Ceci est une retranscription de l’épisode 13 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode.
Une victoire fraîche : mon titre de championne de France
Bonjour à tous et bienvenue dans l’épisode 13 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, un épisode en lien avec mon actualité sportive toute fraîche puisque je viens de décrocher ce week-end le titre de championne de France de parabadminton en classe SL4-SU5.
Alors c’était le moment de partager cette nouvelle, mais surtout de vous éclairer sur les dessous d’un titre sportif majeur : comment on arrive à cette performance, et qu’est-ce qu’on doit mettre en place pour maximiser les chances de pouvoir ajouter cette ligne à son palmarès quand on pratique un sport à bon niveau.
C’est ma deuxième médaille d’or sur un championnat de France, et cette fois-ci elle a un goût encore plus particulier puisque nous étions regroupées avec la classe SU5. Le prochain épisode sera d’ailleurs consacré aux classifications, pour que vous puissiez mieux comprendre ces histoires de classes en parasport. Mais pour faire très simple : j’ai un handicap au niveau des jambes, et je jouais contre des filles qui ont un handicap au niveau du bras, tout simplement parce qu’il n’y avait pas assez de monde pour faire deux tableaux. Sur le papier, ça peut paraître un peu injuste — en soi ça l’est — mais il vaut mieux ça que de ne pas pouvoir jouer par manque de joueuses.
Les idées reçues sur un titre majeur
La plupart des gens s’imaginent que pour gagner un titre majeur, on s’entraîne, on joue et on repart (ou pas) avec une médaille. Dans la réalité, le chemin est un peu plus sinueux. Ce serait le rêve de tout sportif de pouvoir juste se concentrer à fond sur son sport et devenir le meilleur comme ça. Mais malheureusement, il y a beaucoup d’autres choses à faire et à organiser pour pouvoir grimper jusqu’au titre de champion de France et devenir, en quelque sorte, la meilleure personne du pays dans cette discipline.
Généralement, un titre de champion de France commence tout bêtement par choisir un sport quand on est enfant. Aller tous les mercredis après-midi à l’entraînement, découvrir les règles, la technique, la tactique, faire des jeux autour de tout ça et commencer petit à petit ses premières compétitions.
Découvrir la compétition jeune n’est pas obligatoire. Il y a mille façons de performer dans son sport. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas commencé à six ans qu’on ne pourra pas devenir le meilleur. Typiquement, j’ai commencé le badminton il y a trois ans, donc on voit bien qu’il existe des trajectoires atypiques. Mais malgré tout, la performance vient avec la répétition et le nombre d’heures de pratique. Plus on commence tôt, plus on emmagasine d’expérience, et potentiellement plus on peut faire partie des meilleurs.
Si j’ai pu atteindre ce niveau en seulement trois ans de badminton, c’est aussi parce que j’avais derrière moi dix ans de tennis en compétition, sept ans de sport-étude, et toutes les exigences que cela implique. Même si ce n’était pas le même sport, j’avais déjà un gros bagage.
Les champions que vous voyez aujourd’hui ont dédié toute leur vie à leur discipline : cela ne vient pas en un claquement de doigts.
Le travail dans l’ombre
Ceux qui réussissent le plus sont souvent ceux qui travaillent le plus dans l’ombre : les footballeurs qui restent après l’entraînement pour tirer des coups francs, les joueurs de tennis qui prennent des seaux de balles pour pratiquer leur service seuls. Chaque sportif qui n’attend pas qu’on le pousse pour se donner à 300 % et finir totalement rassasié à la fin de chaque séance.
Si tu veux devenir le meilleur, il faut travailler plus que les autres — et aussi plus intelligemment.
La préparation physique : le socle de la performance
À côté de la pratique de son sport en tant que tel, il y a tout le volet préparation physique. C’est extrêmement important, non seulement pour performer mais aussi pour éviter les blessures.
Selon les moments, cela peut représenter plusieurs séances par semaine :
- en salle, avec musculation, gainage, exercices ciblés ;
- du cardio : running, vélo, natation ;
- du travail d’explosivité, de proprioception, de jeu de jambes et de motricité pour servir la technique sur le terrain.
La préparation mentale : longtemps sous-estimée
La préparation mentale a longtemps été sous-estimée, parfois même méprisée. On entendait encore récemment des idées reçues comme : « Faire de la prépa mentale, c’est être faible. » Heureusement, aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le résultat passe autant par la performance technique, physique que mentale.
Tu peux être le meilleur du monde techniquement : si tu n’es pas bien mentalement, tu n’iras pas loin.
La prépa mentale est un élément clé du quotidien d’un sportif, mais pas toujours simple à mettre en place. Il faut trouver la bonne approche, la bonne personne, un préparateur qui te comprend. C’est parfois l’étape la plus longue.
Le coût d’une carrière sportive
Comme je le disais au début, il n’y a pas que la pratique pure. Une carrière sportive de haut niveau coûte cher. À moins de gagner au loto, il faut prévoir tout un tas de choses pour pouvoir s’entraîner suffisamment, avoir le bon matériel, un coach et participer aux compétitions.
Un sportif qui veut financer sa carrière doit avoir des sponsors. Et pour avoir des sponsors, il faut exister aux yeux du monde. Aujourd’hui, cela passe par les réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux : une activité à part entière
Pour espérer convaincre un partenaire, il faut publier du contenu : vidéos, shootings photo, publications régulières, storytelling, actus, réponses aux commentaires. Tout cela prend du temps, nécessite de l’organisation, une vraie vision.
Les médias : indispensables pour émerger
Quand on fait un sport de niche, personne ne va parler de nous « sans notre consentement » comme pour le foot. Pour faire connaître notre sport, nos résultats, nos objectifs, il faut aller vers les journalistes, les rencontrer, les démarcher, leur proposer notre projet. On peut envoyer des dizaines de dossiers pour seulement quelques retours.
Mais c’est un levier majeur pour exister.
La recherche de sponsors : entre patience et stratégie
Construire son image et exister aux yeux du monde permet ensuite d’aller démarcher des entreprises pour financer son championnat de France et sa carrière. Et on n’a toujours pas joué le moindre point que tout ce travail en amont a déjà été colossal.
La recherche de sponsors peut aller vite ou être très longue. Le bouche-à-oreille reste un levier important. Mais dans tous les cas, il faut parler de son projet partout : en direct, sur les réseaux, par mails, relances, posts, rencontres, discussions, même les pistes qui semblent fantaisistes.
Au bout de tout cela viennent les rendez-vous qui finalisent les partenariats. Et on peut alors partir sur le championnat de France en étant serein financièrement, avec un membre de plus dans l’équipe. Parce que, comme on dit, seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin.
L’entrée dans la compétition : les choix stratégiques
Après tout cela vient enfin le concret : la compétition. Là aussi, des choix s’imposent : voiture, train, avion ? Chacun a des avantages et des inconvénients, et ces décisions ont un impact sur la performance.
Une fois sur place, l’objectif est clair : donner le meilleur de son jeu. Le fruit de tout le travail — technique, physique, mental, cognitif — peut alors payer… ou non.
Il n’existe pas une seule recette pour devenir champion. Chacun a sa méthode, son fonctionnement, son équilibre entre points forts, points faibles, nutrition, sommeil, plaisir, contraintes, vie personnelle. On reste des humains, pas des robots.
Après la médaille : encore du travail
Une fois la médaille obtenue, ce n’est pas fini : il faut communiquer. Faire un récap, une newsletter, une vidéo, un post sur chaque réseau, raconter son histoire aux journalistes.
On pourrait penser que cela freine la performance : oui, c’est une charge énorme de travail. Mais une carrière sportive se construit sur le long terme. Sans solidité financière, pas de vision, pas de carrière.
Les clés de la réussite
Pour les jeunes qui veulent performer, comme pour les plus âgés qui se lancent dans un sport de niche (et même au-delà du sport), voici ce que je retiens :
- S’imposer une discipline et ne pas attendre qu’on nous pousse : le travail de l’ombre finit toujours par payer.
- Repérer les facteurs de performance et les adapter à son propre profil.
- Construire sa présence et son image même dans les périodes calmes, sans attendre les grandes échéances.
- S’entourer de partenaires sur le long terme pour bâtir un système solide et avoir une vision à moyen terme.
Conclusion
Un titre de championne de France ne se résume jamais à un week-end de compétition. Il est le résultat de mois — parfois d’années — d’efforts, d’organisation, de travail invisible, de remis

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