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  • Le sport de haut niveau est-il un vrai métier ?

    Parmi les activités de la vie d’adulte, le sport de haut niveau prend tout à fait la place sur le podium des métiers atypiques. Vrai métier ? Passion ? Passe-temps ? Décryptons !

    Photo de Milena Surreau sportive de haut niveau en para badminton qui boit de l'eau assise sur le banc à la pause.

    Photo : Parabadminton Photos

    « Tu fais quoi dans la vie ? » « Du sport. » Et là, je vois déjà l’interrogation dans le regard. Parfois même un petit sourire.


    Beaucoup de gens pensent, de manière consciente ou inconsciente, que le sport de haut niveau n’est pas un métier. Que les entraînements peuvent être un peu à la carte, qu’on est dispo en un claquement de doigts…


    Alors si me connaissez, vous le savez : j’ai pris la parole sur mon podcast pour aborder ce sujet en format long parce que quelque caractères sur une page web ne suffisent pas !


    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je démonte ce mythe, et je t’emmène dans la réalité d’un quotidien structuré, chargé, organisé au millimètre près, où chaque décision compte :

    Entraînements techniques et physiques, préparation mentale, diététique, récupération, soins, compétitions, communication, sponsoring, tournages, administratif, dossiers…

    Le sport de haut niveau, c’est un engagement total, avec l’exigence d’un emploi à temps plein, mais sans la reconnaissance ni les droits sociaux réellement associés.

    Dans cet épisode, je parle aussi de la difficulté à faire comprendre nos priorités à l’entourage, de la frontière floue entre amateur et professionnel, et de tout ce que l’on ne voit pas derrière une raquette ou un fauteuil.

    🎧 Écouter l’épisode 23 : Sport de haut niveau, bannir le mythe du “faux métier”

    Disponible dès à présent sur votre plateforme d’écoute préférée !

    Et si tu veux aider un athlète à faire comprendre son quotidien à ses proches, partage-lui cet épisode ! C’est sûrement parce que vous l’avez aimé qu’il lui plaira aussi.

  • JO : ces athlètes de haut niveau qui font un sport d’été et d’hiver

    Milena Surreau, athlète de haut niveau, sur son snowboard lors d'une étape de coupe de France de parasnowboard

    Quand on aime… on ne compte pas ! Mais est-il possible de mener de front 2 carrières distinctes lorsque l’on est athlète de haut niveau ?

    Cet hiver, après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 auxquels j’ai participé en para badminton, j’ai eu besoin de souffler. Une grosse fatigue mentale s’est installée, et c’est à la montagne que j’ai fait retomber la pression de ces 2 années incroyablement intenses entre les qualifications et les Jeux Paralympiques.

    Mais très vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus. J’ai eu l’envie de découvrir une nouvelle discipline : le para snowboard. Car c’est une chose de descendre des pistes en free ride entre ami, ça en est une autre de devoir passer des piquets de manière chronométrée.

    Une belle réussite

    La classification nationale passée, c’est sur la 1ère étape du circuit Coupe de France aux Saisies qu’a commencé ma nouvelle passion. Au final, je repars des Alpes 3 mois plus tard avec 5 médailles d’or, le circuit général de la Coupe de France, et un double titre de championne de France (il faut dire que j’ai profité de l’absence de Cécile Hernandez, blessée lors de sa dernière étape de Coupe du Monde).

    Mais alors, peut-on mener de front 2 carrières sportives de haut niveau ? Si l’on voit de temps en temps quelques athlètes briller sur plusieurs circuits à l’international (à l’instar d’Arthur Bauchet, le paraskieur récent vainqueur d’une coupe du monde de cyclisme sur route), il reste tout de même peu commun et difficile de mener de front deux véritables carrière de haut niveau.

    Alors pourquoi partir 3 mois à la montagne et laisser de coté mon sport ? Était-ce une parenthèse ou un nouveau départ dans ma carrière d’athlète de haut niveau ? Était-ce un caprice, un « coup de tête », ou au contraire une étape déterminante ? Qu’est ce que cela m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes à la reprise du badminton ?

    « J’ai découvert un monde mental que je ne soupçonnais pas »

    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je partage sans filtre ce que ce virage m’a appris sur la résilience, la gestion d’une carrière, et le courage d’écouter ses besoins, même si cela surprend.

    Entre développement physique, endurance, groupes musculaires nouveaux et aspects psychologique et mental, la découverte de ce sport diamétralement opposé au badminton m’a ouvert un monde que je ne soupçonnais pas. Loin d’être une perte de temps dans ma carrière paralympique de badminton, j’ai au contraire fait un grand bon en avant sur bien des aspects et une nouvelle réflexion sur mon calendrier sportif s’impose.


    Parce qu’une trajectoire sportive n’est jamais parfaitement rectiligne. Et que parfois, changer de direction permet de mieux avancer.

    Pour découvrir en détail les tenants et aboutissants de cette pause alpine, je vous invite à écouter l’épisode 22 de mon podcast Journal d’une parabadiste : « Parasport : le défi inattendu d’une paralympienne en snowboard après Paris 2024 » (disponible sur toutes les plateformes d’écoute)

  • 22.Parasport : ce que le snowboard a apporté à ma carrière de badiste de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous bienvenue sur mon podcast Journal d’une parabadiste, le premier podcast français sur le sport de haut niveau paralympique ; aujourd’hui je réponds à une question qui m’a été posée et j’adore quand je traite des sujets qui viennent de vous parce que j’ai créé ce podcast pour vraiment répondre aux questions que les gens se posent sur le sport de haut niveau et/ou sur l’impact handicap dans cette pratique donc quand je satisfais directement votre curiosité c’est un vraiment plaisir pour moi.

    Après les Paralympiques de Paris 2024, place au parasnowboard

    Dans cet épisode on va donc parler de l’hiver que j’ai passé après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 et pourquoi est ce que je suis partie faire du snowboard au lieu de continuer le badminton, est ce que c’est un projet à long terme ou était-ce une parenthèse, pourquoi le snowboard et pas le ski, qu’est ce que ça m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes par rapport au badminton bref aujourd’hui je parle en détail de ce que j’ai vécu cet hiver !

    Pour remettre dans le contexte, j’ai fini les Jeux Paralympiques le 31 aout, ensuite on a eu quelques obligations en terme de médias et de présence pour la fédération, et je suis rentrée chez moi début septembre. Là j’ai pris beaucoup de repos parce qu’une paralympiade c’est 3 ans très intensif, entre la préparation, le financement, la qualification et ensuite les jeux. Je parle un peu plus en détail de tout ça dans l’épisode 16 sorti il y a quelques mois.

    J’ai repris l’entrainement mi octobre, parce que j’avais vraiment l’envie et le besoin de reprendre, donc ça a été une décision personnelle et pas une décision imposée par mon staff, c’est important de le savoir.

    Et puis en décembre, j’ai eu vraiment une période difficile mentalement, j’étais épuisée, alors heureusement les vacances arrivaient et je suis partie à la montagne, chez ma meilleure amie. A la fin des vacances, j’étais vraiment absolument pas en état de rentrer et de reprendre l’entraînement, j’avais pas du tout encore récupéré de ma fatigue, en plus j’avais un nouveau traitement à cette période qui me causait énormément de fatigue et de somnolence. Donc je me suis simplement écoutée — comme on en parlait dans l’épisode précédent sur la santé mentale — et je suis restée plus longtemps.

    Alors qu’est ce qu’on fait quand on est en vacances à la montagne et qu’on aime le sport, ben généralement du sport d’hiver, entre les longues après midi de sieste et les balades des chiens, on allait de temps à autre sortir en ski et en snowboard et ça m’a fait un bien fou de faire du sport extérieur, en pleine nature, parce que ça change pour le coup carrément de notre quotidien de badiste, nous on est tout le temps enfermés dans un gymnase et pouvoir respirer le grand air de la montagne, ça fait du bien physiquement et moralement.

    Donc moi je fais du snowboard depuis que j’ai 14 ans à peu près, à l’époque je n’avais pas encore de gros soucis neurologique, j’avais mes jambes qui fonctionnaient à peu près normalement on va dire. Et là c’était la 1ere fois que je remontais sur un snow depuis ma paraplégie spastique. Donc pour ceux qui me découvrent aujourd’hui, j’ai une maladie neurologique qui touche ma moelle épinière et qui fait que petit à petit je perds ma force dans mes jambes et dans mes bras, et j’ai ce qu’on appelle de la spasticité donc des contractions musculaires involontaires ce qui rend difficile le contrôle des jambes.

    Donc même si j’ai beaucoup de difficultés à marcher et que dans la vie de tous les jours j’utilise un fauteuil roulant, sur un snowboard je peux tenir debout. Une fois que je suis dessus en fait avec les pieds attachés, j’ai vraiment ma spasticité qui va m’aider à tenir debout en compensant les paralysies et je vais descendre les pistes, même si j’ai besoin de beaucoup de pause.

    A l’inverse du ski où debout je n’aurais pas assez de force dans chaque jambe séparée pour pouvoir supporter la force qu’il faut y mettre.

    Pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard ?

    Et puis, assez vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus, et je me suis dis, pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard pour découvrir cette discipline, parce que c’est évidemment totalement différent de faire du free ride quand on est en vacance que de passer des piquets imposés le plus vite possible, voir si ça me plait et voir ce qu’il en est quoi !

    Donc j’ai passé la classification nationale, pour savoir si mon handicap était éligible pour faire du parasnowboard — pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit j’ai sorti 2 épisodes sur ce sujet, le 14 et le 15 avec tout ce qu’il y a à savoir sur les classes en parasport — et j’ai participé à une première Coupe de France début janvier.

    Et franchement je ne m’y attendais pas du tout, parce que la vitesse ça n’a jamais été ce que je préfère sur les pistes, mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour la discipline. J’ai adoré passer ces piquets imposés, apprendre à prendre les bonnes trajectoires, doser les risques…

    Une première compétition qui m’ouvre des portes

    Et cette première compétition a été un vrai succès, que ce soit en terme de résultat puisque j’ai fait 2 médailles d’or, mais aussi en terme d’expérience puisque j’ai passé une super journée, j’ai pu rencontrer les athlètes du circuit national donc vraiment beaucoup de positif.

    Suite à cette première réussite, je me suis dit pourquoi pas continuer le circuit tant que je suis sur les Alpes, parce que du coup ça m’a aussi poussé à m’entraîner un peu plus sérieusement et donc ça a continué de m’entretenir physiquement ce qui était pas plus mal pour la reprise future du badminton. Et donc j’ai fait une 2e Coupe de France, sur laquelle j’ai fait 1 médaille d’or et où j’ai pris beaucoup d’expérience ; ce qui m’a aussi qualifiée pour les championnats de France qui avaient lieux plus tard dans la saison en mars.

    Et ceux là pour le coup j’étais vraiment pas sûre de pouvoir y participer parce que je commençais en février à entrevoir mon retour à la maison et au badminton, il y a avais aussi une incertitude sur le calendrier de compétition BWF auquel je pouvais participer ou non avec ma reclassification en parabadminton donc ça j’en parle dans l’épisode 20 pour ceux qui l’ont manqué.

    Au final, après un hiver très ressourçant je suis rentrée à la maison mi février, et j’ai finalement pu participer aux championnats de France de para snowboard grâce à une semaine de vacances du pôle performance parabad qui tombait pile poil au bon moment. Et donc en amont de ce stage, j’ai aussi pu participer à un stage de développement avec des membres du collectif France et l’entraîneur des équipes de France de parasnow. Ca a été un super moment pour moi, très complémentaire de tout ce que j’avais vu cet hiver, avec un super staff. Et comme j’en parlais dans l’épisode précédent, le staff c’est à mes yeux ce qui peut faire la différence dans une discipline que l’on veut potentiellement pratiquer à haut niveau, donc ça m’a aussi ouvert des perspectives auxquelles j’avais pas forcément pensé jusque là.

    Bref, je suis revenue des championnats de France de parasnow avec 2 médailles d’or, mais aussi un bagage énorme pour le badminton parce que contrairement à ce qu’on peut penser à première vue, ça a été un tremplin énorme et un vrai bon investissement pour ma carrière principale et non pas une perte de temps de 3 mois à la neige à se la couler douce.

    Un apport physique, mental et psychologique

    Et c’est là qu’on en vient à cette question, qu’est ce que ça m’a apporté. Pour résumer, j’ai énormément appris ou progressé sur les plans physique, mental et psychologique. Bref, sur tous les pans de la performance sportive et qui peut se transposer d’un sport à l’autre. Parce que oui, j’ai aussi progressé techniquement sur le snowboard, mais ça pour le coup ça n’est pas d’une grande aide pour le badminton.

    Alors déjà physiquement le bad et le snow sont 2 sports diamétralement opposés, et donc j’ai sollicité et travaillé des groupes de muscles que soit j’utilise peu en badminton, soit que j’utilise différemment. Cet hiver, ce sont mes cuisses qui ont le plus évolué, alors pas dans l’aspect explosif parce que c’est tout l’inverse, c’est vraiment l’endurance qui a été boostée. Et ça je l’ai ressenti de manière exponentielle quand je suis revenue au badminton, j’avais tellement moins de fatigue musculaire, je pouvais tellement faire plus plus longtemps. Et ça ça a été valable pour tous les groupes musculaires impliqués en snowboard, parce que c’est vraiment des efforts assez longs comparés à l’explosivité du badminton, mais les cuisses sont tellement cruciales au badminton que c’est ce qui m’a le plus marqué à mon retour.

    Mais à coté de ça, il y a aussi eu tout le gainage du tronc, abdo, fessiers, ensuite les épaules et les triceps. Alors là vous me dites les triceps ? A quoi sert ce muscle dont on ne parle jamais et pourquoi en snowboard ?!

    Donc faut savoir qu’avec ma pathologie, j’ai avant tous des déficits moteurs dans les jambes, mais j’ai aussi des atteintes aux bras et notamment mes triceps qui sont très faibles. Et là avec le snowboard, j’en avais besoin pour me relever, parce qu’en snow on a toujours le cul dans la neige dès qu’on s’arrête et donc pour se relever il faut soit avoir des jambes très solides, ce qui n’est pas mon cas, soit se propulser avec le bras, et donc mes triceps ont été mis à contribution, avec mes épaules, ce qui a été très bénéfiques ensuite pour ma pratique du badminton que ce soit le bras droit ou le bras gauche qui sert à s’équilibrer.

    Donc vraiment physiquement, j’ai beaucoup gagné en force et en endurance que ce soit dans les jambes, les bras et le tronc et ça ça a été un atout indéniable, déjà pour ma vie quotidienne parce que tout est plus simple pour les transferts etc. et pour le badminton, j’étais vraiment super affutée quand je suis revenue à l’entraînement, malgré les craintes évidentes de mon staff après plus de 2 mois sans jouer. Evidemment il a fallut rebosser l’explosivité parce que c’est quelque chose que j’avais beaucoup perdu du coup, mais c’est assez vite revenu dans l’ordre.

    Ensuite, sur l’aspect psychologique, indéniablement c’est sûrement ce qui a été le plus remarquable. Comme je vous le disais, quand je suis partie j’étais très fatiguée, j’étais pas bien mentalement. J’en parlais aussi dans l’épisode 21 juste avant celui ci, quand on évoquait la santé mentale, j’ai beaucoup de challenges à ce niveau là avec des périodes où j’ai vraiment des pensées très noires et une fatigue intense de tout ce que demande la vie. Et là pendant 2 mois dans cet environnement, avec ma meilleure amie, avec un rythme de vie avec très peu si ce n’est aucune contrainte, à découvrir et faire un autre sport, autre chose, en extérieur, ça m’a vraiment rafraichi le cerveau. J’ai libéré toute la pression qui s’était accumulé depuis les jeux, toute la fatigue ancrée qu’au final je n’avais pas vraiment eu l’opportunité d’évacuer. Et il n’y a absolument rien de mieux que de pouvoir repartir à la routine quotidienne d’entraînement en vue de performance que quand tu es tout frais, bien disposée à repartir à l’attaque, avec une envie de vivre et de jouer qui sont au maximum.

    Donc quand je suis revenue, ben j’étais tout simplement dans les meilleures dispositions pour performer.

    Et puis, il y a enfin eu l‘aspect mental. Ca c’est au cœur de la performance sportive, pour moi le mental fait vraiment 80% d’un résultat. Et là j’ai pu découvrir un monde mental que je ne soupçonnais pas. Parce que sur cet aspect aussi le badminton et le snowboard sont 2 mondes à part.

    Des ressources mentales insoupçonnées

    En badminton, c’est un combat contre un adversaire, on doit gagner plus de set que l’autre. C’est un combat qui est long, enfin, par rapport au tennis non mais ça reste en moyenne 30 à 45 minutes de concentration nécessaire, mais avec des pauses, si tu fais une erreur et que tu perds un point, c’est pas grave, y’en a encore 21 à gagner et même parfois, tu perds plus de point que ton adversaire et tu gagnes quand même ! Alors il y a aussi une petite partie de combat contre soi-même, comme dans tout sport. Mais globalement on est sur un sport d’opposition, avec des hauts et des bas pendant ces 30-45 minutes, des prises de risques possibles mais jamais fatales.

    Et à l’inverse, le snowboard c’est avant tout un combat contre toi même et surtout contre la piste. Un sport où la moindre erreur peut être fatale. Si tu loupes une portes : t’es éliminé. C’est une concentration extrême pendant environ 2 minutes, où tu ne peux pas te laisser aller à penser à des choses annexes, à manquer de concentration sur ce que tu fais. Parce que simplement tu n’as pas le droit à l’erreur !

    Soit parce que le chrono ne te le pardonnera pas, soit parce que la piste ne te le pardonnera pas et quand tu sors, c’est fini.

    Et là on voit bien qu’on est dans un tout autre monde mental que le badminton.

    Il faut constamment avoir parfaitement conscience de son niveau technique, physique et tactique sur la piste, pour faire les bons choix au bon moment, sans droit à l’erreur. C’est une pression constante dès l’instant où tu passes le portique de départ et jusqu’à franchir les 2 piquets de l’arrivée. Et ça, ça demande énormément, même si l’effort est beaucoup plus court que sur un match de bad. Et du coup, ça m’a ouvert vraiment un autre aspect de la préparation mentale et de l’aspect mental une fois sur le court. Même si ce pan de la performance était déjà mon point fort, je suis vraiment revenue avec encore plus de ressources à ce niveau. Et pour le coup, autant je savais que le snow allait me faire du bien physiquement et psychologiquement, mais je ne m’attendais absolument pas à avoir encore un tel espace de progrès sur le mental !

    Donc loin d’avoir été simplement 2 mois off ou 2 mois de vacances, cette pause inattendue en parasnowboard m’a en fait apporté énormément pour le badminton à tous les plans, et d’ailleurs ça s’est assez vite concrétisé parce que non seulement j’étais bien à l’entraînement, mais j’ai aussi fait une médaille d’argent à la 1ere compétition sur laquelle je suis sortie en 2025 et pour moi ce n’est pas annodin.

    Quelle suite pour le snowboard et le badminton ?

    Alors où ça nous mène tout ça ? Est ce que je vais partir dans un double projet été hiver avec le badminton et le snowboard tous les 2 ans aux Jeux ?

    Pour le moment, c’est assez flou de mon coté pour plusieurs raisons, déjà avant d’avoir passé une classification internationale en parasnowboard, on ne peut pas savoir si je suis éligible officiellement pour les compétitions qui comptent pour les Jeux et les Coupes du Monde. Donc tant que je n’ai pas passé la classification internationale, c’est difficile de pouvoir s’y projeter.

    Ensuite un double projet ça demande beaucoup de ressources, que ce soit financières mais aussi physique, psychologiques, mentales. Ca demande beaucoup d’organisation et donc énormément d’énergie pour gérer tout cela. Et c’est déjà énorme quand on ne fait qu’un seul sport, j’en parlais dans l’épisode 4, mais quand on en fait 2 c’est encore plus, et sûrement plus que 2 fois plus parce qu’il faut gérer et imbriquer toutes les contraintes de l’un et de l’autre, avec les calendriers, les déplacements etc.

    Il faut aussi avoir un staff qui soit pleinement convaincu et engagé dans le double projet, et pas que ce soit un combat les uns contre les autres. Et ça comme je l’évoquais très rapidemment dans l’épisode précédent, c’est encore un peu compliqué en France d’avoir des doubles projets été-hiver bien développés à cause des croyantes limitantes qui existent sur le sujet et un peu cette idée de « si tu fais du snow ça veut dire que tu fais pas de badminton pendant ce temps et ça peut pas marcher » et inversement.

    Alors moi je suis persuadée que ça peut fonctionner, je sais d’ailleurs que ça fonctionne, parce que c’est déjà le cas pour certains athlètes, notamment chez les para mais ça s’est déjà aussi vu chez les valides. Et l’expérience que je viens de vivre cet hiver, et les bienfaits énormes que ça a eu à mon retour me prouvent qu’il y a bien quelque chose à faire de ce coté là.

    Malgré tout, aujourd’hui, ma priorité est vraiment sur le badminton, c’est mon objectif n°1, la médaille d’or à Los Angeles et remporter l’or dans toutes les grandes compétitions à savoir championnats d’Europe et championnats du Monde.

    Par contre, je sais que je ne pourrai pas faire de badminton toute ma vie parce que malheureusement avec ma pathologie, j’ai des atteintes aux bras et notamment aux doigts qui sont de plus en plus importantes, et le badminton c’est pour le coup un sport qui nécessite une vraie force et de la dextérité. Donc je sais qu’il arrivera un moment où le parabadminton ne sera plus possible. Et il est vrai que je songe vraiment au parasnowboard comme reconversion, parce que même si les bras sont importants pour les départs et pour l’équilibre, les doigts restent un enjeux un peu moins importants qu’au bad.

    Donc aujourd’hui, je prépare vraiment tranquillement cette future reconversion, je réfléchis à comme je le disais, passer cette fameuse classification internationale pour déjà être fixée la dessus. Je vais continuer à m’entraîner de temps à autre sur neige, même si d’ici Los Angeles je ne ferai pas de saison complète à la montagne. Parce que j’ai aussi une promesse à respecter, que j’ai faite à ma meilleure amie qui m’a accueillie cet hiver, qui m’a soutenu dans le choix de me lancer dans le parasnowboard national, et qui m’a dit avant de quitter ce monde, de toujours faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et pas pour faire plaisir à ceux qui croient mieux savoir ce qui est bon pour ma vie.

  • Un journée dans la peau d’une sportive de haut niveau

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton, sur le terrain des Jeux Paralympiques de Paris 2024

    Photos : Lucas Noyon / BADMINTONPHOTO

    Les médailles et les podiums, c’est bien, mais au quotidien dans l’ombre il se passe quoi ?

    Aujourd’hui je vous emmène avec moi sur la journée type d’une sportive de haut niveau !

    Réveil 6h — je sors mon chien au jardin pendant que je prends mon pique nique (préparé la veille) dans le frigo

    6h15 — départ pour la gare (avec Eugène, mon chien d’assistance 🦮)

    6h45 — 1h de train = 1h de sommeil, petite sieste avant d’arriver en ville

    7h45 — petit temps off pour mon chien qui peut renifler, faire ses besoins

    8h — tramway direction le CREPS des Pays de la Loire !

    8h15 — arrivée au CREPS, détente pour Eugène (qui préfère la période où il peut observer les moutons en pâturage)

    8h45 — Eugène va au vestiaire, début de l’échauffement pour moi

    9h/11h — entraînement collectif : ça sue à grosse gouttes 🥵

    11h/12h — balade pour mon chien pendant que je mange mon pique nique

    12h/13h30 — sieste pour tout le monde

    14h/15h15 — entrainement individuel : focus technique et répète de coups

    15h30/17h — retour en transport : travail administratif, réseaux sociaux, compta, sponsors

    19h — repas du soir

    20h30 — coucher

    repeat

    Evidemment point bien-être animal :

    Je ne m’entraîne pas 2 fois par jour 7j/7, ce qui permet de faire des grosses balades d’1h30/2h et/ou du VTT le matin. Aussi, Eugène ne m’accompagne pas tous les jours à l’entraînement et profite souvent du canapé la journée. Le cas échéant, il a donc une 2e balade quand je rentre !
    Il a 6 ans et est un adulte avec moins de besoin qu’un chiot/adolescent, ce rythme serait différent avec un chien plus jeune.


    Aussi, tout cela est bien beau sur le papier, mais dans les faits, comment se passe les déplacements quand on est en plus, handicapé moteur ? J’ai sorti un épisode sur le sujet sur mon podcast Journal d’une parabadiste : Fauteuil roulant — accessibilité, regards pesants, mise en danger – l’envers du décors d’un simple trajet disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

    Imaginiez-vous la journée d’une sportive de haut niveau comme cela ?


  • « Vous avez une maladie neurologique » : le plus beau jour de ma vie

    Photo de Milena Surreau sur son fauteuil roulant. Atteinte d'une maladie neurologique, elle devient petit à petit tétraplégique.




    Petite, je rêvais de devenir joueuse de tennis professionnelle. Je rêvais de Roland-Garros, de podiums, de grandes compétitions. Les Jeux Olympiques me faisaient rêver et l’image de Rafael Nadal me boostait à chaque entraînement.

    J’étais en sport-étude, je m’entraînais tous les jours y compris le samedi, et le dimanche c’était le jour des compétitions.

    Le tennis, c’était toute ma vie. Un refuge contre le harcèlement au collège, une bouffée d’air frais à chaque fois que j’entrais sur un terrain en terre battue.

    Mais j’étais toujours un peu à la traîne par rapport aux autres. Souvent blessée, je participais à moins de tournoi. Chaque année, je progressais donc moins au classement fédéral. Je jouais dans les équipes de division inférieure en interclub.

    Par dessus le tout, j’avais des douleurs dans les jambes terribles. Qui sont petit à petit remontées au dos. Mais aucun médecin n’a pris le temps de m’examiner.

    « C’est normal, c’est parce que tu grandis » « Tu fais trop de sport » « Tu ne t’étires pas assez »

    C’était toujours de ma faute…

    Alors, petit à petit, mes espoirs de haut niveau se sont éteints. J’étais trop loin. Trop à la traîne. Pas assez forte. Et un jour j’ai reçu la fameuse lettre de la ligue qui m’annonçait que je ne faisais plus partie des jeunes à potentiels qui sont suivis vers le haut niveau.

    Je resterai juste une bonne joueuse de club qui joue en pré-national.

    Alors, le jour où j’ai appris que j’avais une maladie neurologique incurable, 15 ans après mes premières douleurs… cela a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

    Pourquoi ?
    Parce que ce diagnostic, c’était une clé. Celle de la compréhension de tout ce que je vivais au quotidien. Celle qui te permet de te dire : « ok, je ne suis pas folle ». Cette qui soulage.

    Mais surtout : celle qui m’a ouvert la porte du parasport. Du haut niveau. Des Jeux Paralympiques.

    Bref, d’un nouvel avenir.

    Dans le 2e épisode de mon podcast Journal d’une parabadiste, je vous raconte :

    Mon parcours dans le sport valide
    Mes premières désillusions
    L’impact silencieux de l’autisme non diagnostiqué
    Et surtout… comment une annonce médicale m’a offert une seconde chance inespérée.

    🎧 Écoutez Journal d’une parabadiste, épisode 2 : autisme, maladie neurologique… une 2nde chance avec le parasport (de haut niveau)

    C’est une histoire de résilience, de transformation, et d’amour du sport.

    À faire écouter à tout jeune sportif qui doute, à toute personne ayant eu un diagnostic récent, un accident destructeur.

  • Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

    Photo de Milena Surreau, sportive de haut niveau en para badminton. Elle est sur un terrain de compétition, le regard tourné vers le ciel, la main sur le coeur, illustrant le sujet de la santé mentale dans le sport de haut niveau

    Parlons DU sujet tabou dans le sport de haut niveau : la santé mentale


    C’est pourtant un sujet crucial, si ce n’est le plus important. Mais cela ne suffit pas à libérer la parole à son sujet.


    Il est souvent mis sous le tapis, à peine mentionné du bout des lèvres, et quand un athlète prend la parole à ce sujet, tout le monde le félicite.

    J’aimerais que la santé mentale ne soit pas plus tabou que la santé physique. Que l’on parle de psychologue comme on parle de kiné.


    Que le psychiatre soit un maillon du staff du sportif au même titre que le médecin du sport.

    Il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années à ce sujet, mais sais que l’on peut faire mieux.

    Alors, pour la 3e saison de mon podcast Journal d’une parabadiste, j’ai choisi la santé mentale pour ouvrir le bal des épisodes : https://smartlink.ausha.co/journal-d-une-parabadiste/21-sante-mentale-et-sport-de-haut-niveau-la-face-cachee-d-un-monde-de-performance


    Aujourd’hui, on va parler de ce qui est mis en place dans le sport de haut niveau.

    Comment s’entraîner quand on est en dépression ?
    Peut-on se reposer quand le burnout est proche ?
    Comment gérer la performance et le si haut niveau quand le cerveau ne suit pas ?

    Si bien sûr, l’épisode intéressera les sportifs, tous les leviers dont je parle dans l’épisode sont applicables à n’importe quel domaine : entreprenariat, art, vie quotidienne…

    Alors aujourd’hui sans tabou on parle suicide, dépression, burnout, anxiété.

    Et comment on gère tout ça quand on doit devenir n°1 mondial de sa discipline.

    Journal d’une parabadiste — épisode 21 : Santé mentale et sport de haut niveau : la face cachée d’un monde de performance

  • 15.Tricheries, exclusions, injustices : l’autre réalité du sport paralympique

    Ceci est une retranscription de l’épisode 15 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
    écouter l’épisode

    La classification en sport paralympique : injustices, tricheries et pistes d’amélioration

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 15 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, nous allons aborder la deuxième partie sur la classification en sport paralympique.

    Dans le premier épisode, je vous expliquais pourquoi il y a plusieurs catégories dans un même sport, pourquoi une personne amputée peut jouer contre une personne qui a de la spasticité ou un autre handicap, et je vous ai donné quelques exemples pour illustrer pourquoi la classification ne se fait pas forcément par type de handicap, mais par impact du handicap sur la pratique sportive.

    Comment se déroule la classification ?

    La classification, c’est un processus précis, codifié, avec des règles. Une classification se fait en trois parties :

    1. L’évaluation médicale

    La première partie, c’est la partie médicale : la personne est en slip et en brassière, elle va se faire examiner par des classificateurs professionnels formés à ça. Les classificateurs ont tous été athlètes ou experts du domaine et sont reconnus par le comité international paralympique. Ils vont évaluer la tonicité musculaire, la mobilité, l’équilibre, la force, bref tous les éléments qui composent le handicap.

    2. L’évaluation technique

    Deuxième partie : la partie technique. On va demander à l’athlète de faire des mouvements liés à son sport, par exemple des appuis, des changements de direction, un service ou un smash au badminton. Cela permet d’observer l’impact réel du handicap dans les gestes sportifs.

    3. L’observation en situation réelle

    Troisième partie : l’observation en compétition. L’athlète va faire un match observé par les classificateurs. Cela permet de voir si l’impact du handicap est cohérent avec ce qui a été observé en médical et en technique.

    À la fin de ces trois étapes, les classificateurs attribuent une classe à l’athlète, soit de manière définitive, soit de manière provisoire lorsqu’ils ont un doute et veulent observer l’évolution.

    Les limites du système

    Alors évidemment, tout ça semble carré, précis, et on pourrait se dire que la classification est totalement fiable. Mais ce n’est pas toujours le cas – et c’est normal : les handicaps sont complexes, évolutifs, et ne sont pas toujours visibles.

    Certains handicaps peuvent évoluer d’une année sur l’autre, comme la spasticité ou certaines pathologies musculaires. Certaines personnes peuvent avoir des jours où ça va, et des jours où ça ne va pas du tout. Ce qui rend le processus extrêmement complexe.

    Il arrive aussi que deux personnes dans la même classe n’aient pas du tout les mêmes besoins ni les mêmes limitations. Mais elles sont quand même classées ensemble car l’impact global reste jugé similaire.

    Les injustices possibles

    Comme dans tout système humain, il peut y avoir des injustices. Par exemple :

    • Un athlète peut se retrouver dans une classe légèrement trop haute, où les autres ont moins d’impact que lui.
    • À l’inverse, un athlète peut être classé un peu trop bas, ce qui crée un avantage pour lui.

    Ce n’est pas forcément volontaire : le handicap peut être difficile à évaluer, les symptômes peuvent varier d’un jour à l’autre, et certains athlètes ont des capacités qui émergent seulement en match intense.

    La question de la tricherie

    On ne va pas se mentir : oui, la tricherie existe. Comme dans tous les sports. Et elle peut prendre plusieurs formes :

    1. Minimiser son handicap

    Certains athlètes peuvent exagérer les limitations lors du test médical (par exemple en forçant moins) pour obtenir une classe plus favorable. C’est rare, mais ça arrive.

    2. Maximiser son handicap

    À l’inverse, certains peuvent accentuer certains symptômes le jour de la classification, par exemple en ne prenant pas un traitement qui stabilise leur spasticité.

    Heureusement, les classificateurs sont généralement très expérimentés, et ils connaissent ces stratégies. L’observation en compétition permet aussi de détecter les incohérences.

    3. Les évolutions non déclarées

    Un athlète peut aussi s’améliorer physiquement ou rééduquer un membre, ce qui change l’impact du handicap… mais ne pas le déclarer. Cela peut créer un avantage involontaire ou volontaire.

    Et dans le parabadminton ?

    Dans mon sport, le parabadminton, la classification a beaucoup évolué ces dernières années. Des athlètes ont été reclassifiés, d’autres ont changé de classe, et il y a eu beaucoup de discussions sur l’équité. C’est normal : le sport est jeune, les règles évoluent, et les connaissances aussi.

    Par exemple, certaines personnes en SL4 ont des handicaps très différents des miens, mais avec un impact similaire. À l’inverse, parfois, on peut rencontrer quelqu’un dans la même classe mais avec une amplitude de mouvement, une force ou une stabilité qui semble bien supérieure.

    Ce n’est pas que le système est mauvais : c’est juste que le handicap n’est jamais uniforme, et que la classification repose sur des critères humains, observés par des humains.

    Les pistes d’amélioration

    Le comité international paralympique réfléchit à plusieurs pistes :

    • Une meilleure standardisation des tests médicaux
    • Plus d’observations en situation réelle
    • Des reclassifications régulières pour les handicaps évolutifs
    • Une transparence accrue pour le public (car beaucoup de fans ne comprennent pas le système)
    • Un meilleur accompagnement des fédérations pour harmoniser les pratiques

    Certains sports envisagent même des classifications numériques (comme dans le ski), basées sur une pondération précise de chaque type de limitation. Cela pourrait rendre les compétitions encore plus équitables.

    Conclusion

    La classification est un pilier essentiel du sport paralympique. C’est un système imparfait, mais indispensable. Et surtout, c’est un système vivant, qui évolue et s’adapte en permanence.

    Dans tous les cas, souvenez-vous : derrière chaque classe, chaque code, chaque numéro, il y a un humain, avec ses forces, ses fragilités, son parcours, son histoire. Et c’est ça qui rend le parasport aussi passionnant.

    Merci d’avoir écouté cet épisode. Vous pouvez me retrouver sur Instagram @parabadiste.podcast pour continuer la discussion. À très vite !

  • 14.Classification paralympique : comment ça marche ? Plongée dans les secrets des jeux paralympiques

    Ceci est une retranscription de l’épisode 14 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Comprendre la classification en parasport

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode n°14 de mon podcast, Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau : la classification en parasport. Les Jeux Paralympiques ont permis de diffuser du sport à la télé et dans les stades, et beaucoup de gens qui n’étaient pas familiers avec le parasport se sont retrouvés un peu perdus face aux multiples épreuves dans un même sport.

    On va donc essayer d’apporter un peu d’éclairage pour comprendre les enjeux de la classification, comment elle est réalisée, et pourquoi on voit tel athlète affronter tel autre. Cet épisode sera divisé en deux parties, car le sujet est dense et je tiens à garder un format de 20 minutes maximum, comme vous l’aimez !

    La classification : de quoi parle-t-on ?

    La classification, c’est le processus qui vise à répartir les athlètes dans différentes classes en fonction de leur handicap et surtout de son impact sur la pratique sportive. C’est le point de départ de toute activité parasportive, car des classes équitables garantissent que la personne qui gagne est la meilleure, celle qui a le plus travaillé, le meilleur physique, la meilleure technique, le meilleur mental – et non celle qui a le handicap le moins important.

    Grâce à ces classes, quel que soit le handicap et sa sévérité, chacun a une chance de performer face à des athlètes ayant des impacts similaires sur leur pratique. La classification vise à garantir l’équité sportive – une notion essentielle : les processus recherchent l’équité et pas forcément l’égalité.

    Équité vs égalité

    L’équité consiste à s’assurer que deux concurrents ont les mêmes limitations dans leur pratique et partent avec les mêmes chances de réussite, quelle que soit la nature de leur handicap.

    En parabadminton (mon sport), par exemple, en classe SL4, une personne amputée tibiale peut jouer contre une personne ayant de la spasticité dans la jambe. Les handicaps sont différents, mais leurs répercussions sur le terrain sont équivalentes.

    Ce choix d’organisation permet aussi de constituer des groupes suffisamment grands pour organiser des compétitions viables. Si on classait uniquement par type de handicap, il n’y aurait souvent pas assez d’athlètes pour remplir un tableau.

    Des sports qui choisissent différemment

    Certains sports, comme l’athlétisme, utilisent des classes basées sur la nature du handicap pour garantir une équité maximale – notamment parce que, dans les sports chronométrés, tout se joue parfois au centième de seconde.

    Cependant, même dans ces cas, certaines classes sont regroupées en compétition lorsqu’il n’y a pas assez d’athlètes. On retient alors l’impact du handicap sur la performance pour maintenir une compétition équitable.

    Qui fixe les règles ?

    Il existe deux grandes catégories de sports : les sports paralympiques (présents aux Jeux) et les sports non paralympiques.

    Les sports non paralympiques

    Ils peuvent créer leurs propres règles de classification, ou même décider de ne pas classer les athlètes du tout. Certains mélangent même athlètes valides et athlètes en situation de handicap, comme le BaskIn.

    Les sports paralympiques

    Eux doivent répondre aux règles du Comité International Paralympique (CIP). Chaque athlète doit présenter un des 10 handicaps éligibles :

    • Puissance musculaire affaiblie
    • Amplitude de mouvement limitée
    • Déficience d’un membre
    • Différence de longueur des jambes
    • Petite taille
    • Hypertonie musculaire
    • Ataxie
    • Dystonie
    • Déficience visuelle
    • Déficience intellectuelle

    Les autres handicaps (douleur, hyperlaxité, troubles cardiovasculaires, autisme, surdité…) ne permettent pas de participer aux sports paralympiques.

    Chaque sport définit ensuite ses propres classes

    Tant que les critères respectent la liste des 10 handicaps éligibles, chaque Fédération internationale peut définir librement son système. Certains sports accueillent tous les types de handicaps (athlétisme), d’autres se concentrent sur un seul (le judo, uniquement pour les déficients visuels).

    Dans certains sports comme le paraski, il n’existe qu’un podium par grande catégorie (debout, assis, déficience visuelle), mais le chronomètre est ajusté selon la classe de chacun pour garder l’équité.

    Pourquoi c’est si complexe ?

    Le système paraît simple en théorie (assurer l’équité), mais chaque sport a ses propres règles et ses propres classes. Il est donc impossible de tout connaître ou retenir en un clin d’œil.

    Chaque sport possède son propre vocabulaire : WH1, SU5, SH6, SL4 en badminton ; T51, T64, F36 en athlétisme… Dans la plupart des sports, plus le chiffre est petit, plus le handicap est important.

    Classification et perceptions erronées

    Pendant les Jeux Paralympiques, de nombreuses incompréhensions sont nées. Le parasport reflète deux réalités :

    • Le handicap invisible existe.
    • Les conséquences d’un handicap sont souvent plus complexes qu’on ne l’imagine.

    Un exemple personnel

    Lors de mon premier match à Paris, diffusé sur France 2, j’ai reçu beaucoup de retours : « C’était injuste, tu jouais contre une fille handicapée du bras alors que toi c’est les jambes. »

    La joueuse indienne contre moi avait effectivement un bras amputé. Mais elle avait aussi une arthrodèse de la cheville, un handicap invisible mais bien réel, qui l’a rendue éligible en SL4, la même classe que moi.

    Ce match montre à quel point les handicaps invisibles sont souvent ignorés. Pourtant, la classification est pensée pour être équitable. Il n’y avait aucune raison qu’une athlète avec un handicap au bras joue contre une athlète avec un handicap aux jambes – cela serait inéquitable.

    Un exemple : Alexandre Léauté

    Alexandre Léauté, paracycliste multiple champion du monde et paralympique, a aussi fait l’objet de critiques. Il a une hémiplégie importante et concourt souvent face à des athlètes amputés d’une jambe. Certains grincheux ont rapidement conclu qu’il avait un avantage “parce qu’il a deux jambes”.

    Mais en réalité, il pousse à 90 % avec sa jambe gauche. Sa jambe droite ne contribue qu’à 10 %, mais doit quand même être irriguée : son cœur travaille pour deux jambes, contrairement à ses concurrents. Dans un sport où le cardio et la récupération sont essentiels, cela rétablit l’équité.

    En plus, son bras droit est touché, ce qui le handicape sur les départs, contrairement à ses adversaires qui ont deux bras valides.

    Conclusion : le handicap n’est jamais binaire.

    De même, beaucoup d’athlètes utilisant un fauteuil en compétition peuvent marcher chez eux. Cela ne signifie pas qu’ils trichent : la majorité des utilisateurs de fauteuil ont encore quelques capacités debout.

    Comment se déroule une classification ?

    Vous vous demandez sûrement comment on juge l’impact du handicap et comment on attribue une classe. Ce sera le sujet de la deuxième partie de cet épisode !

    Nous parlerons du processus de classification, des limites du système, des injustices possibles et des pistes d’amélioration pour le futur du parasport.

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    Conclusion

    La classification est un système essentiel pour garantir l’équité dans le parasport. Complexe, nuancé, parfois mal compris, il reflète avant tout la diversité et la richesse des parcours de chaque athlète. Comprendre ces mécanismes, c’est mieux apprécier les performances, éviter les jugements hâtifs, et reconnaître la valeur du travail accompli par les sportifs paralympiques.

    Rendez-vous dans deux semaines pour la suite !

  • 07.Sportifs valides et paralympiques, la vraie relation

    Ceci est une retranscription de l’épisode 7 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous on se retrouve pour l’épisode 7 avec aujourd’hui une question que l’on m’a posé sur Spotify : en tant qu’athlète paralympique, quelle relation a t-on avec les athlètes valides ?

    Je suis vraiment super contente qu’on m’ait posé cette question parce que déjà, le but de mon podcast c’est de pouvoir répondre aux interrogations des gens, de mettre en lumière la face cachée du sport de haut niveau, du handicap, du parasport et donc répondre aux questions que vous vous posez je trouve que c’est encore plus pertinent que d’aborder les sujets que moi j’imagine adéquats. Et aussi, la relation que l’on a avec les athlètes valides, c’est une question que je m’étais jamais vraiment posée ! Du coup, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet épisode, à réfléchir à la question et à avoir un regard tout neuf sur ce sujet.

    Donc vraiment je vous invite et je vous incite à me poser vos questions, que ce soit sur le sport de haut niveau en général, le parabadminton spécifiquement, mais aussi le handicap dans la vie de tous les jours comme j’ai déjà pu l’aborder dans les épisode 5 et 6. Vous pouvez facilement interagir sur Spotify dans la partie interaction, et aussi sur le compte Instagram du podcast paralympienne.podcast où vous pouvez facilement mettre des commentaires sur les vidéos ou m’envoyer directement des DM. Et pour ceux qui sont encore à l’ancienne, j’ai un compte facebook et un compte twitter où vous pouvez facilement me poser vos questions que je traiterai dans les futurs épisodes !

    J’en profite au passage pour vous rappeler de vous abonner et de noter le podcast, car c’est vraiment ce qui me permet de le développer, de le diffuser à un maximum de monde et rêver un peu plus chaque jour à ce que la société soit sensibilisée au handicap et donc accessible à un maximum de monde.


    Alors maintenant on rentre dans le sujet de cette relation avec les athlètes valides.

    Étant athlète de haut niveau en para badminton classifiée SL4, donc pour ceux qui nous rejoigne aujourd’hui SL4 c’est handicap léger des jambes et on joue sur un terrain normal, je parle un peu plus du sujet dans le tout premier épisode du podcast si vous voulez comprendre un peu mieux qui je suis ; du coup j’ai la chance de pouvoir encore jouer avec les valides sur certaines compétitions locales comme en interclub ou sur des tournois régionaux et nationaux. Du coup, je vais pouvoir aborder la question sous 2 angles : quel rapport on a avec les badiste de haut niveau en équipe de France olympique, et le rapport qu’on a avec les badistes amateurs sur ces compétitions le week end.

    Les différentes fédérations sportives pour le parasport

    Déjà pour mettre dans le contexte, au niveau du parasport il y a un peu 2 cas différents : il y a les sports qui dépendent de la grande fédération française Handisport. Donc c’est une fédé qui regroupe une dizaine de parasports, les athlètes par exemple qui font du tennis de table handisport vont être licencié à la FFH et c’est cette fédé qui va gérer toutes leurs compétitions, leurs stages, leurs inscriptions aux tournois etc. Et c’est vraiment disctinct de la fédération française de tennis de table qui elle ne gère que les valides.

    Nous au parabadminton on est dans le 2e cas : c’est la FFBad qui gère la section para. Donc on a une seule et même fédé qui gère l’équipe olympique et l’équipe paralympique. Avec bien sûr un staff attitré. Et moi j’ai une licence à la FFBad et pas à la FF Handisport.

    Mais du coup déjà, ces 2 situations vont sûrement donner un impact un peu différent dans la relation entre les athlètes valides et les para au sein d’un même sport.

    Une relation collective quasi-inexistante

    Après, malgré tout, la relation qu’on a avec les athlètes de l’équipe de France olympique c’est simple elle est quasi inexistante au quotidien.

    En fait on ne se cotoie pas du tout parce qu’on a aucune compétition commune ou quasi aucune. Il y a juste une fois tous les 4 ans où il y a les Jeux, et encore les 2 compétitions ne sont pas exactement aux même dates. Nos calendriers sont vraiment propre à chacun.

    Du coup les délégation olympiques et paralympiques ne se croisent jamais, on va jamais prendre l’avion en même temps quand on part sur une compétition par exemple. Ca nous arrive parfois de faire des stages à l’INSEP quand on prépare des grandes échéances, mais là c’est pareil on ne s’entraîne pas dans la même salle que les valides parce que les terrains fauteuil doivent être en bois alors que les terrains des valides sont en résine. Donc même dans ce cadre on va pas du tout se croiser. Donc collectivement, y’a vraiment aucune relation et on se connaît très très peu. J’avoue que je peux même pas vous dire si tous les athlètes valides de l’équipe de France connaissent mon existence par exemple.

    Par contre, de manière individuelle, certains joueurs peuvent être amenés à en cotoyer d’autres, par exemple avec les sponsors. Moi j’ai un sponsors, la Banque Populaire qui a créé une team d’athlète, le pole sportif du grand ouest. On est 8, valide et para confondus, on vient de plusieurs sports, et dans la team il y a Thom Gicquel qui est donc badiste en équipe de France valide. Donc dans ce cas il peut arriver qu’on se croise sur des événements à la banque pop, qu’on fasse des démonstrations de notre sport auprès des collaborateurs. Et du coup fatalement ça rapproche un peu d’avoir le même sport en commun, mais voilà ça va pas plus loin que ça.

    Après je vous parle de tout ça mais c’est vrai que de base je suis une super quiche en relations sociales donc globalement dans la vie je suis plutôt la fille qui n’a de relation avec personne, je pense que ça joue beaucoup dans les infos que je vous donne aujourd’hui.

    Après, notre fédération essaye quand même avec les Jeux, de communiquer sur le fait qu’on est une seule équipe de France. Là par exemple y’a quelques semaines on était à l’INSEP pour média day, donc c’est une journée pour fournir du contenu aux médias avant les jeux et qu’on puisse ensuite finir notre préparation finale sans être sollicités de ce coté là.

    Et du coup les 2 équipes de France valides et para étaient réuni. On a fait les photos de groupe tous ensemble, on a eu des jeux de questions/réponses qui mêlaient les 2 équipes.

    Mais disons que ça c’est une fois tous les 4 ans et moi c’est littéralement la 1ere fois que je croisais la route des badistes.

    La relation avec les amateurs

    Après y’a cette question du niveau amateur. Comment ça se passe sur les tournois valides quand on est para, comment ça se passe en club.

    Et là y’a un peu 2 profils de joueurs sur lesquels on va tomber.

    Première catégorie : les cordiales

    Globalement ça se passe super bien, et notamment parce que du fait que notre fédération gère également la section para, y’a une communication qui est faite sur le parabad et c’est quand même quelque chose qui est de plus en plus connu au sein des licenciés à la FF Bad. On connait un peu nos performances à l’international, on a un peu un « statut » et du coup sur les tournois les joueuses sont souvent assez contentes de pouvoir jouer contre quelqu’un qui fait du haut niveau. Sur les tournois ça va être assez cordial, on va beaucoup me poser des questions sur mes récents résultats, les prochains tournois internationaux, les qualif pour les jeux etc. Et de manière générale les joueurs sont vraiment contents de voir du parabad sur les tournois valides.

    Et d’ailleurs pour la petite anecdote c’est assez marrant parce que les joueurs en tournoi une fois qu’ils ont fini leurs matchs, je trouve qu’il ont tendance à beaucoup venir me voir jouer, parce que je comprends que ça peut être assez impressionant et intrigant de se demander comment je vais faire sur le terrain, quand on me voit arriver avec des béquilles ou sur un fauteuil roulant, avec mes orthèses, et après voir comment je m’adapte debout sur le grand terrain.

    Et nous à l’inverse, quand on est sur des tournoi valides, on a toujours cette petite tendance à essayer de repérer si y’a pas de joueurs qui ont un handicap et qui pourraient signer en para.

    Parce qu’on a vraiment envie que notre sport se développe et donc de recruter le plus de joueurs possibles. Et y’a plein de gens qui ont des handicaps, parfois très léger, et qui ne savent pas qu’ils pourraient jouer en para !

    Donc parfois, on observe un peu pour voir si on peut pas recruter des joueurs mais c’est vraiment pas simple parce que le handicap ça se remarque pas du 1er coup d’oeil. Et parfois c’est difficile de savoir si la personne a un handicap ou juste un défaut dans son jeu.

    Une fois j’étais sur un tournoi valide avec mon coach, donc qui est le coach adjoint de l’équipe de France également, et y’a un joueur qui utilisait son bras gauche de manière vraiment bizarre. Du coup on l’a scruté de la tête au pied du début à la fin de son match pour essayer de savoir s’il avait un plexus brachial ou juste s’il utilisait son bras pas comme il faut à cause d’un défaut technique. Et à la fin du match on savait pas quoi faire parce que c’est super gênant d’aller voir quelqu’un pour lui demander s’il a un handicap parce que si en fait pas du tout ça devient monstre gênant. Donc on a essayé de voir si des gens dans la salle le connaissait pour se renseigner mais je crois qu’au final on n’a pas eu l’info.

    Deuxième catégorie : les autres

    Mais donc pour revenir à notre sujet de départ, y’a la 2e catégorie de joueur : ceux qui ne supportent pas de perdre contre un handicapé. On en croise moins souvent que ceux qui nous considèrent avant tout comme des joueurs de bad , mais parfois, il arrive qu’on se retrouve à jouer contre des joueurs qui ont cette mentalité.

    Et d’un coté je peux comprendre que ce soit frustrant de perdre contre quelqu’un qui est physiquement diminué. Mais en même temps faut quand même grandir et se dire que oui un handicapé, notamment qui s’entraîne tous les jours et qui joue à l’international dans mon cas, peut te battre et être meilleur que toi malgré tout, parce que techniquement, mentalement, tactiquement c’est un joueur de haut niveau et qui est peut être meilleur que toi.

    Et y’a aussi une différence entre le penser, ou subir cette pensée, et le dire tout haut dans le gymnase.

    C’est arrivé à un ami sur un tournoi, un joueur qui a pété un cable en perdant un point, il a hurlé « putain c’est hors de question que je perde contre un handicapé ». Résultat ça a totalement galvanisé « l’handicapé » qui lui a mis 21/0 dans le 2e set.

    Donc oui ça arrive qu’on se retrouve dans ces situations où des joueurs valides ne supportent pas l’idée qu’un handicapé puisse être meilleur qu’eux et les battent et qui sont vraiment dégouté après leurs matchs. Mais je pense qu‘en parlant encore plus du parasport et notamment du parasport de haut niveau, ce genre de mentalité va petit à petit disparaître parce que les gens vont se rendre compte qu’on est vraiment des athlètes de haut niveau et que fatalement sur des compétitions amateures, locales, on a une expérience et un niveau hors norme.

    Donc voilà je pense que j’ai fait le tour de la question. Après bien sûr, ça reste du cas par cas, et peut être que dans certaines fédérations les équipes olympiques et paralympiques se cotoient énormément et se connaissent bien, de manière individuelle y’a aussi des joueurs para qui s’entraînent avec des joueurs valides à haut niveau aussi.

    Mais voilà ce qu’est mon expérience personnelle avec les joueurs valides dans mon sport et dans notre chemin vers les Jeux Olympiques et Paralympiques.

    N’oubliez pas si vous souhaitez que comme aujourd’hui je réponde aux questions que vous vous posez, contactez moi sur Instagram, LinkedIn, Facebook ou plus simplement directement dans la partie interaction dans Spotify.

  • 03.Le pari fou que personne n’avait osé : viser les Jeux Paralympiques après seulement deux ans de pratique

    Ceci est une retranscription de l’épisode 3 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici :
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    Aujourd’hui je vais aborder tout simplement le sujet de la qualification pour les Jeux Paralympiques de Paris 2024, et surtout cette question assez philosophique mais fondamentale : est ce que c’est raisonnable de vouloir se qualifier à la plus grande compétition de tous les temps quand on ne fait du para badminton que depuis 2 ans ?

    Parce que c’est ma situation et vous verrez que ce n’est pas si simple que ça d’avoir un avis tranché !

    Se lancer dans une qualification pour les jeux paralympiques presque impossible

    Il y a quelques semaines, je vous expliquais que j’étais en pleine qualification pour les Jeux Paralympiques, d’où le nom de mon podcast, mais les qualifications aux Jeux c’est vraiment très complexes. Les règles dépendent de chaque sport, les timing de sélection aussi.

    Mai 2024, Milena Surreau n’est toujours pas qualifiée aux paralympiques

    Nous voilà au mois de mai et je ne suis toujours pas qualifiée. Quand je dis ça aux gens, ils sont assez hallucinés parce qu’ils me disent « mais du coup c’est la galère pour la préparation« . Alors oui c’est pas ce qu’il y a de plus confortable mais à la fois, certains des athlètes n’auront leur ticket qu’en juillet donc déjà je m’estime bien lotie dans mon sport. Et puis toute cette gestion de la préparation, c’est vraiment quelque chose qu’on planifie avec le staff de l’équipe de France, avec le coach donc au final qualification ou pas c’est pas forcément le plus important.

    Mais aujourd’hui je vais vous expliquer le processus de qualification en para badminton et surtout répondre à la question que j’ai soulevé dans le titre, au final, se qualifier aux Jeux Paralympiques après 2 ans dans le milieu, après 1 seule saison complète sur le circuit, est ce que c’est un rêve un peu trop fou, est ce que c’est raisonnable, est ce que je dois être déçue si j’y arrive pas ou est ce que je vois la qualif uniquement comme un bonus ?

    Mars 2023 : début de la période de qualification aux jeux pour le para badminton

    Pour bien comprendre l’état d’esprit dans lequel je suis actuellement, à quelques jours de l’annonce de ma qualification ou de ma non qualification, il faut revenir en arrière : on est en mars 2023 et la période de qualification pour les Jeux commence pour le para badminton.

    Comment fonctionnent les qualifications ?

    Le calendrier est sorti quelques semaines auparavant et il y a 15 tournois tout autour du monde pour engranger le maximum de points. Parmi ces tournois, il y en a 2 plus importants que les autres, ce sont les championnats continentaux, donc pour ma part les championnats d’Europe, et les championnats du monde qui valent beaucoup plus de points que les Open.

    Chaque tournoi va rapporter un certain nombre de points en fonction du résultat qu’on y fait. Se faire éliminer en poule rapporte peu de point, atteindre les quart en donne un peu plus etc. jusqu’au vainqueur qui est donc le joueur qui va remporter le plus de point sur le tournoi.

    On a 15 tournoi pour engranger le plus de point mais dans un soucis d’équité et d’accessibilité au plus grand nombre, ce n’est pas le nombre de point total qui sera pris en compte. Sinon à ce jeu, ça ne serait pas forcément les meilleurs qui se qualifieraient mais ceux qui ont le plus d’argent et qui peuvent faire tous les tournois, alors que ceux qui ont moins de moyen aurait automatiquement moins de chance de ramener des points. Du coup, on va prendre en compte les 6 meilleures performances.

    Donc même si tu fais 15 tournois, on ne prendra en compte dans le calcul final que les 6 meilleurs tournois que tu as fait. Comme ça, un athlète qui ne pourrait faire que 6 tournoi mais qui gagne les 6, aurait toujours plus de points que celui qui en fait 15 mais qui perd en ¼ à chaque fois.

    Un processus de qualification le plus équitable possible

    Je sais pas si c’est très clair mais c’est assez important de souligner que le processus de qualification est le plus équitable possible, parce que y’a des fédération qui ont évidemment moins de moyen que d’autres dans lequel le badminton est le sport national. Il y a aussi des athlètes qui de par leur pathologie ont soit un fort besoin d’accompagnement donc à financer c’est 2 fois plus difficile, soit tout simplement n’ont pas la capacité physique de pouvoir partir en tournoi à l’autre bout du monde 1 à 2 fois par mois.

    A la fin de l’année de qualification, donc en mars 2024, les calculs sont faits pour une 1ère phase de qualifications : là je simplifie un peu mais dans ma catégorie, les 6 première joueuses mondiales sont sélectionnées.

    Donc mon objectif, en commençant cette année de qualification, c’était de finir dans le TOP 6 mondial.

    Quelle stratégie mettre en place pour moi ?

    Et pour ça, il a fallu que je choisisse les tournois auxquels je voulais participer. Et là y’a une grosse stratégie à mettre en place : est ce que je fais le plus de tournoi possible pour prendre de l’expérience à chaque fois et donc m’améliorer sur le suivant, tenter de parfois faire des exploits qui vont être bingo dans mon calcul final. Mais en dépensant énormément d’énergie parce que les tournois c’est vraiment épuisant et ça demande énormément tant physiquement que mentalement et cognitivement.

    Ou alors, j’en fais moins et je mise sur le fait de faire les perfs qui me correspondent à chaque fois. Mais ça laisse peu de place à l’erreur.

    Une stratégie de qualification propre à chaque athlète

    Cette stratégie de qualification, elle est vraiment propre à chaque athlète. En Équipe de France, on voit vraiment 3 groupes distincts, ceux qui font que 6 tournois parce qu’ils savent qu’ils vont performer à chacun et qu’ils auront le plus de points possible sur 6. Ceux qui font tous les tournois. Et ceux qui font un peu entre les deux en misant sur des bonnes perfs à chaque fois mais en se laissant 1 ou 2 chance en cas d’échec.

    Il n’y a pas 1 meilleure stratégie que l’autre, parce que ça dépend totalement de chacun. Et du coup, c’est vraiment avec l’expérience qu’on peut optimiser sa stratégie.

    Mais moi en mars 2023, non seulement c’était ma 1ere qualification aux Jeux mais surtout c’était ma 1ere saison complète sur le circuit. Je n’avais avant ça jamais enchainé plusieurs tournoi, je n’avais même pas 6 tournois qui permettent d’avoir un classement mondial consolidé. J’avais fait 1 tournoi pour ma classification en février 2022, et 1 championnat du monde en novembre 2022.

    Donc vraiment je débarque en tant que débutante, qui se retrouve face à un Everest sans jamais avoir grimpé ne serait-ce que le Mont Blanc jusque là.

    Une routine de performances à construire pour réaliser un exploit

    Il a fallu vraiment construire de A à Z mes routines de performance en tournoi, comme par exemple, combien de jour avant le début du tournoi je prends l’avion ? Comment j’arrive à compenser le décalage horaire ? Comment je gère les repas ? Et l’échauffement ? parce qu’on a un horaire de match mais s’il y a du retard tu peux jouer très bien 1h ou 1h30 après l’heure prévue, ou alors ¼ d’heure avant si y’a de l’avance, donc tout ça c’est des repères à prendre, et c‘est quelque chose qui se construit vraiment au long cours sur une carrière, pour arriver à ta routine ultime qui va te conduire à la performance maximum. Et moi j’arrive vraiment avec ce truc à construire au moment le plus crucial qui est : LA qualification pour Paris 2024.

    Je vous avoue que je ne me rappelle plus exactement mon état d’esprit précis à ce moment là, parce que à l’époque je n’avais pas de carnet dans lequel j’écrivais. Mais je pense que j’avais conscience qu’une qualification serait vraiment un exploit. Parce que finir top 6 mondial quand on a jamais dépassé le top 10 – et encore j’avais gagné ces points sur une saison très creuse avec peu de joueuse présente – c’est clairement pas gagné d’avance. Et surtout, dans ma catégorie on est 3 françaises, on a le même coach, et de manière tout à fait logique je ne suis pas la joueuse privilégiée en début de qualif parce que je suis 3e dans la hiérarchie.

    Donc j’ai conscience que ça va être difficile, et que si j’y arrive c’est vraiment incroyable mais en même temps, je donne vraiment tout ce que je peux donner pour réussir. Parce que si je le fais c’est pour tout donner et pas pour me dire « bon ça va être dur donc si ça marche tant mieux mais je vais pas me fouler », non dès le début déjà j’ai dans la tête l’idée de finir 1ère française sur la qualification. Et si en plus je suis dans les 6 mondiale, incroyable mais déjà, je veux finir devant mes partenaires françaises.

    Un début pas trop mal puis LA performance

    La qualif se passe, j’ai des résultats pas trop mal avec pas mal de malchance au tirage au sort à chaque fois donc clairement je sais que je peux faire beaucoup mieux. Je dois aussi gérer avec mon métier à coté, quand arrive mai, juin, juillet ça devient hyper dense de tout coordonner mais je suis toujours bien placé dans la qualif. Je suis autour de la 6e place, et je suis surtout 1ère française depuis le début.

    C’est là que je vais faire LA perf qui change toute la qualif, à mi chemin j’ai les championnats d’Europe et là je remporte la médaille d’argent, après avoir éliminé en quart et en demi les 2 françaises avec qui malgré tout je suis en concurrence directe.

    Donc après les championnat d’Europe, je passe vraiment de « c’est pas mal » à « clairement je peux me qualifier, je suis dans une super posture au niveau des points ». La 2e partie de qualif, pour moi ce n’est plus le même état d’esprit, parce que factuellement j’ai la qualif à portée de raquette même s’il reste un long chemin.

    Et surtout, je continue de monter en puissance parce que c’est ma 1ere saison sur le circuit donc j’ai énormément à apprendre, et à chaque tournoi j’apprends plus que toutes les autres joueuses, je progresse à vitesse grand V et je rattrape vraiment le retard que j’ai au niveau de la technique, de l’expérience.

    Mauvais tirage au sort, qualification du top 6 mondial


    Mais malheureusement, une nouvelle fois pas aidée par le tirage au sort sur la 2e partie de qualif, je vais finir, malgré des supers championnats du monde où je n’ai jamais aussi bien joué, à la 7e place de la qualification.

    La qualif est finie le top 6 mondial se qualifie, et moi je finis 7e. C’est évidemment super dur parce qu’en plus, c’est 7e à vraiment très très peu de point de la 6e ça va peut être pas vous parler mais la 6e finie avec 41400 points et moi je finis avec 40500 donc vraiment je crois c’est le plus petit écart entre 2 joueuses sur la qualif.

    Mais mes chances ne sont pas terminée car il y a un 2e processus de qualification, qui s’appelle la commission bi partite. Une fois que les athlètes sont qualifiés via les points, la fédération mondiale de badminton va qualifier 7 autres athlètes parmi toutes les classes de handicap pour équilibrer les tableau, assurer la représentativité des continents, des handicaps etc.

    Deuxième chance pour compéter le tableau

    Et donc c’est là où j’ai encore une chance car ayant finie 1ère non qualifié, il est toujours possible que l’on me choisisse pour compléter le tableau de SL4. Mais ça, je ne le saurai que dans quelques jours et c’est vrai que l’attente est interminable et assez difficile.
    Parce que évidemment après 1 an de qualif si intenses, autant d’énergie, de haut, de bas, on a qu’une envie c’est de savoir si on participera aux Jeux. Et avoir fini si proche du but, 7e au lieu de 6e, je trouve que ça rajoute une émotion encore plus écrasante.

    Parce que oui, si en mars 2023 on m’avait dit que je finirai aux portes de la qualif, 7e mondiale, 1ere française, j’aurais surement signé des 2 mains tant l’exploit est grand vu ma situation et mon expérience.

    Mais aujourd’hui, après avoir tant pris en expérience, élevé mon niveau de jeu, être arrivée si proche de mes concurrentes les mieux classées mondialement, c’est difficile d’accepter de rester 1ère non qualifiée, si proche du but.

    Un exploit à souligner et à retenir dont je peux être fière

    Mais factuellement, si je me pose et que j’y réfléchi, à tête reposée, avoir fait pour 1ère saison complète sur le circuit une qualification aux Jeux Paralympiques, en ayant à coté une activité professionnelle très intense, qui ne m’a pas permis de m’entrainer de tout le mois de juin, qui m’a provoqué une blessure en juillet et finir tout de même 7e… C’est hors du commun. C’est un exploit que peu d’athlète peuvent réaliser. C’est une performance à laquelle très peu de personnes m’attendaient, et dont je peux être très fière. Je ne sais pas quel sera le résultat de la commission bi partite, et si j’aurais mon ticket pour les Jeux de Paris. Et ça sera surement très dur si le résultat ne m’est pas favorable, car ma médaille aux championnats d’Europe et le niveau de jeu que j’ai produit sur la fin de cette qualification me prouve que j’ai bel et bien ma place dans la top niveau du para badminton mondial. Mais en étant factuelle, j’ai déjà réussi une performance de très haut niveau que peu de personne ont fait dans un laps de temps aussi court.