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  • JO : ces athlètes de haut niveau qui font un sport d’été et d’hiver

    Milena Surreau, athlète de haut niveau, sur son snowboard lors d'une étape de coupe de France de parasnowboard

    Quand on aime… on ne compte pas ! Mais est-il possible de mener de front 2 carrières distinctes lorsque l’on est athlète de haut niveau ?

    Cet hiver, après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 auxquels j’ai participé en para badminton, j’ai eu besoin de souffler. Une grosse fatigue mentale s’est installée, et c’est à la montagne que j’ai fait retomber la pression de ces 2 années incroyablement intenses entre les qualifications et les Jeux Paralympiques.

    Mais très vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus. J’ai eu l’envie de découvrir une nouvelle discipline : le para snowboard. Car c’est une chose de descendre des pistes en free ride entre ami, ça en est une autre de devoir passer des piquets de manière chronométrée.

    Une belle réussite

    La classification nationale passée, c’est sur la 1ère étape du circuit Coupe de France aux Saisies qu’a commencé ma nouvelle passion. Au final, je repars des Alpes 3 mois plus tard avec 5 médailles d’or, le circuit général de la Coupe de France, et un double titre de championne de France (il faut dire que j’ai profité de l’absence de Cécile Hernandez, blessée lors de sa dernière étape de Coupe du Monde).

    Mais alors, peut-on mener de front 2 carrières sportives de haut niveau ? Si l’on voit de temps en temps quelques athlètes briller sur plusieurs circuits à l’international (à l’instar d’Arthur Bauchet, le paraskieur récent vainqueur d’une coupe du monde de cyclisme sur route), il reste tout de même peu commun et difficile de mener de front deux véritables carrière de haut niveau.

    Alors pourquoi partir 3 mois à la montagne et laisser de coté mon sport ? Était-ce une parenthèse ou un nouveau départ dans ma carrière d’athlète de haut niveau ? Était-ce un caprice, un « coup de tête », ou au contraire une étape déterminante ? Qu’est ce que cela m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes à la reprise du badminton ?

    « J’ai découvert un monde mental que je ne soupçonnais pas »

    Dans ce nouvel épisode de Journal d’une parabadiste, je partage sans filtre ce que ce virage m’a appris sur la résilience, la gestion d’une carrière, et le courage d’écouter ses besoins, même si cela surprend.

    Entre développement physique, endurance, groupes musculaires nouveaux et aspects psychologique et mental, la découverte de ce sport diamétralement opposé au badminton m’a ouvert un monde que je ne soupçonnais pas. Loin d’être une perte de temps dans ma carrière paralympique de badminton, j’ai au contraire fait un grand bon en avant sur bien des aspects et une nouvelle réflexion sur mon calendrier sportif s’impose.


    Parce qu’une trajectoire sportive n’est jamais parfaitement rectiligne. Et que parfois, changer de direction permet de mieux avancer.

    Pour découvrir en détail les tenants et aboutissants de cette pause alpine, je vous invite à écouter l’épisode 22 de mon podcast Journal d’une parabadiste : « Parasport : le défi inattendu d’une paralympienne en snowboard après Paris 2024 » (disponible sur toutes les plateformes d’écoute)

  • 22.Parasport : ce que le snowboard a apporté à ma carrière de badiste de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 21 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous bienvenue sur mon podcast Journal d’une parabadiste, le premier podcast français sur le sport de haut niveau paralympique ; aujourd’hui je réponds à une question qui m’a été posée et j’adore quand je traite des sujets qui viennent de vous parce que j’ai créé ce podcast pour vraiment répondre aux questions que les gens se posent sur le sport de haut niveau et/ou sur l’impact handicap dans cette pratique donc quand je satisfais directement votre curiosité c’est un vraiment plaisir pour moi.

    Après les Paralympiques de Paris 2024, place au parasnowboard

    Dans cet épisode on va donc parler de l’hiver que j’ai passé après les Jeux Paralympiques de Paris 2024 et pourquoi est ce que je suis partie faire du snowboard au lieu de continuer le badminton, est ce que c’est un projet à long terme ou était-ce une parenthèse, pourquoi le snowboard et pas le ski, qu’est ce que ça m’a apporté ou au contraire mis comme contraintes par rapport au badminton bref aujourd’hui je parle en détail de ce que j’ai vécu cet hiver !

    Pour remettre dans le contexte, j’ai fini les Jeux Paralympiques le 31 aout, ensuite on a eu quelques obligations en terme de médias et de présence pour la fédération, et je suis rentrée chez moi début septembre. Là j’ai pris beaucoup de repos parce qu’une paralympiade c’est 3 ans très intensif, entre la préparation, le financement, la qualification et ensuite les jeux. Je parle un peu plus en détail de tout ça dans l’épisode 16 sorti il y a quelques mois.

    J’ai repris l’entrainement mi octobre, parce que j’avais vraiment l’envie et le besoin de reprendre, donc ça a été une décision personnelle et pas une décision imposée par mon staff, c’est important de le savoir.

    Et puis en décembre, j’ai eu vraiment une période difficile mentalement, j’étais épuisée, alors heureusement les vacances arrivaient et je suis partie à la montagne, chez ma meilleure amie. A la fin des vacances, j’étais vraiment absolument pas en état de rentrer et de reprendre l’entraînement, j’avais pas du tout encore récupéré de ma fatigue, en plus j’avais un nouveau traitement à cette période qui me causait énormément de fatigue et de somnolence. Donc je me suis simplement écoutée — comme on en parlait dans l’épisode précédent sur la santé mentale — et je suis restée plus longtemps.

    Alors qu’est ce qu’on fait quand on est en vacances à la montagne et qu’on aime le sport, ben généralement du sport d’hiver, entre les longues après midi de sieste et les balades des chiens, on allait de temps à autre sortir en ski et en snowboard et ça m’a fait un bien fou de faire du sport extérieur, en pleine nature, parce que ça change pour le coup carrément de notre quotidien de badiste, nous on est tout le temps enfermés dans un gymnase et pouvoir respirer le grand air de la montagne, ça fait du bien physiquement et moralement.

    Donc moi je fais du snowboard depuis que j’ai 14 ans à peu près, à l’époque je n’avais pas encore de gros soucis neurologique, j’avais mes jambes qui fonctionnaient à peu près normalement on va dire. Et là c’était la 1ere fois que je remontais sur un snow depuis ma paraplégie spastique. Donc pour ceux qui me découvrent aujourd’hui, j’ai une maladie neurologique qui touche ma moelle épinière et qui fait que petit à petit je perds ma force dans mes jambes et dans mes bras, et j’ai ce qu’on appelle de la spasticité donc des contractions musculaires involontaires ce qui rend difficile le contrôle des jambes.

    Donc même si j’ai beaucoup de difficultés à marcher et que dans la vie de tous les jours j’utilise un fauteuil roulant, sur un snowboard je peux tenir debout. Une fois que je suis dessus en fait avec les pieds attachés, j’ai vraiment ma spasticité qui va m’aider à tenir debout en compensant les paralysies et je vais descendre les pistes, même si j’ai besoin de beaucoup de pause.

    A l’inverse du ski où debout je n’aurais pas assez de force dans chaque jambe séparée pour pouvoir supporter la force qu’il faut y mettre.

    Pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard ?

    Et puis, assez vite, mon amour pour la compétition a repris le dessus, et je me suis dis, pourquoi pas tenter une compétition en parasnowboard pour découvrir cette discipline, parce que c’est évidemment totalement différent de faire du free ride quand on est en vacance que de passer des piquets imposés le plus vite possible, voir si ça me plait et voir ce qu’il en est quoi !

    Donc j’ai passé la classification nationale, pour savoir si mon handicap était éligible pour faire du parasnowboard — pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit j’ai sorti 2 épisodes sur ce sujet, le 14 et le 15 avec tout ce qu’il y a à savoir sur les classes en parasport — et j’ai participé à une première Coupe de France début janvier.

    Et franchement je ne m’y attendais pas du tout, parce que la vitesse ça n’a jamais été ce que je préfère sur les pistes, mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour la discipline. J’ai adoré passer ces piquets imposés, apprendre à prendre les bonnes trajectoires, doser les risques…

    Une première compétition qui m’ouvre des portes

    Et cette première compétition a été un vrai succès, que ce soit en terme de résultat puisque j’ai fait 2 médailles d’or, mais aussi en terme d’expérience puisque j’ai passé une super journée, j’ai pu rencontrer les athlètes du circuit national donc vraiment beaucoup de positif.

    Suite à cette première réussite, je me suis dit pourquoi pas continuer le circuit tant que je suis sur les Alpes, parce que du coup ça m’a aussi poussé à m’entraîner un peu plus sérieusement et donc ça a continué de m’entretenir physiquement ce qui était pas plus mal pour la reprise future du badminton. Et donc j’ai fait une 2e Coupe de France, sur laquelle j’ai fait 1 médaille d’or et où j’ai pris beaucoup d’expérience ; ce qui m’a aussi qualifiée pour les championnats de France qui avaient lieux plus tard dans la saison en mars.

    Et ceux là pour le coup j’étais vraiment pas sûre de pouvoir y participer parce que je commençais en février à entrevoir mon retour à la maison et au badminton, il y a avais aussi une incertitude sur le calendrier de compétition BWF auquel je pouvais participer ou non avec ma reclassification en parabadminton donc ça j’en parle dans l’épisode 20 pour ceux qui l’ont manqué.

    Au final, après un hiver très ressourçant je suis rentrée à la maison mi février, et j’ai finalement pu participer aux championnats de France de para snowboard grâce à une semaine de vacances du pôle performance parabad qui tombait pile poil au bon moment. Et donc en amont de ce stage, j’ai aussi pu participer à un stage de développement avec des membres du collectif France et l’entraîneur des équipes de France de parasnow. Ca a été un super moment pour moi, très complémentaire de tout ce que j’avais vu cet hiver, avec un super staff. Et comme j’en parlais dans l’épisode précédent, le staff c’est à mes yeux ce qui peut faire la différence dans une discipline que l’on veut potentiellement pratiquer à haut niveau, donc ça m’a aussi ouvert des perspectives auxquelles j’avais pas forcément pensé jusque là.

    Bref, je suis revenue des championnats de France de parasnow avec 2 médailles d’or, mais aussi un bagage énorme pour le badminton parce que contrairement à ce qu’on peut penser à première vue, ça a été un tremplin énorme et un vrai bon investissement pour ma carrière principale et non pas une perte de temps de 3 mois à la neige à se la couler douce.

    Un apport physique, mental et psychologique

    Et c’est là qu’on en vient à cette question, qu’est ce que ça m’a apporté. Pour résumer, j’ai énormément appris ou progressé sur les plans physique, mental et psychologique. Bref, sur tous les pans de la performance sportive et qui peut se transposer d’un sport à l’autre. Parce que oui, j’ai aussi progressé techniquement sur le snowboard, mais ça pour le coup ça n’est pas d’une grande aide pour le badminton.

    Alors déjà physiquement le bad et le snow sont 2 sports diamétralement opposés, et donc j’ai sollicité et travaillé des groupes de muscles que soit j’utilise peu en badminton, soit que j’utilise différemment. Cet hiver, ce sont mes cuisses qui ont le plus évolué, alors pas dans l’aspect explosif parce que c’est tout l’inverse, c’est vraiment l’endurance qui a été boostée. Et ça je l’ai ressenti de manière exponentielle quand je suis revenue au badminton, j’avais tellement moins de fatigue musculaire, je pouvais tellement faire plus plus longtemps. Et ça ça a été valable pour tous les groupes musculaires impliqués en snowboard, parce que c’est vraiment des efforts assez longs comparés à l’explosivité du badminton, mais les cuisses sont tellement cruciales au badminton que c’est ce qui m’a le plus marqué à mon retour.

    Mais à coté de ça, il y a aussi eu tout le gainage du tronc, abdo, fessiers, ensuite les épaules et les triceps. Alors là vous me dites les triceps ? A quoi sert ce muscle dont on ne parle jamais et pourquoi en snowboard ?!

    Donc faut savoir qu’avec ma pathologie, j’ai avant tous des déficits moteurs dans les jambes, mais j’ai aussi des atteintes aux bras et notamment mes triceps qui sont très faibles. Et là avec le snowboard, j’en avais besoin pour me relever, parce qu’en snow on a toujours le cul dans la neige dès qu’on s’arrête et donc pour se relever il faut soit avoir des jambes très solides, ce qui n’est pas mon cas, soit se propulser avec le bras, et donc mes triceps ont été mis à contribution, avec mes épaules, ce qui a été très bénéfiques ensuite pour ma pratique du badminton que ce soit le bras droit ou le bras gauche qui sert à s’équilibrer.

    Donc vraiment physiquement, j’ai beaucoup gagné en force et en endurance que ce soit dans les jambes, les bras et le tronc et ça ça a été un atout indéniable, déjà pour ma vie quotidienne parce que tout est plus simple pour les transferts etc. et pour le badminton, j’étais vraiment super affutée quand je suis revenue à l’entraînement, malgré les craintes évidentes de mon staff après plus de 2 mois sans jouer. Evidemment il a fallut rebosser l’explosivité parce que c’est quelque chose que j’avais beaucoup perdu du coup, mais c’est assez vite revenu dans l’ordre.

    Ensuite, sur l’aspect psychologique, indéniablement c’est sûrement ce qui a été le plus remarquable. Comme je vous le disais, quand je suis partie j’étais très fatiguée, j’étais pas bien mentalement. J’en parlais aussi dans l’épisode 21 juste avant celui ci, quand on évoquait la santé mentale, j’ai beaucoup de challenges à ce niveau là avec des périodes où j’ai vraiment des pensées très noires et une fatigue intense de tout ce que demande la vie. Et là pendant 2 mois dans cet environnement, avec ma meilleure amie, avec un rythme de vie avec très peu si ce n’est aucune contrainte, à découvrir et faire un autre sport, autre chose, en extérieur, ça m’a vraiment rafraichi le cerveau. J’ai libéré toute la pression qui s’était accumulé depuis les jeux, toute la fatigue ancrée qu’au final je n’avais pas vraiment eu l’opportunité d’évacuer. Et il n’y a absolument rien de mieux que de pouvoir repartir à la routine quotidienne d’entraînement en vue de performance que quand tu es tout frais, bien disposée à repartir à l’attaque, avec une envie de vivre et de jouer qui sont au maximum.

    Donc quand je suis revenue, ben j’étais tout simplement dans les meilleures dispositions pour performer.

    Et puis, il y a enfin eu l‘aspect mental. Ca c’est au cœur de la performance sportive, pour moi le mental fait vraiment 80% d’un résultat. Et là j’ai pu découvrir un monde mental que je ne soupçonnais pas. Parce que sur cet aspect aussi le badminton et le snowboard sont 2 mondes à part.

    Des ressources mentales insoupçonnées

    En badminton, c’est un combat contre un adversaire, on doit gagner plus de set que l’autre. C’est un combat qui est long, enfin, par rapport au tennis non mais ça reste en moyenne 30 à 45 minutes de concentration nécessaire, mais avec des pauses, si tu fais une erreur et que tu perds un point, c’est pas grave, y’en a encore 21 à gagner et même parfois, tu perds plus de point que ton adversaire et tu gagnes quand même ! Alors il y a aussi une petite partie de combat contre soi-même, comme dans tout sport. Mais globalement on est sur un sport d’opposition, avec des hauts et des bas pendant ces 30-45 minutes, des prises de risques possibles mais jamais fatales.

    Et à l’inverse, le snowboard c’est avant tout un combat contre toi même et surtout contre la piste. Un sport où la moindre erreur peut être fatale. Si tu loupes une portes : t’es éliminé. C’est une concentration extrême pendant environ 2 minutes, où tu ne peux pas te laisser aller à penser à des choses annexes, à manquer de concentration sur ce que tu fais. Parce que simplement tu n’as pas le droit à l’erreur !

    Soit parce que le chrono ne te le pardonnera pas, soit parce que la piste ne te le pardonnera pas et quand tu sors, c’est fini.

    Et là on voit bien qu’on est dans un tout autre monde mental que le badminton.

    Il faut constamment avoir parfaitement conscience de son niveau technique, physique et tactique sur la piste, pour faire les bons choix au bon moment, sans droit à l’erreur. C’est une pression constante dès l’instant où tu passes le portique de départ et jusqu’à franchir les 2 piquets de l’arrivée. Et ça, ça demande énormément, même si l’effort est beaucoup plus court que sur un match de bad. Et du coup, ça m’a ouvert vraiment un autre aspect de la préparation mentale et de l’aspect mental une fois sur le court. Même si ce pan de la performance était déjà mon point fort, je suis vraiment revenue avec encore plus de ressources à ce niveau. Et pour le coup, autant je savais que le snow allait me faire du bien physiquement et psychologiquement, mais je ne m’attendais absolument pas à avoir encore un tel espace de progrès sur le mental !

    Donc loin d’avoir été simplement 2 mois off ou 2 mois de vacances, cette pause inattendue en parasnowboard m’a en fait apporté énormément pour le badminton à tous les plans, et d’ailleurs ça s’est assez vite concrétisé parce que non seulement j’étais bien à l’entraînement, mais j’ai aussi fait une médaille d’argent à la 1ere compétition sur laquelle je suis sortie en 2025 et pour moi ce n’est pas annodin.

    Quelle suite pour le snowboard et le badminton ?

    Alors où ça nous mène tout ça ? Est ce que je vais partir dans un double projet été hiver avec le badminton et le snowboard tous les 2 ans aux Jeux ?

    Pour le moment, c’est assez flou de mon coté pour plusieurs raisons, déjà avant d’avoir passé une classification internationale en parasnowboard, on ne peut pas savoir si je suis éligible officiellement pour les compétitions qui comptent pour les Jeux et les Coupes du Monde. Donc tant que je n’ai pas passé la classification internationale, c’est difficile de pouvoir s’y projeter.

    Ensuite un double projet ça demande beaucoup de ressources, que ce soit financières mais aussi physique, psychologiques, mentales. Ca demande beaucoup d’organisation et donc énormément d’énergie pour gérer tout cela. Et c’est déjà énorme quand on ne fait qu’un seul sport, j’en parlais dans l’épisode 4, mais quand on en fait 2 c’est encore plus, et sûrement plus que 2 fois plus parce qu’il faut gérer et imbriquer toutes les contraintes de l’un et de l’autre, avec les calendriers, les déplacements etc.

    Il faut aussi avoir un staff qui soit pleinement convaincu et engagé dans le double projet, et pas que ce soit un combat les uns contre les autres. Et ça comme je l’évoquais très rapidemment dans l’épisode précédent, c’est encore un peu compliqué en France d’avoir des doubles projets été-hiver bien développés à cause des croyantes limitantes qui existent sur le sujet et un peu cette idée de « si tu fais du snow ça veut dire que tu fais pas de badminton pendant ce temps et ça peut pas marcher » et inversement.

    Alors moi je suis persuadée que ça peut fonctionner, je sais d’ailleurs que ça fonctionne, parce que c’est déjà le cas pour certains athlètes, notamment chez les para mais ça s’est déjà aussi vu chez les valides. Et l’expérience que je viens de vivre cet hiver, et les bienfaits énormes que ça a eu à mon retour me prouvent qu’il y a bien quelque chose à faire de ce coté là.

    Malgré tout, aujourd’hui, ma priorité est vraiment sur le badminton, c’est mon objectif n°1, la médaille d’or à Los Angeles et remporter l’or dans toutes les grandes compétitions à savoir championnats d’Europe et championnats du Monde.

    Par contre, je sais que je ne pourrai pas faire de badminton toute ma vie parce que malheureusement avec ma pathologie, j’ai des atteintes aux bras et notamment aux doigts qui sont de plus en plus importantes, et le badminton c’est pour le coup un sport qui nécessite une vraie force et de la dextérité. Donc je sais qu’il arrivera un moment où le parabadminton ne sera plus possible. Et il est vrai que je songe vraiment au parasnowboard comme reconversion, parce que même si les bras sont importants pour les départs et pour l’équilibre, les doigts restent un enjeux un peu moins importants qu’au bad.

    Donc aujourd’hui, je prépare vraiment tranquillement cette future reconversion, je réfléchis à comme je le disais, passer cette fameuse classification internationale pour déjà être fixée la dessus. Je vais continuer à m’entraîner de temps à autre sur neige, même si d’ici Los Angeles je ne ferai pas de saison complète à la montagne. Parce que j’ai aussi une promesse à respecter, que j’ai faite à ma meilleure amie qui m’a accueillie cet hiver, qui m’a soutenu dans le choix de me lancer dans le parasnowboard national, et qui m’a dit avant de quitter ce monde, de toujours faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et pas pour faire plaisir à ceux qui croient mieux savoir ce qui est bon pour ma vie.

  • 20.Une compétition internationale de parabadminton vécue de l’intérieur

    Ceci est une retranscription de l’épisode 20 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Le sport de haut niveau de l’intérieur

    Bonjour et bienvenue dans l’épisode 20 de mon podcast Journal d’une parabadiste. Aujourd’hui, je vous emmène avec moi sur ma première compétition de l’année pour que vous puissiez découvrir tout l’envers du décor : combien de temps ça dure, ce qu’on y fait, comment on gère les matchs et la récupération. Bref, le sport de haut niveau comme vous ne le voyez jamais.

    Un épisode rendu possible grâce à La Maison Bizienne

    Mais tout d’abord, cet épisode a été produit grâce à La Maison Bizienne, une chambre d’hôtes située à Guérande, cette magnifique cité médiévale où j’ai grandi. Si vous prévoyez des vacances pour découvrir la presqu’île, ses fameux marais salants et ses paysages aussi divers que sublimes, La Maison Bizienne est vraiment LE lieu pour votre hébergement. Un coin calme de la ville, à littéralement deux pas de l’intra-muros, avec un jardin bucolique, un spa… bref, tout ce qu’il faut pour passer un week-end ou des vacances de rêve. Le lien de réservation est dans la description de l’épisode, et maintenant je t’embarque avec moi à Dubaï pour cette compétition.

    Avant le départ : organiser une compétition internationale

    Avant même d’être sur le tournoi, il faut l’organiser. Première chose à savoir : la destination et surtout le décalage horaire. Cela influence le jour de départ, le temps passé sur place et donc le budget. Une destination comme Dubaï est assez facile : seulement deux heures de décalage horaire, six heures d’avion depuis Paris, donc un voyage pas trop lourd. Je pars la veille du premier entraînement officiel.

    Le premier entraînement officiel a généralement lieu la veille ou deux jours avant la compétition. On part donc très proche de la compétition, car l’hébergement est ce qui coûte le plus cher avec l’avion. Pour tout ce qui concerne le budget de saison et l’organisation globale, je vous invite à écouter les épisodes 4, 17 et 18 du podcast.

    Voyager quand on est sportive de haut niveau

    Une fois la date de départ fixée, je regarde précisément les horaires des avions, en essayant de voyager de nuit, car c’est comme ça que je récupère le mieux. Il faut aussi anticiper le trajet de chez moi jusqu’à Paris. Deux options : tout faire d’un coup ou couper le voyage en deux en dormant une nuit à Paris. J’ai la chance d’avoir de la famille en région parisienne, donc je privilégie souvent cette solution, surtout pour les voyages hors d’Europe.

    Ensuite, il y a la question financière : est-ce que je passe le billet sur ma société ou sur mon compte personnel, selon que le tournoi est financé par la fédération ou non. En parabadminton, nous avons la chance d’avoir une fédération qui nous apporte beaucoup de moyens. Cela demande néanmoins de la gestion et de l’anticipation, car gérer une carrière de haut niveau, c’est aussi gérer une véritable entreprise.

    Arrivée sur place et logistique du tournoi

    À l’arrivée, l’organisation du tournoi fournit des navettes pour rejoindre l’hôtel officiel. Parfois c’est très bien organisé, parfois beaucoup moins, avec de longues attentes à l’aéroport qui impactent la récupération et donc la performance. Dans ces cas-là, il arrive que l’on prenne un taxi par nous-mêmes.

    Avant de continuer, je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast et laisser un avis sur votre plateforme d’écoute. C’est grâce à ça que Journal d’une parabadiste peut toucher toujours plus de monde.

    La classification : un moment clé et stressant

    Ce tournoi était particulier pour moi, car je repassais la classification. La classification consiste à évaluer le handicap des athlètes afin de les répartir dans des classes pour que les compétitions soient équitables. En parabadminton, on ne fait pas jouer un amputé de la main contre un amputé de la jambe. Si vous voulez en savoir plus, j’en parle en détail dans les épisodes 14 et 15.

    J’ai demandé une réévaluation car mon handicap a évolué avec ma maladie neurodégénérative. La classification est un moment très stressant, car elle peut décider de la suite de votre carrière, voire de votre vie sportive. Une carrière paralympique peut s’arrêter sur un seul rendez-vous médical.

    Pour ma part, tout s’est bien passé et j’ai été reconnue en SL3, la classe des handicaps majeurs des jambes.

    Le tableau de compétition et le tirage au sort

    J’ai donc fait ma première apparition en tournoi international SL3 dans un tableau de huit joueuses, avec notamment les numéros 3, 4, 7 et 9 mondiales. Le tirage au sort a été assez avantageux, ce qui m’a permis de monter en niveau de jeu progressivement et de prendre mes repères sur le demi-terrain, spécifique à cette classification.

    Une journée type de match

    La veille, nous connaissons l’horaire approximatif de notre match. À partir de là, toute la journée est construite autour de cet horaire : réveil, repas, navette, échauffement, passage aux toilettes. Cela peut sembler anodin, mais pour de nombreuses personnes handicapées, la gestion de la vessie et des sphincters est un enjeu crucial, notamment en compétition.

    Nous sommes appelés en chambre d’appel environ quinze minutes avant le match, puis nous rejoignons le terrain avec les arbitres. Après quelques minutes d’échauffement, le match commence.

    Récupération, repos et gestion de l’énergie

    Après le match, je quitte rapidement la salle pour récupérer. Douche chaude, piscine si possible, étirements avec le kiné de l’équipe de France : tout est pensé pour gérer la spasticité et la fatigue. Les journées passent vite et le repos est une priorité.

    Il faut aussi gérer tout ce qui entoure le sport : réseaux sociaux, visuels, communication, newsletter. À Dubaï, l’écran de mon ordinateur s’est cassé pendant le vol, ce qui a rendu cette gestion encore plus compliquée. L’adaptation constante est une vraie clé quand on est à la fois sportive et cheffe d’entreprise.

    Résultats sportifs et fin de tournoi

    Je suis sortie première de poule, j’ai gagné contre la numéro 7 mondiale, atteint la finale et remporté une médaille d’argent. J’étais venue uniquement pour la classification et je repars avec un résultat sportif très satisfaisant, mais surtout avec un niveau de jeu au rendez-vous, ce qui reste l’essentiel.

    Conclusion

    Cette compétition à Dubaï m’a permis de vous montrer concrètement ce qu’est une compétition internationale de badminton vécue de l’intérieur : la préparation, la logistique, le stress, la récupération et l’adaptation permanente. Derrière chaque match, il y a une organisation millimétrée, beaucoup d’énergie dépensée et une passion immense pour le sport. J’espère que cet épisode vous aura permis de mieux comprendre les coulisses du sport de haut niveau paralympique.

  • 07.Sportifs valides et paralympiques, la vraie relation

    Ceci est une retranscription de l’épisode 7 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…).
    Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode


    Bonjour à tous on se retrouve pour l’épisode 7 avec aujourd’hui une question que l’on m’a posé sur Spotify : en tant qu’athlète paralympique, quelle relation a t-on avec les athlètes valides ?

    Je suis vraiment super contente qu’on m’ait posé cette question parce que déjà, le but de mon podcast c’est de pouvoir répondre aux interrogations des gens, de mettre en lumière la face cachée du sport de haut niveau, du handicap, du parasport et donc répondre aux questions que vous vous posez je trouve que c’est encore plus pertinent que d’aborder les sujets que moi j’imagine adéquats. Et aussi, la relation que l’on a avec les athlètes valides, c’est une question que je m’étais jamais vraiment posée ! Du coup, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet épisode, à réfléchir à la question et à avoir un regard tout neuf sur ce sujet.

    Donc vraiment je vous invite et je vous incite à me poser vos questions, que ce soit sur le sport de haut niveau en général, le parabadminton spécifiquement, mais aussi le handicap dans la vie de tous les jours comme j’ai déjà pu l’aborder dans les épisode 5 et 6. Vous pouvez facilement interagir sur Spotify dans la partie interaction, et aussi sur le compte Instagram du podcast paralympienne.podcast où vous pouvez facilement mettre des commentaires sur les vidéos ou m’envoyer directement des DM. Et pour ceux qui sont encore à l’ancienne, j’ai un compte facebook et un compte twitter où vous pouvez facilement me poser vos questions que je traiterai dans les futurs épisodes !

    J’en profite au passage pour vous rappeler de vous abonner et de noter le podcast, car c’est vraiment ce qui me permet de le développer, de le diffuser à un maximum de monde et rêver un peu plus chaque jour à ce que la société soit sensibilisée au handicap et donc accessible à un maximum de monde.


    Alors maintenant on rentre dans le sujet de cette relation avec les athlètes valides.

    Étant athlète de haut niveau en para badminton classifiée SL4, donc pour ceux qui nous rejoigne aujourd’hui SL4 c’est handicap léger des jambes et on joue sur un terrain normal, je parle un peu plus du sujet dans le tout premier épisode du podcast si vous voulez comprendre un peu mieux qui je suis ; du coup j’ai la chance de pouvoir encore jouer avec les valides sur certaines compétitions locales comme en interclub ou sur des tournois régionaux et nationaux. Du coup, je vais pouvoir aborder la question sous 2 angles : quel rapport on a avec les badiste de haut niveau en équipe de France olympique, et le rapport qu’on a avec les badistes amateurs sur ces compétitions le week end.

    Les différentes fédérations sportives pour le parasport

    Déjà pour mettre dans le contexte, au niveau du parasport il y a un peu 2 cas différents : il y a les sports qui dépendent de la grande fédération française Handisport. Donc c’est une fédé qui regroupe une dizaine de parasports, les athlètes par exemple qui font du tennis de table handisport vont être licencié à la FFH et c’est cette fédé qui va gérer toutes leurs compétitions, leurs stages, leurs inscriptions aux tournois etc. Et c’est vraiment disctinct de la fédération française de tennis de table qui elle ne gère que les valides.

    Nous au parabadminton on est dans le 2e cas : c’est la FFBad qui gère la section para. Donc on a une seule et même fédé qui gère l’équipe olympique et l’équipe paralympique. Avec bien sûr un staff attitré. Et moi j’ai une licence à la FFBad et pas à la FF Handisport.

    Mais du coup déjà, ces 2 situations vont sûrement donner un impact un peu différent dans la relation entre les athlètes valides et les para au sein d’un même sport.

    Une relation collective quasi-inexistante

    Après, malgré tout, la relation qu’on a avec les athlètes de l’équipe de France olympique c’est simple elle est quasi inexistante au quotidien.

    En fait on ne se cotoie pas du tout parce qu’on a aucune compétition commune ou quasi aucune. Il y a juste une fois tous les 4 ans où il y a les Jeux, et encore les 2 compétitions ne sont pas exactement aux même dates. Nos calendriers sont vraiment propre à chacun.

    Du coup les délégation olympiques et paralympiques ne se croisent jamais, on va jamais prendre l’avion en même temps quand on part sur une compétition par exemple. Ca nous arrive parfois de faire des stages à l’INSEP quand on prépare des grandes échéances, mais là c’est pareil on ne s’entraîne pas dans la même salle que les valides parce que les terrains fauteuil doivent être en bois alors que les terrains des valides sont en résine. Donc même dans ce cadre on va pas du tout se croiser. Donc collectivement, y’a vraiment aucune relation et on se connaît très très peu. J’avoue que je peux même pas vous dire si tous les athlètes valides de l’équipe de France connaissent mon existence par exemple.

    Par contre, de manière individuelle, certains joueurs peuvent être amenés à en cotoyer d’autres, par exemple avec les sponsors. Moi j’ai un sponsors, la Banque Populaire qui a créé une team d’athlète, le pole sportif du grand ouest. On est 8, valide et para confondus, on vient de plusieurs sports, et dans la team il y a Thom Gicquel qui est donc badiste en équipe de France valide. Donc dans ce cas il peut arriver qu’on se croise sur des événements à la banque pop, qu’on fasse des démonstrations de notre sport auprès des collaborateurs. Et du coup fatalement ça rapproche un peu d’avoir le même sport en commun, mais voilà ça va pas plus loin que ça.

    Après je vous parle de tout ça mais c’est vrai que de base je suis une super quiche en relations sociales donc globalement dans la vie je suis plutôt la fille qui n’a de relation avec personne, je pense que ça joue beaucoup dans les infos que je vous donne aujourd’hui.

    Après, notre fédération essaye quand même avec les Jeux, de communiquer sur le fait qu’on est une seule équipe de France. Là par exemple y’a quelques semaines on était à l’INSEP pour média day, donc c’est une journée pour fournir du contenu aux médias avant les jeux et qu’on puisse ensuite finir notre préparation finale sans être sollicités de ce coté là.

    Et du coup les 2 équipes de France valides et para étaient réuni. On a fait les photos de groupe tous ensemble, on a eu des jeux de questions/réponses qui mêlaient les 2 équipes.

    Mais disons que ça c’est une fois tous les 4 ans et moi c’est littéralement la 1ere fois que je croisais la route des badistes.

    La relation avec les amateurs

    Après y’a cette question du niveau amateur. Comment ça se passe sur les tournois valides quand on est para, comment ça se passe en club.

    Et là y’a un peu 2 profils de joueurs sur lesquels on va tomber.

    Première catégorie : les cordiales

    Globalement ça se passe super bien, et notamment parce que du fait que notre fédération gère également la section para, y’a une communication qui est faite sur le parabad et c’est quand même quelque chose qui est de plus en plus connu au sein des licenciés à la FF Bad. On connait un peu nos performances à l’international, on a un peu un « statut » et du coup sur les tournois les joueuses sont souvent assez contentes de pouvoir jouer contre quelqu’un qui fait du haut niveau. Sur les tournois ça va être assez cordial, on va beaucoup me poser des questions sur mes récents résultats, les prochains tournois internationaux, les qualif pour les jeux etc. Et de manière générale les joueurs sont vraiment contents de voir du parabad sur les tournois valides.

    Et d’ailleurs pour la petite anecdote c’est assez marrant parce que les joueurs en tournoi une fois qu’ils ont fini leurs matchs, je trouve qu’il ont tendance à beaucoup venir me voir jouer, parce que je comprends que ça peut être assez impressionant et intrigant de se demander comment je vais faire sur le terrain, quand on me voit arriver avec des béquilles ou sur un fauteuil roulant, avec mes orthèses, et après voir comment je m’adapte debout sur le grand terrain.

    Et nous à l’inverse, quand on est sur des tournoi valides, on a toujours cette petite tendance à essayer de repérer si y’a pas de joueurs qui ont un handicap et qui pourraient signer en para.

    Parce qu’on a vraiment envie que notre sport se développe et donc de recruter le plus de joueurs possibles. Et y’a plein de gens qui ont des handicaps, parfois très léger, et qui ne savent pas qu’ils pourraient jouer en para !

    Donc parfois, on observe un peu pour voir si on peut pas recruter des joueurs mais c’est vraiment pas simple parce que le handicap ça se remarque pas du 1er coup d’oeil. Et parfois c’est difficile de savoir si la personne a un handicap ou juste un défaut dans son jeu.

    Une fois j’étais sur un tournoi valide avec mon coach, donc qui est le coach adjoint de l’équipe de France également, et y’a un joueur qui utilisait son bras gauche de manière vraiment bizarre. Du coup on l’a scruté de la tête au pied du début à la fin de son match pour essayer de savoir s’il avait un plexus brachial ou juste s’il utilisait son bras pas comme il faut à cause d’un défaut technique. Et à la fin du match on savait pas quoi faire parce que c’est super gênant d’aller voir quelqu’un pour lui demander s’il a un handicap parce que si en fait pas du tout ça devient monstre gênant. Donc on a essayé de voir si des gens dans la salle le connaissait pour se renseigner mais je crois qu’au final on n’a pas eu l’info.

    Deuxième catégorie : les autres

    Mais donc pour revenir à notre sujet de départ, y’a la 2e catégorie de joueur : ceux qui ne supportent pas de perdre contre un handicapé. On en croise moins souvent que ceux qui nous considèrent avant tout comme des joueurs de bad , mais parfois, il arrive qu’on se retrouve à jouer contre des joueurs qui ont cette mentalité.

    Et d’un coté je peux comprendre que ce soit frustrant de perdre contre quelqu’un qui est physiquement diminué. Mais en même temps faut quand même grandir et se dire que oui un handicapé, notamment qui s’entraîne tous les jours et qui joue à l’international dans mon cas, peut te battre et être meilleur que toi malgré tout, parce que techniquement, mentalement, tactiquement c’est un joueur de haut niveau et qui est peut être meilleur que toi.

    Et y’a aussi une différence entre le penser, ou subir cette pensée, et le dire tout haut dans le gymnase.

    C’est arrivé à un ami sur un tournoi, un joueur qui a pété un cable en perdant un point, il a hurlé « putain c’est hors de question que je perde contre un handicapé ». Résultat ça a totalement galvanisé « l’handicapé » qui lui a mis 21/0 dans le 2e set.

    Donc oui ça arrive qu’on se retrouve dans ces situations où des joueurs valides ne supportent pas l’idée qu’un handicapé puisse être meilleur qu’eux et les battent et qui sont vraiment dégouté après leurs matchs. Mais je pense qu‘en parlant encore plus du parasport et notamment du parasport de haut niveau, ce genre de mentalité va petit à petit disparaître parce que les gens vont se rendre compte qu’on est vraiment des athlètes de haut niveau et que fatalement sur des compétitions amateures, locales, on a une expérience et un niveau hors norme.

    Donc voilà je pense que j’ai fait le tour de la question. Après bien sûr, ça reste du cas par cas, et peut être que dans certaines fédérations les équipes olympiques et paralympiques se cotoient énormément et se connaissent bien, de manière individuelle y’a aussi des joueurs para qui s’entraînent avec des joueurs valides à haut niveau aussi.

    Mais voilà ce qu’est mon expérience personnelle avec les joueurs valides dans mon sport et dans notre chemin vers les Jeux Olympiques et Paralympiques.

    N’oubliez pas si vous souhaitez que comme aujourd’hui je réponde aux questions que vous vous posez, contactez moi sur Instagram, LinkedIn, Facebook ou plus simplement directement dans la partie interaction dans Spotify.

  • 05.L’impact de l’autisme dans le quotidien et la performance d’une sportive de haut niveau

    Ceci est une retranscription de l’épisode 5 du podcast Journal d’une parabadiste, permettant l’accessibilité au plus grand nombre (personnes sourdes, autistes, TDAH, troubles cognitifs…). Si vous souhaitez écouter l’épisode plutôt que de le lire, cliquez ici : écouter l’épisode

    Dans l’épisode d’aujourd’hui, je vais vous parler de mon autisme dans ma vie de sportive. J’ai essayé de faire court parce que j’aurais pu en parler pendant des heures mais l’idée c’était de ne pas vous perdre en cours de route pour que mon propos soit entendu jusqu’à la fin !

    Aussi, si j’utilise mon exemple de sportive pour illustrer mes propos, ça reste un épisode qui permettra, je l’espère, de sensibiliser un maximum de monde à la réalité de beaucoup de personnes autistes. Donc si vous cotoyez de près ou de loin des personnes sur le spectre, ça pourrait vous permettre de peut-être mieux comprendre certaines choses et ajuster votre approche dans vos interactions avec elles.

    Au passage, je vous en remercie du fond du cœur car vous êtes de plus en plus nombreux à me suivre, pour les nouveaux je vous invite vraiment à vous abonner et à parler du podcast autour de vous car j’aimerais que mon message soit diffusé au plus de monde possible, pour que la société soit sensibilisé au maximum au handicap et que l’accessibilité en découle naturellement.

    Allez trêve de bavardages c’est parti pour l’épisode du jour !

    __________

    La place de l’autisme dans une carrière de sportif de haut niveau

    Bonjour à tous, c’est déjà l’heure du 5e épisode sur mon podcast Journal d’une (presque) Paralympienne. Cette fois-ci j’entre j’entre dans le vif du sujet important dont je vous ai déjà un tout petit peu parlé dans les 2 premiers épisodes, on va aborder la question de l’autisme dans une carrière de sportif de haut niveau et aussi forcément dans la vie de tous les jours.


    Parce que si vous me suivez un peu sur les réseaux, ou dans les médias,
    vous m’avez surement déjà entendu dire que dans ma carrière sportive, mon autisme m’handicape plus que mon handicap moteur.

    Donc pour ceux qui me découvre aujourd’hui, je rappelle que j’ai une maladie neuro qui provoque une perte de force et de la spasticité dans mes membres inférieurs et petit à petit dans les membres supérieurs.

    Donc c’est vrai que dire que l’autisme influence plus ma performance sportive qu’une tétraparésie, ça peut paraître assez contre-intuitif pour beaucoup de monde d’où l’intérêt de détailler la question aujourd’hui.

    Petit rappel sur l’autisme

    Alors déjà rapidement commencer par le commencement, l’autisme c’est quoi c’est un trouble qui va impacter les habilités à communiquer, à traiter l’information sensorielle et qui va entrainer des intérêts et des comportements répétitif. C’est un handicap qui est assez complexe puisqu’il va toucher chaque individu de manière très différente, donc il faut garder à l’esprit que si vous connaissez 1 personne autiste, vous connaissez 1 seule personne autiste. On ne peut pas comparer strictement 2 individus autistes en disant « ah oui mais untel que je connais il ne parle pas alors toi si tu parles t’es pas autiste » etc.

    Et de la même manière, l’expérience que je vais rapporter ici c’est mon expérience, ça ne veut pas dire qu’elle s’applique à 100% des personnes autistes, d’autres peuvent avoir un vécu opposé tout comme se retrouver totalement ou partiellement dans mon parcours.

    Pour finir je le précise, l‘autisme n’est pas un handicap classifiable au niveau du comité paralympique. C’est à dire que si aujourd’hui je fais du para sport, c’est parce que j’ai un handicap moteur uniquement. Quelqu’un qui est juste autiste, sans autre handicap à coté, n’a pas de classification spécifique pour ce handicap et ne peut donc pas faire de parasport avec d’autres autistes.

    Un handicap déjà présent durant mon enfance

    Quand j’étais petite, j’ai fait du tennis à bon niveau. J’ai intégré le groupe compétition du club quand j’avais 8 ans, et au collège j’ai été en sport étude jusqu’au bac. Déjà à cette époque, mon autisme et les difficultés qui en découlent ont mis pas mal d’embuches dans ma progression vers le haut niveau.

    Déjà il y a tout l’aspect énergie, fatigabilité dont je parlais dans l’épisode 2.

    L’autisme va rendre chaque interaction sociales très énergivore, parce qu’on n’a pas les codes sociaux. Tout ce qui est interaction sociale va demander un gros effort parce que rien ne vient naturellement.

    Donc c’est vrai que quand on est au quotidien dans un environnement social, toute la journée, au collège, à l’entrainement, et qu’on est constamment sollicité de ce coté là, il y a une vraie perte d’énergie tout au long de la journée, de la semaine.

    Et quand arrive l’entrainement le soir, les matchs le week end, fatalement c’est mathématique on a beaucoup moins d’énergie à consacrer à son sport et à sa performance. Et dans un milieu ou seul les tout meilleurs peuvent tirer leur épingle du jeu, ça compte beaucoup.

    Mais surtout, là où ça a encore plus pêché pour moi, c’est tout l’aspect d’intégration à un modèle de conformité qu’on attend des jeunes sportifs.

    Le parcours modèle d’un sportif vers du haut niveau

    En France, et sûrement dans la plupart des pays du monde, y’a un peu un parcours type d’accès au haut niveau, et ça passe d’abord par les journées de détection des jeunes talents. Qui vont ensuite découler sur les stages au comité départemental, puis avec la ligue. Et ensuite les meilleurs et ceux sur qui la fédération va miser vont être sélectionnés plus loin vers le haut niveau, et intégrer les stages nationaux et l’équipe de France.

    Quel que soit le sport, globalement ça se passe comme ça.

    Et si le critère sportif est le point central de ces sélections, on va pas se mentir il y a aussi une grande attention qui est porté sur la facilité de vie avec le jeune, l’intégration au groupe, sa capacité à vivre en collectif sans ses parents sur les tournois etc.

    Et si à niveau égal, tu as un jeune qui est « bien sous tout rapport » et facile à vivre, et un autre qui dit pas bonjour comme il faut, qui est à l’écart du groupe, qui s’intègre moins bien, on voit tout de suite lequel des 2 on va privilégier pour la suite.

    Donc même si ce est pas l’unique raison de mon échec vers le haut niveau en étant jeune, on voit que ça a quand même un impact assez important sur un parcours fédéral typique pour l’accès eu au haut niveau.

    Fin du tennis et seconde chance en parasport

    La suite vous la connaissez si vous êtes assidus sur le podcast, mais pour les nouveau j’y reviens vite : mon parcours vers le haut niveau s’est arrêté, j’ai arrêté le tennis pendant mes études supérieures, et la vie m’a donné une seconde chance car j’ai été diagnostiquée d’une maladie neurologique à 25 ans qui m’a donné accès au sport de haut niveau paralympique du fait de mon handicap moteur.

    Si vous voulez en savoir plus sur mon parcours je vous invite à aller écouter l’épisode 2, quand la vie t’offre une seconde chance.

    Et c’est comme ça que j’ai commencé le para badminton à haut niveau y’a 2 ans.

    L’autisme m’handicape toujours énormément dans ma pratique sportive.

    Et aujourd’hui, comme je le disais au début, mon autisme m’handicape toujours énormément dans ma pratique. Et c’est vraiment un facteur central à prendre en compte dans l’organisation de ma carrière et de mon quotidien.

    Et l’idée n°1 à retenir c’est que : l’autisme ça fatigue. La vie quand on est autiste est épuisante, et du coup ça demande beaucoup d’organisation et d’optimisation pour construire une système de performance quand on a ce puits à énergie qui aspire tout quoi qu’on fasse.

    Et ça, c’est valable évidemment sur les compétitions, mais aussi aux entraînements et dans la vie quotidienne autour.

    Chaque nouvelles situation ou chaque imprévus va nous causer énormément de stress et nous déstabiliser.

    Exemple type de fatigue due à l’autisme : les voyages

    Et donc, pour être très clair : les voyages y’a rien de pire. Moi je déteste vraiment voyager.

    Et malheureusement les voyages – qui ne sont pas des vacances je précise – ça fait partie de la vie d’un sportif de haut niveau parce que nos compétitions elles sont toutes à l’étranger.

    Et vraiment pour moi c’est épuisant. Ca me demande énormément cognitivement, emotionnellement. Et heureusement que j’aime profondément le badminton, parce que tout ce qu’il y a autour c’est simple : je déteste.

    Tout le monde est toujours hyper enthousiaste sur mes futures destinations, les gens me demandent toujours de leur raconter « alors comment c’était le japon ?? » parce que ça fait rêver tout le monde et moi la seule réponse que j’ai c’est : c’était horrible.

    Alors par quoi commencer, allez le 1er truc qui me vient ça va être le bruit.

    Première difficulté de l’autisme : le bruit

    Donc mon cerveau sait pas filtrer sensoriellement donc tous les stimulis vont s’ajouter les un aux autres et ce qui me dérange le plus c’est le bruit.

    D’une part c’est vraiment très douloureux au niveau des oreilles quand y’a des bruits avec une grande dynamique ou alors un grand volume.

    Une fois en compétition par ex la salle était à coté d’un aéroport. Et le bruit des avions toutes les 5 minutes c’était vraiment terrible et parfois au milieu du jeu je devais me boucher les oreilles, essayer de gagner du temps le temps que l’avion passe parce que physiquement c’était insupportable pour moi de subir ce bruit donc là on voit bien l’impact concret que ça a directement sur la performance.

    Et que littéralement ça peut me faire perdre des points et donc rendre le match plus difficile à gagner. C’est aussi le cas quand y’a des bébés qui pleurent dans la salle… alors clairement si vous venez me voir jouer je vous le dis direct ne venez pas avec des bébé ou alors assurez vous qu’il ne pleure absolument pas pendant mon match sinon ça me met clairement des batons dans les roues.

    D’autre part le bruit ça va vraiment brouiller mon cerveau. C’est à dire que sans parler de la douleur aux oreilles quand les sons sont trop fort, juste le fait d’avoir du bruit, qui en soit est supportable au niveau des oreilles, en fait ça va vraiment devenir insupportable au niveau de mon cerveau.

    J’ai tous les sons qui se mélangent parce que mon cerveau filtre pas donc j’entends tout au même niveau, et aussi bien bah les gens qui parlent, que le bruit des volants, que la musique qui est dans la salle à l’entraînement par exemple. Et très vite j’ suis totalement dépassée parce que je peux plus du tout gérer et c’est de la torture.

    Donc au quotidien à l’entraînement on essaye de gérer au mieux l’environnement et les gens qui s’entrainent autour sont souvent compréhensifs mais parfois on n’a pas la main sur la gestion.

    Par exemple en compétition sur les practices parfois y’a de la musique mais ça peut vite prendre du temps de trouver qui est responsable de la musique, aller lui demander de baisser le son, expliquer pourquoi etc. et dans ce laps de temps moi ça peut devenir insupportable et juste devoir quitter le practice, et donc arriver le lendemain sur la compétition sans avoir joué.

    Ou alors en ayant joué mais dans des conditions atroce parce que mon cerveau est uniquement focalisé sur le musique et pas sur le jeu.

    Et surtout ça me pompe beaucoup beaucoup d’énergie d’avoir ces sources de surstimulation sensorielle, donc quand ça se cumule plusieurs fois dans une journée, ou alors sur plusieurs jour, ça peut vite avoir un impact sur plusieurs entraînements et donc la performance finale.

    Autisme et lumière

    Après si je reste dans la thématique du sensoriel, c’est pareil avec la lumière. Donc on est tous sujet aux problèmes de spots qui rendent certains endroits du terrain hyper galère pour voir les volants. Mais du coup moi j’y suis encore plus sensible donc encore plus difficile à gérer. Parfois vraiment je vais voir le volant au dernier moment, sauf que le badminton c’est un sport extrêmement rapide chez les valides le record de vitesse du volant il est à 493km/h donc on voit que le temps de réaction est absolument crucial. Et donc voilà moi ça va vraiment me demander un effort de supporter les lumières de la salle, pour un peu que ce soit des néons moi je les vois osciller donc c’est pareil c’est très perturbant et fatigant.

    Des difficultés sensorielles à prendre en compte

    Y’a aussi la question du contact physique donc moi je ne supporte pas le synthétique. Je ne peux porter que du coton donc je vous garantis que c’est un peu galère de trouver des vêtement de sport en coton de bonne qualité. Et parfois sur certains compétitions on a les tenus équipe de France qui peuvent être imposées et là c’est pareil c’est un grand stress de savoir ce qui sera prévu ou non pour palier le problème parce que même avec des vêtement en coton ça reste très compliqué pour moi de supporter mes vêtements, quand c’est un peu trop serré, pas ajusté comme il faut, avec la transpiration, quand ça colle… tout ça, c’est quand même un enfer.

    Et la vraie difficulté c’est que déjà séparément c’est compliqué à gérer mais tout se cumule. Y’a pas le bruit d’un coté la lumière de l’autre, c’est tous les stimuli sensoriels qui s’ajoutent les uns aux autres et ça, ça demande beaucoup d’énergie pour tout gérer et pour survivre dans cette jungle des sens.

    Et quand tu dois essayer de filtrer tout ça, ben ton cerveau il a forcément moins de ressources disponibles pour se concentrer sur la tactique, la technique, les déplacements…

    C’est c’est un peu comme quand vous cherchez votre chemin sur la route, ou que vous entamer un créneau dans la rue : automatiquement vous baissez la musique pour pouvoir mieux vous concentrer sur ce que vous faites. Ca permet de focaliser les ressources du cerveau sur votre objectif.

    Et ben moi je ne peux pas baisser l’environnement sensoriel, donc forcément au bout c’est plus difficile d’exceller dans la performance.

    Vous essayerez la prochaines fois que vous faites un créneau de mettre la musique à fond, ça va vite vous compliquer la tâche.

    Ben moi c’est pareil, mais pour chaque entraînement, chaque préparation physique, chaque match.

    Hyperselectivité alimentaire

    Après, y’a aussi la grosse difficulté qui vient impacter autant mes compétitions que mon quotidien à la maison c’est l’hyperselectivité alimentaire. Donc de la même manière que je ne supporte pas le bruit, la lumière ou mes vêtement, je supporte très peu d’aliments que ce soit au niveau du goût ou de la texture dans la bouche.

    Et ça c’est très compliqué dans le quotidien d’un sportif de haut niveau parce que euh je vous l’apprend pas, la diététique c’est très important dans la perf. Et moi globalement tout ce que je mange c’est euh des pâtes, des pommes de terre, du poulet et des œufs.

    Alors plus ça va plus j’arrive à manger 2-3 trucs en plus par ci par là mais on voit qu’on est très loin d’être sur un régime alimentaire adapté au sport de haut niveau et à l’exigence physique que ça demande.

    Donc j’essaye de me débrouiller dans mon quotidien pour équilibrer au mieux et que ça fonctionne et franchement je dois dire qu’aujourd’hui même si ça reste très énergivore et compliqué de faire les repas et de les manger, j’ai quand même réussi à mettre en place une routine alimentaire qui tient la route et qui jusque là m’évite les blessures et les coups dur.

    Mais par contre, ça reste un enfer en compétition. Parce que vraiment je n’ai pas du tout à disposition les aliments que j’ai à la maison.

    Faut avoir à l’esprit que l’hyperselectivité alimentaire chez un autiste est tellement handicapante que je vais pas aimer tel aliment. Je vais aimer tel aliment, s’il est de telle marque, préparer de telle façon et mangé à tel moment de la journée. Et du coup euh la sauce tomate que j’aime à la maison, ben je la retrouve jamais à l’autre bout du monde quand je suis en tournoi.

    Donc sur les compétitions, c’est extrêmement difficile de me nourrir. De trouver des choses juste même pas que j’aime, mais juste que je peux avaler afin d’ingurgiter des calories.

    Et faire un championnat du monde quand tout ce que tu as mangé depuis 1 semaine c’est des frites – parce que c’est mon seul aliment safe qu’on retrouve partout quel que soit le pays- je peux vous dire que c’est très compliqué !

    Parce que je peux vite ne plus du tout avoir d’énergie parce que j’ai aucune protéine, aucune consistance dans mes repas, aucune vitamine… que j’ai faim toute la journée vu que je mange rien. Et ça c’est l’enfer, et c’est vraiment un un gros impact direct sure sur le performance.

    Bon heureusement on n’a que 5 sens, les difficultés sensorielle s’arrêtent là.

    Voyager : un enfer supplémentaire lié à l’autisme

    Après l’autre grosse difficulté qui va m’impacter dans cette carrière de haut niveau, c’est toute la fatigue, le stress, l’incertitude engendrée par les voyages. Donc comme j’expliquais rapidement au début l’autisme ça engendre des intérêts et des comportements répétitifs. Donc pour expliquer simplement, ça veut dire qu’on va vraiment avoir besoin de routine, de connaître les situations pour pouvoir bien les vivre. Chaque nouvelles situations ou chaque imprévus va nous causer énormément de stress et nous déstabiliser. Et donc, pour être très clair : les voyages y’a rien de pire. Moi je déteste vraiment voyager. Les meilleures vacances elles sont chez moi, ou alors dans les endroits que je connais bien comme la station de ski dans laquelle on allait chaque année avec mes parents depuis que je suis petite. Mais tout ce qui sort de ma routine, de ce que je connais bien, c’est un cauchemar.

    Et malheureusement les voyages – qui ne sont pas des vacances je précise – ça fait partie de la vie d’un sportif de haut niveau parce que nos compétitions elles sont toutes à l’étranger. Donc ça veut dire prendre le train, prendre l’avion. Ensuite avoir les transferts entre l’aéroport et l’hotel. Avec toujours des complications, des retards, des longs moment où on n’a aucune infos sur ce qu’il va se passer après… Passer une semaine dans un hôtel qu’on ne connait pas. Avec des repères sensoriels différents. Des routines à remettre en place dans des nouveaux endroits chaque mois.

    Et vraiment pour moi c’est épuisant. Ca me demande énormément cognitivement, émotionnellement. Et heureusement que j’aime profondément le badminton, parce que tout ce qu’il y a autour c’est simple : je déteste.

    Tout le monde est toujours hyper enthousiaste sur mes futures destination, les gens me demandent toujours de leur raconter « alors comment c’était le japon ?? » parce que ça fait rêver tout le monde et moi la seule réponse que j’ai c’est : c’était horrible.

    Je mets énormément de temps à récupérer de ces voyages. Donc après chaque compétition je mets beaucoup de temps avant de pouvoir revenir à l’entraînement, et même plus que ça, à revenir à la vie quotidienne. Mes retours de compétitions il sont vraiment très difficiles parce que je n’ai vraiment plus aucune énergie ne serait-ce que pour m’habiller le matin, faire à manger le midi et le soir, refaire les courses, entretenir un minimum ma maison…

    Et donc c’est vrai que performer dans un environnement dans lequel on est mal et qu’on déteste et qui nous vide totalement de notre énergie pour plusieurs jours ensuite, fatalement c’est une mission plus compliqué que quand on a n’a pas ce handicap supplémentaire.

    J’en aurais encore tellement à dire mais je pense pas que ce soit très pertinent de faire un épisode d’1h pour détailler chaque difficulté de ma vie qui impacte ma performance sportive, je pense que j’ai parlé de l’essentiel et que l’idée est comprise.

    Mais voilà toutes les raisons pour lesquelles clairement mon autisme beaucoup plus que mon handicap moteur dans ma carrière de haut niveau, parce que ma spasticité et mes deficits moteurs ils vont vraiment impacter les 20 minutes sur le terrain en match, euh mais l’autisme a un impact sur les 24h de chaque journée que ce soit dans le quotiien ou sur les compétition et c’est pour ça que c’est souvent incompatible avec les exigences du haut niveau.

    Parce que s’il y a aujourd’hui 1 personne sur 100 qui est autiste dans le monde, on est pourtant bien loin de retrouver cette prévalence dans la population des sportifs de haut niveau.

    Et encore une fois je parle de ma carrière sportive mais en fait l’impact est le même dans mon quotidien et dans toutes les situations que je peux avoir dans la vie.

    L’essentiel c’est d’avoir à l’esprit que chaque action ça va nous demander énormément, et que c’est ajouté à toute l’énergie que l’on doit déjà dépenser tout au long de la journée pour survivre sensoriellement ; qu’un petit truc qui pour vous ne demande pas grand effort ou vous paraît hyper banal, ça peut tout simplement être une montagne énorme pour nous parce qu’en fait ça va chambouler tout ce qu’on avait préparé, plannifié, ou alors tout simplement qu’à cet instant on n’a juste plus l’énergie et certaines petites choses peuvent donc facilement prendre des proportions énormes et inatendues.