Catégorie : Parabadminton

  • 22.Parasport : ce que le snowboard a apporté à ma carrière de badiste de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous bienvenue sur mon podcast Journal d’une parabadiste, le premier podcast français sur le sport de haut niveau paralympique ; aujourd’hui je réponds à une question qui m’a été posée et j’adore quand je traite des sujets qui viennent de vous parce que j’ai créé ce podcast pour vraiment répondre aux questions que les gens se posent sur le sport de haut niveau et/ou sur l’impact handicap dans cette pratique donc quand je satisfais directement votre curiosité c’est un vraiment plaisir pour moi.

    Après les Paralympiques de Paris 2024, place au parasnowboard

    Dans cet épisode on va donc parler de l’hiver que j’ai passé après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 et pourquoi est ce que je suis partie faire du snowboard au lieu de continuer le badminton, est ce que c’est un projet à long terme ou était-ce une parenthèse, pourquoi le snowboard et pas le ski, qu’est ce que ça m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes par rapport au badminton bref aujourd’hui je parle en détail de ce que j’ai vécu cet hiver !

    Pour remettre dans le contexte, j’ai fini les Jeux Paralympiques le 31 aout, ensuite on a eu quelques obligations en terme de médias et de présence pour la fédération, et je suis rentrée chez moi début septembre. Là j’ai pris beaucoup de repos parce qu’une paralympiade c’est 3 ans très intensif, entre la préparation, le financement, la qualification et ensuite les jeux. Je parle un peu plus en détail de tout ça dans l’épisode 16 sorti il y a quelques mois.

    J’ai repris l’entrainement mi octobre, parce que j’avais vraiment l’envie et le besoin de reprendre, donc ça a été une décision personnelle et pas une décision imposée par mon staff, c’est important de le savoir.

    Et puis en décembre, j’ai eu vraiment une période difficile mentalement, j’étais épuisée, alors heureusement les vacances arrivaient et je suis partie à la montagne, chez ma meilleure amie. A la fin des vacances, j’étais vraiment absolument pas en état de rentrer et de reprendre l’entraînement, j’avais pas du tout encore récupéré de ma fatigue, en plus j’avais un nouveau traitement à cette période qui me causait énormément de fatigue et de somnolence. Donc je me suis simplement écoutée — comme on en parlait dans l’épisode précédent sur la santé mentale — et je suis restée plus longtemps.

    Alors qu’est ce qu’on fait quand on est en vacances à la montagne et qu’on aime le sport, ben généralement du sport d’hiver, entre les longues après midi de sieste et les balades des chiens, on allait de temps à autre sortir en ski et en snowboard et ça m’a fait un bien fou de faire du sport extérieur, en pleine nature, parce que ça change pour le coup carrément de notre quotidien de badiste, nous on est tout le temps enfermés dans un gymnase et pouvoir respirer le grand air de la montagne, ça fait du bien physiquement et moralement.

    Donc moi je fais du snowboard depuis que j’ai 14 ans à peu près, à l’époque je n’avais pas encore de gros soucis neurologique, j’avais mes jambes qui fonctionnaient à peu près normalement on va dire. Et là c’était la 1ere fois que je remontais sur un snow depuis ma paraplégie spastique. Donc pour ceux qui me découvrent aujourd’hui, j’ai une maladie neurologique qui touche ma moelle épinière et qui fait que petit à petit je perds ma force dans mes jambes et dans mes bras, et j’ai ce qu’on appelle de la spasticité donc des contractions musculaires involontaires ce qui rend difficile le contrôle des jambes.

    Donc même si j’ai beaucoup de difficultés à marcher et que dans la vie de tous les jours j’utilise un fauteuil roulant, sur un snowboard je peux tenir debout. Une fois que je suis dessus en fait avec les pieds attachés, j’ai vraiment ma spasticité qui va m’aider à tenir debout en compensant les paralysies et je vais descendre les pistes, même si j’ai besoin de beaucoup de pause.

    A l’inverse du ski où debout je n’aurais pas assez de force dans chaque jambe séparée pour pouvoir supporter la force qu’il faut y mettre.

    Pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard ?

    Et puis, assez vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus, et je me suis dis, pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard pour découvrir cette discipline, parce que c’est évidemment totalement différent de faire du free ride quand on est en vacance que de passer des piquets imposés le plus vite possible, voir si ça me plait et voir ce qu’il en est quoi !

    Donc j’ai passé la classification nationale, pour savoir si mon handicap était éligible pour faire du parasnowboard — pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit j’ai sorti 2 épisodes sur ce sujet, le 14 et le 15 avec tout ce qu’il y a à savoir sur les classes en parasport — et j’ai participé à une première Coupe de France début janvier.

    Et franchement je ne m’y attendais pas du tout, parce que la vitesse ça n’a jamais été ce que je préfère sur les pistes, mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour la discipline. J’ai adoré passer ces piquets imposés, apprendre à prendre les bonnes trajectoires, doser les risques…

    Une première compétition qui m’ouvre des portes

    Et cette première compétition a été un vrai succès, que ce soit en terme de résultat puisque j’ai fait 2 médailles d’or, mais aussi en terme d’expérience puisque j’ai passé une super journée, j’ai pu rencontrer les athlètes du circuit national donc vraiment beaucoup de positif.

    Suite à cette première réussite, je me suis dit pourquoi pas continuer le circuit tant que je suis sur les Alpes, parce que du coup ça m’a aussi poussé à m’entraîner un peu plus sérieusement et donc ça a continué de m’entretenir physiquement ce qui était pas plus mal pour la reprise future du badminton. Et donc j’ai fait une 2e Coupe de France, sur laquelle j’ai fait 1 médaille d’or et où j’ai pris beaucoup d’expérience ; ce qui m’a aussi qualifiée pour les championnats de France qui avaient lieux plus tard dans la saison en mars.

    Et ceux là pour le coup j’étais vraiment pas sûre de pouvoir y participer parce que je commençais en février à entrevoir mon retour à la maison et au badminton, il y a avais aussi une incertitude sur le calendrier de compétition BWF auquel je pouvais participer ou non avec ma reclassification en parabadminton donc ça j’en parle dans l’épisode 20 pour ceux qui l’ont manqué.

    Au final, après un hiver très ressourçant je suis rentrée à la maison mi février, et j’ai finalement pu participer aux championnats de France de para snowboard grâce à une semaine de vacances du pôle performance parabad qui tombait pile poil au bon moment. Et donc en amont de ce stage, j’ai aussi pu participer à un stage de développement avec des membres du collectif France et l’entraîneur des équipes de France de parasnow. Ca a été un super moment pour moi, très complémentaire de tout ce que j’avais vu cet hiver, avec un super staff. Et comme j’en parlais dans l’épisode précédent, le staff c’est à mes yeux ce qui peut faire la différence dans une discipline que l’on veut potentiellement pratiquer à haut niveau, donc ça m’a aussi ouvert des perspectives auxquelles j’avais pas forcément pensé jusque là.

    Bref, je suis revenue des championnats de France de parasnow avec 2 médailles d’or, mais aussi un bagage énorme pour le badminton parce que contrairement à ce qu’on peut penser à première vue, ça a été un tremplin énorme et un vrai bon investissement pour ma carrière principale et non pas une perte de temps de 3 mois à la neige à se la couler douce.

    Un apport physique, mental et psychologique

    Et c’est là qu’on en vient à cette question, qu’est ce que ça m’a apporté. Pour résumer, j’ai énormément appris ou progressé sur les plans physique, mental et psychologique. Bref, sur tous les pans de la performance sportive et qui peut se transposer d’un sport à l’autre. Parce que oui, j’ai aussi progressé techniquement sur le snowboard, mais ça pour le coup ça n’est pas d’une grande aide pour le badminton.

    Alors déjà physiquement le bad et le snow sont 2 sports diamétralement opposés, et donc j’ai sollicité et travaillé des groupes de muscles que soit j’utilise peu en badminton, soit que j’utilise différemment. Cet hiver, ce sont mes cuisses qui ont le plus évolué, alors pas dans l’aspect explosif parce que c’est tout l’inverse, c’est vraiment l’endurance qui a été boostée. Et ça je l’ai ressenti de manière exponentielle quand je suis revenue au badminton, j’avais tellement moins de fatigue musculaire, je pouvais tellement faire plus plus longtemps. Et ça ça a été valable pour tous les groupes musculaires impliqués en snowboard, parce que c’est vraiment des efforts assez longs comparés à l’explosivité du badminton, mais les cuisses sont tellement cruciales au badminton que c’est ce qui m’a le plus marqué à mon retour.

    Mais à coté de ça, il y a aussi eu tout le gainage du tronc, abdo, fessiers, ensuite les épaules et les triceps. Alors là vous me dites les triceps ? A quoi sert ce muscle dont on ne parle jamais et pourquoi en snowboard ?!

    Donc faut savoir qu’avec ma pathologie, j’ai avant tous des déficits moteurs dans les jambes, mais j’ai aussi des atteintes aux bras et notamment mes triceps qui sont très faibles. Et là avec le snowboard, j’en avais besoin pour me relever, parce qu’en snow on a toujours le cul dans la neige dès qu’on s’arrête et donc pour se relever il faut soit avoir des jambes très solides, ce qui n’est pas mon cas, soit se propulser avec le bras, et donc mes triceps ont été mis à contribution, avec mes épaules, ce qui a été très bénéfiques ensuite pour ma pratique du badminton que ce soit le bras droit ou le bras gauche qui sert à s’équilibrer.

    Donc vraiment physiquement, j’ai beaucoup gagné en force et en endurance que ce soit dans les jambes, les bras et le tronc et ça ça a été un atout indéniable, déjà pour ma vie quotidienne parce que tout est plus simple pour les transferts etc. et pour le badminton, j’étais vraiment super affutée quand je suis revenue à l’entraînement, malgré les craintes évidentes de mon staff après plus de 2 mois sans jouer. Evidemment il a fallut rebosser l’explosivité parce que c’est quelque chose que j’avais beaucoup perdu du coup, mais c’est assez vite revenu dans l’ordre.

    Ensuite, sur l’aspect psychologique, indéniablement c’est sûrement ce qui a été le plus remarquable. Comme je vous le disais, quand je suis partie j’étais très fatiguée, j’étais pas bien mentalement. J’en parlais aussi dans l’épisode 21 juste avant celui ci, quand on évoquait la santé mentale, j’ai beaucoup de challenges à ce niveau là avec des périodes où j’ai vraiment des pensées très noires et une fatigue intense de tout ce que demande la vie. Et là pendant 2 mois dans cet environnement, avec ma meilleure amie, avec un rythme de vie avec très peu si ce n’est aucune contrainte, à découvrir et faire un autre sport, autre chose, en extérieur, ça m’a vraiment rafraichi le cerveau. J’ai libéré toute la pression qui s’était accumulé depuis les jeux, toute la fatigue ancrée qu’au final je n’avais pas vraiment eu l’opportunité d’évacuer. Et il n’y a absolument rien de mieux que de pouvoir repartir à la routine quotidienne d’entraînement en vue de performance que quand tu es tout frais, bien disposée à repartir à l’attaque, avec une envie de vivre et de jouer qui sont au maximum.

    Donc quand je suis revenue, ben j’étais tout simplement dans les meilleures dispositions pour performer.

    Et puis, il y a enfin eu l‘aspect mental. Ca c’est au cœur de la performance sportive, pour moi le mental fait vraiment 80% d’un résultat. Et là j’ai pu découvrir un monde mental que je ne soupçonnais pas. Parce que sur cet aspect aussi le badminton et le snowboard sont 2 mondes à part.

    Des ressources mentales insoupçonnées

    En badminton, c’est un combat contre un adversaire, on doit gagner plus de set que l’autre. C’est un combat qui est long, enfin, par rapport au tennis non mais ça reste en moyenne 30 à 45 minutes de concentration nécessaire, mais avec des pauses, si tu fais une erreur et que tu perds un point, c’est pas grave, y’en a encore 21 à gagner et même parfois, tu perds plus de point que ton adversaire et tu gagnes quand même ! Alors il y a aussi une petite partie de combat contre soi-même, comme dans tout sport. Mais globalement on est sur un sport d’opposition, avec des hauts et des bas pendant ces 30-45 minutes, des prises de risques possibles mais jamais fatales.

    Et à l’inverse, le snowboard c’est avant tout un combat contre toi même et surtout contre la piste. Un sport où la moindre erreur peut être fatale. Si tu loupes une portes : t’es éliminé. C’est une concentration extrême pendant environ 2 minutes, où tu ne peux pas te laisser aller à penser à des choses annexes, à manquer de concentration sur ce que tu fais. Parce que simplement tu n’as pas le droit à l’erreur !

    Soit parce que le chrono ne te le pardonnera pas, soit parce que la piste ne te le pardonnera pas et quand tu sors, c’est fini.

    Et là on voit bien qu’on est dans un tout autre monde mental que le badminton.

    Il faut constamment avoir parfaitement conscience de son niveau technique, physique et tactique sur la piste, pour faire les bons choix au bon moment, sans droit à l’erreur. C’est une pression constante dès l’instant où tu passes le portique de départ et jusqu’à franchir les 2 piquets de l’arrivée. Et ça, ça demande énormément, même si l’effort est beaucoup plus court que sur un match de bad. Et du coup, ça m’a ouvert vraiment un autre aspect de la préparation mentale et de l’aspect mental une fois sur le court. Même si ce pan de la performance était déjà mon point fort, je suis vraiment revenue avec encore plus de ressources à ce niveau. Et pour le coup, autant je savais que le snow allait me faire du bien physiquement et psychologiquement, mais je ne m’attendais absolument pas à avoir encore un tel espace de progrès sur le mental !

    Donc loin d’avoir été simplement 2 mois off ou 2 mois de vacances, cette pause inattendue en parasnowboard m’a en fait apporté énormément pour le badminton à tous les plans, et d’ailleurs ça s’est assez vite concrétisé parce que non seulement j’étais bien à l’entraînement, mais j’ai aussi fait une médaille d’argent à la 1ere compétition sur laquelle je suis sortie en 2025 et pour moi ce n’est pas annodin.

    Quelle suite pour le snowboard et le badminton ?

    Alors où ça nous mène tout ça ? Est ce que je vais partir dans un double projet été hiver avec le badminton et le snowboard tous les 2 ans aux Jeux ?

    Pour le moment, c’est assez flou de mon coté pour plusieurs raisons, déjà avant d’avoir passé une classification internationale en parasnowboard, on ne peut pas savoir si je suis éligible officiellement pour les compétitions qui comptent pour les Jeux et les Coupes du Monde. Donc tant que je n’ai pas passé la classification internationale, c’est difficile de pouvoir s’y projeter.

    Ensuite un double projet ça demande beaucoup de ressources, que ce soit financières mais aussi physique, psychologiques, mentales. Ca demande beaucoup d’organisation et donc énormément d’énergie pour gérer tout cela. Et c’est déjà énorme quand on ne fait qu’un seul sport, j’en parlais dans l’épisode 4, mais quand on en fait 2 c’est encore plus, et sûrement plus que 2 fois plus parce qu’il faut gérer et imbriquer toutes les contraintes de l’un et de l’autre, avec les calendriers, les déplacements etc.

    Il faut aussi avoir un staff qui soit pleinement convaincu et engagé dans le double projet, et pas que ce soit un combat les uns contre les autres. Et ça comme je l’évoquais très rapidemment dans l’épisode précédent, c’est encore un peu compliqué en France d’avoir des doubles projets été-hiver bien développés à cause des croyantes limitantes qui existent sur le sujet et un peu cette idée de « si tu fais du snow ça veut dire que tu fais pas de badminton pendant ce temps et ça peut pas marcher » et inversement.

    Alors moi je suis persuadée que ça peut fonctionner, je sais d’ailleurs que ça fonctionne, parce que c’est déjà le cas pour certains athlètes, notamment chez les para mais ça s’est déjà aussi vu chez les valides. Et l’expérience que je viens de vivre cet hiver, et les bienfaits énormes que ça a eu à mon retour me prouvent qu’il y a bien quelque chose à faire de ce coté là.

    Malgré tout, aujourd’hui, ma priorité est vraiment sur le badminton, c’est mon objectif n°1, la médaille d’or à Los Angeles et remporter l’or dans toutes les grandes compétitions à savoir championnats d’Europe et championnats du Monde.

    Par contre, je sais que je ne pourrai pas faire de badminton toute ma vie parce que malheureusement avec ma pathologie, j’ai des atteintes aux bras et notamment aux doigts qui sont de plus en plus importantes, et le badminton c’est pour le coup un sport qui nécessite une vraie force et de la dextérité. Donc je sais qu’il arrivera un moment où le parabadminton ne sera plus possible. Et il est vrai que je songe vraiment au parasnowboard comme reconversion, parce que même si les bras sont importants pour les départs et pour l’équilibre, les doigts restent un enjeux un peu moins importants qu’au bad.

    Donc aujourd’hui, je prépare vraiment tranquillement cette future reconversion, je réfléchis à comme je le disais, passer cette fameuse classification internationale pour déjà être fixée la dessus. Je vais continuer à m’entraîner de temps à autre sur neige, même si d’ici Los Angeles je ne ferai pas de saison complète à la montagne. Parce que j’ai aussi une promesse à respecter, que j’ai faite à ma meilleure amie qui m’a accueillie cet hiver, qui m’a soutenu dans le choix de me lancer dans le parasnowboard national, et qui m’a dit avant de quitter ce monde, de toujours faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et pas pour faire plaisir à ceux qui croient mieux savoir ce qui est bon pour ma vie.

  • 20.Une compétition internationale de parabadminton vécue de l’intérieur

    Ceci est une retranscription de l’épisode 20 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Le sport de haut niveau de l’intérieur

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 20 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je vous emmène avec moi sur ma première compétition de l’année pour que vous puissiez découvrir tout l’envers du décor : combien de temps ça dure, ce qu’on y fait, comment on gère les matchs et la récupération. Bref, le sport de haut niveau comme vous ne le voyez jamais.

    Un épisode rendu possible grâce à La Maison Bizienne

    Mais tout d’abord, cet épisode a été produit grâce à La Maison Bizienne, une chambre d’hôtes située à Guérande, cette magnifique cité médiévale où j’ai grandi. Si vous prévoyez des vacances pour découvrir la presqu’île, ses fameux marais salants et ses paysages aussi divers que sublimes, La Maison Bizienne est vraiment LE lieu pour votre hébergement. Un coin calme de la ville, à littéralement deux pas de l’intra-muros, avec un jardin bucolique, un spa… bref, tout ce qu’il faut pour passer un week-end ou des vacances de rêve. Le lien de réservation est dans la description de l’épisode, et maintenant je t’embarque avec moi à Dubaï pour cette compétition.

    Avant le départ : organiser une compétition internationale

    Avant même d’être sur le tournoi, il faut l’organiser. Première chose à savoir : la destination et surtout le décalage horaire. Cela influence le jour de départ, le temps passé sur place et donc le budget. Une destination comme Dubaï est assez facile : seulement deux heures de décalage horaire, six heures d’avion depuis Paris, donc un voyage pas trop lourd. Je pars la veille du premier entraînement officiel.

    Le premier entraînement officiel a généralement lieu la veille ou deux jours avant la compétition. On part donc très proche de la compétition, car l’hébergement est ce qui coûte le plus cher avec l’avion. Pour tout ce qui concerne le budget de saison et l’organisation globale, je vous invite à écouter les épisodes 4, 17 et 18 du podcast.

    Voyager quand on est sportive de haut niveau

    Une fois la date de départ fixée, je regarde précisément les horaires des avions, en essayant de voyager de nuit, car c’est comme ça que je récupère le mieux. Il faut aussi anticiper le trajet de chez moi jusqu’à Paris. Deux options : tout faire d’un coup ou couper le voyage en deux en dormant une nuit à Paris. J’ai la chance d’avoir de la famille en région parisienne, donc je privilégie souvent cette solution, surtout pour les voyages hors d’Europe.

    Ensuite, il y a la question financière : est-ce que je passe le billet sur ma société ou sur mon compte personnel, selon que le tournoi est financé par la fédération ou non. En parabadminton, nous avons la chance d’avoir une fédération qui nous apporte beaucoup de moyens. Cela demande néanmoins de la gestion et de l’anticipation, car gérer une carrière de haut niveau, c’est aussi gérer une véritable entreprise.

    Arrivée sur place et logistique du tournoi

    À l’arrivée, l’organisation du tournoi fournit des navettes pour rejoindre l’hôtel officiel. Parfois c’est très bien organisé, parfois beaucoup moins, avec de longues attentes à l’aéroport qui impactent la récupération et donc la performance. Dans ces cas-là, il arrive que l’on prenne un taxi par nous-mêmes.

    Avant de continuer, je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast et laisser un avis sur votre plateforme d’écoute. C’est grâce à ça que Journal d’une parabadiste peut toucher toujours plus de monde.

    La classification : un moment clé et stressant

    Ce tournoi était particulier pour moi, car je repassais la classification. La classification consiste à évaluer le handicap des athlètes afin de les répartir dans des classes pour que les compétitions soient équitables. En parabadminton, on ne fait pas jouer un amputé de la main contre un amputé de la jambe. Si vous voulez en savoir plus, j’en parle en détail dans les épisodes 14 et 15.

    J’ai demandé une réévaluation car mon handicap a évolué avec ma maladie neurodégénérative. La classification est un moment très stressant, car elle peut décider de la suite de votre carrière, voire de votre vie sportive. Une carrière paralympique peut s’arrêter sur un seul rendez-vous médical.

    Pour ma part, tout s’est bien passé et j’ai été reconnue en SL3, la classe des handicaps majeurs des jambes.

    Le tableau de compétition et le tirage au sort

    J’ai donc fait ma première apparition en tournoi international SL3 dans un tableau de huit joueuses, avec notamment les numéros 3, 4, 7 et 9 mondiales. Le tirage au sort a été assez avantageux, ce qui m’a permis de monter en niveau de jeu progressivement et de prendre mes repères sur le demi-terrain, spécifique à cette classification.

    Une journée type de match

    La veille, nous connaissons l’horaire approximatif de notre match. À partir de là, toute la journée est construite autour de cet horaire : réveil, repas, navette, échauffement, passage aux toilettes. Cela peut sembler anodin, mais pour de nombreuses personnes handicapées, la gestion de la vessie et des sphincters est un enjeu crucial, notamment en compétition.

    Nous sommes appelés en chambre d’appel environ quinze minutes avant le match, puis nous rejoignons le terrain avec les arbitres. Après quelques minutes d’échauffement, le match commence.

    Récupération, repos et gestion de l’énergie

    Après le match, je quitte rapidement la salle pour récupérer. Douche chaude, piscine si possible, étirements avec le kiné de l’équipe de France : tout est pensé pour gérer la spasticité et la fatigue. Les journées passent vite et le repos est une priorité.

    Il faut aussi gérer tout ce qui entoure le sport : réseaux sociaux, visuels, communication, newsletter. À Dubaï, l’écran de mon ordinateur s’est cassé pendant le vol, ce qui a rendu cette gestion encore plus compliquée. L’adaptation constante est une vraie clé quand on est à la fois sportive et cheffe d’entreprise.

    Résultats sportifs et fin de tournoi

    Je suis sortie première de poule, j’ai gagné contre la numéro 7 mondiale, atteint la finale et remporté une médaille d’argent. J’étais venue uniquement pour la classification et je repars avec un résultat sportif très satisfaisant, mais surtout avec un niveau de jeu au rendez-vous, ce qui reste l’essentiel.

    Conclusion

    Cette compétition à Dubaï m’a permis de vous montrer concrètement ce qu’est une compétition internationale de badminton vécue de l’intérieur : la préparation, la logistique, le stress, la récupération et l’adaptation permanente. Derrière chaque match, il y a une organisation millimétrée, beaucoup d’énergie dépensée et une passion immense pour le sport. J’espère que cet épisode vous aura permis de mieux comprendre les coulisses du sport de haut niveau paralympique.

  • 19.Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi d’être en fauteuil roulant (même si je ne suis pas entièrement paralysée)

    Ceci est une retranscription de l’épisode 19 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi le fauteuil roulant

    Passionné de sport, curieux d’en connaître la face cachée ? Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 19 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qu’on me pose beaucoup sur les réseaux sociaux, parfois de manière très courtoise, sincère et respectueuse, parfois avec beaucoup plus de haine et de jugement.

    Aujourd’hui, je vais donc apporter des éléments de réponse à cette grande question : pourquoi j’utilise un fauteuil roulant dans la vie de tous les jours alors que je joue debout sur un terrain de badminton ?

    La plupart du temps, c’est dans ce sens-là qu’on me pose la question, avec au mieux de l’étonnement, au pire de la suspicion quant à l’utilisation du fauteuil roulant. Rarement dans l’autre sens : « pourquoi tu joues debout alors que tu es en fauteuil ? »

    Cette différence est très significative de ce qu’on vit au quotidien quand on utilise un fauteuil roulant. Les gens vont très vite juger son utilisation dès l’instant où ils voient que tu peux te lever, et encore pire quand tu peux marcher. Je ne vous raconte même pas toutes les réflexions que je peux me prendre, moi qui peux courir.

    Ce n’est ni de la fainéantise, ni pour attirer l’attention, ni pour toucher de l’argent de l’État. Oui, ce sont vraiment des idées reçues encore très répandues. Et c’est précisément ce que nous allons déconstruire aujourd’hui.

    La grande idée reçue sur les utilisateurs de fauteuil roulant

    On estime qu’environ 80 % des utilisateurs de fauteuil roulant ne sont pas entièrement paralysés. Ils peuvent parfois se lever, et parfois même utiliser leurs jambes.

    Donc quand vous voyez quelqu’un en fauteuil se lever pour attraper un paquet de chips en haut d’un rayon au supermarché : c’est normal. Il n’y a ni fraude, ni triche, ni miracle. C’est simplement la réalité du handicap.

    Comprendre rapidement les différentes paralysies

    Sans entrer dans un cours d’anatomie, il faut savoir que la colonne vertébrale est composée de 33 vertèbres. En fonction de l’endroit où la moelle épinière est touchée, les conséquences sont très différentes.

    Une lésion haute peut entraîner une paralysie complète, y compris des muscles respiratoires. Une lésion basse peut provoquer uniquement des troubles sphinctériens. Plus la lésion est haute, plus les fonctions sont atteintes, et inversement.

    De plus, une lésion peut être totale ou partielle, ce qui laisse parfois la possibilité de récupérer certaines fonctions grâce à la rééducation.

    Et il n’y a pas que les accidents : de nombreuses pathologies, comme les paralysies cérébrales, les maladies neurologiques ou articulaires, peuvent rendre la marche possible sur de très courtes distances mais impossible dans la vie extérieure.

    Mon cas personnel et ma maladie

    Je suis atteinte de la maladie de Strumpell-Lorrain, aussi appelée paraplégie spastique héréditaire. C’est une maladie génétique, liée à un gène mal codé dans mon ADN.

    Elle provoque une atteinte des quatre membres. Concrètement, ma moelle épinière fonctionne de moins en moins, ce qui entraîne une perte de force et surtout une spasticité importante.

    La spasticité, ce sont des contractions involontaires des muscles, parfois douloureuses, mais qui peuvent aussi permettre de tenir debout ou de marcher malgré une faible force volontaire.

    Dans mon cas, certains muscles comme les quadriceps et les fessiers me permettent la verticalisation, tandis que d’autres compliquent la marche et la course.

    Pourquoi le badminton est compatible avec mon handicap

    Je peux jouer debout car je conserve encore une certaine force musculaire et de la spasticité utile. Le badminton est un sport explosif, avec de petits déplacements, compatibles avec mon état physique.

    En revanche, je ne pourrais pas pratiquer l’athlétisme ou la course de fond. Le badminton demande une énergie énorme et chaque déplacement me coûte énormément d’efforts.

    Pourquoi le fauteuil roulant est indispensable

    Après un match, je n’ai littéralement plus aucune force. La spasticité explose et marcher devient extrêmement difficile. Pendant longtemps, j’ai utilisé des béquilles, mais cela n’était plus suffisant.

    Après un tournoi très compliqué aux championnats du monde 2022 à Tokyo, j’ai pris la décision de passer au fauteuil roulant.

    Ce choix a été difficile à accepter, car le fauteuil est encore très stigmatisé. Pourtant, c’était la seule solution viable pour préserver mon autonomie et mes performances sportives.

    Fauteuil roulant vs béquilles : une réalité contre-intuitive

    Contrairement aux idées reçues, les béquilles sont parfois plus handicapantes qu’un fauteuil roulant. Porter des courses, un plateau, une valise est bien plus simple en fauteuil.

    Petit à petit, j’ai intégré le fauteuil dans mon quotidien. Mes performances sportives ont été améliorées car j’économisais mes forces en dehors du terrain.

    Une aide technique pour mieux vivre

    Avec l’évolution de ma maladie, j’ai fini par utiliser le fauteuil pour mes déplacements quotidiens. Ma vie est devenue plus facile, plus autonome, plus riche.

    J’ai pu reprendre des activités que j’avais abandonnées : transports en commun, balades avec mon chien, gestion de la maison.

    Ce fonctionnement concerne de nombreuses personnes, y compris des personnes amputées ou atteintes de maladies évolutives.

    Conclusion

    Avant de juger l’utilisation d’une aide technique, il faut comprendre la complexité du handicap invisible. Le fauteuil roulant n’est pas un échec, ni une triche, ni une fin.

    Pour moi, il est à la fois un outil d’autonomie au quotidien et un levier de performance sportive.

    Le choix des aides techniques est personnel, évolutif, et se fait en accord avec une équipe médicale.

    Sortir de rééducation avec un fauteuil roulant, ce n’est pas la fin d’une vie. C’est la fin d’une vie telle qu’on la connaissait, et le début d’une autre.

    Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

  • 17.Financer une carrière sportive quand ton sport est invisible

    Ceci est une retranscription de l’épisode 17 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Une question venue d’Instagram

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 17 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qui m’a été posée sur Instagram : comment finance-t-on un sport peu médiatisé ? C’est une question super intéressante, et surtout le but de mon podcast est vraiment de lever le voile sur toutes les questions que vous vous posez.

    J’adore répondre aux questions directes que vous me faites. Pour ceux qui ont des questions, c’est très simple : soit sur Instagram, le compte c’est @parabadiste.podcast, soit sur Spotify dans la partie commentaires, et moi j’y répondrai dans un prochain épisode.

    Beaucoup de clichés sur le sport de haut niveau

    Aujourd’hui, vaste chantier : comment on finance une carrière sportive de haut niveau ? D’un côté, il y a les gens qui pensent que le sport, c’est comme le foot et qu’on gagne des millions. De l’autre, ceux qui pensent qu’on n’a même pas de quoi s’acheter une paire de chaussures neuves quand on en a besoin.

    Il y a énormément de clichés sur la situation des sportifs de haut niveau en France, donc il est important de faire un point là-dessus.

    Il est très difficile de parler de manière générale, car la situation individuelle de chaque athlète peut être diamétralement opposée, y compris dans un même sport. Si on prend le judo par exemple, Teddy Riner, multi-médaillé olympique, n’a évidemment pas la même situation financière qu’un jeune qui vise ses premiers Jeux en 2028, même s’ils pratiquent le même sport et s’entraînent autant.

    La réalité statistique des sportifs de haut niveau

    En France aujourd’hui, 9 sportifs de haut niveau sur 10 ont soit un métier, soit sont en études en parallèle de leur carrière sportive. Il n’y a que 10 % des sportifs de haut niveau qui vivent uniquement de leur sport et s’y consacrent à 100 %.

    Mais avoir un métier ne suffit pas à financer une carrière. Une activité à côté permet surtout de subvenir à ses besoins et de préparer l’avenir.

    Le coût réel d’une carrière sportive

    Être sportif de haut niveau coûte très cher. Pour performer au niveau mondial, il faut une structure d’entraînement, un lieu pour s’entraîner, un coach, un préparateur physique, un préparateur mental, un accompagnement psychologique et diététique.

    À cela s’ajoute le matériel, parfois extrêmement coûteux selon les sports, comme la voile ou le ski. Et bien sûr, les compétitions : déplacements dans le monde entier, transports, hôtels, nourriture, inscriptions.

    Selon les sportifs, une saison peut coûter entre 20 000 € et 100 000 €. Ce n’est clairement pas avec un travail à temps partiel ou même à temps plein, en parallèle des entraînements, que l’on peut financer tout cela.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour que le plus grand nombre de fans de sport puisse connaître les dessous des carrières de haut niveau.

    Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Levier n°1 : les fédérations

    Le premier levier de financement, c’est la fédération. Ce sont elles qui peuvent proposer les premières bases de financement pour les athlètes performants. Évidemment, les politiques fédérales varient énormément selon les disciplines.

    De manière générale, plus tu performes, plus tu es aidé. C’est un schéma récurrent : pour être aidé, il faut gagner des titres et des médailles. Mais pour gagner des titres et des médailles, il faut pouvoir se consacrer pleinement à son sport. C’est souvent le serpent qui se mord la queue, surtout en début de carrière.

    Ce que peuvent financer les fédérations

    Les fédérations peuvent financer les structures d’entraînement : accès aux équipements, au matériel, aux entraîneurs, aux préparateurs physiques et mentaux, à l’accompagnement diététique, médical et paramédical, ainsi qu’à la récupération (kinés, bains froids, cryothérapie, pressothérapie).

    Cette prise en charge est progressive. L’accès à la salle d’entraînement est assez courant, mais avoir tout le reste à volonté reste beaucoup plus rare.

    Les fédérations peuvent aussi intervenir sur les compétitions : inscriptions, déplacements, hébergement. Là encore, cela dépend énormément des sports et des athlètes.

    Levier n°2 : les pouvoirs publics

    Les pouvoirs publics constituent un autre levier important : l’État, les régions, les départements.

    L’Agence Nationale du Sport peut intervenir pour compenser l’impact du sport sur la vie professionnelle : indemnisation des employeurs, financement de remplaçants, ou mise en place de Contrats d’Insertion Professionnelle.

    L’ANS peut aussi verser une aide sociale mensuelle aux sportifs en fonction de leurs performances et de leur potentiel aux championnats du monde et aux Jeux.

    Les Maisons Régionales de la Performance peuvent également apporter un soutien, comme le financement des frais liés aux aidants sur certaines compétitions.

    Enfin, les collectivités locales peuvent attribuer des aides spécifiques selon le lieu de résidence ou d’entraînement.

    Le graal : les dispositifs d’insertion professionnelle

    Il existe un dispositif particulièrement précieux : les contrats avec l’armée, la police, les douanes.

    Le sportif est salarié comme militaire ou agent, mais détaché à 100 % pour son sport. Il se consacre uniquement à l’entraînement et à la compétition, tout en représentant l’institution.

    Aux Jeux de Paris 2024, un tiers des médailles françaises ont été remportées par des sportifs issus de ces dispositifs.

    Le rôle des clubs

    Les clubs peuvent parfois participer aux frais de carrière. Certains athlètes sont salariés de leur club, mais c’est rare. Le plus souvent, les clubs aident à financer les entraînements, les compétitions et servent de support juridique pour le mécénat.

    Depuis l’automne 2024, la Fondation du Sport Français permet aux sportifs inscrits sur liste ministérielle d’ouvrir une cagnotte en ligne avec déductions fiscales pour les donateurs.

    Les équipementiers et le matériel

    Le matériel est un poste de dépense majeur. Les équipementiers peuvent fournir du matériel en échange de visibilité. Le niveau d’équipement dépend fortement des performances et de la notoriété de l’athlète.

    Les disparités sont énormes entre les sportifs, selon la médiatisation et la visibilité sur les réseaux sociaux.

    Les sponsors privés

    Les sponsors privés sont souvent le levier décisif, notamment pour les sports peu médiatisés. Ils permettent de boucler le budget lorsqu’il manque des financements publics.

    Le sponsoring ne tombe pas du ciel. Il repose sur la visibilité, mais aussi sur la construction d’une image. J’en parlerai en détail dans le prochain épisode.

    Conclusion

    En résumé, même s’il existe de nombreux dispositifs pour financer une carrière sportive, cela reste aujourd’hui un véritable casse-tête pour la majorité des sportifs de haut niveau en France.

    Avec des contrats précaires, des dossiers à renouveler et beaucoup d’incertitudes, il faut apprendre à actionner tous les leviers disponibles et construire un véritable business plan. Comme dans tout milieu indépendant, on est rarement riche, rarement à la rue, mais on doit compter sur soi-même pour faire fonctionner l’ensemble.

    Ceci est une retranscription de l’épisode 17 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Une question venue d’Instagram

    Bonjour à tous, bienvenue dans l’épisode 17 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qui m’a été posée sur Instagram : comment finance-t-on un sport peu médiatisé ? C’est une question super intéressante, et surtout le but de mon podcast est vraiment de lever le voile sur toutes les questions que vous vous posez.

    J’adore répondre aux questions directes que vous me faites. Pour ceux qui ont des questions, c’est très simple : soit sur Instagram, le compte c’est @parabadiste.podcast, soit sur Spotify dans la partie commentaires, et moi j’y répondrai dans un prochain épisode.

    Beaucoup de clichés sur le sport de haut niveau

    Aujourd’hui, vaste chantier : comment on finance une carrière sportive de haut niveau ? D’un côté, il y a les gens qui pensent que le sport, c’est comme le foot et qu’on gagne des millions. De l’autre, ceux qui pensent qu’on n’a même pas de quoi s’acheter une paire de chaussures neuves quand on en a besoin.

    Il y a énormément de clichés sur la situation des sportifs de haut niveau en France, donc il est important de faire un point là-dessus.

    Il est très difficile de parler de manière générale, car la situation individuelle de chaque athlète peut être diamétralement opposée, y compris dans un même sport. Si on prend le judo par exemple, Teddy Riner, multi-médaillé olympique, n’a évidemment pas la même situation financière qu’un jeune qui vise ses premiers Jeux en 2028, même s’ils pratiquent le même sport et s’entraînent autant.

    La réalité statistique des sportifs de haut niveau

    En France aujourd’hui, 9 sportifs de haut niveau sur 10 ont soit un métier, soit sont en études en parallèle de leur carrière sportive. Il n’y a que 10 % des sportifs de haut niveau qui vivent uniquement de leur sport et s’y consacrent à 100 %.

    Mais avoir un métier ne suffit pas à financer une carrière. Une activité à côté permet surtout de subvenir à ses besoins et de préparer l’avenir.

    Le coût réel d’une carrière sportive

    Être sportif de haut niveau coûte très cher. Pour performer au niveau mondial, il faut une structure d’entraînement, un lieu pour s’entraîner, un coach, un préparateur physique, un préparateur mental, un accompagnement psychologique et diététique.

    À cela s’ajoute le matériel, parfois extrêmement coûteux selon les sports, comme la voile ou le ski. Et bien sûr, les compétitions : déplacements dans le monde entier, transports, hôtels, nourriture, inscriptions.

    Selon les sportifs, une saison peut coûter entre 20 000 € et 100 000 €. Ce n’est clairement pas avec un travail à temps partiel ou même à temps plein, en parallèle des entraînements, que l’on peut financer tout cela.

    Un message important pour soutenir le podcast

    Petit aparté avant de continuer. J’ai vraiment de l’ambition pour mon podcast et j’aimerais qu’il se diffuse le plus possible pour que le plus grand nombre de fans de sport puisse connaître les dessous des carrières de haut niveau.

    Vous pouvez m’aider très simplement en mettant une note sur votre plateforme d’écoute, un commentaire et en partageant votre épisode préféré sur vos réseaux sociaux. Merci à tous.

    Levier n°1 : les fédérations

    Le premier levier de financement, c’est la fédération. Ce sont elles qui peuvent proposer les premières bases de financement pour les athlètes performants. Évidemment, les politiques fédérales varient énormément selon les disciplines.

    De manière générale, plus tu performes, plus tu es aidé. C’est un schéma récurrent : pour être aidé, il faut gagner des titres et des médailles. Mais pour gagner des titres et des médailles, il faut pouvoir se consacrer pleinement à son sport. C’est souvent le serpent qui se mord la queue, surtout en début de carrière.

    Ce que peuvent financer les fédérations

    Les fédérations peuvent financer les structures d’entraînement : accès aux équipements, au matériel, aux entraîneurs, aux préparateurs physiques et mentaux, à l’accompagnement diététique, médical et paramédical, ainsi qu’à la récupération (kinés, bains froids, cryothérapie, pressothérapie).

    Cette prise en charge est progressive. L’accès à la salle d’entraînement est assez courant, mais avoir tout le reste à volonté reste beaucoup plus rare.

    Les fédérations peuvent aussi intervenir sur les compétitions : inscriptions, déplacements, hébergement. Là encore, cela dépend énormément des sports et des athlètes.

    Levier n°2 : les pouvoirs publics

    Les pouvoirs publics constituent un autre levier important : l’État, les régions, les départements.

    L’Agence Nationale du Sport peut intervenir pour compenser l’impact du sport sur la vie professionnelle : indemnisation des employeurs, financement de remplaçants, ou mise en place de Contrats d’Insertion Professionnelle.

    L’ANS peut aussi verser une aide sociale mensuelle aux sportifs en fonction de leurs performances et de leur potentiel aux championnats du monde et aux Jeux.

    Les Maisons Régionales de la Performance peuvent également apporter un soutien, comme le financement des frais liés aux aidants sur certaines compétitions.

    Enfin, les collectivités locales peuvent attribuer des aides spécifiques selon le lieu de résidence ou d’entraînement.

    Le graal : les dispositifs d’insertion professionnelle

    Il existe un dispositif particulièrement précieux : les contrats avec l’armée, la police, les douanes.

    Le sportif est salarié comme militaire ou agent, mais détaché à 100 % pour son sport. Il se consacre uniquement à l’entraînement et à la compétition, tout en représentant l’institution.

    Aux Jeux de Paris 2024, un tiers des médailles françaises ont été remportées par des sportifs issus de ces dispositifs.

    Le rôle des clubs

    Les clubs peuvent parfois participer aux frais de carrière. Certains athlètes sont salariés de leur club, mais c’est rare. Le plus souvent, les clubs aident à financer les entraînements, les compétitions et servent de support juridique pour le mécénat.

    Depuis l’automne 2024, la Fondation du Sport Français permet aux sportifs inscrits sur liste ministérielle d’ouvrir une cagnotte en ligne avec déductions fiscales pour les donateurs.

    Les équipementiers et le matériel

    Le matériel est un poste de dépense majeur. Les équipementiers peuvent fournir du matériel en échange de visibilité. Le niveau d’équipement dépend fortement des performances et de la notoriété de l’athlète.

    Les disparités sont énormes entre les sportifs, selon la médiatisation et la visibilité sur les réseaux sociaux.

    Les sponsors privés

    Les sponsors privés sont souvent le levier décisif, notamment pour les sports peu médiatisés. Ils permettent de boucler le budget lorsqu’il manque des financements publics.

    Le sponsoring ne tombe pas du ciel. Il repose sur la visibilité, mais aussi sur la construction d’une image. J’en parlerai en détail dans le prochain épisode.

    Conclusion

    En résumé, même s’il existe de nombreux dispositifs pour financer une carrière sportive, cela reste aujourd’hui un véritable casse-tête pour la majorité des sportifs de haut niveau en France.

    Avec des contrats précaires, des dossiers à renouveler et beaucoup d’incertitudes, il faut apprendre à actionner tous les leviers disponibles et construire un véritable business plan. Comme dans tout milieu indépendant, on est rarement riche, rarement à la rue, mais on doit compter sur soi-même pour faire fonctionner l’ensemble.

  • 15.Tricheries, exclusions, injustices : l’autre réalité du sport paralympique

    Ceci est une retranscription de l’épisode 15 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
    écouter l’épisode

    La classification en sport paralympique : injustices, tricheries et pistes d’amélioration

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 15 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, nous allons aborder la deuxième partie sur la classification en sport paralympique.

    Dans le premier épisode, je vous expliquais pourquoi il y a plusieurs catégories dans un même sport, pourquoi une personne amputée peut jouer contre une personne qui a de la spasticité ou un autre handicap, et je vous ai donné quelques exemples pour illustrer pourquoi la classification ne se fait pas forcément par type de handicap, mais par impact du handicap sur la pratique sportive.

    Comment se déroule la classification ?

    La classification, c’est un processus précis, codifié, avec des règles. Une classification se fait en trois parties :

    1. L’évaluation médicale

    La première partie, c’est la partie médicale : la personne est en slip et en brassière, elle va se faire examiner par des classificateurs professionnels formés à ça. Les classificateurs ont tous été athlètes ou experts du domaine et sont reconnus par le comité international paralympique. Ils vont évaluer la tonicité musculaire, la mobilité, l’équilibre, la force, bref tous les éléments qui composent le handicap.

    2. L’évaluation technique

    Deuxième partie : la partie technique. On va demander à l’athlète de faire des mouvements liés à son sport, par exemple des appuis, des changements de direction, un service ou un smash au badminton. Cela permet d’observer l’impact réel du handicap dans les gestes sportifs.

    3. L’observation en situation réelle

    Troisième partie : l’observation en compétition. L’athlète va faire un match observé par les classificateurs. Cela permet de voir si l’impact du handicap est cohérent avec ce qui a été observé en médical et en technique.

    À la fin de ces trois étapes, les classificateurs attribuent une classe à l’athlète, soit de manière définitive, soit de manière provisoire lorsqu’ils ont un doute et veulent observer l’évolution.

    Les limites du système

    Alors évidemment, tout ça semble carré, précis, et on pourrait se dire que la classification est totalement fiable. Mais ce n’est pas toujours le cas – et c’est normal : les handicaps sont complexes, évolutifs, et ne sont pas toujours visibles.

    Certains handicaps peuvent évoluer d’une année sur l’autre, comme la spasticité ou certaines pathologies musculaires. Certaines personnes peuvent avoir des jours où ça va, et des jours où ça ne va pas du tout. Ce qui rend le processus extrêmement complexe.

    Il arrive aussi que deux personnes dans la même classe n’aient pas du tout les mêmes besoins ni les mêmes limitations. Mais elles sont quand même classées ensemble car l’impact global reste jugé similaire.

    Les injustices possibles

    Comme dans tout système humain, il peut y avoir des injustices. Par exemple :

    • Un athlète peut se retrouver dans une classe légèrement trop haute, où les autres ont moins d’impact que lui.
    • À l’inverse, un athlète peut être classé un peu trop bas, ce qui crée un avantage pour lui.

    Ce n’est pas forcément volontaire : le handicap peut être difficile à évaluer, les symptômes peuvent varier d’un jour à l’autre, et certains athlètes ont des capacités qui émergent seulement en match intense.

    La question de la tricherie

    On ne va pas se mentir : oui, la tricherie existe. Comme dans tous les sports. Et elle peut prendre plusieurs formes :

    1. Minimiser son handicap

    Certains athlètes peuvent exagérer les limitations lors du test médical (par exemple en forçant moins) pour obtenir une classe plus favorable. C’est rare, mais ça arrive.

    2. Maximiser son handicap

    À l’inverse, certains peuvent accentuer certains symptômes le jour de la classification, par exemple en ne prenant pas un traitement qui stabilise leur spasticité.

    Heureusement, les classificateurs sont généralement très expérimentés, et ils connaissent ces stratégies. L’observation en compétition permet aussi de détecter les incohérences.

    3. Les évolutions non déclarées

    Un athlète peut aussi s’améliorer physiquement ou rééduquer un membre, ce qui change l’impact du handicap… mais ne pas le déclarer. Cela peut créer un avantage involontaire ou volontaire.

    Et dans le parabadminton ?

    Dans mon sport, le parabadminton, la classification a beaucoup évolué ces dernières années. Des athlètes ont été reclassifiés, d’autres ont changé de classe, et il y a eu beaucoup de discussions sur l’équité. C’est normal : le sport est jeune, les règles évoluent, et les connaissances aussi.

    Par exemple, certaines personnes en SL4 ont des handicaps très différents des miens, mais avec un impact similaire. À l’inverse, parfois, on peut rencontrer quelqu’un dans la même classe mais avec une amplitude de mouvement, une force ou une stabilité qui semble bien supérieure.

    Ce n’est pas que le système est mauvais : c’est juste que le handicap n’est jamais uniforme, et que la classification repose sur des critères humains, observés par des humains.

    Les pistes d’amélioration

    Le comité international paralympique réfléchit à plusieurs pistes :

    • Une meilleure standardisation des tests médicaux
    • Plus d’observations en situation réelle
    • Des reclassifications régulières pour les handicaps évolutifs
    • Une transparence accrue pour le public (car beaucoup de fans ne comprennent pas le système)
    • Un meilleur accompagnement des fédérations pour harmoniser les pratiques

    Certains sports envisagent même des classifications numériques (comme dans le ski), basées sur une pondération précise de chaque type de limitation. Cela pourrait rendre les compétitions encore plus équitables.

    Conclusion

    La classification est un pilier essentiel du sport paralympique. C’est un système imparfait, mais indispensable. Et surtout, c’est un système vivant, qui évolue et s’adapte en permanence.

    Dans tous les cas, souvenez-vous : derrière chaque classe, chaque code, chaque numéro, il y a un humain, avec ses forces, ses fragilités, son parcours, son histoire. Et c’est ça qui rend le parasport aussi passionnant.

    Merci d’avoir écouté cet épisode. Vous pouvez me retrouver sur Instagram @parabadiste.podcast pour continuer la discussion. À très vite !

  • 14.Classification paralympique : comment ça marche ? Plongée dans les secrets des jeux paralympiques

    Ceci est une retranscription de l’épisode 14 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Comprendre la classification en parasport

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode n°14 de mon podcast, Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau : la classification en parasport. Les Jeux Paralympiques ont permis de diffuser du sport à la télé et dans les stades, et beaucoup de gens qui n’étaient pas familiers avec le parasport se sont retrouvés un peu perdus face aux multiples épreuves dans un même sport.

    On va donc essayer d’apporter un peu d’éclairage pour comprendre les enjeux de la classification, comment elle est réalisée, et pourquoi on voit tel athlète affronter tel autre. Cet épisode sera divisé en deux parties, car le sujet est dense et je tiens à garder un format de 20 minutes maximum, comme vous l’aimez !

    La classification : de quoi parle-t-on ?

    La classification, c’est le processus qui vise à répartir les athlètes dans différentes classes en fonction de leur handicap et surtout de son impact sur la pratique sportive. C’est le point de départ de toute activité parasportive, car des classes équitables garantissent que la personne qui gagne est la meilleure, celle qui a le plus travaillé, le meilleur physique, la meilleure technique, le meilleur mental – et non celle qui a le handicap le moins important.

    Grâce à ces classes, quel que soit le handicap et sa sévérité, chacun a une chance de performer face à des athlètes ayant des impacts similaires sur leur pratique. La classification vise à garantir l’équité sportive – une notion essentielle : les processus recherchent l’équité et pas forcément l’égalité.

    Équité vs égalité

    L’équité consiste à s’assurer que deux concurrents ont les mêmes limitations dans leur pratique et partent avec les mêmes chances de réussite, quelle que soit la nature de leur handicap.

    En parabadminton (mon sport), par exemple, en classe SL4, une personne amputée tibiale peut jouer contre une personne ayant de la spasticité dans la jambe. Les handicaps sont différents, mais leurs répercussions sur le terrain sont équivalentes.

    Ce choix d’organisation permet aussi de constituer des groupes suffisamment grands pour organiser des compétitions viables. Si on classait uniquement par type de handicap, il n’y aurait souvent pas assez d’athlètes pour remplir un tableau.

    Des sports qui choisissent différemment

    Certains sports, comme l’athlétisme, utilisent des classes basées sur la nature du handicap pour garantir une équité maximale – notamment parce que, dans les sports chronométrés, tout se joue parfois au centième de seconde.

    Cependant, même dans ces cas, certaines classes sont regroupées en compétition lorsqu’il n’y a pas assez d’athlètes. On retient alors l’impact du handicap sur la performance pour maintenir une compétition équitable.

    Qui fixe les règles ?

    Il existe deux grandes catégories de sports : les sports paralympiques (présents aux Jeux) et les sports non paralympiques.

    Les sports non paralympiques

    Ils peuvent créer leurs propres règles de classification, ou même décider de ne pas classer les athlètes du tout. Certains mélangent même athlètes valides et athlètes en situation de handicap, comme le BaskIn.

    Les sports paralympiques

    Eux doivent répondre aux règles du Comité International Paralympique (CIP). Chaque athlète doit présenter un des 10 handicaps éligibles :

    • Puissance musculaire affaiblie
    • Amplitude de mouvement limitée
    • Déficience d’un membre
    • Différence de longueur des jambes
    • Petite taille
    • Hypertonie musculaire
    • Ataxie
    • Dystonie
    • Déficience visuelle
    • Déficience intellectuelle

    Les autres handicaps (douleur, hyperlaxité, troubles cardiovasculaires, autisme, surdité…) ne permettent pas de participer aux sports paralympiques.

    Chaque sport définit ensuite ses propres classes

    Tant que les critères respectent la liste des 10 handicaps éligibles, chaque Fédération internationale peut définir librement son système. Certains sports accueillent tous les types de handicaps (athlétisme), d’autres se concentrent sur un seul (le judo, uniquement pour les déficients visuels).

    Dans certains sports comme le paraski, il n’existe qu’un podium par grande catégorie (debout, assis, déficience visuelle), mais le chronomètre est ajusté selon la classe de chacun pour garder l’équité.

    Pourquoi c’est si complexe ?

    Le système paraît simple en théorie (assurer l’équité), mais chaque sport a ses propres règles et ses propres classes. Il est donc impossible de tout connaître ou retenir en un clin d’œil.

    Chaque sport possède son propre vocabulaire : WH1, SU5, SH6, SL4 en badminton ; T51, T64, F36 en athlétisme… Dans la plupart des sports, plus le chiffre est petit, plus le handicap est important.

    Classification et perceptions erronées

    Pendant les Jeux Paralympiques, de nombreuses incompréhensions sont nées. Le parasport reflète deux réalités :

    • Le handicap invisible existe.
    • Les conséquences d’un handicap sont souvent plus complexes qu’on ne l’imagine.

    Un exemple personnel

    Lors de mon premier match à Paris, diffusé sur France 2, j’ai reçu beaucoup de retours : « C’était injuste, tu jouais contre une fille handicapée du bras alors que toi c’est les jambes. »

    La joueuse indienne contre moi avait effectivement un bras amputé. Mais elle avait aussi une arthrodèse de la cheville, un handicap invisible mais bien réel, qui l’a rendue éligible en SL4, la même classe que moi.

    Ce match montre à quel point les handicaps invisibles sont souvent ignorés. Pourtant, la classification est pensée pour être équitable. Il n’y avait aucune raison qu’une athlète avec un handicap au bras joue contre une athlète avec un handicap aux jambes – cela serait inéquitable.

    Un exemple : Alexandre Léauté

    Alexandre Léauté, paracycliste multiple champion du monde et paralympique, a aussi fait l’objet de critiques. Il a une hémiplégie importante et concourt souvent face à des athlètes amputés d’une jambe. Certains grincheux ont rapidement conclu qu’il avait un avantage “parce qu’il a deux jambes”.

    Mais en réalité, il pousse à 90 % avec sa jambe gauche. Sa jambe droite ne contribue qu’à 10 %, mais doit quand même être irriguée : son cœur travaille pour deux jambes, contrairement à ses concurrents. Dans un sport où le cardio et la récupération sont essentiels, cela rétablit l’équité.

    En plus, son bras droit est touché, ce qui le handicape sur les départs, contrairement à ses adversaires qui ont deux bras valides.

    Conclusion : le handicap n’est jamais binaire.

    De même, beaucoup d’athlètes utilisant un fauteuil en compétition peuvent marcher chez eux. Cela ne signifie pas qu’ils trichent : la majorité des utilisateurs de fauteuil ont encore quelques capacités debout.

    Comment se déroule une classification ?

    Vous vous demandez sûrement comment on juge l’impact du handicap et comment on attribue une classe. Ce sera le sujet de la deuxième partie de cet épisode !

    Nous parlerons du processus de classification, des limites du système, des injustices possibles et des pistes d’amélioration pour le futur du parasport.

    Pour ne rien manquer, abonnez-vous et suivez-moi sur les réseaux sociaux : @parabadiste.podcast

    Conclusion

    La classification est un système essentiel pour garantir l’équité dans le parasport. Complexe, nuancé, parfois mal compris, il reflète avant tout la diversité et la richesse des parcours de chaque athlète. Comprendre ces mécanismes, c’est mieux apprécier les performances, éviter les jugements hâtifs, et reconnaître la valeur du travail accompli par les sportifs paralympiques.

    Rendez-vous dans deux semaines pour la suite !

  • 13.Les secrets d’une sportive de haut niveau pour devenir champion de France

    Ceci est une retranscription de l’épisode 13 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode.

    Une victoire fraîche : mon titre de championne de France

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 13 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, un épisode en lien avec mon actualité sportive toute fraîche puisque je viens de décrocher ce week-end le titre de championne de France de parabadminton en classe SL4-SU5.

    Alors c’était le moment de partager cette nouvelle, mais surtout de vous éclairer sur les dessous d’un titre sportif majeur : comment on arrive à cette performance, et qu’est-ce qu’on doit mettre en place pour maximiser les chances de pouvoir ajouter cette ligne à son palmarès quand on pratique un sport à bon niveau.

    C’est ma deuxième médaille d’or sur un championnat de France, et cette fois-ci elle a un goût encore plus particulier puisque nous étions regroupées avec la classe SU5. Le prochain épisode sera d’ailleurs consacré aux classifications, pour que vous puissiez mieux comprendre ces histoires de classes en parasport. Mais pour faire très simple : j’ai un handicap au niveau des jambes, et je jouais contre des filles qui ont un handicap au niveau du bras, tout simplement parce qu’il n’y avait pas assez de monde pour faire deux tableaux. Sur le papier, ça peut paraître un peu injuste — en soi ça l’est — mais il vaut mieux ça que de ne pas pouvoir jouer par manque de joueuses.

    Les idées reçues sur un titre majeur

    La plupart des gens s’imaginent que pour gagner un titre majeur, on s’entraîne, on joue et on repart (ou pas) avec une médaille. Dans la réalité, le chemin est un peu plus sinueux. Ce serait le rêve de tout sportif de pouvoir juste se concentrer à fond sur son sport et devenir le meilleur comme ça. Mais malheureusement, il y a beaucoup d’autres choses à faire et à organiser pour pouvoir grimper jusqu’au titre de champion de France et devenir, en quelque sorte, la meilleure personne du pays dans cette discipline.

    Généralement, un titre de champion de France commence tout bêtement par choisir un sport quand on est enfant. Aller tous les mercredis après-midi à l’entraînement, découvrir les règles, la technique, la tactique, faire des jeux autour de tout ça et commencer petit à petit ses premières compétitions.

    Découvrir la compétition jeune n’est pas obligatoire. Il y a mille façons de performer dans son sport. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas commencé à six ans qu’on ne pourra pas devenir le meilleur. Typiquement, j’ai commencé le badminton il y a trois ans, donc on voit bien qu’il existe des trajectoires atypiques. Mais malgré tout, la performance vient avec la répétition et le nombre d’heures de pratique. Plus on commence tôt, plus on emmagasine d’expérience, et potentiellement plus on peut faire partie des meilleurs.

    Si j’ai pu atteindre ce niveau en seulement trois ans de badminton, c’est aussi parce que j’avais derrière moi dix ans de tennis en compétition, sept ans de sport-étude, et toutes les exigences que cela implique. Même si ce n’était pas le même sport, j’avais déjà un gros bagage.

    Les champions que vous voyez aujourd’hui ont dédié toute leur vie à leur discipline : cela ne vient pas en un claquement de doigts.

    Le travail dans l’ombre

    Ceux qui réussissent le plus sont souvent ceux qui travaillent le plus dans l’ombre : les footballeurs qui restent après l’entraînement pour tirer des coups francs, les joueurs de tennis qui prennent des seaux de balles pour pratiquer leur service seuls. Chaque sportif qui n’attend pas qu’on le pousse pour se donner à 300 % et finir totalement rassasié à la fin de chaque séance.

    Si tu veux devenir le meilleur, il faut travailler plus que les autres — et aussi plus intelligemment.

    La préparation physique : le socle de la performance

    À côté de la pratique de son sport en tant que tel, il y a tout le volet préparation physique. C’est extrêmement important, non seulement pour performer mais aussi pour éviter les blessures.

    Selon les moments, cela peut représenter plusieurs séances par semaine :

    • en salle, avec musculation, gainage, exercices ciblés ;
    • du cardio : running, vélo, natation ;
    • du travail d’explosivité, de proprioception, de jeu de jambes et de motricité pour servir la technique sur le terrain.

    La préparation mentale : longtemps sous-estimée

    La préparation mentale a longtemps été sous-estimée, parfois même méprisée. On entendait encore récemment des idées reçues comme : « Faire de la prépa mentale, c’est être faible. » Heureusement, aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le résultat passe autant par la performance technique, physique que mentale.

    Tu peux être le meilleur du monde techniquement : si tu n’es pas bien mentalement, tu n’iras pas loin.

    La prépa mentale est un élément clé du quotidien d’un sportif, mais pas toujours simple à mettre en place. Il faut trouver la bonne approche, la bonne personne, un préparateur qui te comprend. C’est parfois l’étape la plus longue.

    Le coût d’une carrière sportive

    Comme je le disais au début, il n’y a pas que la pratique pure. Une carrière sportive de haut niveau coûte cher. À moins de gagner au loto, il faut prévoir tout un tas de choses pour pouvoir s’entraîner suffisamment, avoir le bon matériel, un coach et participer aux compétitions.

    Un sportif qui veut financer sa carrière doit avoir des sponsors. Et pour avoir des sponsors, il faut exister aux yeux du monde. Aujourd’hui, cela passe par les réseaux sociaux.

    Les réseaux sociaux : une activité à part entière

    Pour espérer convaincre un partenaire, il faut publier du contenu : vidéos, shootings photo, publications régulières, storytelling, actus, réponses aux commentaires. Tout cela prend du temps, nécessite de l’organisation, une vraie vision.

    Les médias : indispensables pour émerger

    Quand on fait un sport de niche, personne ne va parler de nous « sans notre consentement » comme pour le foot. Pour faire connaître notre sport, nos résultats, nos objectifs, il faut aller vers les journalistes, les rencontrer, les démarcher, leur proposer notre projet. On peut envoyer des dizaines de dossiers pour seulement quelques retours.

    Mais c’est un levier majeur pour exister.

    La recherche de sponsors : entre patience et stratégie

    Construire son image et exister aux yeux du monde permet ensuite d’aller démarcher des entreprises pour financer son championnat de France et sa carrière. Et on n’a toujours pas joué le moindre point que tout ce travail en amont a déjà été colossal.

    La recherche de sponsors peut aller vite ou être très longue. Le bouche-à-oreille reste un levier important. Mais dans tous les cas, il faut parler de son projet partout : en direct, sur les réseaux, par mails, relances, posts, rencontres, discussions, même les pistes qui semblent fantaisistes.

    Au bout de tout cela viennent les rendez-vous qui finalisent les partenariats. Et on peut alors partir sur le championnat de France en étant serein financièrement, avec un membre de plus dans l’équipe. Parce que, comme on dit, seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin.

    L’entrée dans la compétition : les choix stratégiques

    Après tout cela vient enfin le concret : la compétition. Là aussi, des choix s’imposent : voiture, train, avion ? Chacun a des avantages et des inconvénients, et ces décisions ont un impact sur la performance.

    Une fois sur place, l’objectif est clair : donner le meilleur de son jeu. Le fruit de tout le travail — technique, physique, mental, cognitif — peut alors payer… ou non.

    Il n’existe pas une seule recette pour devenir champion. Chacun a sa méthode, son fonctionnement, son équilibre entre points forts, points faibles, nutrition, sommeil, plaisir, contraintes, vie personnelle. On reste des humains, pas des robots.

    Après la médaille : encore du travail

    Une fois la médaille obtenue, ce n’est pas fini : il faut communiquer. Faire un récap, une newsletter, une vidéo, un post sur chaque réseau, raconter son histoire aux journalistes.

    On pourrait penser que cela freine la performance : oui, c’est une charge énorme de travail. Mais une carrière sportive se construit sur le long terme. Sans solidité financière, pas de vision, pas de carrière.

    Les clés de la réussite

    Pour les jeunes qui veulent performer, comme pour les plus âgés qui se lancent dans un sport de niche (et même au-delà du sport), voici ce que je retiens :

    • S’imposer une discipline et ne pas attendre qu’on nous pousse : le travail de l’ombre finit toujours par payer.
    • Repérer les facteurs de performance et les adapter à son propre profil.
    • Construire sa présence et son image même dans les périodes calmes, sans attendre les grandes échéances.
    • S’entourer de partenaires sur le long terme pour bâtir un système solide et avoir une vision à moyen terme.

    Conclusion

    Un titre de championne de France ne se résume jamais à un week-end de compétition. Il est le résultat de mois — parfois d’années — d’efforts, d’organisation, de travail invisible, de remis

  • 11.Les Jeux Paralympiques de parabadminton : 49mn qui ont changé ma vie.

    Ceci est une retranscription de l’épisode 11 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
    écouter l’épisode

    Et bien voilà, je suis une paralympienne !
    Après une petite pause, c’est naturellement par un épisode pour débrifier de mes jeux paralympiques que je fais mon retour ici.

    Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je m’appelle Milena Surreau je fais du para-badminton et sur mon podcast, je parle du sport de haut niveau, de sa face cachée, de notre quotidien, je réponds à toutes les questions que vous vous êtes toujours posé sur ce métier qui fait rêver beaucoup de monde. Et j’aborde aussi le sujet du handicap dans la société, dans la vie quotidienne parce que j’ai un handicap moteur dû à une maladie neurologique et je suis aussi autiste.

    J’ai déjà abordé tout ça en détail dans les 1er épisodes du podcast donc je vous invite à aller les écouter pour mieux me connaître et me poser vos questions s’il y a certains sujets qui vous interrogent mais que je n’ai pas encore abordé !

    Place à l’épisode du jour sur les Jeux Paralympiques de Paris 2024.

    Une expérience hors du commun après les JO

    On a vraiment vécu un truc de dingue !

    Après les Jeux Olympiques, on s’attendait vraiment à vivre une expérience hors du commun, mais avec quand même toujours cette petite incertitude en tant que para : est ce que le public va suivre ? Est ce qu’on va vivre un truc aussi énorme que les JO, ou est ce que ça sera bien mais pas incroyable puisque c’est la rentrée, le sport paralympique attire moins, est parfois un peu complexe à comprendre avec toutes les classifications etc.

    Donc on était vraiment excité, on avait super hâte, mais avec toujours ce petit doute qui plane quand même sur : qu’est ce qu’on va vivre réellement ?

    2 semaines extrêmement longues à passer

    Pour ma part, les 2 semaines entre la fin des Jeux Olympiques et le départ pour les Jeux Paralympiques ont vraiment été très longues. Ca n’a pas été super simple à vivre parce que les JO m’ont tellement boostée, voir tous ces stades pleins, les médailles, les podiums, la ferveur populaire et médiatique, j’avais tellement HATE d’y être.

    Sauf qu’à la fin des JO, il y avait encore 2 semaines à attendre avant nos jeux, et 2 semaines c’est assez long surtout dans le contexte dans lequel on est c’est à dire qu’on a vécu 1 an de qualification en 2023-2024, après on part direct sur 5 mois de préparation.

    Et tout ça c’est très long, c’est des entraînements tous les jours, des prépas physiques, des prépas mentales, des sollicitations au niveau des médias, les gens dans la vie tous les jours qui te parlent des Jeux, qui t’encouragent, qui te demandent quand est ce que sont exactement tes matchs, et comment on pourra les regarder etc. et c’est vrai que ça demande beaucoup d’énergie de répondre présent pour tout ça.

    Et en plus de ça c’est vrai que plus on se rapproche de la date fatidique, plus il y avait pour moi cette peur de me blesser. Parce que là si tu te blesses à ce moment là c’est foutu, t’auras pas le temps de récupérer et de pouvoir participer aux Jeux, donc il y a eu un peu ce stress au fur et à mesure que ça approchait : si je me blesse c’est vraiment le pire truc qui peut m’arriver.

    Donc à la fin, quand il ne reste que 2 semaines, c’est 2 semaines qui paraissent vraiment interminables, moi j’étais vraiment à bout de souffle et je commençais à être assez fatiguée. D’autant plus que j’étais au centre de rééducation jusqu’au 13 août, donc quand les JO se sont terminés, ma rééducation s’est terminée quasi en même temps, et derrière il y a eu 2 semaines assez vides d’un coup, avec cette hâte d’être au 28 août pour le début des paralympiques. Donc ça a été une période assez compliquée.

    Et enfin, le 24 août, départ pour le village paralympique.
    Après tant d’attente, tu es sur le point de réaliser ton rêve de gosse.

    Direction le village paralympique !

    Donc on commence par faire son accréditation, c’est d’ailleurs là que je me suis rendue compte que j’avais perdu mon passeport et mes ordonnances de médicament dans le van qui m’a emmené au village, donc je garde pas un souvenir incroyable de mon arrivée parce que ça a été un stress énorme avec cette histoire de passeport.

    Mais ensuite, on se dirige vers le bâtiment de l’équipe de France où on va rejoindre l‘appartement dans lequel je serai pour ces 10 jours de compétition. Il y avait vraiment plein de bénévoles qui étaient là pour nous aider à apporter nos bagages, nous montrer le chemin. Donc vraiment du début à la fin grand merci aux bénévoles de Paris 2024 !

    La première journée a été assez dense et fatigante parce que après mon arrivée le matin, j’avais directement un créneau à la salle de compétition pour la découvrir, installer les affaires d’Eugène mon chien d’assistance, et ensuite le soir on avait la conférence de presse puisque chaque équipe de France devait faire une conférence de presse au club France avant le début de leur compétition.

    Cette conférence de presse elle a été assez chouette à mes yeux puisque notre fédération a fait le choix qu’on y participe tous, contrairement à d’autres collectifs qui n’ont eu que 2 ou 3 athlètes choisis pour les représenter. Donc on a tous pu être présentés à la presse et répondre aux questions des journalistes.

    Prendre son rythme et trouver ses routines

    Dans les jours qui ont suivi, l’objectif était vraiment de prendre mes marques au village, trouver un rythme et des routines efficaces entre la gestion de mon chien et de ses besoins, mes besoins à moi et une mécanique qui roule avec ma cousine qui était mon aide de vie sur cette compétition.

    Donc Manon avait une accréditation au village du matin jusqu’au soir, elle pouvait m’y accompagner partout toute la journée mais dormait dans un hotel à l’extérieur. Ca a vraiment été un appui primordial sur la compétition, d’autant plus qu’elle est kiné donc un vrai plus pour les récupérations à la chambre.

    Et aussi prendre mes marques dans la salle de compétition, avec 2 entraînements que j’ai eu le mardi et le mercredi. Ces practices sont importants avant chaque compétition parce qu’on va pouvoir tester les volants, leur vitesse de chaque coté, sur chaque terrain. S’il y a du vent aussi avec la clim, à quel endroit. Ce sont des paramètres super importants pour nous parce qu’un volant c’est très léger et c’est donc hyper sensible à tous ces petits changements. Ca permet aussi de prendre ses repères par rapport aux lumières et donc aux limites du terrain.

    C’est aussi là qu’on a découvert que les sièges pour s’asseoir aux changements de côtés étaient en velours. Et donc pour moi ça a été horrible parce qu’avec mon autisme il y a des matières que je supporte pas et le velours en fait parti, donc c’est pour ça que vous pouvez me voir déposer une serviette avant de m’assoir pendant mes matchs, et m’appuyer sur le bac de rangement et ma raquette pour me relever plutôt que m’appuyer sur le siège.

    Et il y a aussi une petite anecdote à ce sujet, quand on a fait remonter à l’organisation que les sièges en velours, c’était vraiment pas terrible, parce qu’en plus quand on s’assoit aux changements de coté on transpire, donc les sièges étaient vraiment trempés de sueur c’était vraiment immonde, on nous a répondu « non vous inquiétez pas, on n’a pas eu de retour négatif des joueurs aux Jeux Olympiques ». Sauf que ben aux Jeux Olympiques, les joueurs ils ne s’assoient pas aux changements de coté, c’est vraiment un truc de para de s’asseoir, donc c’est là qu’on voit qu’il y a encore plein de choses qui peuvent être améliorées dans l’organisation des événements para avec ce genre de détail à prendre en compte !

    Enfin le jour J : je suis paralympienne.

    Et puis est venu le jour J, le jour où tu deviens paralympienne. J’ai eu un tirage assez relevé mais en même temps aux Jeux Paralympiques il y a les 9 meilleures joueuses du monde donc qui que tu tires c’est forcément relevé. Donc je me suis pas trop pris la tête par rapport à ça, avec un peu de chance j’aurais pu avoir un tirage un peu plus accessible avec une chance d’accrocher un ¼ de finale mais j’étais déjà très heureuse de pouvoir jouer contre Leani Oktila. C’est une indonésienne n°2 mondiale, vice championne paralympique en titre, vice championne du monde en titre, un gros morceau à jouer mais je prends toujours beaucoup de plaisir à jouer contre elle, son jeu est plaisant à jouer pour moi, on fait toujours des gros combats et c’est en plus une personne que j’apprécie sur et en dehors du terrain.

    Donc déjà j’étais très contente de pouvoir prendre du plaisir dans un match sur ces Jeux Paralympiques, mais avant ça il fallait s’attaquer à l’indienne Palak Kholi. Donc ça c’est l’inverse, c’est une joueuse que je n’aime pas du tout jouer, j’ai de la difficulté à mettre en place mon jeu contre elle, donc un vrai contraste avec Leani.

    Mon premier match

    Et donc j’ai commencé ma compétition par ce match, avec l’immense chance non seulement d’être sur un terrain filmé et donc diffusé sur le site et l’appli france.tv mais aussi d’avoir le match diffusé en direct sur France 2 et commenté ! Et c’est vrai qu’avec la densité d’épreuves qu’il y a sur les Jeux paralympiques, c’est une vrai chance d’avoir été choisie pour passer à l’antenne en direct parmi les autres sports qui se déroulaient à ce moment là.

    Donc j’ai vraiment pu pleinement vivre l’expérience des Jeux dans son entièreté.

    De ce premier match, je retiens mon entrée dans une salle vraiment très remplie, un brouhaha énorme avec des applaudissements et des acclamations. C’était vraiment incroyable comme expérience et comme sensation, ça m’a pas mal rappelé mes concerts quand j’étais musicienne mais là c’était quand même encore le cran au dessus. Et ensuite pendant tout le match, beaucoup d’encouragements, de chants. Il y avait aussi les grosse têtes en carton imprimées par le CPSF dont on a beaucoup parlé et c’est vrai que ça fait super bizarre de se voir comme ça dans les tribunes en énorme.

    Ca m’a vraiment boostée, je sais que certains joueurs ont été un peu tétanisé et n’ont pas joué à leur meilleur niveau à cause du public, parce qu’il faut le dire nous on ne joue jamais devant des gens, au mieux si y’a 100 personnes qui viennent nous voir en comptant les joueurs, les coachs et les quelques écoles qui sont parfois en sorties scolaires sur nos compétitions, c’est déjà énorme. Donc jouer devant des milliers de personnes en feu, c’est vraiment pas habituel pour nous, et pour moi ça a été un vrai plus.

    J’ai jamais été stressée pendant ces Jeux, je veux dire, sur certaines compétitions le stress peut être un peu paralysant, ou au moins un peu trop présent la veille, le matin du match. Ca peut parfois me causer des difficultés à dormir ou à manger, voire carrément à installer mon jeu et avoir confiance en moi sur le terrain comme ça avait été le cas aux championnats d’Europe en 2023. Mais sur ces jeux, j’ai eu un peu de trac, ce qu’on appelle le bon stress dans le milieu de la musique d’où je viens, mais c’est tout, ça n’a eu aucun impact négatif, à aucun moment je n’ai eu la main qui tremble à l’échauffement ou avant le premier service du match. Ca a été un vrai plus pour profiter à fond du moment et m’appliquer à mettre en place mon meilleur jeu.

    Un match un peu à sens unique

    Le match était un peu à sens unique malheureusement, pour diverses raisons et notamment ma préparation tronquées à cause de ma chute et ma paralysie complète au mois de mai, il faut quand même avoir à l’esprit que jusqu’au mois de juillet je n’ai pas pu faire d’entraînement normal debout sur grand terrain et que j’ai passé tout l’été en rééducation pour essayer de retrouver mes jambes, donc avec la grosse différence physique entre elle et moi, la marche était trop haute pour pouvoir rivaliser.

    Le match étant diffusé, il a eu une belle audience et du coup ça a beaucoup fait parler sur l’équité entre Palak Kholi et moi. Parce que Palak a un handicap visible qui est un bras amputé et un handicap invisible qui est une arthrodèse à la cheville. Donc je ferai un épisode complet sur la classification en parasport, ce que c’est, comment ça se passe, comment on garantit au mieux l’équité. Mais voilà, la joueuse indienne avait bel et bien un handicap au membre inférieur également même si c’est un handicap léger, d’où sa participation en SL4 et pas en SU5.

    Donc j’entamme la compétition par une défaite malgré mes très bonnes sensations de jeu, le lendemain j’ai un jour de pause pendant lequel j’ai pu faire un entraînement, mais déjà là physiquement ça commençait à être très compliqué, j’avais très peu de force dans les jambes, et on savait que le match du lendemain allait être un combat énorme.

    Un match chargé d’émotions

    Le samedi, on va pas se mentir c’était David contre Goliath. Vu le résultat de l’autre match dans la poule, pour me qualifier en ¼ de finale il aurait fallu un exploit énorme parce que non seulement il aurait fallu que je batte Leani, mais en plus que je la batte en 2 set. Donc on va pas dire que c’était impossible et que je partais vaincue parce que je ne rentre jamais sur un terrain en me disant que je vais perdre, mais là clairement il fallait sortir le match parfait, en ayant toutes mes jambes et tous mes bras, être dans le meilleur jour et que toutes les planètes s’alignent.

    Du coup, j’étais vraiment super détendue avant d’entrer sur le court. J‘ai essayé de me dire de profiter à fond du moment. Parce qu’on était samedi, la salle était à guichet fermée, l‘ambiance depuis le matin était vraiment folle. Et en plus je jouais donc contre cette joueuse que j’adore et pour qui j’ai beaucoup de respect. Vraiment pour moi c’était parfait.

    Et j’avais déjà été émerveillée par mon entrée dans l’arena le jeudi, mais là le samedi, j’ai vraiment pris une claque. Quand le speaker a annoncé l’entrée de Leani, c’était vraiment comme à Roland Garros quand c’est Nadal qui entre. Il a énoncé son palmarès long comme le bras, et la foule était déjà hyper bruyante. Et ensuite, quand le drapeau français et mon nom sont apparus sur l’écran, la foule était tellement en délire qu’on entendait même plus le speaker annoncer mon nom !

    J’ai passé ma jeunesse dans le Kop Nord à Geoffroy Guichard à supporter Saint Etienne, donc clairement un des stades les plus bruyants en Europe, un des kops les plus chauds, il en faut quand même pas mal pour me secouer et m’interpeller. Mais là l’entrée que j’ai vécue, dans cette salle qui est ni trop grande ni trop petite, avec du coup une acoustique incroyable, avec 100% du public derrière moi, c’était vraiment fou !

    Pendant tout le match, l’ambiance était encore plus dingue que le jeudi. J’ai pas gagné beaucoup de points parce que Leani a vraiment fait un match de très haut niveau et moi mes jambes et mes bras étaient au bout de leur vie, mais chaque point que je gagnais avec ce public de dingue c’était comme si je gagnais le match. T’es là tu passes de 17-10 à 17-11 et t’as l’impression d’avoir gagné le match tellement les gens sont debouts à serrer les poings et à hurler.

    J’ai eu beaucoup d’émotion à la fin du match, parce que même si j’ai pris un plaisir de dingue sur le terrain et que je m’attendais à malheureusement finir ma compétition ce jour là, c’est vraiment très dur de se dire que voilà, c’est fini. C’était le dernier match, probablement de ta vie que tu vivras dans ces conditions incroyables. J’aurais vraiment aimé que ça dure beaucoup plus longtemps parce que on sait que jamais on ne revivra ça. En tant que para, on a déjà si peu de monde sur les compétitions. Mais même les valides, qui pourtant jouent toujours dans des salles combles, ont vécu un truc à Paris qu’ils n’ont jamais vécu ailleurs. Donc j‘étais vraiment super triste que ça se finisse. Mais j’étais à la fois si reconnaissante de ce que j’ai pu vivre pendant ces 49 minutes à l’Arena.

    Ce que je savais pas à ce moment là, c’est qu’on allait vivre encore une dernière danse incroyable avec le public parisien. Après la médaille de Lucas, Faustine et Charles, on est allés célébrer au club France. Le club France c’était un lieu à la vilette où les gens pouvaient venir célébrer les médailles avec les athlètes, il y avait une grande scène, avec de la musique, des confettis. Et généralement c’était les médaillés qui avaient droit à leur moment avec le public, mais nous on a aussi eu droit d’aller célébrer nos jeux avec toute l’équipe du parabad. Donc on a eu notre moment de célébration avec le public, tous ensemble, tous les 8. Le Club France était complet, l’ambiance était dingue. Alors moi j’étais avec mes bouchons plus mon casque anti bruit par dessus parce que avec mon autisme ça faisait vraiment beaucoup sensoriellement.

    Mais on était un mardi soir, en semaine, le lendemain de la rentrée, et il y a des milliers de personnes qui sont venues nous célébrer. Et c’est là que je me suis vraiment dit « waw, ces jeux paralympiques ont été un succès plein du début à la fin, malgré tout ce que les gens disaient sur leur date, le fait qu’ils soient décalés des JO, à la rentrée… « 

    Les jeux paralympiques, une vraie réussite

    Ces Jeux ont vraiment été une réussite pleine pour moi, même si sportivement j’aurais bien sûr aimé faire mieux. Parfois, on ne peut tout simplement pas rivaliser, même en jouant à notre meilleur niveau. Quand on connait mon parcours, ce qui m’a mené jusque là, les combats que j’ai dû mener jusqu’au bout juste pour pouvoir participer en défendant mes chances à Paris, je saisis pleinement la chance que j’ai eu de pouvoir vivre ces 49 minutes à l’arena porte de la chapelle, ces 10 jours au village paralympique.

    D’ailleurs, le prochain épisode sera un épisode dédié au village paralympique parce que vous êtes beaucoup à m’avoir posé plein de questions à ce sujet ! Donc si vous avez des questions vous pouvez me les poser facilement sur Instagram, sur LinkedIn, aussi directement sur Spotify ! Comme ça je pourrai y répondre dans l’épisode spécial village des athlètes, et j’expliquerai un peu tout ce que j’ai fait après ma compétition. Donc voilà en quelque sorte, un épisode en 2 temps pour mon retour des jeux, aujourd’hui la compétition vécue de l’intérieure, la semaine prochaine la vie autour de la compète !

  • 09.Pourquoi je ne veux pas que les Jeux Olympiques et Paralympiques aient lieu ensemble

    Ceci est une retranscription de l’épisode 9 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
    écouter l’épisode

    C’est un débat que j’ai vu sur absolument tous les réseaux sociaux depuis le début des Jeux Olympiques : pourquoi est ce que les Jeux Paralympiques ne sont pas en même temps que les Jeux Olympiques, et surtout, est-ce que ça serait une bonne choses de mêler les paralympiques aux olympiques ?

    Alors bien sûr, comme toujours ici, je vais exposer mon avis personnel, avec mes arguments, ma façon de voir les choses aujourd’hui en 2024 de par mon expérience dans le sport de haut niveau et dans la société en tant que personne handicapée. Peut-être que d’autres athlètes auraient un avis différent, peut-être que dans 20 ou 30 ans on aura une compétition unique qui se déroulera à merveille et qui me fera changer d’avis.

    Mais aujourd’hui, je pense que ça serait la pire des idées de mettre les Jeux Paralympiques en même temps que les Jeux Olympiques.

    Un volume d’épreuve trop important

    Les Jeux Olympiques et Paralympiques, ce sont 2 compétitions internationales qui regroupent un nombre d’athlète absolument énorme, 16000 pour les JO, 4400 pour les JP, avec un nombre d’épreuve gigantesque.

    Je pense que vous avez pu le constater pendant cette première quinzaine des Jeux, il y a des épreuves partout, on ne sait même pas où donner de la tête :

    On regarde la natation quand tout à coup y’a une alerte médaille au VTT, et puis y’a un record du monde qui tombe en athlétisme pendant que 3 français ramène 3 médailles sur le même podium en BMX.

    Déjà juste avec les épreuves olympiques, on est parfois un peu dépassé et la télé ne peut pas tout diffuser en même temps.

    Alors imaginer que dans toute cette densité on veuille ajouter des épreuves paralympiques, pour moi ça serait juste totalement noyer tous les sports et qu’au final personne n’y comprenne rien et ne voit au final pas grand chose et aucune compétition en entier.

    Sachant qu’il faut rappeler qu’il y a 329 épreuves olympiques et qu’on a 549 épreuves paralympiques, puisqu’il y a plusieurs classes de handicap. Ce serait une densité vraiment énorme.

    Pour l’instant je vais même pas parler logistique, on y reviendra plus tard, mais juste factuellement en terme de visibilité, je pense que ça serait totalement délétère pour les paralympiques.

    Un dispositif de diffusion conséquent pour les Paralympiques

    Aujourd’hui, le dispositif de diffusion qui est prévu pour les Jeux Paralympiques il est énorme : 24h/24 de diffusion sur France 2 et France 3, toutes les épreuves diffusées soit en direct soit en replay, 10 cannaux de diffusion numérique sur le site et l’application France TV avec 300h de direct.

    Dans 2 semaines et pendant 15 jours, quand vous allumerez la télé, vous verrez du parasport. C’est simple, je ne vois pas comment on peut faire mieux en terme de visibilité !

    Alors que si demain on mélangeait les JO et les JP, on aurait factuellement 2 fois moins de visibilité à la télé.

    Alors je m’explique parce qu’on va me dire « oui mais les Jeux dureront 1 mois au lieu de 2 semaines » mais ça ne change rien, car les journées de compétition ne font que 12h et que fatalement, à cause du chevauchement des épreuves il y aurait des épreuves olympiques en même temps que des épreuves paralympiques, et que quand les épreuves olympiques sont diffusées à la télé, à coté il y aurait des épreuves paralympiques non diffusées.

    Quand les olympiques seraient à l’antenne, les paralymiques n’y serait pas. Alors que je répète, dans 2 semaines quand vous allumerez votre télé, quoi qu’il arrive vous verrez du parasport ! Donc la visibilité pour nous est beaucoup plus importante si on a notre propre compétition et que pendant 2 semaines il n’y a que nous à l’écran.

    Un engouement médiatique inégal

    Ensuite il y a aussi l’espace médiatique en zone mixte et sur les plateaux télé ensuite. Qui est quand même un des gros dispositifs des Jeux Olympiques et Paralympiques, parce que oui il y a la visibilité des épreuves mais y’a aussi la visibilité médiatiques autour. Et on remarque que quand on mêle les valides et les paras, souvent les valides prennent toute la place, parce que les médias, on va pas se mentir vivent aussi dans une logique économique et qu’ils doivent vendre du papier et faire du clique sur les réseaux sociaux, et que forcément entre un champion olympique et un champion paralympique, aujourd’hui en 2024, un des 2 suscite beaucoup plus d’engouement.

    Encore une fois peut être que dans 30 ans les choses auront changé et mon avis serait alors différent mais aujourd’hui factuellement, si à la sortie de la piscine on a Léon Marchand et Alex Portal qui se présentent ensemble en zone mixte, je pense que la plupart des micros et de l’attention seraient tournés vers le nageur olympique star. Et que l’athlète para il aurait peut être les quelques secondes ou minutes d’antenne qui reste après. Alors que dans la situation actuelle avec les Jeux Paralympiques ben en zone mixte, tous les micros sont forcément tendus à des athlètes para.

    Un petit exemple concret à ce sujet, en juin avec l’équipe de France on a eu ce qu’on apelle média day. C’est une journée où la fédération nous réuni à l’INSEP et convoque la presse, les médias, afin qu’on puisse faire un dernier point presse avant de se concentrer sur la préparation finale pour les Jeux. Et cette année notre fédération a décidé de faire le médias day commun à l’équipe Olympique de badminton et à l’équipe paralympique de para badminton. Et d’un coté c’était vraiment super parce que ça nous a effectivement permis de nous réunir tous, de nous connaître un petit peu et de faire une grande « photo de famille » avec tous les joueurs de la délégation. Mais à coté de ça, les journalistes qui sont venus ont consacré le peu de temps qu’ils avaient aux joueurs valides. Parce que forcément sur une journée de 2 fois 3 heures, avec une vingtaine d’athlète présent, il faut faire des choix. Et les athlètes olympiques ont tous eu 1h de pool presse, 1h de radio, 1h de TV. Pendant que le planning des athlètes para il était beaucou plus light, moi j’ai eu 5 minute d’interview par ci par là. Donc on voit que, en tout cas aujourd’hui, quand les journalistes doivent choisir, c’est évident qu’ils mettent la priorité sur les olympiques et qu’ils donnent le temps qui reste aux para. Et je pense que c’est ce qui se passerait du coup si on organisait les JO et les JP en même temps.

    Alors après on va me dire « oui mais dans les stades ».

    Alors oui, c’est peut-être le seul point positif à mélanger des épreuves Olympiques et Paralympiques, c’est que les stades seraient pleins et que les gens assisteraient à des épreuves paralympiques et pourraient découvrir les mêmes émotions que procurent ces compétitions.

    Une logistique trop compliquée à paramétrer

    Prendre en compte la santé des joueurs

    Sauf que cette configuration elle pose des soucis énorme de logistique et de programmation et donc de durée des compétitions.

    Je prends un exemple que je connais parfaitement, le badminton. Cette année aux JO, le badminton a duré 10 jours. 10 jours avec des matchs toute la journée. Pour les paralympique, ça va durer 5 jours.

    Si demain on créé une compétion qui alterne un match olympique, un match paralympique, ça veut dire que la compétition pour tous les joueurs, elle va durer au moins 15 jours.

    Et ça en terme de santé des athlètes c’est absolument inimaginable. Moi demain si vous me dites, ta compétition elle dure 15 jours, ou alors elle en dure 10 mais tu peux jouer de 6h à minuit, je vous le dis direct j’arrête le sport parce que ça serait juste absolument impossible à gérer.

    Prendre en compte le terrain

    Et là encore, y’a un autre soucis logistique qui vient s’ajouter, c’est que les terrains pour les joueurs debout et pour les joueurs fauteuil, ne sont pas les mêmes. Les joueurs fauteuil doivent jouer sur des terrains en bois bien dur, alors que les joueurs debout doivent jouer sur des tapis un peu mou. Donc ça veut dire, logistiquement, sur les 3 terrains de badminton présent dans l’Arena, il faudrait en avoir 1 en bois pour les catégorie fauteuil. Ce qui veut dire, moins de match par jour programmés pour les debouts que ce qu’on a actuellement avec 3 terrains sur tapis. Et que la compétition, que j’imaginais durer 15 jours, va surement en durer 20. Mathématiquement, on voit l’enfer que ça devient. Et pour les athlètes c’est absolument intenable une compétition aussi longue.

    Après, il y a surement tout à inventer et imaginer. On pourrait se dire qu’on met moins de joueurs par compétition, comme ça la compétition dure moins longtemps. Moi aujourd’hui pour me qualifier aux Jeux il fallait que je sois dans le top 6 mondial. On sera 9 dans le tableau de SL4. Est ce que ça serait un progrès de dire qu’on fait un tableau avec 5 ou 6 joueuse pour que ça colle niveau timing ? Je pense au contraire que ça serait une régression pour les para athlètes.

    Un autre soucis de programmation, pour les sports comme l’athéltisme où il y a beaucoup de classification qui concourent. On va avoir pour l’épreuve du 100 mètre, 16 courses différentes. Donc 16 finales de 100 mètres paralympiques, on les cale où et comment dans notre calendrier olympique et paralympique ? Comment est ce qu’on équilibre les épreuves olympiques et paralympiques en respectant les athlètes, les spectateurs, et les diffusions. C’est un vrai défi de taille et encore une fois peut-être qu’un jour on verra une solution qui paraitra évidente mais c’est vrai que vu d’ici, ça paraît très compliqué à mettre en place. Et là, je vous parle de 2 sports qui ont leur équivalent exact olympique et paralympiques.

    Et les autres sports sans équivalence ?

    Mais il y a des sports qui soit n’existent que chez les para comme le goalball, soit qui ont des terrains totalement différents comme le rugby fauteuil, qui se joue en salle. Donc pour ces sports, comment est ce qu’on les inclus à une programmation olympico paralympique ?

    Pour moi c’est un peu noyer le poisson dans un verre d’eau en disant « on va imposer des épreuves para dans les stades comme ça les gens seront obligés de regarder », mais pour ces sports sans équivalence alors le soucis reste entier.

    Et en plus, ce postulat par du principe que les stades sont vides et que les gens sont totalement désintéressés des paralympiques. Mais je suis désolée ce n’est pas forcément vrai. Actuellement la billetterie des jeux paralympiques elle est entrain de flambée, en fin de semaine dernière il n’y avait plus de place à vendre pour les finales du para badminton, ils ont du en remettre en vente ce week end.

    Avec une vrai communication, des actions pour vendre les places, de la sensibilisation aux Jeux Paralympiques et à nos performances, on voit que les gens peuvent totalement s’intéresser d’eux même et pleinement au parasport et qu’on n’est pas obligés de nous noyer dans les Jeux Olympiques pour que les gens s’intéressent à nous et viennent nous voir.

    Quid du village Olympiques ?

    Et après il y a un autre défi logistique qui est énorme, c’est le fameux village. Le village Olympique et Paralympique c’est l’endroit où tous les athlètes peuvent loger pendant leur compétition. On dit village mais c’est littéralement une ville qui accueille 16000 athlète et leur staff pendant les Jeux Olympiques et 4400 athlètes et leur staff pendant les Jeux Paralympiques. Donc c’est un endroit qui généralement est construit pour l’occasion, et qui ensuite est vendu aux particuliers qui cherchent des appartements quand les Jeux sont finis.

    Et donc accueillir tous les jeux en meme temps, cela voudrait dire construire un village qui est encore plus gros. Cela pose aussi un gros soucis en terme de planning d’arrivée et de départ parce que aujourd’hui quand les athlètes olympiques finissent leur compétition, ils doivent repartir 2 jours après pour laisser la place aux athlètes qui arrivent ensuite pour les compétition de la 2e semaine. Sauf que comme on a expliqué avant si on mêle JO et JP, les compétitions dureront encore plus longtemps et avec encore plus de chevauchement. Donc c’est pas juste un village un peu plus grand qu’il faudrait envisager mais un village beaucoup plus grand sans turn over.

    À l’heure où beaucoup de voix s’élèvent contre les JO parce que c’est soit disant une aberration écologique, économique etc. si pour la prochaine olympiade on annonce qu’on va devoir construire encore plus gros parce qu’on décide de mettre tout le monde en même temps, est ce que ça serait bien accueilli, et est ce que c’est souhaitable, pour moi c’est difficile à dire.

    Et il y a aussi toute la question des accréditation des staff et notamment des auxiliaires de vie pour les paralympiques. Aujourd’hui avoir des accréditation au village c’est extrêmement compliqué parce qu’il y a beaucoup de monde pour peu de place. Donc moi ma fédération a du batailler pour que je puisse avoir un aidant, au niveau de ma chambre au village c’est pareil j’ai un chien d’assistance donc pour son bien être il faut aussi qu’il puisse se reposer et donc dans la mesure du possible qu’on soit en chambre que tous les 2. Mais avec des JO et JP en même temps je pense que ça serait encore plus difficile d’obtenir ces accréditation et ces aménagements en chambre parce qu’il y aurait très peu de marge de manœuvre du fait de la densité.

    Donc le défi logistique à relever est sûrement pas impossible mais quand même énorme, et est ce qu’on se casserait vraiment la tête pour que les athlètes para vivent au mieux leur compétition s’il y a autant de challenge à relever, honnêtement quand je vois le combat que c’est d’obtenir aujourd’hui ces choses, je pense qu’une nouvelle fois ce sont les athlètes para qui en patiraient.

    Les épreuves paralympiques demandent un temps de préparation

    Après ce soucis logistique du village, on le retrouve aussi avec la date des Jeux paralympiques. Il y a beaucoup de gens qui se demandent pourquoi est ce que les 2 jeux ne s’enchainent pas. Et ça c’est pareil c’est purement logistique, c’est pas du tout par idéologie ou ségrégation de nous mettre 3 semaines plus tard à la rentrée, c’est que factuellement il y a 16000 athlètes à faire sortir du village olympique puis 4400 athlètes à accueillir pour les JP. Ca prend déjà beaucoup de temps, et aussi les délégation paralympiques qui arrivent de loin, elle viennent pas la veille de leur compétition. Quand on voyage comme ça pour le sport, on arrive généralement 1 jour avant par heure de décalage horaire. Donc un athlète qui a 9h de décalage horaire va arriver 9 jours avant par exemple. Donc c’est aussi pour ça qu’il faut un peu de temps avant les épreuves paralympiques, déjà pour installer toutes les délégation et surtout pour accueillir celles qui viennent de loin, que les athlètes aient le temps de se faire au jetlag, à la nourriture etc.

    Et il y a aussi la transformation des stades, parce que comme je disais tout à l’heure, il y a des sports qui sont exclusivement paralympiques, d’autres qui jouent dans des disposition de terrain différentes etc. donc il faut quand même un peu de temps pour pouvoir réaménager tout ça comme il faut. Donc enchainer les JP au lendemain des JO c’est sûr que sur le papier ça serait une super idée pour pas que le souffle retombe après les JO et que les gens continuent sur leur lancée de regarder du sport. Mais en même temps encore une fois on voit le défi de taille que ça représente et que c’est pas si facile que ça.

    Des améliorations pourraient malgré tout être envisagées

    Revoir les cérémonies d’ouverture et de clôture

    Après il y a des choses qui clairement peuvent être amélioré. Je pense aux cérémonie d’ouverture et surtout de cloture. C’est vrai que faire la cérémonie de cloture des JO et l’appeller comme ça, ça ne pousse pas trop à ce que les gens sachent qu’il y a les paralympiques après, parce que je vous garantis que beaucoup de gens n’ont aucune idée de quand se déroulent les paralympiques : moi j’ai tous les jours des gens pendant les JO qui me demandaient quand est ce que je jouais et quand je leur disais fin aout ils ne comprenaient pas.

    Donc peut être qu’appeler la cérémonie de cloture des JO cérémonie de passation ou quelque chose comme ça, pourrait être une bonne idée. Pour faire la transition vers les jeux paralympiques ensuite. Et ensuite qu’à la fin des JP ont ait une cérémonie de cloture de tous les jeux.

    Ca je pense qu’effectivement c’est quelque chose qui mériterait d’être réfléchi.

    Après bien sur ça ne prendrait pas exactement la forme que l’on connait actuellement parce que le propre des cérémonie d’ouverture et de cloture, c’est que les athlètes défilent avec le drapeau de leur nation. Sauf que pour l’ouverture des JO, les athlètes paralympiques ne sont pas encore sur place et pour la cérémonie de cloture des paralympiques les athlètes olympiques ne sont plus là. Donc il y aurait une vraie réflexion à avoir sur la forme d’un nouveau concept comme celui là.

    Faire vivre les flammes côte à côte

    Je pense aussi qu’il y a quelque chose à faire avec les flammes, et les faire vivre cote à cote pendant toute la durée des jeux. Est ce qu’il faut une seule et même flamme honnêtement je ne pense pas parce que comme j’expliquais au début les JO et les JP ont vraiment 2 histoire différentes, donc avoir une flamme qui vient de Grèce et une d’Angleterre je trouve que ça fait vraiment sens et écho à l’histoire. Mais voilà il y a aussi peut être quelque chose à faire sur cette symbolique pour montrer plus de continuité entre les 2 Jeux.

    Un tableau des médailles global

    Et aussi proposer un tableau global des médailles. Qui mettrait en avant les nations qui misent autant sur les JO que sur les JP. Je pense que ça pourrait beaucoup faire avancer les moyens mis dans les jeux paralympiques et surtout les gens se rendraient compte que certains pays, qui n’ont sur le papier pas forcément beaucoup de moyens, misent finalement beaucoup plus sur les paralympiques que des nations « majeures » des jeux olympiques. Donc ces petits détails pourraient effectivement à mes yeux etre améliorés et pousser encore plus à la visibilité sans pour autant noyer les athlètes Paralympiques.

    Obtenir une reconnaissance authentique pour les Paralympiques

    Et enfin pour moi l’argument le plus important dans mon refus de mêler les JO et les JP, c’est cet aspect philosophique. On parle d’inclusion à tout va, alors que tout ce que les gens proposent sous couvert d’inclusion c’est comme je le disais avant, de forcer la visibilité au stade en nous programmant en sandwich entre 2 épreuves valides.

    Alors que pour moi, le vrai combat à mener, la vraie reconnaissance que l’on aura, c’est justement quand les stades seront plein pour nous. Pour ce que nous sommes, ce que l’on propose, nos performances, nos sports, nos particularités. Nos symboles, que sont les Agitos et non les anneaux olympiques. Notre cérémonie d’ouverture, et notre cérémonie de cloture.

    Certains y voient de la ségrégation, moi j’y vois justement le fait que l’on peut pleinement vibrer pour les Jeux Paralympiques et pour ce qu’ils sont totalement : des performances sportives de haut niveau qui procurent les mêmes émotions, les mêmes joies, les mêmes tristesses.

  • 07.Sportifs valides et paralympiques, la vraie relation

    Ceci est une retranscription de l’épisode 7 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous on se retrouve pour l’épisode 7 avec aujourd’hui une question que l’on m’a posé sur Spotify : en tant qu’athlète paralympique, quelle relation a t-on avec les athlètes valides ?

    Je suis vraiment super contente qu’on m’ait posé cette question parce que déjà, le but de mon podcast c’est de pouvoir répondre aux interrogations des gens, de mettre en lumière la face cachée du sport de haut niveau, du handicap, du parasport et donc répondre aux questions que vous vous posez je trouve que c’est encore plus pertinent que d’aborder les sujets que moi j’imagine adéquats. Et aussi, la relation que l’on a avec les athlètes valides, c’est une question que je m’étais jamais vraiment posée ! Du coup, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet épisode, à réfléchir à la question et à avoir un regard tout neuf sur ce sujet.

    Donc vraiment je vous invite et je vous incite à me poser vos questions, que ce soit sur le sport de haut niveau en général, le parabadminton spécifiquement, mais aussi le handicap dans la vie de tous les jours comme j’ai déjà pu l’aborder dans les épisode 5 et 6. Vous pouvez facilement interagir sur Spotify dans la partie interaction, et aussi sur le compte Instagram du podcast paralympienne.podcast où vous pouvez facilement mettre des commentaires sur les vidéos ou m’envoyer directement des DM. Et pour ceux qui sont encore à l’ancienne, j’ai un compte facebook et un compte twitter où vous pouvez facilement me poser vos questions que je traiterai dans les futurs épisodes !

    J’en profite au passage pour vous rappeler de vous abonner et de noter le podcast, car c’est vraiment ce qui me permet de le développer, de le diffuser à un maximum de monde et rêver un peu plus chaque jour à ce que la société soit sensibilisée au handicap et donc accessible à un maximum de monde.


    Alors maintenant on rentre dans le sujet de cette relation avec les athlètes valides.

    Étant athlète de haut niveau en para badminton classifiée SL4, donc pour ceux qui nous rejoigne aujourd’hui SL4 c’est handicap léger des jambes et on joue sur un terrain normal, je parle un peu plus du sujet dans le tout premier épisode du podcast si vous voulez comprendre un peu mieux qui je suis ; du coup j’ai la chance de pouvoir encore jouer avec les valides sur certaines compétitions locales comme en interclub ou sur des tournois régionaux et nationaux. Du coup, je vais pouvoir aborder la question sous 2 angles : quel rapport on a avec les badiste de haut niveau en équipe de France olympique, et le rapport qu’on a avec les badistes amateurs sur ces compétitions le week end.

    Les différentes fédérations sportives pour le parasport

    Déjà pour mettre dans le contexte, au niveau du parasport il y a un peu 2 cas différents : il y a les sports qui dépendent de la grande fédération française Handisport. Donc c’est une fédé qui regroupe une dizaine de parasports, les athlètes par exemple qui font du tennis de table handisport vont être licencié à la FFH et c’est cette fédé qui va gérer toutes leurs compétitions, leurs stages, leurs inscriptions aux tournois etc. Et c’est vraiment disctinct de la fédération française de tennis de table qui elle ne gère que les valides.

    Nous au parabadminton on est dans le 2e cas : c’est la FFBad qui gère la section para. Donc on a une seule et même fédé qui gère l’équipe olympique et l’équipe paralympique. Avec bien sûr un staff attitré. Et moi j’ai une licence à la FFBad et pas à la FF Handisport.

    Mais du coup déjà, ces 2 situations vont sûrement donner un impact un peu différent dans la relation entre les athlètes valides et les para au sein d’un même sport.

    Une relation collective quasi-inexistante

    Après, malgré tout, la relation qu’on a avec les athlètes de l’équipe de France olympique c’est simple elle est quasi inexistante au quotidien.

    En fait on ne se cotoie pas du tout parce qu’on a aucune compétition commune ou quasi aucune. Il y a juste une fois tous les 4 ans où il y a les Jeux, et encore les 2 compétitions ne sont pas exactement aux même dates. Nos calendriers sont vraiment propre à chacun.

    Du coup les délégation olympiques et paralympiques ne se croisent jamais, on va jamais prendre l’avion en même temps quand on part sur une compétition par exemple. Ca nous arrive parfois de faire des stages à l’INSEP quand on prépare des grandes échéances, mais là c’est pareil on ne s’entraîne pas dans la même salle que les valides parce que les terrains fauteuil doivent être en bois alors que les terrains des valides sont en résine. Donc même dans ce cadre on va pas du tout se croiser. Donc collectivement, y’a vraiment aucune relation et on se connaît très très peu. J’avoue que je peux même pas vous dire si tous les athlètes valides de l’équipe de France connaissent mon existence par exemple.

    Par contre, de manière individuelle, certains joueurs peuvent être amenés à en cotoyer d’autres, par exemple avec les sponsors. Moi j’ai un sponsors, la Banque Populaire qui a créé une team d’athlète, le pole sportif du grand ouest. On est 8, valide et para confondus, on vient de plusieurs sports, et dans la team il y a Thom Gicquel qui est donc badiste en équipe de France valide. Donc dans ce cas il peut arriver qu’on se croise sur des événements à la banque pop, qu’on fasse des démonstrations de notre sport auprès des collaborateurs. Et du coup fatalement ça rapproche un peu d’avoir le même sport en commun, mais voilà ça va pas plus loin que ça.

    Après je vous parle de tout ça mais c’est vrai que de base je suis une super quiche en relations sociales donc globalement dans la vie je suis plutôt la fille qui n’a de relation avec personne, je pense que ça joue beaucoup dans les infos que je vous donne aujourd’hui.

    Après, notre fédération essaye quand même avec les Jeux, de communiquer sur le fait qu’on est une seule équipe de France. Là par exemple y’a quelques semaines on était à l’INSEP pour média day, donc c’est une journée pour fournir du contenu aux médias avant les jeux et qu’on puisse ensuite finir notre préparation finale sans être sollicités de ce coté là.

    Et du coup les 2 équipes de France valides et para étaient réuni. On a fait les photos de groupe tous ensemble, on a eu des jeux de questions/réponses qui mêlaient les 2 équipes.

    Mais disons que ça c’est une fois tous les 4 ans et moi c’est littéralement la 1ere fois que je croisais la route des badistes.

    La relation avec les amateurs

    Après y’a cette question du niveau amateur. Comment ça se passe sur les tournois valides quand on est para, comment ça se passe en club.

    Et là y’a un peu 2 profils de joueurs sur lesquels on va tomber.

    Première catégorie : les cordiales

    Globalement ça se passe super bien, et notamment parce que du fait que notre fédération gère également la section para, y’a une communication qui est faite sur le parabad et c’est quand même quelque chose qui est de plus en plus connu au sein des licenciés à la FF Bad. On connait un peu nos performances à l’international, on a un peu un « statut » et du coup sur les tournois les joueuses sont souvent assez contentes de pouvoir jouer contre quelqu’un qui fait du haut niveau. Sur les tournois ça va être assez cordial, on va beaucoup me poser des questions sur mes récents résultats, les prochains tournois internationaux, les qualif pour les jeux etc. Et de manière générale les joueurs sont vraiment contents de voir du parabad sur les tournois valides.

    Et d’ailleurs pour la petite anecdote c’est assez marrant parce que les joueurs en tournoi une fois qu’ils ont fini leurs matchs, je trouve qu’il ont tendance à beaucoup venir me voir jouer, parce que je comprends que ça peut être assez impressionant et intrigant de se demander comment je vais faire sur le terrain, quand on me voit arriver avec des béquilles ou sur un fauteuil roulant, avec mes orthèses, et après voir comment je m’adapte debout sur le grand terrain.

    Et nous à l’inverse, quand on est sur des tournoi valides, on a toujours cette petite tendance à essayer de repérer si y’a pas de joueurs qui ont un handicap et qui pourraient signer en para.

    Parce qu’on a vraiment envie que notre sport se développe et donc de recruter le plus de joueurs possibles. Et y’a plein de gens qui ont des handicaps, parfois très léger, et qui ne savent pas qu’ils pourraient jouer en para !

    Donc parfois, on observe un peu pour voir si on peut pas recruter des joueurs mais c’est vraiment pas simple parce que le handicap ça se remarque pas du 1er coup d’oeil. Et parfois c’est difficile de savoir si la personne a un handicap ou juste un défaut dans son jeu.

    Une fois j’étais sur un tournoi valide avec mon coach, donc qui est le coach adjoint de l’équipe de France également, et y’a un joueur qui utilisait son bras gauche de manière vraiment bizarre. Du coup on l’a scruté de la tête au pied du début à la fin de son match pour essayer de savoir s’il avait un plexus brachial ou juste s’il utilisait son bras pas comme il faut à cause d’un défaut technique. Et à la fin du match on savait pas quoi faire parce que c’est super gênant d’aller voir quelqu’un pour lui demander s’il a un handicap parce que si en fait pas du tout ça devient monstre gênant. Donc on a essayé de voir si des gens dans la salle le connaissait pour se renseigner mais je crois qu’au final on n’a pas eu l’info.

    Deuxième catégorie : les autres

    Mais donc pour revenir à notre sujet de départ, y’a la 2e catégorie de joueur : ceux qui ne supportent pas de perdre contre un handicapé. On en croise moins souvent que ceux qui nous considèrent avant tout comme des joueurs de bad , mais parfois, il arrive qu’on se retrouve à jouer contre des joueurs qui ont cette mentalité.

    Et d’un coté je peux comprendre que ce soit frustrant de perdre contre quelqu’un qui est physiquement diminué. Mais en même temps faut quand même grandir et se dire que oui un handicapé, notamment qui s’entraîne tous les jours et qui joue à l’international dans mon cas, peut te battre et être meilleur que toi malgré tout, parce que techniquement, mentalement, tactiquement c’est un joueur de haut niveau et qui est peut être meilleur que toi.

    Et y’a aussi une différence entre le penser, ou subir cette pensée, et le dire tout haut dans le gymnase.

    C’est arrivé à un ami sur un tournoi, un joueur qui a pété un cable en perdant un point, il a hurlé « putain c’est hors de question que je perde contre un handicapé ». Résultat ça a totalement galvanisé « l’handicapé » qui lui a mis 21/0 dans le 2e set.

    Donc oui ça arrive qu’on se retrouve dans ces situations où des joueurs valides ne supportent pas l’idée qu’un handicapé puisse être meilleur qu’eux et les battent et qui sont vraiment dégouté après leurs matchs. Mais je pense qu‘en parlant encore plus du parasport et notamment du parasport de haut niveau, ce genre de mentalité va petit à petit disparaître parce que les gens vont se rendre compte qu’on est vraiment des athlètes de haut niveau et que fatalement sur des compétitions amateures, locales, on a une expérience et un niveau hors norme.

    Donc voilà je pense que j’ai fait le tour de la question. Après bien sûr, ça reste du cas par cas, et peut être que dans certaines fédérations les équipes olympiques et paralympiques se cotoient énormément et se connaissent bien, de manière individuelle y’a aussi des joueurs para qui s’entraînent avec des joueurs valides à haut niveau aussi.

    Mais voilà ce qu’est mon expérience personnelle avec les joueurs valides dans mon sport et dans notre chemin vers les Jeux Olympiques et Paralympiques.

    N’oubliez pas si vous souhaitez que comme aujourd’hui je réponde aux questions que vous vous posez, contactez moi sur Instagram, LinkedIn, Facebook ou plus simplement directement dans la partie interaction dans Spotify.