le meilleur mental – et non celle qui a le handicap le moins important.

    Grâce à ces classes, quel que soit le handicap et sa sévérité, chacun a une chance de performer face à des athlètes ayant des impacts similaires sur leur pratique. La classification vise à garantir l’équité sportive – une notion essentielle : les processus recherchent l’équité et pas forcément l’égalité.

    Équité vs égalité

    L’équité consiste à s’assurer que deux concurrents ont les mêmes limitations dans leur pratique et partent avec les mêmes chances de réussite, quelle que soit la nature de leur handicap.

    En parabadminton (mon sport), par exemple, en classe SL4, une personne amputée tibiale peut jouer contre une personne ayant de la spasticité dans la jambe. Les handicaps sont différents, mais leurs répercussions sur le terrain sont équivalentes.

    Ce choix d’organisation permet aussi de constituer des groupes suffisamment grands pour organiser des compétitions viables. Si on classait uniquement par type de handicap, il n’y aurait souvent pas assez d’athlètes pour remplir un tableau.

    Des sports qui choisissent différemment

    Certains sports, comme l’athlétisme, utilisent des classes basées sur la nature du handicap pour garantir une équité maximale – notamment parce que, dans les sports chronométrés, tout se joue parfois au centième de seconde.

    Cependant, même dans ces cas, certaines classes sont regroupées en compétition lorsqu’il n’y a pas assez d’athlètes. On retient alors l’impact du handicap sur la performance pour maintenir une compétition équitable.

    Qui fixe les règles ?

    Il existe deux grandes catégories de sports : les sports paralympiques (présents aux Jeux) et les sports non paralympiques.

    Les sports non paralympiques

    Ils peuvent créer leurs propres règles de classification, ou même décider de ne pas classer les athlètes du tout. Certains mélangent même athlètes valides et athlètes en situation de handicap, comme le BaskIn.

    Les sports paralympiques

    Eux doivent répondre aux règles du Comité International Paralympique (CIP). Chaque athlète doit présenter un des 10 handicaps éligibles :

    • Puissance musculaire affaiblie
    • Amplitude de mouvement limitée
    • Déficience d’un membre
    • Différence de longueur des jambes
    • Petite taille
    • Hypertonie musculaire
    • Ataxie
    • Dystonie
    • Déficience visuelle
    • Déficience intellectuelle

    Les autres handicaps (douleur, hyperlaxité, troubles cardiovasculaires, autisme, surdité…) ne permettent pas de participer aux sports paralympiques.

    Chaque sport définit ensuite ses propres classes

    Tant que les critères respectent la liste des 10 handicaps éligibles, chaque Fédération internationale peut définir librement son système. Certains sports accueillent tous les types de handicaps (athlétisme), d’autres se concentrent sur un seul (le judo, uniquement pour les déficients visuels).

    Dans certains sports comme le paraski, il n’existe qu’un podium par grande catégorie (debout, assis, déficience visuelle), mais le chronomètre est ajusté selon la classe de chacun pour garder l’équité.

    Pourquoi c’est si complexe ?

    Le système paraît simple en théorie (assurer l’équité), mais chaque sport a ses propres règles et ses propres classes. Il est donc impossible de tout connaître ou retenir en un clin d’œil.

    Chaque sport possède son propre vocabulaire : WH1, SU5, SH6, SL4 en badminton ; T51, T64, F36 en athlétisme… Dans la plupart des sports, plus le chiffre est petit, plus le handicap est important.

    Classification et perceptions erronées

    Pendant les Jeux Paralympiques, de nombreuses incompréhensions sont nées. Le parasport reflète deux réalités :

    • Le handicap invisible existe.
    • Les conséquences d’un handicap sont souvent plus complexes qu’on ne l’imagine.

    Un exemple personnel

    Lors de mon premier match à Paris, diffusé sur France 2, j’ai reçu beaucoup de retours : « C’était injuste, tu jouais contre une fille handicapée du bras alors que toi c’est les jambes. »

    La joueuse indienne contre moi avait effectivement un bras amputé. Mais elle avait aussi une arthrodèse de la cheville, un handicap invisible mais bien réel, qui l’a rendue éligible en SL4, la même classe que moi.

    Ce match montre à quel point les handicaps invisibles sont souvent ignorés. Pourtant, la classification est pensée pour être équitable. Il n’y avait aucune raison qu’une athlète avec un handicap au bras joue contre une athlète avec un handicap aux jambes – cela serait inéquitable.

    Un exemple : Alexandre Léauté

    Alexandre Léauté, paracycliste multiple champion du monde et paralympique, a aussi fait l’objet de critiques. Il a une hémiplégie importante et concourt souvent face à des athlètes amputés d’une jambe. Certains grincheux ont rapidement conclu qu’il avait un avantage “parce qu’il a deux jambes”.

    Mais en réalité, il pousse à 90 % avec sa jambe gauche. Sa jambe droite ne contribue qu’à 10 %, mais doit quand même être irriguée : son cœur travaille pour deux jambes, contrairement à ses concurrents. Dans un sport où le cardio et la récupération sont essentiels, cela rétablit l’équité.

    En plus, son bras droit est touché, ce qui le handicape sur les départs, contrairement à ses adversaires qui ont deux bras valides.

    Conclusion : le handicap n’est jamais binaire.

    De même, beaucoup d’athlètes utilisant un fauteuil en compétition peuvent marcher chez eux. Cela ne signifie pas qu’ils trichent : la majorité des utilisateurs de fauteuil ont encore quelques capacités debout.

    Comment se déroule une classification ?

    Vous vous demandez sûrement comment on juge l’impact du handicap et comment on attribue une classe. Ce sera le sujet de la deuxième partie de cet épisode !

    Nous parlerons du processus de classification, des limites du système, des injustices possibles et des pistes d’amélioration pour le futur du parasport.

    Pour ne rien manquer, abonnez-vous et suivez-moi sur les réseaux sociaux : @parabadiste.podcast

    Conclusion

    La classification est un système essentiel pour garantir l’équité dans le parasport. Complexe, nuancé, parfois mal compris, il reflète avant tout la diversité et la richesse des parcours de chaque athlète. Comprendre ces mécanismes, c’est mieux apprécier les performances, éviter les jugements hâtifs, et reconnaître la valeur du travail accompli par les sportifs paralympiques.

    Rendez-vous dans deux semaines pour la suite !

  • 13.Les secrets d’une sportive de haut niveau pour devenir champion de France

    Ceci est une retranscription de l’épisode 13 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode.

    Une victoire fraîche : mon titre de championne de France

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 13 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, un épisode en lien avec mon actualité sportive toute fraîche puisque je viens de décrocher ce week-end le titre de championne de France de parabadminton en classe SL4-SU5.

    Alors c’était le moment de partager cette nouvelle, mais surtout de vous éclairer sur les dessous d’un titre sportif majeur : comment on arrive à cette performance, et qu’est-ce qu’on doit mettre en place pour maximiser les chances de pouvoir ajouter cette ligne à son palmarès quand on pratique un sport à bon niveau.

    C’est ma deuxième médaille d’or sur un championnat de France, et cette fois-ci elle a un goût encore plus particulier puisque nous étions regroupées avec la classe SU5. Le prochain épisode sera d’ailleurs consacré aux classifications, pour que vous puissiez mieux comprendre ces histoires de classes en parasport. Mais pour faire très simple : j’ai un handicap au niveau des jambes, et je jouais contre des filles qui ont un handicap au niveau du bras, tout simplement parce qu’il n’y avait pas assez de monde pour faire deux tableaux. Sur le papier, ça peut paraître un peu injuste — en soi ça l’est — mais il vaut mieux ça que de ne pas pouvoir jouer par manque de joueuses.

    Les idées reçues sur un titre majeur

    La plupart des gens s’imaginent que pour gagner un titre majeur, on s’entraîne, on joue et on repart (ou pas) avec une médaille. Dans la réalité, le chemin est un peu plus sinueux. Ce serait le rêve de tout sportif de pouvoir juste se concentrer à fond sur son sport et devenir le meilleur comme ça. Mais malheureusement, il y a beaucoup d’autres choses à faire et à organiser pour pouvoir grimper jusqu’au titre de champion de France et devenir, en quelque sorte, la meilleure personne du pays dans cette discipline.

    Généralement, un titre de champion de France commence tout bêtement par choisir un sport quand on est enfant. Aller tous les mercredis après-midi à l’entraînement, découvrir les règles, la technique, la tactique, faire des jeux autour de tout ça et commencer petit à petit ses premières compétitions.

    Découvrir la compétition jeune n’est pas obligatoire. Il y a mille façons de performer dans son sport. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas commencé à six ans qu’on ne pourra pas devenir le meilleur. Typiquement, j’ai commencé le badminton il y a trois ans, donc on voit bien qu’il existe des trajectoires atypiques. Mais malgré tout, la performance vient avec la répétition et le nombre d’heures de pratique. Plus on commence tôt, plus on emmagasine d’expérience, et potentiellement plus on peut faire partie des meilleurs.

    Si j’ai pu atteindre ce niveau en seulement trois ans de badminton, c’est aussi parce que j’avais derrière moi dix ans de tennis en compétition, sept ans de sport-étude, et toutes les exigences que cela implique. Même si ce n’était pas le même sport, j’avais déjà un gros bagage.

    Les champions que vous voyez aujourd’hui ont dédié toute leur vie à leur discipline : cela ne vient pas en un claquement de doigts.

    Le travail dans l’ombre

    Ceux qui réussissent le plus sont souvent ceux qui travaillent le plus dans l’ombre : les footballeurs qui restent après l’entraînement pour tirer des coups francs, les joueurs de tennis qui prennent des seaux de balles pour pratiquer leur service seuls. Chaque sportif qui n’attend pas qu’on le pousse pour se donner à 300 % et finir totalement rassasié à la fin de chaque séance.

    Si tu veux devenir le meilleur, il faut travailler plus que les autres — et aussi plus intelligemment.

    La préparation physique : le socle de la performance

    À côté de la pratique de son sport en tant que tel, il y a tout le volet préparation physique. C’est extrêmement important, non seulement pour performer mais aussi pour éviter les blessures.

    Selon les moments, cela peut représenter plusieurs séances par semaine :

    • en salle, avec musculation, gainage, exercices ciblés ;
    • du cardio : running, vélo, natation ;
    • du travail d’explosivité, de proprioception, de jeu de jambes et de motricité pour servir la technique sur le terrain.

    La préparation mentale : longtemps sous-estimée

    La préparation mentale a longtemps été sous-estimée, parfois même méprisée. On entendait encore récemment des idées reçues comme : « Faire de la prépa mentale, c’est être faible. » Heureusement, aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le résultat passe autant par la performance technique, physique que mentale.

    Tu peux être le meilleur du monde techniquement : si tu n’es pas bien mentalement, tu n’iras pas loin.

    La prépa mentale est un élément clé du quotidien d’un sportif, mais pas toujours simple à mettre en place. Il faut trouver la bonne approche, la bonne personne, un préparateur qui te comprend. C’est parfois l’étape la plus longue.

    Le coût d’une carrière sportive

    Comme je le disais au début, il n’y a pas que la pratique pure. Une carrière sportive de haut niveau coûte cher. À moins de gagner au loto, il faut prévoir tout un tas de choses pour pouvoir s’entraîner suffisamment, avoir le bon matériel, un coach et participer aux compétitions.

    Un sportif qui veut financer sa carrière doit avoir des sponsors. Et pour avoir des sponsors, il faut exister aux yeux du monde. Aujourd’hui, cela passe par les réseaux sociaux.

    Les réseaux sociaux : une activité à part entière

    Pour espérer convaincre un partenaire, il faut publier du contenu : vidéos, shootings photo, publications régulières, storytelling, actus, réponses aux commentaires. Tout cela prend du temps, nécessite de l’organisation, une vraie vision.

    Les médias : indispensables pour émerger

    Quand on fait un sport de niche, personne ne va parler de nous « sans notre consentement » comme pour le foot. Pour faire connaître notre sport, nos résultats, nos objectifs, il faut aller vers les journalistes, les rencontrer, les démarcher, leur proposer notre projet. On peut envoyer des dizaines de dossiers pour seulement quelques retours.

    Mais c’est un levier majeur pour exister.

    La recherche de sponsors : entre patience et stratégie

    Construire son image et exister aux yeux du monde permet ensuite d’aller démarcher des entreprises pour financer son championnat de France et sa carrière. Et on n’a toujours pas joué le moindre point que tout ce travail en amont a déjà été colossal.

    La recherche de sponsors peut aller vite ou être très longue. Le bouche-à-oreille reste un levier important. Mais dans tous les cas, il faut parler de son projet partout : en direct, sur les réseaux, par mails, relances, posts, rencontres, discussions, même les pistes qui semblent fantaisistes.

    Au bout de tout cela viennent les rendez-vous qui finalisent les partenariats. Et on peut alors partir sur le championnat de France en étant serein financièrement, avec un membre de plus dans l’équipe. Parce que, comme on dit, seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin.

    L’entrée dans la compétition : les choix stratégiques

    Après tout cela vient enfin le concret : la compétition. Là aussi, des choix s’imposent : voiture, train, avion ? Chacun a des avantages et des inconvénients, et ces décisions ont un impact sur la performance.

    Une fois sur place, l’objectif est clair : donner le meilleur de son jeu. Le fruit de tout le travail — technique, physique, mental, cognitif — peut alors payer… ou non.

    Il n’existe pas une seule recette pour devenir champion. Chacun a sa méthode, son fonctionnement, son équilibre entre points forts, points faibles, nutrition, sommeil, plaisir, contraintes, vie personnelle. On reste des humains, pas des robots.

    Après la médaille : encore du travail

    Une fois la médaille obtenue, ce n’est pas fini : il faut communiquer. Faire un récap, une newsletter, une vidéo, un post sur chaque réseau, raconter son histoire aux journalistes.

    On pourrait penser que cela freine la performance : oui, c’est une charge énorme de travail. Mais une carrière sportive se construit sur le long terme. Sans solidité financière, pas de vision, pas de carrière.

    Les clés de la réussite

    Pour les jeunes qui veulent performer, comme pour les plus âgés qui se lancent dans un sport de niche (et même au-delà du sport), voici ce que je retiens :

    • S’imposer une discipline et ne pas attendre qu’on nous pousse : le travail de l’ombre finit toujours par payer.
    • Repérer les facteurs de performance et les adapter à son propre profil.
    • Construire sa présence et son image même dans les périodes calmes, sans attendre les grandes échéances.
    • S’entourer de partenaires sur le long terme pour bâtir un système solide et avoir une vision à moyen terme.

    Conclusion

    Un titre de championne de France ne se résume jamais à un week-end de compétition. Il est le résultat de mois — parfois d’années — d’efforts, d’organisation, de travail invisible, de remis

  • 07.Sportifs valides et paralympiques, la vraie relation

    Ceci est une retranscription de l’épisode 7 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous on se retrouve pour l’épisode 7 avec aujourd’hui une question que l’on m’a posé sur Spotify : en tant qu’athlète paralympique, quelle relation a t-on avec les athlètes valides ?

    Je suis vraiment super contente qu’on m’ait posé cette question parce que déjà, le but de mon podcast c’est de pouvoir répondre aux interrogations des gens, de mettre en lumière la face cachée du sport de haut niveau, du handicap, du parasport et donc répondre aux questions que vous vous posez je trouve que c’est encore plus pertinent que d’aborder les sujets que moi j’imagine adéquats. Et aussi, la relation que l’on a avec les athlètes valides, c’est une question que je m’étais jamais vraiment posée ! Du coup, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet épisode, à réfléchir à la question et à avoir un regard tout neuf sur ce sujet.

    Donc vraiment je vous invite et je vous incite à me poser vos questions, que ce soit sur le sport de haut niveau en général, le parabadminton spécifiquement, mais aussi le handicap dans la vie de tous les jours comme j’ai déjà pu l’aborder dans les épisode 5 et 6. Vous pouvez facilement interagir sur Spotify dans la partie interaction, et aussi sur le compte Instagram du podcast paralympienne.podcast où vous pouvez facilement mettre des commentaires sur les vidéos ou m’envoyer directement des DM. Et pour ceux qui sont encore à l’ancienne, j’ai un compte facebook et un compte twitter où vous pouvez facilement me poser vos questions que je traiterai dans les futurs épisodes !

    J’en profite au passage pour vous rappeler de vous abonner et de noter le podcast, car c’est vraiment ce qui me permet de le développer, de le diffuser à un maximum de monde et rêver un peu plus chaque jour à ce que la société soit sensibilisée au handicap et donc accessible à un maximum de monde.


    Alors maintenant on rentre dans le sujet de cette relation avec les athlètes valides.

    Étant athlète de haut niveau en para badminton classifiée SL4, donc pour ceux qui nous rejoigne aujourd’hui SL4 c’est handicap léger des jambes et on joue sur un terrain normal, je parle un peu plus du sujet dans le tout premier épisode du podcast si vous voulez comprendre un peu mieux qui je suis ; du coup j’ai la chance de pouvoir encore jouer avec les valides sur certaines compétitions locales comme en interclub ou sur des tournois régionaux et nationaux. Du coup, je vais pouvoir aborder la question sous 2 angles : quel rapport on a avec les badiste de haut niveau en équipe de France olympique, et le rapport qu’on a avec les badistes amateurs sur ces compétitions le week end.

    Les différentes fédérations sportives pour le parasport

    Déjà pour mettre dans le contexte, au niveau du parasport il y a un peu 2 cas différents : il y a les sports qui dépendent de la grande fédération française Handisport. Donc c’est une fédé qui regroupe une dizaine de parasports, les athlètes par exemple qui font du tennis de table handisport vont être licencié à la FFH et c’est cette fédé qui va gérer toutes leurs compétitions, leurs stages, leurs inscriptions aux tournois etc. Et c’est vraiment disctinct de la fédération française de tennis de table qui elle ne gère que les valides.

    Nous au parabadminton on est dans le 2e cas : c’est la FFBad qui gère la section para. Donc on a une seule et même fédé qui gère l’équipe olympique et l’équipe paralympique. Avec bien sûr un staff attitré. Et moi j’ai une licence à la FFBad et pas à la FF Handisport.

    Mais du coup déjà, ces 2 situations vont sûrement donner un impact un peu différent dans la relation entre les athlètes valides et les para au sein d’un même sport.

    Une relation collective quasi-inexistante

    Après, malgré tout, la relation qu’on a avec les athlètes de l’équipe de France olympique c’est simple elle est quasi inexistante au quotidien.

    En fait on ne se cotoie pas du tout parce qu’on a aucune compétition commune ou quasi aucune. Il y a juste une fois tous les 4 ans où il y a les Jeux, et encore les 2 compétitions ne sont pas exactement aux même dates. Nos calendriers sont vraiment propre à chacun.

    Du coup les délégation olympiques et paralympiques ne se croisent jamais, on va jamais prendre l’avion en même temps quand on part sur une compétition par exemple. Ca nous arrive parfois de faire des stages à l’INSEP quand on prépare des grandes échéances, mais là c’est pareil on ne s’entraîne pas dans la même salle que les valides parce que les terrains fauteuil doivent être en bois alors que les terrains des valides sont en résine. Donc même dans ce cadre on va pas du tout se croiser. Donc collectivement, y’a vraiment aucune relation et on se connaît très très peu. J’avoue que je peux même pas vous dire si tous les athlètes valides de l’équipe de France connaissent mon existence par exemple.

    Par contre, de manière individuelle, certains joueurs peuvent être amenés à en cotoyer d’autres, par exemple avec les sponsors. Moi j’ai un sponsors, la Banque Populaire qui a créé une team d’athlète, le pole sportif du grand ouest. On est 8, valide et para confondus, on vient de plusieurs sports, et dans la team il y a Thom Gicquel qui est donc badiste en équipe de France valide. Donc dans ce cas il peut arriver qu’on se croise sur des événements à la banque pop, qu’on fasse des démonstrations de notre sport auprès des collaborateurs. Et du coup fatalement ça rapproche un peu d’avoir le même sport en commun, mais voilà ça va pas plus loin que ça.

    Après je vous parle de tout ça mais c’est vrai que de base je suis une super quiche en relations sociales donc globalement dans la vie je suis plutôt la fille qui n’a de relation avec personne, je pense que ça joue beaucoup dans les infos que je vous donne aujourd’hui.

    Après, notre fédération essaye quand même avec les Jeux, de communiquer sur le fait qu’on est une seule équipe de France. Là par exemple y’a quelques semaines on était à l’INSEP pour média day, donc c’est une journée pour fournir du contenu aux médias avant les jeux et qu’on puisse ensuite finir notre préparation finale sans être sollicités de ce coté là.

    Et du coup les 2 équipes de France valides et para étaient réuni. On a fait les photos de groupe tous ensemble, on a eu des jeux de questions/réponses qui mêlaient les 2 équipes.

    Mais disons que ça c’est une fois tous les 4 ans et moi c’est littéralement la 1ere fois que je croisais la route des badistes.

    La relation avec les amateurs

    Après y’a cette question du niveau amateur. Comment ça se passe sur les tournois valides quand on est para, comment ça se passe en club.

    Et là y’a un peu 2 profils de joueurs sur lesquels on va tomber.

    Première catégorie : les cordiales

    Globalement ça se passe super bien, et notamment parce que du fait que notre fédération gère également la section para, y’a une communication qui est faite sur le parabad et c’est quand même quelque chose qui est de plus en plus connu au sein des licenciés à la FF Bad. On connait un peu nos performances à l’international, on a un peu un « statut » et du coup sur les tournois les joueuses sont souvent assez contentes de pouvoir jouer contre quelqu’un qui fait du haut niveau. Sur les tournois ça va être assez cordial, on va beaucoup me poser des questions sur mes récents résultats, les prochains tournois internationaux, les qualif pour les jeux etc. Et de manière générale les joueurs sont vraiment contents de voir du parabad sur les tournois valides.

    Et d’ailleurs pour la petite anecdote c’est assez marrant parce que les joueurs en tournoi une fois qu’ils ont fini leurs matchs, je trouve qu’il ont tendance à beaucoup venir me voir jouer, parce que je comprends que ça peut être assez impressionant et intrigant de se demander comment je vais faire sur le terrain, quand on me voit arriver avec des béquilles ou sur un fauteuil roulant, avec mes orthèses, et après voir comment je m’adapte debout sur le grand terrain.

    Et nous à l’inverse, quand on est sur des tournoi valides, on a toujours cette petite tendance à essayer de repérer si y’a pas de joueurs qui ont un handicap et qui pourraient signer en para.

    Parce qu’on a vraiment envie que notre sport se développe et donc de recruter le plus de joueurs possibles. Et y’a plein de gens qui ont des handicaps, parfois très léger, et qui ne savent pas qu’ils pourraient jouer en para !

    Donc parfois, on observe un peu pour voir si on peut pas recruter des joueurs mais c’est vraiment pas simple parce que le handicap ça se remarque pas du 1er coup d’oeil. Et parfois c’est difficile de savoir si la personne a un handicap ou juste un défaut dans son jeu.

    Une fois j’étais sur un tournoi valide avec mon coach, donc qui est le coach adjoint de l’équipe de France également, et y’a un joueur qui utilisait son bras gauche de manière vraiment bizarre. Du coup on l’a scruté de la tête au pied du début à la fin de son match pour essayer de savoir s’il avait un plexus brachial ou juste s’il utilisait son bras pas comme il faut à cause d’un défaut technique. Et à la fin du match on savait pas quoi faire parce que c’est super gênant d’aller voir quelqu’un pour lui demander s’il a un handicap parce que si en fait pas du tout ça devient monstre gênant. Donc on a essayé de voir si des gens dans la salle le connaissait pour se renseigner mais je crois qu’au final on n’a pas eu l’info.

    Deuxième catégorie : les autres

    Mais donc pour revenir à notre sujet de départ, y’a la 2e catégorie de joueur : ceux qui ne supportent pas de perdre contre un handicapé. On en croise moins souvent que ceux qui nous considèrent avant tout comme des joueurs de bad , mais parfois, il arrive qu’on se retrouve à jouer contre des joueurs qui ont cette mentalité.

    Et d’un coté je peux comprendre que ce soit frustrant de perdre contre quelqu’un qui est physiquement diminué. Mais en même temps faut quand même grandir et se dire que oui un handicapé, notamment qui s’entraîne tous les jours et qui joue à l’international dans mon cas, peut te battre et être meilleur que toi malgré tout, parce que techniquement, mentalement, tactiquement c’est un joueur de haut niveau et qui est peut être meilleur que toi.

    Et y’a aussi une différence entre le penser, ou subir cette pensée, et le dire tout haut dans le gymnase.

    C’est arrivé à un ami sur un tournoi, un joueur qui a pété un cable en perdant un point, il a hurlé « putain c’est hors de question que je perde contre un handicapé ». Résultat ça a totalement galvanisé « l’handicapé » qui lui a mis 21/0 dans le 2e set.

    Donc oui ça arrive qu’on se retrouve dans ces situations où des joueurs valides ne supportent pas l’idée qu’un handicapé puisse être meilleur qu’eux et les battent et qui sont vraiment dégouté après leurs matchs. Mais je pense qu‘en parlant encore plus du parasport et notamment du parasport de haut niveau, ce genre de mentalité va petit à petit disparaître parce que les gens vont se rendre compte qu’on est vraiment des athlètes de haut niveau et que fatalement sur des compétitions amateures, locales, on a une expérience et un niveau hors norme.

    Donc voilà je pense que j’ai fait le tour de la question. Après bien sûr, ça reste du cas par cas, et peut être que dans certaines fédérations les équipes olympiques et paralympiques se cotoient énormément et se connaissent bien, de manière individuelle y’a aussi des joueurs para qui s’entraînent avec des joueurs valides à haut niveau aussi.

    Mais voilà ce qu’est mon expérience personnelle avec les joueurs valides dans mon sport et dans notre chemin vers les Jeux Olympiques et Paralympiques.

    N’oubliez pas si vous souhaitez que comme aujourd’hui je réponde aux questions que vous vous posez, contactez moi sur Instagram, LinkedIn, Facebook ou plus simplement directement dans la partie interaction dans Spotify.

  • 06.Fauteuil roulant : accessibilité, regards pesants, mise en danger – l’envers du décors d’un simple trajet

    Ceci est une retranscription de l’épisode 5 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
    écouter l’épisode

    Aujourd’hui, je vais essayer de vous faire prendre conscience de toutes les difficultés liées aux mauvais aménagements de notre société, aux défauts de l’accessibilité, mais aussi du fait que les gens ne sont pas assez sensibilisés au handicap et à la manière dont il faut se comporter avec une personne handicapée.

    Pour être hyper transparente, je vais vous raconter ma journée d’hier. Ce n’est pas une journée type, c’est vraiment point par point ce que j’ai vécu hier.


    Début de ma journée en tant que personne handicapée

    Il est 11h, c’est parti je pars de chez moi direction l’entraînement et première difficulté parce que ma maison elle même n’est pas accessible, donc je dois descendre mon fauteuil roulant à la main pour passer les deux marches de ma porte d’entrée pour aller le mettre dans ma voiture.

    J’ai pu faire aménager ma voiture pour qu’elle me soit utilisable, même si tout n’est pas toujours 100% idéal. Donc petit trajet sans trop de difficultés on arrive à la gare, et là le premier soucis : sur le parking, il n’y a qu’une seule place PMR et pas de chance, elle était prise.

    L’importance des places handicapées sur les parkings

    Mais cela dit, pourquoi c’est important les places PMR ?

    Déjà, elles sont proches des entrées. C’est super important parce que pour les personnes en fauteuil roulant, ça permet d’être vite en sécurité. Parce que se garer loin sur un parking, ça veut dire le traverser d’un bout à l’autre et quand on plafonne à 1m30 de haut sur le fauteuil, on est caché derrière le capots des voitures et les conducteurs ne nous voient pas.

    Mais aussi, les places PMR ne sont pas réservées aux personnes en fauteuil roulant : toute personne titulaire de la carte de stationnement peut s’y garer, et cette carte elle peut être attribuée à des gens qui marchent encore debout mais qui ont un périmètre de marche restreint, et qui donc ne peuvent pas marcher longtemps. Donc ça c’est très important que ces personnes également puissent être proches des entrées.

    La 2e caractéristique de ces places, c’est qu’elles sont plus larges. Là c’est super important pour les personnes en fauteuil roulant parce que très souvent, pour se transférer de la voiture au fauteuil les UFR (usager en fauteuil roulant) vont devoir ouvrir la portière en grand, placer le fauteuil à coté du siège de la voiture et se transférer. Et ça c’est impossible à faire sans ouvrir la portière à fond et donc c’est impossible à faire sur une place normale. Mais c’est aussi important pour les PMR debout dont on parlait tout à l’heure, car il y a plein de handicaps qui nécessitent de devoir ouvrir la porte à fond pour sortir.

    Donc voilà pour l’explication rapide sur les places PMR, et malheureusement on le constate tous les jours, il n’y en a pas assez. Et en plus de ça il peut arriver que des personnes valides s’y mettent car y’a pas de place ailleurs, ou alors le fameux « j’en ai que pour 2 min ». Sauf que nous, ça nous met dans la galère parce qu’on peut pas aller ailleurs.

    Nouvelle difficulté : une voiture PMR introuvable en amont

    Ensuite, je vais à la gare, j’attends le train sur le quai et là on est confronté à une nouvelle difficulté : sur les TER, donc des trains sans n° de place, il y a une voiture qui est aménagée pour les PMR sauf que cette voiture elle est indiquée nulle part.

    Alors en tant que personne handicapée, on ne sait pas en amont où on doit monter !

    La technique c’est de se mettre à peu près au milieu du quai. Et quand le train arrive à quai, donc vraiment au dernier moment, il faut repérer le stickers PMR sur la porte des voitures. En étant au milieu du quai on maximise nos chances de pouvoir arriver à temps à la bonne porte.

    Parce que si tu vois le sticker sur la 1ère porte, hop tu peux vite aller en tête de train. Si elle est au milieu du train, tu es déjà bien placé, et si tu n’as pas vu de sticker passer, ça veut dire que la voiture PMR est en queue du train et que tu dois aller vite à l’autre bout pour monter à la dernière porte.

    Et oui, c’est aussi stressant que ça rien qu’en l’expliquant.

    Un TER ne reste à quai que moins d’une minute donc il faut quand même avoir une certaine condition physique pour atteindre les portes en tête ou en queue.


    Et encore, il y a une subtilité. Parce que parfois, tu as vu le sticker nulle part, donc tu te dis, « je dois aller à la dernière porte ». Sauf qu’en fait, à la dernière porte, il n’y a pas de sticker non plus !

    Une galère pourtant facilement évitable

    Bref, on est pas encore dans le train qu’on voit déjà qu’on a fait face à des galères qui pourraient très facilement être évitées : il suffirait que sur l’application SNCF où on a le billet et où c’est indiqué si c’est un train court ou long, il y ait un logo indiquant on se situe la voiture PMR pour que, en amont on puisse se placer au bon endroit du quai. Mais bon en 2024 apparemment c’est toujours trop compliqué à mettre en place.

    Des quais pas tous accessibles

    Donc je repère la voiture, je fonce en slalomant entre les gens pour atteindre le bon endroit, et là nouvelle difficulté : la gare où je prend le train n’a pas un quai à la même hauteur que les autres. Du coup, il y a une marche de 50 cm pour monter dans le TER, qui sur toutes les autres gare de la ligne est à hauteur accessible. Et non non, ce n’est pas une blague. Il y a surement une raison historique à ça donc je vais pas juste me moquer ou cracher dans la soupe mais le fait est qu’en 2024, dans cette gare, la TER n’est pas accessible à un fauteuil roulant parce que le quai n’a pas été construit à la bonne hauteur

    Personnellement, j’ai de la chance, je peux encore me débrouiller en montant debout et en faisant grimper mon fauteuil à la main, mais ça reste quand même super compliqué et notamment au retour après l’entraînement quand je n’ai plus de force ça peut vite être galère. Et aussi car souvent les gens ont de très bonnes intentions et veulent m’aider mais généralement ils me causent plus de galère que d’aide parce qu’ils ne savent pas comment faire et surtout n’écoutent pas ce que je leur dis.

    Comme un train ne reste à quai que très peu de temps, c’est pas forcément le moment où je peux prendre le temps d’expliquer donc parfois c’est un peu compliqué, juste à cause d’un quai qui est à la mauvaise hauteur.

    Instant sensibilisation au sujet de l’aide venant des personnes valides

    Être handicapé, c’est notre quotidien.

    Le voyage se passe, j’arrive à ma 1ère gare de correspondance, je me place pour sortir, j’ai mon casque sur les oreilles avec un podcast, mes lunettes, je suis dans ma bulle et là quelqu’un me demande « vous avez besoin d’aide ? ».

    Je réponds non merci, je sors du train, je vais sur l’autre quai pour prendre l’autre train.

    L’autre train arrive, on repart sur le même schéma pour repérer la porte de la voiture PMR, je vais pour entrer dans le train. Et là, j’ai encore quelqu’un qui me demande « vous avez besoin d’aide ? ».

    De nouveau je réponds non merci, j’essaye de rester toujours aimable dans ces situations mais il faut avoir à l’esprit que se déplacer avec un fauteuil roulant, pour une personne dont c’est le quotidien, c’est la routine, c’est ni plus ni moins que comme vous marcher sur vos jambes.

    Donc petit instant sensibilisation, si la personne est seule, qu’elle fait son truc sans problème, qu’elle ne donne pas l’impression d’être en galère, et qu’elle vie sa vie comme vous, à priori il n’y a pas de raison de lui proposer de l’aide.

    On n’a pas nécessairement toujours besoin d’aide juste parce qu’on a un handicap.
    Et si jamais on en a besoin, on peut toujours demander.

    Donc la personne monte, je monte à mon tour, et là quelqu’un déplie mes poignées dans mon dos et qui me pousse !

    Alors je vous explique, quand on pousse une personne en fauteuil roulant sans lui avoir demandé, sans savoir faire et par surprise, on peut la faire tomber.

    Je vous le donne en mille, mon fauteuil bute sur la marche du train, parce que ça reste un peu technique une montée dans le train, on ne peut pas juste pousser d’un coup et ça rentre tout seul, je suis à 2 doigts de tomber mais j’arrive à me rattraper comme je peux.

    Donc je le dis calmement et à froid ici parce que c’est bien pour ça que je fais ce podcast, c’est pour sensibiliser, il faut absolument ne jamais pousser une personne sans son consentement, c’est valable pour n’importe qui, une personne en fauteuil mais aussi une personne agé, un enfant ou une personne aveugle par exemple.

    Toujours le consentement avant de toucher quelqu’un.

    Bref, Je vais m’installer à la place PMR, c’est encore un slalom entre les valises, et là surprise : les toilettes PMR sont en panne. Donc quand les toilettes PMR sont en panne ben tout simplement les handicapés ne peuvent pas aller aux toilettes parce que nous on peut pas forcément marcher dans une autre voiture pour trouver d’autres toilettes. Nouvelle galère.

    Et enfin j’arrive ma dernière correspondance. Même configuration, j’attends pour sortir, quelqu’un me demande « vous avez besoin d’aide ? ». Mais je dis non merci surtout pas, je sors en priant pour que cette fois si personne me pousse et je vais rejoindre le dernier quai de mon voyage, pas d’ascenseur mais une bonne rampe à gravir  !

    Merci Yomper

    Alors moi depuis quelques temps j’ai un outil qui m’a vraiment changé la vie sur mon fauteuil manuel, c’est une motorisation. Donc en fait c’est une roue électrique qui s’appelle Yomper, que je vais clipser sous mon fauteuil et qui va me permettre d’avancer grace à un boitier de contrôle en bluetooth. Et du coup, ça me permet d’optimiser la poussée de mes bras, voir de carrément de ne pas du tout pousser et d’aller dans les cote de la gare jusqu’à facile 5-6 km/h.

    Donc forcément à cette vitesse je peux vous dire que je double tous les piétons qui ont des valises.

    Je double une dame qui monte et cette dame me demande si j’ai besoin d’aide.

    Je viens littéralement de la doubler, je vais plus vite qu’elle.
    Et elle me demande si j’ai besoin d’aide.

    Les personnes handicapées sont avant tout des êtres humains

    On en revient à ce que je disais juste avant vraiment, regardez nous comme des être humains et pas comme des fauteuils roulants uniquement parce que dans cette situation typiquement, c’est plutôt moi qui aurait du demander à cette dame si elle avait besoin d’aide par exemple, sans vouloir paraître trop sarcastique.

    Si j’appuie sur ce sujet c’est aussi parce que avant d’être une handicapée en fauteuil roulant, je suis autiste. Et moi toutes ces interactions sociales, toute la journée ça me coûte vraiment beaucoup d’énergie alors je me dis qu’avec un tout petit peu plus de sensibilisation, les gens sauraient plus quoi faire, ne pas faire, et ça serait du coup plus facile pour tout le monde.

    Mais bon, je décline poliment, parce que voilà j’essaye de toujours garder le sourire même si ça me coûte beaucoup d’énergie. Et je rejoins la dernière étape de mon voyage.

    Rebelote, je sais pas où va se situer la voiture PMR. Le train arrive, j’applique ma tactique mais là, aucun stickers. Alors c’est galère parce que vraiment j’aimerais monter au bon endroit pour enfin aller aux toilettes, et pile à cet endroit là il y a un agent SNCF.

    Je lui demande donc « elle est où la voiture PMR ? » pour pouvoir vite y aller avant que le train reparte ; Sauf qu’au lieu de m’écouter, cette personne est totalement obnubilée par le fait que je n’ai pas demandé d’assistance SNCF pour la montée dans le train.
    En fait, elle me répond totalement à coté de la plaque, en me disant « mais vous avez besoin d’une rampe pour monter à bord ». Sauf que le train est à quai, le temps est compté.

    Je commence à stresser parce que le train va repartir, et comme elle stresse par ricoché ça me met encore plus de pression donc je décide de monter dans la voiture qui est devant moi et tant pis pour la place PMR et pour les toilettes.

    Sauf que là au lieu de juste me laisser monter, elle continue de me dire « mais il vous faut une rampe, il vous faut une rampe ! » vraiment ce moment de pression alors que non je n’ai absolument pas besoin de rampe sur les TER, le passage est facile à passer car le train est à la même hauteur que le quai, je prends des TER tous les jours.

    Une crise autistique qui aurait pu être évitée

    Sauf que ça a commencé à me mettre vraiment mal.

    Parce qu’avec mon autisme j’ai quand même un stress très important, les interactions sont difficiles et je peux vite être submergée par les émotions.

    Donc j’arrive à monter dans le train et à lui échapper entre guillemet, mais vraiment ça m’a énervée que juste quelqu’un se permette de penser à ma place et de ne pas du tout répondre à ma question et du coup me mette la pression. Au lieu de ça elle m’a provoqué une crise autistique avec ce stress ambiant, qu’on se serait tous évité si juste elle avait répondu à ma question sans tourner en boucle sur une rampe dont je n’ai pas besoin…

    D’autant plus que si les TER étaient pensé comme il faut, il n’y aurait même pas besoin d’une assistance pour ces fameuses rampes.

    Vous savez, ce sont de petites rampes qui sont prévus pour sortir au niveau du quai ça sort de 20 cm pour combler le tout petit espace entre le marche pied et le quai, sauf qu’au lieu de mettre un bouton accessible sur la porte pour faire sortir la rampe, non il faut que ce soit un agent SNCF qui ouvre un boitier et tourne une clé pour la faire sortir quand elle en sort pas automatiquement par elle même ! (ce qui malheureusement est le cas 9 fois sur 10)

    Alors que dans tous les autres pays dans lesquels j’ai pu voyager, ces comble lacune sortent tout seul de manière fiable ou au pire en appuyant sur le bouton d’ouverture de la porte, mais en France non il faut encore l’intervention d’un tiers ce qui réduit complètement l’autonomie dans les déplacements.

    Une ville aux trottoirs inadaptés

    Pour finir mon périple, après le train j’ai un bus. Donc je dois avouer qu’à Rennes je n’ai pas trop de soucis les rampes fonctionnent et les chauffeurs sont plutôt bien formés donc on se retrouve rarement en galère. Bon sauf quand j’ai mon chien d’assistance mais ça, ça sera un autre sujet pour plus tard.

    Par contre, entre l’arrêt de bus et la salle d’entraînement, il n’y a que des trottoirs inaccessibles. C’est à dire que, soit ils ont des marches hyper hautes sans bateau donc je peux pas monter dessus. Soit ils ne sont pas en bitume mais en gravier et cailloux et ça en fauteuil c’est impossible de rouler dessus.

    Donc j’ai une dernière bonne suée à prendre avant l’entraînement pour cheminer dans cette zone, en roulant notamment beaucoup sur les voies de bus parce que j’ai pas d’autre choix. Mais c’est sur que c’est parfois un peu dangereux donc il faut être vraiment sur ses gardes.

    Bref, c’est un jour normal que je vis 3 fois par semaine pour me rendre à l’entraînement.


    J’espère que vous aurez pu, grâce à cet épisode, prendre un peu plus conscience des enjeux de l’accessibilité totale en autonomie, pour tous, des comportements à avoir ou ne pas avoir lorsque l’on croise une personne handicapée. Surtout je reste à votre écoute sur instagram pour répondre à vos questions, voire pour carrément faire des futurs épisodes sur les sujets qui vous interrogent !

    Et n’oubliez pas : nous ne sommes pas qu’un fauteuil roulant, regardez nous dans notre entièreté !