Catégorie : Vie quotidienne

  • 23.Le métier de sportif de haut niveau olympique, parasport : bannir le mythe du faux métier

    Ceci est une retranscription de l’épisode 23 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 23 de Journal d’une parabadiste aujourd’hui on va briser des clichés et plus particulièrement celui qui voudrait que sportif de haut niveau, ce n’est pas un vrai métier, qu’on a globalement la belle vie tranquille ou qu’on est totalement à la disposition des autres.

    Bref, aujourd’hui on répond à la question : est ce qu’être sportif de haut niveau même amateur, c’est à dire quand on ne gagne pas de prize money en compétition ou qu’on n’est pas salarié d’un club, c’est un vrai métier ?

    Si vous ne me connaissez pas encore, je m’appelle Milena Surreau je suis sportive de haut niveau en parabadminton, paralympienne, championne d’Europe et aujourd’hui je fais du sport à temps plein, j’ai arrêté mon prédédent travail pour pouvoir me concentrer à 100% sur la performance. Alors, à coté je donne quand même quelques conférences sur le handicap et je produis ce podcast, mais globalement mon quotidien est vraiment tourné vers le sport.

    Mon métier ? Sportive de haut niveau

    Aujourd’hui, quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds tout simplement sportive de haut niveau, et souvent les gens ont un peu de mal à s’imaginer de quoi il s’agit, quelle est la réalité de mon quotidien. Ils ont vaguement en tête que je dois surement faire des entraînements et des matchs mais c’est tout. Souvent, on me répond « et tu fais quoi à coté ? » ou alors les gens pensent que y’a 1 compétition de temps en temps aux championnats d’Europe et du Monde parce que c’est malheureusement les seules compétitions un tout petit peu médiatisées, et donc on me demande « et en ce moment tu fais quoi ? » alors que je viens d’expliquer que j’ai repris l’entraînement.

    Et je ne peux pas blâmer les gens : ce qu’on entend très souvent dans les médias ou sur les réseaux sociaux, c’est que les sportifs de haut niveau vivent sous le seuil de pauvreté. Que beaucoup doivent cumuler 35h d’entraînement et un job alimentaire à temps plein pour subvenir à leurs besoins. Quand un enfant ou adolescent dit qu’il veut devenir sportif professionnel, on lui dit « oui c’est bien mais fait des études avant ».

    Un travail peu répandu

    Aussi, ce n’est pas forcément le job le plus répandu, et il est assez rare d’avoir une amie, un collègue, une connaissance, un parent sportif de haut niveau et donc de pouvoir concrètement savoir de quoi est fait le quotidien, c’est quoi la réalité. Et c’est notamment pour ça que j’ai créé journal d’une parabadiste, c’est pour dévoiler les secrets derrière la performance olympique et paralympique !

    Une catégorie socioprofessionnelle inexistante

    Aussi, il y a un 2e problème qui se pose, c’est au niveau administratif et « social », le statut n’en n’est pas vraiment un. Quand on dit sportif de haut niveau, ça veut dire qu’on est inscrit sur les listes de haut niveau du ministère, et que donc on a droit à certains dispositifs d’insertion professionnelle, à certaines aides financières et que l’on valide des trimestres pour la retraite les années où l’on est inscrit sur ces listes. Mais littéralement, par exemple quand je vais à la banque ou que je dois répondre à un questionnaire quelconque et qu’il faut choisir sa catégorie socio-professionnelle, il n’y a pas ce choix de sportif de haut niveau. Il n’y a que les traditionnels employés, ouvriers, chef d’exploitation agricole, sans emploi etc. Mais en tant que sportif de haut niveau, on est vraiment entre 2.

    Généralement, on a une entreprise pour gérer nos sponsorings et nos contrats d’images. Mais il n’est pas rare que ça soit surtout une structure juridique permettant de facturer, mais qu’on n’ait pas forcément assez de marge pour se verser un salaire régulier, et donc réellement cotiser en tant que chef d’entreprise. Dans ces cas là, est ce qu’on coche « sans emploi » alors que littéralement, on a du boulot plus de 35h par semaine, qu’on est à un plus que temps plein dans notre activité, qu’on gagne quand même de l’argent via la fédération, les sponsors, les prize money etc.

    Donc socialement, c’est vraiment un statut très particulier et complexe à bien cerner et à la fois on fait sûrement partie des actifs qui ont une activité à temps plein voire plus, mais de l’autre coté ben on se rend compte qu’on est un peu le cul entre 2 chaises à ce niveau là.

    Un temps plein de sportif ?

    Donc vous allez me dire, temps plein temps plein, ok mais qu’est ce que tu appelles temps plein ? Parce que faire du sport c’est surtout très sympa et c’est pas vraiment du 35H/semaine.

    Et c’est aussi là qu’il y a confusion, c’est que les gens ont pour référence le sport qu’ils pratiquent. Ils vont peut être courir 1 fois par semaine le dimanche. Ou à un rythme un peu plus soutenu, faire du badminton 3 fois 1h30 dans la semaine le soir. Et l‘entraînement, c’est aussi le moment convivial où on retrouve des amis, où on parle de la semaine, où on boit un coup à la fin.

    L’entraînement, une partie majeure du métier ?

    Donc beaucoup de gens ont du mal à s’imaginer que l’entraînement peut réellement être la partie majeure d’un métier, qui nécessite une rigueur à chaque session, que oui parfois on n’y prend pas de plaisir mais qu’on est là pour faire le job, et surtout qu’on a une obligation d’assiduité et qu’on ne peut pas juste un matin se dire « bon mercredi j’y vais pas et comme ça je pourrais aller au cinéma pour la sortie de ce film ».

    Et c’est ça souvent qui pose une grosse incompréhension, voire parfois des tensions qui peuvent en découler, c’est que très souvent, les gens s’imaginent que ça peut être à la carte. Que oui on peut demander à un sportif de se libérer tel matin pour faire telle chose ; de programmer un repas au restaurant un soir sans se dire que c’est la veille d’une compétition et que ça sera sûrement pas possible etc.

    Et ça, ça n’est pas exclusif au sport de haut niveau, c’est vrai que pour le coup j’ai exercé des métiers un peu atypiques dans le genre auparavant et moi c’est quelque chose que je vis littéralement depuis que j’ai 18 ans. J‘ai été musicienne et alors là c’est vraiment le pompon parce que très peu de gens s’imaginent la dose de travail que c’est au quotidien, y’a aussi ce mythe de l’intermittent du spectacle qui ne fout rien donc ça non plus ça n’aide pas, et faut voir le nombre de fois où j’ai décliné quelque chose en disant « je peux pas je travaille » et que la personne a totalement bloqué et a bafouillé quelque chose comme « ah tu as changé de voie ? » ou « mais je croyais que tu étais musicienne », ce genre de choses !

    Après j’ai aussi été chef d’exploitation agricole en saliculture donc je faisais du sel artisanal dans les marais salants de Guérande et là c’est un peu différent, les gens s’imaginaient que je travaillais que l’été. Parce qu’ils ont cette image de carte postale de la récolte du sel, alors oui l’été on travail 10-12h par jour, parfois 7 jours sur 7, mais on travaille aussi le reste de l’année et ça j’ai totalement arrêté de compter le nombre de fois où j’ai dû expliquer à des gens que je ne suis pas en vacances 9 mois sur 12 et que oui j’ai des obligations y compris l’hiver.

    Alors c’est vrai que voilà, je suis habituée mais à la fois ça reste toujours aussi frustrant d’avoir ce genre d’interactions, et surtout parfois de devoir vraiment se défendre et détailler sa journée pour se justifier.

    Comment s’articule le quotidien d’un athlète de haut niveau

    Du coup, rien de mieux qu’un épisode pour expliquer au monde entier de quoi est fait le quotidien d’un athlète de haut niveau et qu’on prenne conscience que la semaine, c’est très chargé, et qu’en plus souvent le week end, on va avoir besoin de beaucoup de repos.

    Alors petite note, ici je parle évidemment en prenant exemple sur ma propre situation, bien sûr elle est commune à beaucoup de sportifs mais pas forcément à tous, vu qu’on a chacun nos systèmes de performance. Et aussi, on parle ici des athlètes de haut niveau qui ne sont pas salariés de leur club comme peuvent l’être les footballeurs par exemple et qui du coup on forcément un quotidien différents sur plusieurs points.

    Alors, de quoi est fait notre quotidien ?
    C’est souvent une semaine très chargée, et surtout avec plusieurs casquettes.

    Evidemment, il y a toute la partie sportive qui prend beaucoup de place, avec les entraînements sur terrain 1 à 2 fois par jour tous les jours, où là on va vraiment bosser la technique, la tactique, les enchaînements, faire des matchs avec les sparing, faire de la PMA etc. Ca évidemment, c’est le cœur de l’activité quotidienne d’un sportif de haut niveau parce que tout simplement, pour devenir le meilleur dans sa discipline il faut la pratiquer sans relache.

    A coté de ça, en complément des entraînements terrain, on va avoir la préparation physique, qui peut avoir lieu plusieurs fois dans la semaine avec généralement 2 grandes catégories de séance, soit la muscu donc basiquement en salle, du renfo musculaire soit avec des haltères, des machines etc. soit plutôt du gainage et des exercices avec son corps, et de l’autre coté du cardio qui peut être fait en course, vélo, natation généralement (mais parfois on peut être créatif avec du rameur, du skierg, de la montée d’escalier par exemple). Et puis, certaines séances peuvent être plutôt sur le développement des reflexes, sur la proprioception, sur des mouvements actifs spécifiques, ce genre de chose.

    Enfin au niveau sportif, on va avoir les compétitions locales qui peuvent avoir lieu de temps en temps le week end comme les interclubs et les compétitions internationales, pour ma part en parabadminton c’est entre 6 et 10 fois 10 jours dans l’année. Mais si ce n’était que ça, c’est sûr que ça serait beaucoup plus simple, parce qu’en réalité il y a tout un autre monde derrière le sport.

    La partie mentale et diététique de la perfomance sportive de haut niveau

    A côté du sport en lui même, on va avoir toute la partie mentale de la performance avec donc la préparation mentale, ça ça peut passer par des séances avec un preparateur, ça peut être la réalisation d’exercices, de la lecture, du visionnage de documentaires etc. et la psychologie avec un suivi chez un psychologue et/ou un psychiatre.

    Ensuite dans le même esprit on a la partie diététique avec un suivi chez un professionnel et la réalisation des repas, alors là vous allez me dire oui comme tout le monde, alors certes mais dans notre cas, on n’a pas le droit au repas de flemme qu’on commande chez Uber un soir parce qu’on est fatigué, ou la sortie au restaurant n’importe quand. On doit aussi manger beaucoup de calories pour compenser les pertes donc ça passe parfois par faire plus de repas que la norme, il y a aussi toute l’anticipation et l’organisation des repas lorsque l’on est en compétition, parfois à l’étranger avec des aliments qui sont différents de ce qu’on peut trouver en France. Et donc tout ça, c’est une partie du job qu’on ne peut pas négliger.

    Là je pense que j’ai fait le tour de la partie qui concerne la performance sportive en elle-même, mais à coté de ça on a toute la partie qui concerne le volet plutôt économique du projet sportif.

    L’économie d’un projet sportif de haut niveau

    Là dedans on va déjà retrouver la recherche de sponsors, et ça ça peut prendre vraiment beaucoup de temps en fonction du budget que l’on a besoin de trouver, c’est sûr que ce n’est pas pareil de juste avoir besoin de vivre que de devoir aussi financer toutes ses compétitions, son coach, son prépa physique, son kiné etc.

    Mais aussi ça va dépendre de ton image médiatique parce que Florent Manaudou ou Teddy Riner ne vont même pas forcément avoir besoin de chercher, c’est plutôt les sponsors qui vont les trouver directement, alors que quand on vient d’un sport moins médiatique et/ou avec un palmarès moins important, il faut vraiment se démener pour vendre son projet, trouver les personnes à contacter etc. Et là ça passe par beaucoup d’heures de création d’un plan de sponsoring, de la réalisation des supports pour le vendre (que ce soit numérique ou physique en fonction de ce qu’on prend comme stratégie), de la recherche d’entreprises qui correspondent à celles qui ont un budget marketting, de la recherche et du démarchage de LA personne en charge potentiellement des sponsorings et donc l’envoi de mail, la gestion du CRM pour ne pas relancer quelqu’un qui t’as déjà répondu non, ou de poster les enveloppes avec ton dossier à la poste etc.

    Et ça, ben tant que tu n’as pas bouclé ton budget total pour la saison, ça peut littéralement être un travail de longue haleine tout au long de l’année pour réussir à réunir ce fameux budget qui peut parfois se chiffre en plusieurs dizaines de milliers d’euros. Littéralement, on pourrait y passer 35h/semaine et que ce soit LE job d’une seule personne, sauf qu’on le rappelle on réalise ça à coté de tout le reste.

    Les relations avec les sponsors

    Ensuite on a les relations avec les sponsors que tu as déjà donc les interventions dans les entreprises, les tournages de contenu, la réalisation de vidéo pour les réseaux sociaux, la rédaction, signature, envoie des contrats, la facturation, et donc tout le travail administratif qui en découle. Et d’ailleurs, ce volet administratif ne concerne pas que la relation avec les sponsors, mais comme je le disais tout à l’heure la plupart du temps on a une entreprise pour pouvoir gérer notre carrière et donc on a le travail administratif de tout entrepreneur avec les factures, les documents à trier, les impôts, les dépenses, les business plan, le suivi du budget etc.

    Et puis, pour réussir à convaincre des sponsors, il faut avoir quelque chose à leur proposer en retour, et ça ça passe notamment par construire une image et une communication solide. Donc au quotidien ça se traduit par la gestion des réseaux sociaux, la création de contenu, et donc tournage, réalisation, edition d’images, la rédaction de newsletter. Il y a aussi les apparitions dans les médias, journaux, télé, radio et ça c’est quelque chose qui prend du temps notamment quand on habite loin de Paris parce que la plupart des opportunités sont là bas et fatalement, s’y rendre prend tout de suite une journée complète.

    Donc en plus de toutes ces tâches et de toutes ces casquettes qui sont tout de même assez différentes les unes des autres, il faut aussi avoir une gestion de planning très carrée. Ca j’en parle en détail dans l’épisode 4 Gérer un emploi du temps de sportif paralympique : mission impossible ? Et pour la recherche de sponsor, ça se passe dans l‘épisode 18 Sport de haut niveau : athlète sans palmarès ? Voici comment trouver des sponsors en 2025.

    Avec tout ça, vous avez une vision un peu plus réaliste et juste de ce qu’est le quotidien d’un sportif de haut niveau en France, et on repose donc la question : est ce qu’être sportif de haut niveau est un vrai métier ?

    Ça signifie quoi être un sportif professionnel ?

    Est ce qu’il faut strictement s’arrêter à la définition de « sportif professionnel » pour considérer cette activité comme un métier, à savoir gagner de l’argent par ses compétitions ? Dans ce cas, la majorité des sportifs de haut niveau ne le sont pas, car il n’y a que très peu de sport où l’on gagne des prize money en compétition, et encore moins dans les parasports.

    Est ce qu’il faut prendre en compte de manière plus globale la situation professionnelle du sportif, et qu’à ce jeu un sportif qui gagne sa vie grâce à tout son système mis en place comme le sponsoring, les revenus des réseaux sociaux, les interventions en entreprise, les primes de performance et les aides sociales peut-être considéreécomme professionnel même s’il ne gagne pas de prize money en compétition ?

    Ou est ce qu’on peut considérer qu’une personne qui passe plus de 35h par semaine dédié à son sport, même s’il vit des aides sociales ou d’un métier à temps partiel à coté est tout de même un professionnel de son sport parce que dans son quotidien, toutes ses journées sont tournées vers cela ?

    Pour ma part, je pense qu’être sportif de haut niveau est un métier à part entière lorsque l’on y dédie sa vie et qu’on mise dessus à 100% car comme je l’ai expliqué tout au long de l’épisode, on doit développer des compétences transversales qui vont bien au dela de taper dans un volant ou courir sur une piste. En ce sens, nos profils sont d’ailleurs souvent précieux pour les entreprises qui recrutent dans certains secteurs et cela peut constituer un véritable atout pour notre reconversion, quand la retraite arrive autour de la trentaine ou la quarantaine. Mais pour cela, il faut vraiment avoir pris conscience de tous les enjeux autour du sport et pas seulement avoir consacré sa vie à uniquement s’entraîner sans se soucier des enjeux annexes et qui permettent de monter un système très performant comme je l’ai décrit.

    Aujourd’hui, le métier qui se rapproche le plus de ma vie quotidienne est celui de chef d’entreprise, et de toute manière c’est littéralement le cas puisque j’ai une société pour pouvoir gérer tous ces aspects de ma carrière.

    Donc la réponse est clairement oui, le sport de haut niveau est un vrai métier, que ce soit en terme de volume horaire que de contenu des journées chaque semaine. J’attends évidemment votre avis en commentaire et je vais même organiser un débat sur mes réseaux sociaux sur le sujet alors vas vite t’abonner si ce n’est pas déjà fait, tous les liens sont dans la description !

  • En fauteuil roulant à la vie, debout pour le sport

    Milena Surreau en fauteuil roulant

    Je joue debout sur un terrain de badminton. Et pourtant, j’utilise un fauteuil roulant au quotidien Une contradiction ? Une fraude ? Pas du tout ! 

    Je vis ce décalage tous les jours. A l’entraînement, parmi les meilleures joueuses mondiales de parabadminton, je joue debout. 

    Je cours, je transpire, je suis championne d’Europe et je fais partie du top 10 mondial de la discipline. Mais quand le match se finit, ou quand je repars de l’entraînement, mes jambes ne suivent plus, la force me quitte, la spasticité prend le dessus.

    Alors je roule. Et c’est en fauteuil roulant que je repars. Evidemment, avec cela, et à notre belle époque des réseaux sociaux, les remarques fusent : 

    Tu triches ?
    Tu fais semblant ?
    Tu attires l’attention pour avoir des aides ?

    J’ai écrit le nouvel épisode de Journal d’une Parabadiste pour remettre les pendules à l’heure. Pour parler de paraplégie, de tétraplégie, de ce que veut dire “tenir debout” quand ton corps vacille Pour expliquer pourquoi la plupart des personnes utilisant un fauteuil roulant peuvent en réalité se lever ou marcher.

    Pourquoi le fauteuil roulant peut être plus pratique que des béquilles. Et pourquoi vous devez arrêter d’être suspicieux quand vous voyez un handicapé (même s’il est jeune !) utiliser des aides techniques.

    Mais aussi, pour expliquer à ceux qui découvrent le handicap que ce n’est pas un échec de repartir du centre de rééducation en fauteuil roulant, et décrypter mon parcours qui m’a permis d’accepter cette aide technique sans honte.

    Episode 19 – Les secrets des athlètes paralympiques qui jouent debout… et roulent assis.

    Disponible sur toutes les plateformes d’écoutes

  • JO : ces athlètes de haut niveau qui font un sport d’été et d’hiver

    Milena Surreau, athlète de haut niveau, sur son snowboard lors d'une étape de coupe de France de parasnowboard

    Quand on aime… on ne compte pas ! Mais est-il possible de mener de front 2 carrières distinctes lorsque l’on est athlète de haut niveau ?

    Cet hiver, après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 auxquels j’ai participé en para badminton, j’ai eu besoin de souffler. Une grosse fatigue mentale s’est installée, et c’est à la montagne que j’ai fait retomber la pression de ces 2 années incroyablement intenses entre les qualifications et les Jeux Paralympiques.

    Mais très vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus. J’ai eu l’envie de découvrir une nouvelle discipline : le para snowboard. Car c’est une chose de descendre des pistes en free ride entre ami, ça en est une autre de devoir passer des piquets de manière chronométrée.

    Une belle réussite

    La classification nationale passée, c’est sur la 1ère étape du circuit Coupe de France aux Saisies qu’a commencé ma nouvelle passion. Au final, je repars des Alpes 3 mois plus tard avec 5 médailles d’or, le circuit général de la Coupe de France, et un double titre de championne de France (il faut dire que j’ai profité de l’absence de Cécile Hernandez, blessée lors de sa dernière étape de Coupe du Monde).

    Mais alors, peut-on mener de front 2 carrières sportives de haut niveau ? Si l’on voit de temps en temps quelques athlètes briller sur plusieurs circuits à l’international (à l’instar d’Arthur Bauchet, le paraskieur récent vainqueur d’une coupe du monde de cyclisme sur route), il reste tout de même peu commun et difficile de mener de front deux véritables carrière de haut niveau.

    Alors pourquoi partir 3 mois à la montagne et laisser de coté mon sport ? Était-ce une parenthèse ou un nouveau départ dans ma carrière d’athlète de haut niveau ? Était-ce un caprice, un « coup de tête », ou au contraire une étape déterminante ? Qu’est ce que cela m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes à la reprise du badminton ?

    « J’ai découvert un monde mental que je ne soupçonnais pas »

    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je partage sans filtre ce que ce virage m’a appris sur la résilience, la gestion d’une carrière, et le courage d’écouter ses besoins, même si cela surprend.

    Entre développement physique, endurance, groupes musculaires nouveaux et aspects psychologique et mental, la découverte de ce sport diamétralement opposé au badminton m’a ouvert un monde que je ne soupçonnais pas. Loin d’être une perte de temps dans ma carrière paralympique de badminton, j’ai au contraire fait un grand bon en avant sur bien des aspects et une nouvelle réflexion sur mon calendrier sportif s’impose.


    Parce qu’une trajectoire sportive n’est jamais parfaitement rectiligne. Et que parfois, changer de direction permet de mieux avancer.

    Pour découvrir en détail les tenants et aboutissants de cette pause alpine, je vous invite à écouter l’épisode 22 de mon podcast Journal d’une parabadiste : « Parasport : le défi inattendu d’une paralympienne en snowboard après Paris 2024 » (disponible sur toutes les plateformes d’écoute)

  • Fauteuil roulant : ce n’est pas la fin de la vie

    Photo de MIlena Surreau, sportive de haut niveau internationale en parabadminton, assise sur son fauteuil roulant

    Ma plus grande victoire ne s’est pas jouée sur un terrain badminton, elle ne s’est pas célébrée sur un podium et elle n’a pas donné lieu à des applaudissements.

    Ma plus grande victoire, c’est d’avoir accepté un fauteuil roulant. Pas parce que je ne pouvais plus marcher. Mais parce que j’ai compris qu’en persistant à vouloir faire « sans », je perdais bien plus que ma mobilité.

    J’ai une maladie neurologique rare : la paraplégie spastique héréditaire. Elle me laisse encore courir quelques mètres sur un terrain de badminton, mais elle me laisse rarement marcher plus de quelques centaines de mettre sans demander un effort surhumain, des douleurs dans les muscles, des chaussures ruinés par ces pieds qui trainent…

    Ce n’est pas un échec de repartir du centre de rééducation en fauteuil roulant

    J’ai longtemps cru que m’asseoir dans un fauteuil serait une défaite. Qu’accepter le fauteuil, c’était renoncer à l’autonomie, à la force, à la performance.

    Et pourtant… c’est en acceptant le fauteuil que j’ai pu voyager seule, sans finir au sol dans un aéroport, garder mon énergie pour mes matchs de parabadminton, au lieu de la gaspiller dans les couloirs, récupérer plus vite, au lieu de boiter jusqu’à la chambre en espérant ne pas croiser de regard accusateur.

    Et surtout : j’ai appris que le fauteuil ne dit rien de ce que je vaux, ni comme athlète, ni comme humaine. C’est simplement un outil. Un outil de liberté, quand le corps ne suit plus.

    Et je refuse qu’on l’associe à une imposture, juste parce que je peux encore me lever.

    En parallèle, un monde pratique s’est ouvert sous mes yeux… car les béquilles sont souvent plus handicapantes qu’un fauteuil roulant. Et c’est une réalité à laquelle je me suis retrouvée confrontée dans mon parcours de vie avec ma maladie neurologique progressive.

    Petit à petit, mes forces quittent mes membres, mes muscles se paralysent et gagnent en spasticité. Il a d’abord fallu que j’utilise des béquilles pour me déplacer.

    Petit à petit, le fauteuil roulant est arrivé dans ma vie… et c’est là que je me suis rendu compte que dans beaucoup de situations, je me galérais beaucoup plus avec mes béquilles qu’avec le fauteuil.

    Assez paradoxal à première vue…

    • Faire les courses ? Plus facile en fauteuil
    • Partir en voyage avec une valise ? Plus facile en fauteuil
    • Gérer son chien ? Plus facile en fauteuil
    • Manger dans un self avec un plateau ? Impossible en béquille

    Avec des béquilles, on a les 2 mains prises. Avec un fauteuil, on a des genoux libres, et une barre derrière pour tracter.

    C’est comme cela que j’ai pu petit à petit accepter pleinement cette aide technique, qui est encore bien trop stigmatisé et connoté négativement dans nos esprits.

    J’en parle en détail dans l’épisode 19 de mon podcast « Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi le fauteuil roulant (même si je ne suis pas entièrement paralysée)« , un épisode à relayer à toutes les personnes touchées par un accident soudain de la vie, par une maladie qui progresse, qui ont de la difficulté à accepter pleinement cette nouvelle réalité.

    Pour expliquer que ce n’est pas un échec de repartir du centre de rééducation en fauteuil roulant, et décrypter mon parcours qui m’a permis d’accepter cette aide technique sans honte.

  • La souffrance mentale concerne tout le monde

    Photo de Milena surreau, athlète de haut niveau en parabadminton et membre de l'équipe de France, sur le terrain des jeux paralympiques de Paris 2024.

    On pense souvent que la souffrance mentale, c’est pour les gens qui détestent leur travail ou leur vie. Qu’avoir un quotidien passionnant, c’est une protection. Qu’un job « rêvé » rend la vie douce.

    Mais la vérité, c’est que n’importe qui peut être affecté au niveau de sa santé mentale. Et que la performance — surtout au plus haut niveau — exige bien plus que du talent et de la discipline. Elle exige un mental solide… et un environnement qui respecte nos limites.

    Et parfois, ce mental flanche, la souffrance mentale prend le dessus : pas parce qu’on est faible, mais parce que tout simplement… on est humain.

    Alors oui, je suis athlète de haut niveau. Oui, j’ai choisi ce mode de vie. Je fais le métier de mes rêves, et le métier de rêve de beaucoup de jeunes !

    Mais cela ne me rend ni invincible, ni insensible. Et je refuse de me taire pour protéger un mythe !

    Parce qu’aucune performance ne mérite de se construire sur le silence et l’épuisement.

    🎙️ C’est pour cela que j’ai produit l’épisode 21 de mon podcast Journal d’une parabadiste :

    Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

    On y aborde le sujet tabou de la santé mentale, les clés et pistes pour améliorer ce pan dans un système de performance, les évolutions sur le sujet dans le milieu très fermé et élitiste du sport de haut niveau… et les limites pratiques, même lorsque toute la théorie du monde est appliquée.

    A écouter sur toutes les plateformes d’écoute, et surtout : A PARTAGER.

    Car il y a encore bien trop d’athlètes qui négligent cette part de leur santé. Et qui en souffre énormément.

  • Un journée dans la peau d’une sportive de haut niveau

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton, sur le terrain des Jeux Paralympiques de Paris 2024

    Photos : Lucas Noyon / BADMINTONPHOTO

    Les médailles et les podiums, c’est bien, mais au quotidien dans l’ombre il se passe quoi ?

    Aujourd’hui je vous emmène avec moi sur la journée type d’une sportive de haut niveau !

    Réveil 6h — je sors mon chien au jardin pendant que je prends mon pique nique (préparé la veille) dans le frigo

    6h15 — départ pour la gare (avec Eugène, mon chien d’assistance 🦮)

    6h45 — 1h de train = 1h de sommeil, petite sieste avant d’arriver en ville

    7h45 — petit temps off pour mon chien qui peut renifler, faire ses besoins

    8h — tramway direction le CREPS des Pays de la Loire !

    8h15 — arrivée au CREPS, détente pour Eugène (qui préfère la période où il peut observer les moutons en pâturage)

    8h45 — Eugène va au vestiaire, début de l’échauffement pour moi

    9h/11h — entraînement collectif : ça sue à grosse gouttes 🥵

    11h/12h — balade pour mon chien pendant que je mange mon pique nique

    12h/13h30 — sieste pour tout le monde

    14h/15h15 — entrainement individuel : focus technique et répète de coups

    15h30/17h — retour en transport : travail administratif, réseaux sociaux, compta, sponsors

    19h — repas du soir

    20h30 — coucher

    repeat

    Evidemment point bien-être animal :

    Je ne m’entraîne pas 2 fois par jour 7j/7, ce qui permet de faire des grosses balades d’1h30/2h et/ou du VTT le matin. Aussi, Eugène ne m’accompagne pas tous les jours à l’entraînement et profite souvent du canapé la journée. Le cas échéant, il a donc une 2e balade quand je rentre !
    Il a 6 ans et est un adulte avec moins de besoin qu’un chiot/adolescent, ce rythme serait différent avec un chien plus jeune.


    Aussi, tout cela est bien beau sur le papier, mais dans les faits, comment se passe les déplacements quand on est en plus, handicapé moteur ? J’ai sorti un épisode sur le sujet sur mon podcast Journal d’une parabadiste : Fauteuil roulant — accessibilité, regards pesants, mise en danger – l’envers du décors d’un simple trajet disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

    Imaginiez-vous la journée d’une sportive de haut niveau comme cela ?


  • « Vous avez une maladie neurologique » : le plus beau jour de ma vie

    Photo de Milena Surreau sur son fauteuil roulant. Atteinte d'une maladie neurologique, elle devient petit à petit tétraplégique.




    Petite, je rêvais de devenir joueuse de tennis professionnelle. Je rêvais de Roland-Garros, de podiums, de grandes compétitions. Les Jeux Olympiques me faisaient rêver et l’image de Rafael Nadal me boostait à chaque entraînement.

    J’étais en sport-étude, je m’entraînais tous les jours y compris le samedi, et le dimanche c’était le jour des compétitions.

    Le tennis, c’était toute ma vie. Un refuge contre le harcèlement au collège, une bouffée d’air frais à chaque fois que j’entrais sur un terrain en terre battue.

    Mais j’étais toujours un peu à la traîne par rapport aux autres. Souvent blessée, je participais à moins de tournoi. Chaque année, je progressais donc moins au classement fédéral. Je jouais dans les équipes de division inférieure en interclub.

    Par dessus le tout, j’avais des douleurs dans les jambes terribles. Qui sont petit à petit remontées au dos. Mais aucun médecin n’a pris le temps de m’examiner.

    « C’est normal, c’est parce que tu grandis » « Tu fais trop de sport » « Tu ne t’étires pas assez »

    C’était toujours de ma faute…

    Alors, petit à petit, mes espoirs de haut niveau se sont éteints. J’étais trop loin. Trop à la traîne. Pas assez forte. Et un jour j’ai reçu la fameuse lettre de la ligue qui m’annonçait que je ne faisais plus partie des jeunes à potentiels qui sont suivis vers le haut niveau.

    Je resterai juste une bonne joueuse de club qui joue en pré-national.

    Alors, le jour où j’ai appris que j’avais une maladie neurologique incurable, 15 ans après mes premières douleurs… cela a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

    Pourquoi ?
    Parce que ce diagnostic, c’était une clé. Celle de la compréhension de tout ce que je vivais au quotidien. Celle qui te permet de te dire : « ok, je ne suis pas folle ». Cette qui soulage.

    Mais surtout : celle qui m’a ouvert la porte du parasport. Du haut niveau. Des Jeux Paralympiques.

    Bref, d’un nouvel avenir.

    Dans le 2e épisode de mon podcast Journal d’une parabadiste, je vous raconte :

    Mon parcours dans le sport valide
    Mes premières désillusions
    L’impact silencieux de l’autisme non diagnostiqué
    Et surtout… comment une annonce médicale m’a offert une seconde chance inespérée.

    🎧 Écoutez Journal d’une parabadiste, épisode 2 : autisme, maladie neurologique… une 2nde chance avec le parasport (de haut niveau)

    C’est une histoire de résilience, de transformation, et d’amour du sport.

    À faire écouter à tout jeune sportif qui doute, à toute personne ayant eu un diagnostic récent, un accident destructeur.

  • Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton. Elle est sur un terrain de compétition, le regard tourné vers le ciel, la main sur le coeur, illustrant le sujet de la santé mentale dans le sport de haut niveau

    Parlons DU sujet tabou dans le sport de haut niveau : la santé mentale


    C’est pourtant un sujet crucial, si ce n’est le plus important. Mais cela ne suffit pas à libérer la parole à son sujet.


    Il est souvent mis sous le tapis, à peine mentionné du bout des lèvres, et quand un athlète prend la parole à ce sujet, tout le monde le félicite.

    J’aimerais que la santé mentale ne soit pas plus tabou que la santé physique. Que l’on parle de psychologue comme on parle de kiné.


    Que le psychiatre soit un maillon du staff du sportif au même titre que le médecin du sport.

    Il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années à ce sujet, mais sais que l’on peut faire mieux.

    Alors, pour la 3e saison de mon podcast Journal d’une parabadiste, j’ai choisi la santé mentale pour ouvrir le bal des épisodes : https://smartlink.ausha.co/journal-d-une-parabadiste/21-sante-mentale-et-sport-de-haut-niveau-la-face-cachee-d-un-monde-de-performance


    Aujourd’hui, on va parler de ce qui est mis en place dans le sport de haut niveau.

    Comment s’entraîner quand on est en dépression ?
    Peut-on se reposer quand le burnout est proche ?
    Comment gérer la performance et le si haut niveau quand le cerveau ne suit pas ?

    Si bien sûr, l’épisode intéressera les sportifs, tous les leviers dont je parle dans l’épisode sont applicables à n’importe quel domaine : entreprenariat, art, vie quotidienne…

    Alors aujourd’hui sans tabou on parle suicide, dépression, burnout, anxiété.

    Et comment on gère tout ça quand on doit devenir n°1 mondial de sa discipline.

    Journal d’une parabadiste — épisode 21 : Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

  • 21.Santé mentale et sport de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Bonjour à tous, alors les plus fidèles ont remarqué mon absence sur le podcast depuis la fin du printemps, pour ceux qui me découvrent je vous souhaite la bienvenue, je poste habituellement des épisodes tous les 1er et 3e jeudi du mois et ici on parle sport de haut niveau paralympique au sens large donc si vous êtes passionnés de sport, curieux d’en savoir plus sur les dessous des podiums internationaux, ou si vous voulez en savoir plus sur le handicap et comment il impacte le quotidien vous êtes au bon endroit et vous avez une vingtaine d’épisodes à rattraper !

    La santé mentale dans le sport de haut niveau : un sujet encore tabou

    Aujourd’hui on va aborder un sujet qui est encore très tabou et encore plus dans le sport de haut niveau, c’est le sujet de la santé mentale. Donc ça va pas être un épisode tuto pour vous conseiller d’aller chez le psy, ce que je vais détailler aujourd’hui va être à l’image de tout ce que je raconte sur Journal d’une parabadiste, assez pédagogique, en expliquant en quoi ce pan de la performance est crucial dans nos carrières, en faisant un état des lieux dans les systèmes mis en place actuellement et partir d’exemples concrets pour illustrer comment une sportive de haut niveau comme moi prends en compte cela. Donc encore une fois, un épisode qui va parler au plus grand monde pour peu que le sport de haut niveau et/ou professionnel vous intéresse !

    Pour ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute vu passer la nouvelle, j’ai perdue ma meilleure amie au mois de juin. Elle a mis fin à ses jours et si cet épisode n’est pas là pour vous raconter son histoire, ça reste le sujet le plus d’actualité pour reprendre mon podcast après des semaines difficiles. En plus, Lorraine était sportive de haut niveau comme moi et lors du dernier sondage que j’avais mis sur Instagram pour savoir quels sujets vous intéresseraient, elle avait soumis cette proposition de parler de la santé mentale dans le sport de haut niveau parce que c’est vraiment un sujet qui nécessite beaucoup de lumière et d’en parler sans tabou, sans contrainte, sans limite.

    Vivre avec des fragilités psychique

    Personnellement, j’ai toujours eu des challenge à ce niveau là depuis l’adolescence. Il faut dire que c’est déjà vraiment pas facile d’être autiste dans une société de neurotypiques — pour ceux qui veulent en savoir plus spécifiquement sur ce sujet vous pouvez écouter l’épisode 5 sorti l’année dernière — et pour le coup encore plus quand tu n’as pas encore de diagnostic. J’ai eu beaucoup de période avec ce qu’on appelle des idées suicidaires passives, c’est à dire pas de vouloir spécialement mettre fin à ses jours mais de se dire « bon si j’ai un accident de voiture demain et que je meurs, c’est pas très grave » ou alors avoir envie de s’endormir le soir et de ne pas se réveiller le lendemain matin.

    Et jusque là, les différents métiers et loisirs que j’ai pu faire m’aidaient vraiment à sortir la tête de l’eau, parce que j’ai eu le privilège jusque là de ne faire que des choses qui étaient des vraies passions pour moi, et qui faisaient office de soupape de décompression, en permettant peut-être aussi de se sentir un peu moins seul, un peu plus dans la société.

    Aujourd’hui, la situation est très différente, parce que mon activité sportive oui je l’aime plus que tout, mais on parle d’une activité de très haut niveau où littéralement mon job c’est d’être la meilleure au monde dans mon domaine. Et c’est là où les choses se compliquent quand la santé mentale est à la traîne, parce que pour schématiser et faire très simple, pour être le meilleur dans son domaine, il faut que toutes les planètes soient alignées, que ton quotidien soit parfaitement huilé, que tu aies le meilleur environnement possible et que ta santé soit au top et ce au sens général : santé physique (pas de blessures, pas de douleurs…) et santé mentale.

    C’est super difficile de performer quand au quotidien, tu as des idées noires, ou que tu es épuisée, parce que d’une part —et ceux qui sont touchés par la depression ou l’anxiété le savent— la motivation en prend un coup ; c’est à dire que ça devient très difficile physiquement de faire des choses donc se lever le matin, prendre soin de soi, aller au travail ou dans ce cas à l’entraînement.

    Donc il n’y a plus d’efficacité, quand un sportif de haut niveau est touché au niveau de sa santé mentale, fatalement son entraînement est directement impacté parce que jouer pour jouer quand tu n’as pas la motivation ultime, c’est peut-être suffisant pour jouer en loisir mais ça ne peut pas l’être quand tu dois être le meilleur du monde.

    Et aussi il y a une notion de plaisir qui est impacté, c’est une des choses qui s’échappe souvent très rapidement dans ces conditions, c’est que non seulement tu n’as pas la motivation mais en plus tu n’as pas de plaisir à faire ce que tu fais. Et alors là ça devient encore pire puisque c’est une boucle sans fin qui s’entretient, pas de motivation pour aller s’entrainer, donc c’est dur, et une fois que tu y es tu n’y as aucun goût, donc tu as encore moins de motivation pour y retourner la fois suivante.

    Un problème universel mais amplifié par le haut niveau, quand performer est ton métier.

    Alors bien sûr, j’ai évidemment conscience que ce souci touche absolument toutes les franges de la population, quel que soit son métier, et sans nier le vécu de monsieur et madame tout le monde évidemment, cela reste une problématique particulièrement difficile à gérer quand on est dans cette situation où la performance est ton métier. Où tes revenus dépendent directement de tes résultats. Où il est très difficile de s’arrêter parce que pendant que tu t’arrêtes, les autres continuent et ça devient vite difficile de se dire que toi tu es à l’arrêt alors que les autres non.

    Mais à l’inverse, c’est aussi quelque chose qui faut que les gens aient à l’esprit : ce n’est pas parce qu’on fait le métier de ses rêves, que notre quotidien c’est de faire du sport, que cela veut dire que l’on ne peut pas être touché par la depression, le burn out, l’anxiété etc. Et c’est souvent un peu une double peine, parce que les gens ont très souvent à l’esprit que ces difficultés mentales touchent uniquement les gens qui ont un métier difficile et peu plaisant, ou qui ont des difficultés financières.

    Alors que pas du tout, je le répète mais c’est très important, toutes les personnes qui vous cotoyez au quotidien ou que vous voyez à la télé peuvent être touchées par ces maladies et ces troubles et c’est important de justement ne pas invalider le vécu de ces personnes. Car cela ajoute de la culpabilité aux concernés qui vont ensuite avoir beaucoup plus de mal à prendre les bonnes mesures pour se soigner et pouvoir s’en sortir.

    Alors partant de ce constat : qu’est ce qu’on fait ?

    Qu’est ce qui est aujourd’hui mis en place dans le sport de haut niveau français au niveau de ces situations ?

    Alors déjà il faut savoir qu’on a un suivi médical assez rapproché quand on a ce statut sur liste ministérielle, il y a un cadre légal qui nous oblige tous les ans à faire ce qu’on appelle la Surveillance Médicale Règlementaire. Donc c’est un point avec un médecin du sport pour justement savoir si l’athlète va bien, et sur tous les plans que ce soit physique, psychologique et diététique. Donc il y a un bilan psychologique dans cette SMR, et il y a aussi le fameux questionnaire de surentrainement qui permet de déceler des signes que l’athlètes est en surchauffe parce qu’il s’entraîne trop, ce qui souvent se manifeste par des impacts psychologique mais aussi derrière un aussi un impact physique.

    On peut aussi éventuellement doser le cortisole dans le sang, qui peut donner un indice sur le surentraînement.

    Donc on a vraiment 2 pans de la santé mentale qui sont surveillés, d’une part la santé psychologique de l’athlète, et aussi s’il n’est pas en état de surentraînement.

    Alors évidemment, ce n’est pas une solution miraculeuse pour prévenir les états de détresse, parce qu’il est très facile de mentir et d’orienter ses résponses que ce soit lors d’un bilan psy ou sur le questionnaire de surentraînement. C’est aussi pour ça que c’est important de parler de la santé mentale pour que les athlètes se rendent compte que c’est quelque chose d’important, qu’il ne faut pas négliger, que ce n’est pas honteux d’avoir besoin d’aide sur ce plan à certains moment, ou même de manière continue au fil de sa carrière.

    Et c’est quand même quelque chose qui est sur la bonne voie parce qu’aujourd’hui c’est un sujet qui est de moins en moins tabou et de mieux en mieux pris en compte par les athlètes, mais aussi par tous les systèmes qui les entourent à savoir les staff et les fédérations.

    Il y a quelques années, aucun athlète n’allait voir de psychologue, ou alors le peu qui y allaient n’en parlaient pas, par peur d’être traité de faible, d’être vu comme un athlète sur qui on ne peut pas compter, qui ne peut pas supporter les exigences du haut niveau etc. Aujourd’hui c’est quand même de plus en plus répandu, que ce soit de la volonté des athlètes eux-même, ou alors et c’est ça qui est le plus important, une prise en compte au sein même des systèmes de performance à savoir les staffs encadrant le haut niveau au sein des fédérations, des structures de performance comme l’INSEP, les CREPS, les pôles France etc.

    La mention du psychologue et/ou du psychiatre est très souvent présente dans ce qu’on appelle le PPI — le plan de performance individuelle. En gros c’est un document qui est rempli par chaque athlète avec son coach et le responsable performance de la fédération de son sport, pour cadrer les objectifs sportifs, que ce soit qualitativement comme ce qui se passe concrètement sur le terrain en termes de tactique, technique, mental etc. mais aussi en terme de résultats concret comme les médailles sur les compétitions majeures, compétitions mineures etc.

    Et sur ce document on retrouve tout le staff qui encadre l’athlète, du coach au préparateur physique en passant par le kiné, le médecin du sport et donc aussi le psychologue et le psychiatre.

    Et ça à mes yeux c’est un signe assez fort de la volonté de prendre en compte la santé mentale de manière systémique et que ça devienne quelque chose de totalement banale dans le quotidien et l’environnement du sportif de haut niveau français.

    De la même manière, la préparation mentale en elle même donc qui est un travail un peu différent de la psychologie mais complémentaire, est aujourd’hui vraiment au cœur de l’entraînement de tous les athlètes parce qu’on prend vraiment conscience de l’importance de cet aspect mental, ce qui n’était pas du tout le cas il y a encore quelques années.

    Alors après, ce qui est sur le papier c’est bien, mais ce qui est important c’est ce qui se passe concrètement. Dans la réalité, si ton coach préfère te voir à l’entraînement coute que coute plutôt que de te laisser le temps de soigner une phase difficile mentalement, si ta fédération met des sanctions explicites ou implicites aux athlètes qui vont louper tel stage ou telle compétition dans ce contexte etc. c’est sûr qu’avoir le nom du psy dans le PPI ne sert pas à grand chose.

    C’est comme pour tout, c’est avant tout ton environnement qui va conditionner ton bien être à ce sujet, et surtout la façon dont tu vas pouvoir te soigner ou non quand tu en as besoin, mais surtout de mettre en place les choses qui te permettent de ne pas tomber dans ces difficultés au niveau de la santé mentale. Parce que soigner un burn out, une dépression, c’est très difficile, et c’est beaucoup plus facile de mettre en place le maximum de choses en amont pour ne pas se retrouver dans ces situations plutôt que d’e’être un jour la tête sous l’eau et de galérer à remonter.

    Qu’est ce qui peut être mis en place concrètement d’un point de vue du sportif ?

    Déjà à mes yeux le plus important c’est le staff qui t’entoure directement. Donc avant tout ton coach, ou tes coachs si tu en as plusieurs, et ensuite ton préparateur physique, ton préparateur mental. Si ces personnes qui interviennent directement sur l’aspect sportif n’ont pas la bonne approche sur la santé mentale, qu’ils sont dans le fameux « on fait toujours comme on fait tout le temps », et que le bien être mental et emotionnel de l’athlète passe pour eux après la performance technique et physique, c’est le meilleur moyen de filer droit au burn out ou à la dépression quand toutes les planètes ne seront plus alignées.

    Ensuite, avoir un staff médical en qui tu peux avoir à 200% confiance et qui est un vrai allié. Et je sais que ce n’est pas toujours facile à trouver, surtout dans la situation actuelle en France avec une pénurie de professionnels de santé, mais avoir un kiné à qui tu peux parler librement de tous les sujets, un psychologue qui pourra faire le lien avec ton staff sportif, un médecin qui sera prêt à déceler les drapeaux rouges et évoquer le sujet avec toi c’est une des clés pour être vraiment dans un environnement sain de A à Z.

    Plus que tout, l’important est de se connaître soi-même, de s’écouter, et de parfois devoir se défendre soi-même pour bien faire comprendre ses besoins, ses limites, et imposer les mesures nécessaires à sa propre performance. Et ça c’est pas une mince affaire, car c’est quelque chose qui prend du temps.

    Par exemples, savoir ce qui est le mieux en terme de rythme et de fréquence d’entraînement, pour allier la performance à la récupération. Moi par exemple, 2 semaines avant chaque compétition, j’ai 1 semaine de repos complet. Ca va paraître fou pour beaucoup de sportifs de haut niveau, et ça n’a pas forcément été simple à imposer dans mon calendrier sportif, mais j’ai absolument besoin de cette pause et de ce repos avant les compétitions pour avoir toutes les ressources mentales pour faire face à 10 jours loin de chez moi. C’est très lié à mon autisme, et encore une fois j’en parle en détail dans l’épisode 5 pour les curieux, mais je sais que je ne suis pas la seule athlète au monde à qui ça apporterait un bénéfice.

    Il faut aussi connaître ses drapeaux rouges qui annoncent des périodes plus compliqués et savoir quelles sont les clés pour désamorcer la situation. Est ce que dans ces moments, tu vas avoir besoin de repos ou de continuer de t’entraîner avec un rythme différent, ou est ce que c’est plutôt le contenu des entraînements qui est à aménager avec des axes de travail sur tes points forts pendant plusieurs jours pour reprendre du plaisir et de le confiance ?

    Quel planning de vacances ? Parce que oui, on a aussi des vacances et de moment complètement off du sport, où on fait totalement autre chose mais pour certains athlètes, avoir trop de vacances c’est très compliqué à vivre psychologiquement parce qu’ils ont ce besoin d’avoir la sensation de s’entraîner plus que les autres, d’autres vont avoir justement le besoin absolu de couper de temps en temps. La plupart des athlètes coupent vraiment après les Jeux Olympiques et Paralympiques et prennent une vraie pause, mais par exemple Michael Phelps lui il rattaquait direct sur l’entraînement intensif.

    Et puis il y a quelque chose auquel on pense pas mais quel rythme de vie, tout simplement ! C’est pas le plus commun mais il y a certains athlètes de haut niveau qui volontairement ont une activité professionnelle à coté de leur sport, car ils ont besoin de faire d’autres chose au quotidien et ne pas être constamment focalisé sur la perf sportive. Et ça, c’est tout aussi important pour ces profils de passer du temps au travail ou dans les études chaque semaine et si on les forçait à ne faire que du sport, ils performeraient moins et finiraient en burn out.

    Pour certains athlètes, et c’est pas encore très répandu en France notamment à cause des croyances limitantes sur la performance, mais ça va être un projet été et un projet hiver. Donc un sport présent aux Jeux d’été comme l’athlé, le tennis ou autre, et un sport d’hiver comme le ski ou le snowboard.

    Mais on en revient au point précédant, pour pouvoir mettre tout ça en place, il faut avoir un staff qui l’accepte et n’y met pas d’objection.

    Les réalités chez les jeunes sportifs

    Et ça c’est le gros soucis dans le sport de haut niveau chez les enfants. Parce que là tout ce dont je vous parle, c’est un peu un idéal quand on a les moyens de pouvoir faire ses propres choix et de mettre en place ce dont on a besoin. Malheureusement, ce n’est pas le cas de manière générale chez les enfants qui n’ont pas énormément de choix que d’aller dans les pôles espoirs, pôle France, avec un staff en place, et qui sont parfois et même assez souvent confrontés à la violence systémique liée aux idéaux de performance hérités de la guerre froide et encore bien ancrés dans les mentalités.

    Alors je vais pas m’étaler sur le sujet tout simplement parce que Arte a sorti un reportage incroyable sur le sujet, il est disponible en libre accès sur Youtube, il s’appelle « futurs champions : le prix de la gloire » et je conseille vraiment à tout le monde d’aller le regarder pour comprendre ce qui se passe dans le système de formation des futurs top athlètes. Ce reportage n’aborde pas les violences sexistes et sexuelle, et ça aussi c’est un sujet crucial dans les enjeux de santé mentale dans le sport. Je pense qu’il mériterait d’ailleurs un épisode à part entière et pas quelques mots à la fin d’un autre, donc j’en reparlerai plus tard sur le podcast.

    Et puis bien sûr, on peut absolument optimiser tout son quotidien, son environnement, son staff et quand même être sujet aux difficultés de santé mentale parce que ce sont des troubles multi factoriel, là j’ai juste fait un petit aperçu de ce qui peut et doit être mis en place pour limiter les risque, savoir s’écouter et pouvoir réagir quand on se retrouve dans cette situation. Et surtout répéter qu’une fois encore ce sujet doit être mis sur la table, que les problèmes soient lié à sa structure d’entraînement, à son sport, ses résultats ou à quelconque autre facteur de sa vie. Ca n’a pas à être tabou, ça n’a pas à être caché, et plus on en parlera librement plus les autres athlètes moins à l’aise avec le sujet pourront s’ouvrir et envisager de l’accepter, d’en parler, d’aller voir quelqu’un.

  • 19.Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi d’être en fauteuil roulant (même si je ne suis pas entièrement paralysée)

    Ceci est une retranscription de l’épisode 19 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Vivre avec un handicap : pourquoi j’ai choisi le fauteuil roulant

    Passionné de sport, curieux d’en connaître la face cachée ? Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.

    Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 19 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je réponds à une question qu’on me pose beaucoup sur les réseaux sociaux, parfois de manière très courtoise, sincère et respectueuse, parfois avec beaucoup plus de haine et de jugement.

    Aujourd’hui, je vais donc apporter des éléments de réponse à cette grande question : pourquoi j’utilise un fauteuil roulant dans la vie de tous les jours alors que je joue debout sur un terrain de badminton ?

    La plupart du temps, c’est dans ce sens-là qu’on me pose la question, avec au mieux de l’étonnement, au pire de la suspicion quant à l’utilisation du fauteuil roulant. Rarement dans l’autre sens : « pourquoi tu joues debout alors que tu es en fauteuil ? »

    Cette différence est très significative de ce qu’on vit au quotidien quand on utilise un fauteuil roulant. Les gens vont très vite juger son utilisation dès l’instant où ils voient que tu peux te lever, et encore pire quand tu peux marcher. Je ne vous raconte même pas toutes les réflexions que je peux me prendre, moi qui peux courir.

    Ce n’est ni de la fainéantise, ni pour attirer l’attention, ni pour toucher de l’argent de l’État. Oui, ce sont vraiment des idées reçues encore très répandues. Et c’est précisément ce que nous allons déconstruire aujourd’hui.

    La grande idée reçue sur les utilisateurs de fauteuil roulant

    On estime qu’environ 80 % des utilisateurs de fauteuil roulant ne sont pas entièrement paralysés. Ils peuvent parfois se lever, et parfois même utiliser leurs jambes.

    Donc quand vous voyez quelqu’un en fauteuil se lever pour attraper un paquet de chips en haut d’un rayon au supermarché : c’est normal. Il n’y a ni fraude, ni triche, ni miracle. C’est simplement la réalité du handicap.

    Comprendre rapidement les différentes paralysies

    Sans entrer dans un cours d’anatomie, il faut savoir que la colonne vertébrale est composée de 33 vertèbres. En fonction de l’endroit où la moelle épinière est touchée, les conséquences sont très différentes.

    Une lésion haute peut entraîner une paralysie complète, y compris des muscles respiratoires. Une lésion basse peut provoquer uniquement des troubles sphinctériens. Plus la lésion est haute, plus les fonctions sont atteintes, et inversement.

    De plus, une lésion peut être totale ou partielle, ce qui laisse parfois la possibilité de récupérer certaines fonctions grâce à la rééducation.

    Et il n’y a pas que les accidents : de nombreuses pathologies, comme les paralysies cérébrales, les maladies neurologiques ou articulaires, peuvent rendre la marche possible sur de très courtes distances mais impossible dans la vie extérieure.

    Mon cas personnel et ma maladie

    Je suis atteinte de la maladie de Strumpell-Lorrain, aussi appelée paraplégie spastique héréditaire. C’est une maladie génétique, liée à un gène mal codé dans mon ADN.

    Elle provoque une atteinte des quatre membres. Concrètement, ma moelle épinière fonctionne de moins en moins, ce qui entraîne une perte de force et surtout une spasticité importante.

    La spasticité, ce sont des contractions involontaires des muscles, parfois douloureuses, mais qui peuvent aussi permettre de tenir debout ou de marcher malgré une faible force volontaire.

    Dans mon cas, certains muscles comme les quadriceps et les fessiers me permettent la verticalisation, tandis que d’autres compliquent la marche et la course.

    Pourquoi le badminton est compatible avec mon handicap

    Je peux jouer debout car je conserve encore une certaine force musculaire et de la spasticité utile. Le badminton est un sport explosif, avec de petits déplacements, compatibles avec mon état physique.

    En revanche, je ne pourrais pas pratiquer l’athlétisme ou la course de fond. Le badminton demande une énergie énorme et chaque déplacement me coûte énormément d’efforts.

    Pourquoi le fauteuil roulant est indispensable

    Après un match, je n’ai littéralement plus aucune force. La spasticité explose et marcher devient extrêmement difficile. Pendant longtemps, j’ai utilisé des béquilles, mais cela n’était plus suffisant.

    Après un tournoi très compliqué aux championnats du monde 2022 à Tokyo, j’ai pris la décision de passer au fauteuil roulant.

    Ce choix a été difficile à accepter, car le fauteuil est encore très stigmatisé. Pourtant, c’était la seule solution viable pour préserver mon autonomie et mes performances sportives.

    Fauteuil roulant vs béquilles : une réalité contre-intuitive

    Contrairement aux idées reçues, les béquilles sont parfois plus handicapantes qu’un fauteuil roulant. Porter des courses, un plateau, une valise est bien plus simple en fauteuil.

    Petit à petit, j’ai intégré le fauteuil dans mon quotidien. Mes performances sportives ont été améliorées car j’économisais mes forces en dehors du terrain.

    Une aide technique pour mieux vivre

    Avec l’évolution de ma maladie, j’ai fini par utiliser le fauteuil pour mes déplacements quotidiens. Ma vie est devenue plus facile, plus autonome, plus riche.

    J’ai pu reprendre des activités que j’avais abandonnées : transports en commun, balades avec mon chien, gestion de la maison.

    Ce fonctionnement concerne de nombreuses personnes, y compris des personnes amputées ou atteintes de maladies évolutives.

    Conclusion

    Avant de juger l’utilisation d’une aide technique, il faut comprendre la complexité du handicap invisible. Le fauteuil roulant n’est pas un échec, ni une triche, ni une fin.

    Pour moi, il est à la fois un outil d’autonomie au quotidien et un levier de performance sportive.

    Le choix des aides techniques est personnel, évolutif, et se fait en accord avec une équipe médicale.

    Sortir de rééducation avec un fauteuil roulant, ce n’est pas la fin d’une vie. C’est la fin d’une vie telle qu’on la connaissait, et le début d’une autre.

    Journal d’une parabadiste répond à toutes les questions que vous vous êtes toujours posées sur le sport de haut niveau.