Étiquette : Jeux olympiques

  • Le sport de haut niveau est-il un vrai métier ?

    Parmi les activités de la vie d’adulte, le sport de haut niveau prend tout à fait la place sur le podium des métiers atypiques. Vrai métier ? Passion ? Passe-temps ? Décryptons !

    Photo de Milena Surreau sportive de haut niveau en para badminton qui boit de l'eau assise sur le banc à la pause.

    Photo : Parabadminton Photos

    « Tu fais quoi dans la vie ? » « Du sport. » Et là, je vois déjà l’interrogation dans le regard. Parfois même un petit sourire.


    Beaucoup de gens pensent, de manière consciente ou inconsciente, que le sport de haut niveau n’est pas un métier. Que les entraînements peuvent être un peu à la carte, qu’on est dispo en un claquement de doigts…


    Alors si me connaissez, vous le savez : j’ai pris la parole sur mon podcast pour aborder ce sujet en format long parce que quelque caractères sur une page web ne suffisent pas !


    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je démonte ce mythe, et je t’emmène dans la réalité d’un quotidien structuré, chargé, organisé au millimètre près, où chaque décision compte :

    Entraînements techniques et physiques, préparation mentale, diététique, récupération, soins, compétitions, communication, sponsoring, tournages, administratif, dossiers…

    Le sport de haut niveau, c’est un engagement total, avec l’exigence d’un emploi à temps plein, mais sans la reconnaissance ni les droits sociaux réellement associés.

    Dans cet épisode, je parle aussi de la difficulté à faire comprendre nos priorités à l’entourage, de la frontière floue entre amateur et professionnel, et de tout ce que l’on ne voit pas derrière une raquette ou un fauteuil.

    🎧 Écouter l’épisode 23 : Sport de haut niveau, bannir le mythe du “faux métier”

    Disponible dès à présent sur votre plateforme d’écoute préférée !

    Et si tu veux aider un athlète à faire comprendre son quotidien à ses proches, partage-lui cet épisode ! C’est sûrement parce que vous l’avez aimé qu’il lui plaira aussi.

  • Un journée dans la peau d’une sportive de haut niveau

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton, sur le terrain des Jeux Paralympiques de Paris 2024

    Photos : Lucas Noyon / BADMINTONPHOTO

    Les médailles et les podiums, c’est bien, mais au quotidien dans l’ombre il se passe quoi ?

    Aujourd’hui je vous emmène avec moi sur la journée type d’une sportive de haut niveau !

    Réveil 6h — je sors mon chien au jardin pendant que je prends mon pique nique (préparé la veille) dans le frigo

    6h15 — départ pour la gare (avec Eugène, mon chien d’assistance 🦮)

    6h45 — 1h de train = 1h de sommeil, petite sieste avant d’arriver en ville

    7h45 — petit temps off pour mon chien qui peut renifler, faire ses besoins

    8h — tramway direction le CREPS des Pays de la Loire !

    8h15 — arrivée au CREPS, détente pour Eugène (qui préfère la période où il peut observer les moutons en pâturage)

    8h45 — Eugène va au vestiaire, début de l’échauffement pour moi

    9h/11h — entraînement collectif : ça sue à grosse gouttes 🥵

    11h/12h — balade pour mon chien pendant que je mange mon pique nique

    12h/13h30 — sieste pour tout le monde

    14h/15h15 — entrainement individuel : focus technique et répète de coups

    15h30/17h — retour en transport : travail administratif, réseaux sociaux, compta, sponsors

    19h — repas du soir

    20h30 — coucher

    repeat

    Evidemment point bien-être animal :

    Je ne m’entraîne pas 2 fois par jour 7j/7, ce qui permet de faire des grosses balades d’1h30/2h et/ou du VTT le matin. Aussi, Eugène ne m’accompagne pas tous les jours à l’entraînement et profite souvent du canapé la journée. Le cas échéant, il a donc une 2e balade quand je rentre !
    Il a 6 ans et est un adulte avec moins de besoin qu’un chiot/adolescent, ce rythme serait différent avec un chien plus jeune.


    Aussi, tout cela est bien beau sur le papier, mais dans les faits, comment se passe les déplacements quand on est en plus, handicapé moteur ? J’ai sorti un épisode sur le sujet sur mon podcast Journal d’une parabadiste : Fauteuil roulant — accessibilité, regards pesants, mise en danger – l’envers du décors d’un simple trajet disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

    Imaginiez-vous la journée d’une sportive de haut niveau comme cela ?


  • « Vous avez une maladie neurologique » : le plus beau jour de ma vie

    Photo de Milena Surreau sur son fauteuil roulant. Atteinte d'une maladie neurologique, elle devient petit à petit tétraplégique.




    Petite, je rêvais de devenir joueuse de tennis professionnelle. Je rêvais de Roland-Garros, de podiums, de grandes compétitions. Les Jeux Olympiques me faisaient rêver et l’image de Rafael Nadal me boostait à chaque entraînement.

    J’étais en sport-étude, je m’entraînais tous les jours y compris le samedi, et le dimanche c’était le jour des compétitions.

    Le tennis, c’était toute ma vie. Un refuge contre le harcèlement au collège, une bouffée d’air frais à chaque fois que j’entrais sur un terrain en terre battue.

    Mais j’étais toujours un peu à la traîne par rapport aux autres. Souvent blessée, je participais à moins de tournoi. Chaque année, je progressais donc moins au classement fédéral. Je jouais dans les équipes de division inférieure en interclub.

    Par dessus le tout, j’avais des douleurs dans les jambes terribles. Qui sont petit à petit remontées au dos. Mais aucun médecin n’a pris le temps de m’examiner.

    « C’est normal, c’est parce que tu grandis » « Tu fais trop de sport » « Tu ne t’étires pas assez »

    C’était toujours de ma faute…

    Alors, petit à petit, mes espoirs de haut niveau se sont éteints. J’étais trop loin. Trop à la traîne. Pas assez forte. Et un jour j’ai reçu la fameuse lettre de la ligue qui m’annonçait que je ne faisais plus partie des jeunes à potentiels qui sont suivis vers le haut niveau.

    Je resterai juste une bonne joueuse de club qui joue en pré-national.

    Alors, le jour où j’ai appris que j’avais une maladie neurologique incurable, 15 ans après mes premières douleurs… cela a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

    Pourquoi ?
    Parce que ce diagnostic, c’était une clé. Celle de la compréhension de tout ce que je vivais au quotidien. Celle qui te permet de te dire : « ok, je ne suis pas folle ». Cette qui soulage.

    Mais surtout : celle qui m’a ouvert la porte du parasport. Du haut niveau. Des Jeux Paralympiques.

    Bref, d’un nouvel avenir.

    Dans le 2e épisode de mon podcast Journal d’une parabadiste, je vous raconte :

    Mon parcours dans le sport valide
    Mes premières désillusions
    L’impact silencieux de l’autisme non diagnostiqué
    Et surtout… comment une annonce médicale m’a offert une seconde chance inespérée.

    🎧 Écoutez Journal d’une parabadiste, épisode 2 : autisme, maladie neurologique… une 2nde chance avec le parasport (de haut niveau)

    C’est une histoire de résilience, de transformation, et d’amour du sport.

    À faire écouter à tout jeune sportif qui doute, à toute personne ayant eu un diagnostic récent, un accident destructeur.

  • Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton. Elle est sur un terrain de compétition, le regard tourné vers le ciel, la main sur le coeur, illustrant le sujet de la santé mentale dans le sport de haut niveau

    Parlons DU sujet tabou dans le sport de haut niveau : la santé mentale


    C’est pourtant un sujet crucial, si ce n’est le plus important. Mais cela ne suffit pas à libérer la parole à son sujet.


    Il est souvent mis sous le tapis, à peine mentionné du bout des lèvres, et quand un athlète prend la parole à ce sujet, tout le monde le félicite.

    J’aimerais que la santé mentale ne soit pas plus tabou que la santé physique. Que l’on parle de psychologue comme on parle de kiné.


    Que le psychiatre soit un maillon du staff du sportif au même titre que le médecin du sport.

    Il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années à ce sujet, mais sais que l’on peut faire mieux.

    Alors, pour la 3e saison de mon podcast Journal d’une parabadiste, j’ai choisi la santé mentale pour ouvrir le bal des épisodes : https://smartlink.ausha.co/journal-d-une-parabadiste/21-sante-mentale-et-sport-de-haut-niveau-la-face-cachee-d-un-monde-de-performance


    Aujourd’hui, on va parler de ce qui est mis en place dans le sport de haut niveau.

    Comment s’entraîner quand on est en dépression ?
    Peut-on se reposer quand le burnout est proche ?
    Comment gérer la performance et le si haut niveau quand le cerveau ne suit pas ?

    Si bien sûr, l’épisode intéressera les sportifs, tous les leviers dont je parle dans l’épisode sont applicables à n’importe quel domaine : entreprenariat, art, vie quotidienne…

    Alors aujourd’hui sans tabou on parle suicide, dépression, burnout, anxiété.

    Et comment on gère tout ça quand on doit devenir n°1 mondial de sa discipline.

    Journal d’une parabadiste — épisode 21 : Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

  • 14.Classification paralympique : comment ça marche ? Plongée dans les secrets des jeux paralympiques

    Ceci est une retranscription de l’épisode 14 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Comprendre la classification en parasport

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode n°14 de mon podcast, Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau : la classification en parasport. Les Jeux Paralympiques ont permis de diffuser du sport à la télé et dans les stades, et beaucoup de gens qui n’étaient pas familiers avec le parasport se sont retrouvés un peu perdus face aux multiples épreuves dans un même sport.

    On va donc essayer d’apporter un peu d’éclairage pour comprendre les enjeux de la classification, comment elle est réalisée, et pourquoi on voit tel athlète affronter tel autre. Cet épisode sera divisé en deux parties, car le sujet est dense et je tiens à garder un format de 20 minutes maximum, comme vous l’aimez !

    La classification : de quoi parle-t-on ?

    La classification, c’est le processus qui vise à répartir les athlètes dans différentes classes en fonction de leur handicap et surtout de son impact sur la pratique sportive. C’est le point de départ de toute activité parasportive, car des classes équitables garantissent que la personne qui gagne est la meilleure, celle qui a le plus travaillé, le meilleur physique, la meilleure technique, le meilleur mental – et non celle qui a le handicap le moins important.

    Grâce à ces classes, quel que soit le handicap et sa sévérité, chacun a une chance de performer face à des athlètes ayant des impacts similaires sur leur pratique. La classification vise à garantir l’équité sportive – une notion essentielle : les processus recherchent l’équité et pas forcément l’égalité.

    Équité vs égalité

    L’équité consiste à s’assurer que deux concurrents ont les mêmes limitations dans leur pratique et partent avec les mêmes chances de réussite, quelle que soit la nature de leur handicap.

    En parabadminton (mon sport), par exemple, en classe SL4, une personne amputée tibiale peut jouer contre une personne ayant de la spasticité dans la jambe. Les handicaps sont différents, mais leurs répercussions sur le terrain sont équivalentes.

    Ce choix d’organisation permet aussi de constituer des groupes suffisamment grands pour organiser des compétitions viables. Si on classait uniquement par type de handicap, il n’y aurait souvent pas assez d’athlètes pour remplir un tableau.

    Des sports qui choisissent différemment

    Certains sports, comme l’athlétisme, utilisent des classes basées sur la nature du handicap pour garantir une équité maximale – notamment parce que, dans les sports chronométrés, tout se joue parfois au centième de seconde.

    Cependant, même dans ces cas, certaines classes sont regroupées en compétition lorsqu’il n’y a pas assez d’athlètes. On retient alors l’impact du handicap sur la performance pour maintenir une compétition équitable.

    Qui fixe les règles ?

    Il existe deux grandes catégories de sports : les sports paralympiques (présents aux Jeux) et les sports non paralympiques.

    Les sports non paralympiques

    Ils peuvent créer leurs propres règles de classification, ou même décider de ne pas classer les athlètes du tout. Certains mélangent même athlètes valides et athlètes en situation de handicap, comme le BaskIn.

    Les sports paralympiques

    Eux doivent répondre aux règles du Comité International Paralympique (CIP). Chaque athlète doit présenter un des 10 handicaps éligibles :

    • Puissance musculaire affaiblie
    • Amplitude de mouvement limitée
    • Déficience d’un membre
    • Différence de longueur des jambes
    • Petite taille
    • Hypertonie musculaire
    • Ataxie
    • Dystonie
    • Déficience visuelle
    • Déficience intellectuelle

    Les autres handicaps (douleur, hyperlaxité, troubles cardiovasculaires, autisme, surdité…) ne permettent pas de participer aux sports paralympiques.

    Chaque sport définit ensuite ses propres classes

    Tant que les critères respectent la liste des 10 handicaps éligibles, chaque Fédération internationale peut définir librement son système. Certains sports accueillent tous les types de handicaps (athlétisme), d’autres se concentrent sur un seul (le judo, uniquement pour les déficients visuels).

    Dans certains sports comme le paraski, il n’existe qu’un podium par grande catégorie (debout, assis, déficience visuelle), mais le chronomètre est ajusté selon la classe de chacun pour garder l’équité.

    Pourquoi c’est si complexe ?

    Le système paraît simple en théorie (assurer l’équité), mais chaque sport a ses propres règles et ses propres classes. Il est donc impossible de tout connaître ou retenir en un clin d’œil.

    Chaque sport possède son propre vocabulaire : WH1, SU5, SH6, SL4 en badminton ; T51, T64, F36 en athlétisme… Dans la plupart des sports, plus le chiffre est petit, plus le handicap est important.

    Classification et perceptions erronées

    Pendant les Jeux Paralympiques, de nombreuses incompréhensions sont nées. Le parasport reflète deux réalités :

    • Le handicap invisible existe.
    • Les conséquences d’un handicap sont souvent plus complexes qu’on ne l’imagine.

    Un exemple personnel

    Lors de mon premier match à Paris, diffusé sur France 2, j’ai reçu beaucoup de retours : « C’était injuste, tu jouais contre une fille handicapée du bras alors que toi c’est les jambes. »

    La joueuse indienne contre moi avait effectivement un bras amputé. Mais elle avait aussi une arthrodèse de la cheville, un handicap invisible mais bien réel, qui l’a rendue éligible en SL4, la même classe que moi.

    Ce match montre à quel point les handicaps invisibles sont souvent ignorés. Pourtant, la classification est pensée pour être équitable. Il n’y avait aucune raison qu’une athlète avec un handicap au bras joue contre une athlète avec un handicap aux jambes – cela serait inéquitable.

    Un exemple : Alexandre Léauté

    Alexandre Léauté, paracycliste multiple champion du monde et paralympique, a aussi fait l’objet de critiques. Il a une hémiplégie importante et concourt souvent face à des athlètes amputés d’une jambe. Certains grincheux ont rapidement conclu qu’il avait un avantage “parce qu’il a deux jambes”.

    Mais en réalité, il pousse à 90 % avec sa jambe gauche. Sa jambe droite ne contribue qu’à 10 %, mais doit quand même être irriguée : son cœur travaille pour deux jambes, contrairement à ses concurrents. Dans un sport où le cardio et la récupération sont essentiels, cela rétablit l’équité.

    En plus, son bras droit est touché, ce qui le handicape sur les départs, contrairement à ses adversaires qui ont deux bras valides.

    Conclusion : le handicap n’est jamais binaire.

    De même, beaucoup d’athlètes utilisant un fauteuil en compétition peuvent marcher chez eux. Cela ne signifie pas qu’ils trichent : la majorité des utilisateurs de fauteuil ont encore quelques capacités debout.

    Comment se déroule une classification ?

    Vous vous demandez sûrement comment on juge l’impact du handicap et comment on attribue une classe. Ce sera le sujet de la deuxième partie de cet épisode !

    Nous parlerons du processus de classification, des limites du système, des injustices possibles et des pistes d’amélioration pour le futur du parasport.

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    Conclusion

    La classification est un système essentiel pour garantir l’équité dans le parasport. Complexe, nuancé, parfois mal compris, il reflète avant tout la diversité et la richesse des parcours de chaque athlète. Comprendre ces mécanismes, c’est mieux apprécier les performances, éviter les jugements hâtifs, et reconnaître la valeur du travail accompli par les sportifs paralympiques.

    Rendez-vous dans deux semaines pour la suite !